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Les études philosophiques et psychologiques

Le pourquoi et le comment des religions

L est intéressant de comparer les diverses grandes religions pour montrer combien elles ont de points communs et de similitudes.

Les points de convergences des religions

  1. Elles se réfèrent toutes à un être suprême, entité transcendantale qui règne sur le monde. Il n’est pas encore démontré que, si l’on trouvait quelques exoplanètes peuplées d’être vivant analogues à nous, ces dieux règneraient sur eux comme ils règnent sur nous.
    L’Islam a Allah, les Juifs Yahvé, les Bouddhistes Bouddha, les Chrétiens un seul dieux en trois personnes (Le père, le fils, et le saint esprit), les hindouiste la trilogie :  Brahma, Shiva, Vishnou.
    Toutes ces divinité ont créées le monde, le dominent, et le gèrent.
  2. Toutes ces religions ont un représentant humain sur terre. En effet, comme il n’est pas possible de formaliser dans une représentation humaine une entité transcendantale elles ont toutes leur représentation humaine. Les Chrétiens ont Jésus fait homme, les Musulman ont le prophète (Mahomet pour les Sunnites et Ali pour les Shiites) vénéré en lieu et place d’Allah, les Bouddhistes ont Bouddha homme divinisé, les Hindouistes ont de nombreux avatars à formes humaines de leurs dieux, et les Juifs toute une panoplie de Saint hommes fondateurs ou régnants sur le peuple Juif (Abraham, Isaac, Jacob, Josué, Moïse …) dont la destinée dépasse celle d’un humain
  3. Toutes supposent une dévotion complète à l’être supérieur. Il n’est pas de religion ou l’homme est l’égal de dieu. Au contraire il et est toujours le serviteur (de la même racine que servile !). Dieu décide de son destin et lui impose même des « challenges » pour en décider.
  4. Toutes sont bâties à partir d’un ou des textes sacrés. Chaque religion a sont texte fondateur apocryphe (non scientifiquement reconnu authentique). Les Chrétiens ont les évangiles qui n’ont pas été écrit ni par Jésus, ni par ses apôtres (sans doute illettrés), les musulman ont le Coran qui n’a pas été écrit par Mahomet, Il n’y a aucun écrit de Bouddha, la bible est un récit non attribué, le Véda hindouiste aurait été donné directement par Brahma
  5. Toutes ont une loi morale définissant le bon comportement. Les évangiles, le coran, les récit de Bouddha, la thora et les préceptes Védiques en sont les vecteurs.
  6. Toutes ont établit des règles, des rites, des liturgies généralement sans rapport avec les textes sacrés. comportement moraux, alimentaire, vestimentaire
  7. Toutes proposent une vie après la mort conditionnée par un bon comportement et définissent le bien et le mal
  8. Toutes ne reconnaissent qu’une vérité, la leur. C’est sans doute là que se trouve le point faible des religions. En effet chacune d’entre-elles repose sur un dogme établi par l’entité suprême. Comment remettre en cause ce dogme sans remettre en cause son auteur

On peut dire que par-delà des différences de formes toutes les religions sont identiques. Il n’y a de fait qu’une seule religion, un seul dieu, une seule morale sous des formes différente. On distingue le concept de dieu, entité transcendantale, et la religion qui donne une enveloppe humaine à ce concept. La notion de dieu nous dépasse, la religion est le fruit des humains, la mise en scène de la partition joué par dieu.

 Pourquoi les religions ?

On peut se demander pourquoi dans toutes les civilisations et dans toutes les époques le concept de dieu et de la religion sont apparus. Ils sont si largement partagés que l’on peut les considérer comme une nécessité de la condition humaine. Il n’est pas de civilisation, si primaire soit-elle, qui n’ait secrété un dieu.

Pourquoi cette nécessité ?

La psychologie relativiste nous fournit une réponse qi peut se résumer en un seul mot : L’angoisse.

L’être humain a un besoin impérieux de repères pour se définir et se sentir exister. C’est en établissant une relation à son environnement qu’il forge son identité. Celle-ci n’est jamais absolue, mais relative à ce qui l’entoure, à son vécu.  Pour se définir il utilise des repères par rapport auxquels il se situe. En l’absence de ces jalons l’humain ne se sent pas exister, indéfini il est flottant. Cette incertitude de lui-même est génératrice d’angoisse.

Pour se situer (prendre ses repères) par rapport à une situation vécue il a la nécessité de la comprendre car il lui est impossible de se positionner par rapport elle sans en avoir une vision claire. On se situe par rapport à un point fixe bien défini lui-même.

Il est des situations ou des phénomènes que l’on n’arrive pas à expliquer, ils sont générateurs d’incertitudes, donc d’angoisse. Dans les temps anciens les volcans, le tonnerre, le soleil, la pluie étaient des phénomènes inexpliqués et de ce fait considérés comme magiques. Pour leur trouver une explication apparemment logiques les humains ont inventé des dieux responsables. Les dieux expliquent tout ! On dit c’est dieux qui la voulu, inch Allah ! … et il n’est plus nécessaire de rechercher une explication dans le domaine humain. De nos jours ces phénomènes naturels ont reçu une explication et ont perdu leur côté magique, les dieux ne sont plus nécessaires pour les expliquer. Il reste cependant bien des grands mystères comme la vie, la mort, la création de l’univers, la vie après la mort et, là encore, les humains ont créés des dieux pour les prendre en compte. Le champ de la religion diminue avec l’avancée des sciences, mais la religiosité restera car il restera toujours des incertitudes.

. Dans toutes les religions dieu explique la vie la mort, la genèse, l’au-delà. C’est une façon de résoudre l’incertitude et d’apaiser notre angoisse. Dieu explique tout, mais rien n’explique dieu.

Une fois inventés les dieux, les humains ont besoin de leur donner une représentation humaine afin de pouvoir se les représenter et communiquer sur eux. C’est la naissance des religions (qu’il faut bien différencier de la notion de dieu). On crée alors les textes sacrés (que personne n’a jamais vu dans leur version originale), les dogmes, les rites, les hiérarchies, les prêtres. Les dieu sont de nature transcendantales, les religions de nature humaine

Bon et mauvais des religions

Comment les gens vivent-ils cette nécessité de croire, et quel en est l’incidence sur nos vies quotidiennes ?

  1. Les avantages. Étant d’essence humaine les religions éditent des dogmes et des rituels en parfait accord avec les conditions du « vivre ensemble » de nos sociétés. La morale sous-jacente aux religions : la protection des plus faibles, la solidarité, l’égalité des droits, le respect de la famille sont parfaitement compatibles avec « la déclaration des droits de l’homme et du citoyen ». Les morales religieuses et la morale athée sont plutôt compatibles et permettent l’intégration des religions dans les sociétés. Ce sont les intégristes religieux, qui considèrent les dogmes comme d’essence divine et non humaine qui empêchent l’intégration des religions dans les sociétés. Il est amusant de voir comment l’intégrisme s’oppose à l’intégration !
    Signalons que ce sont les religions qui ont initié les savoirs et les sciences ainsi que les hôpitaux, les hospices et orphelinat. Pas si mal !
  2. Les inconvénients. Le gros point négatif des religions est que le côté transcendantal des dieux ne permet pas la discussion. Dieu est un absolu dont il est impossible de conteste l’existence ou la non existence. On y croit ou on y croit pas sans discussion possible. Le vice caché des religions ne se trouve pas dans la croyance en dieu, ce qui ne gênerait personne mais dans les dogmes et le rituels, inventés par les hommes, mais que les croyants considèrent comme d’essence divine. Il en résulte des règles de vie non négociable. Tu ne dois pas manger de porc, tu dois te déchausser pour entrer dans les lieux religieux, le mariage est sacré, la vie est un dont inaliénable de dieu, tu dois prier, les femmes sont impies durant leurs règles …autant de préceptes créés par les humains auxquels on donne une origine divine.
    Il en résulte des règles de vie incompatibles avec les principes républicains et incompatibles entre les religions. Tant que les religieux considèreront ces règles comme d’essence divine et donc non négociables la cohabitation sera difficile.

Quelques notions suspectes : temps, espace, liberté, Éternité

Le Temps

J’ai eu déjà l’occasion de montrer que la notion du temps et un concept de l’ordre de la métaphysique. Seule la durée est un concept humain. Sa mesure implique une origine, une fin, et une unité base de temps.

Quand je dis, nous sommes en l’année 2021, je ne fixe pas le temps mais je fixe une origine (l’année Zéro supposée être celle de la naissance du christ), une fin (notre année) et une unité de temps (1 an = une rotation de la terre autour du soleil). On trouve alors 2021 rotations de la terre autour du soleil comme mesure de cette durée. Mais combien de temps dure cette rotation, mise à part la valeur de 1 année fixée par définition, nul ne le sait. La durée est donc une grandeur relative à la base de temps que l’on a fixé et non une grandeur absolue.

La notion de temps n’existe pas dans l’univers humain, et la durée n’est qu’une valeur relative à la définition d’une base de temps !

L’Espace

C’est encore une notion métaphysique. Nous pouvons connaître les objets qui peuplent l’espace mais nous ne pouvons concevoir celui-ci. Nous ne pouvons concevoir que la distance entre deux objets. Ceci nécessite une origine (le premier objet), une fin (le second objet), et une unité de mesure. Historiquement elle avait été définie comme la longueur d’une barre de métal « invar » déposée au pavillon de Breteuil.

La notion d’espace n’existe pas dans l’univers humain, et la distance n’est qu’une valeur relative à la définition d’une base de distance.

La liberté

La liberté n’existe pas à l’état naturel qui ne connaît que la notion de nécessité. Le lion n’est pas libre ou non de manger la gazelle, il en a simplement la nécessité. A l’état naturel l’animal n’est pas affecté par la notion de liberté mais par la satisfaction de ses besoins. La liberté est liée à la présence d’une conscience cognitive et à l’élaboration d’une relation logique entre les entités considérées. Elle fait partie de la vision construite de notre monde.

Dés que l’homme forme un groupe, famille, tribu, clan, société, la contrainte du « vivre ensemble » pose le problème de la liberté. Celle-ci est intimement liée à la structure définie pour le vivre ensemble, elle est dépendante de la limite fixée aux contraintes du vivre ensemble. C’est donc une notion relative.

L’éternité

Encore une notion des plus suspecte.

Les grandes religions monothéistes ne nous proposent, en fait, qu’une demi éternité. En effet, lorsque l’on nous propose la vie éternelle ceci s’entend de la naissance à l’éternité. La véritable vie éternelle s’entend sans fin, mais également sans début. Notre âme réputée éternelle a bien un début lors de notre naissance. Ce concept même d’éternité produit donc ce paradoxe : « Une demi éternité (celle de l’humain ou de son âme) est-elle moitié moins longue qu’une véritable éternité sans début ni fin ? » Comment un processus humain comme la reproduction peut-il générer un concept aussi transcendantal qu’une âme ?

Les religion asiatiques voient la vie éternelle comme une série de réincarnation, donc avec un passé et un futur. Là encore se pose le problème de l’origine, le « client zéro » avant la première réincarnation, et la fin programmée du cycle de réincarnation une fois atteinte l’illumination.

Conclusion

Voilà quatre concepts (temps, espace, liberté, éternité) qui n’ont aucun sens dans l’univers humain. Ils prennent place dans des représentations métaphysiques (transcendantaux) de notre univers. Ils ont leurs équivalents dans l’univers humain :  Temps et durée, Espace et distance, liberté et limites légales, Éternité et durée. Ils ne recouvrent pas des notions humaines, mais métaphysiques, transcendantales. Ils ne sont que des croyances !

On conçoit qu’il soit difficile d’en donner une définition dans notre univers !

La vie éternelle, c’est quoi ?

Toutes les religions ont promise aux humains la vie éternelle, mais jamais une explication précise n’en a été données et les humains, avides de se projeter dans l’éternité n’en n’ont jamais demandé.

Disons tout d’abord que « la vie éternelle » est un véritable oxymore, la notion de vie, fondée sur un début et une fin, est totalement antinomique de la notion d’éternité. Pour nous, tout a un début et une fin, qu’il s’agisse de plantes, d’animaux, d’humains, de minéraux, de planètes.

Cette notion d’éternité, transcendantale à l’humain ne peut se débattre à notre niveau, tout au plus peut-on discuter de la représentation que les humains peuvent s’en faire.

L’éternité n’est qu’un simple avatar de la notion d’infini appliquée à la notion de temps. Qu’est donc pour nous cet infini dont les scientifiques raffolent et font un usage … quasi infini.

Cette notion s’applique à deux grandeurs magiques, l’espace et le temps. Alors que nous pouvons nous représenter la distance et la durée, l’espace et le temps nous sont inaccessibles.

Prenons l’unité qui permet de mesurer distance et durée : la numération.

La suite des nombres (1,2,3,4, …) représente un suite infinie

La suite des nombres paires (2,4,6, 8, …)  représente également une suite infinie.

Dans le domaine du fini la suite des nombres paires contient deux fois moins de nombre que la suite des nombres. Pourtant elles sont toutes les deux infinies et devraient contenir la même quantité de nombres. Ce paradoxe est levé en précisant que l’on ne peut comparer que des nombres clairement définis et que par essence l’infini est … indéfini !

Les scientifiques utilisent cette notion d’infini pour résoudre certaines de leurs équations autrement insolubles, mais c’est une pure fiction dans la mesure ou elle nous est inaccessible, indéfinie, et invérifiable.

La vie éternelle s’inscrit dans cette fiction de l’infini du temps C’est Isaac Newton qui en 1687 a formulé le temps comme « le réceptacle » dans lequel s’inscrivent la matière et l’énergie (c’est à dire la vie). Que la vie soit présente ou non le temps existe et s’écoule, il est transcendant à la vie, donc d’origine divine. Cette définition du temps est la porte ouverte à la notion de vie éternelle.

C’est donc ce que nous proposent les religions, mais disons qu’elles sont relativement floues sur ce qu’elles nous offrent.

Les religions chrétiennes, à l’instar de toutes les autres, nous font miroiter une sorte de béatitude sans fin, assis à la droite du père. Ceci présuppose que « le père » ait une droite et une gauche, donc une morphologie qui rappelle la nature humaine, et que ce soit un enchantement de passer une éternité assis, car comme disait Woody Allen : « l’éternité c’est long, surtout vers la fin … on n’en voit plus le bout ! »

Nous ne savons rien de ce que pourrait être une vie éternelle, quel serait notre rôle, y aurait-il des sentiments, des relations, sous quelle forme serions-nous, jeunes, vieux, ectoplasmique, ou au contraire amorphe, inerte, minéral, dans une situation dont nous ne sentirions même pas les bienfaits, dans une sorte de néant. Nous souhaitons tous une vie éternelle mais aucun d’entre nous n’a la moindre idée de ce qu’elle pourrait être. Nous l’imaginons comme une vie sur terre mais débarrassée des soucis, des tracas, et des aléas qui nous perturbent. Mais il ne s’agit pas de cela. Il est question d’autre chose, un état qu’il nous est impossible de concevoir, car il serait hors des représentations humaines, une sorte de vie sans vie, un bonheur sans sentiment, des mouvements dans un espace indéterminé, des actions sans aucun sens, bref un non être sans fin ni limites, un néant d’existence.

Les religions nous vendent un article sans mode d’emploi, le truc génial qui ne sert strictement à rien, une sorte de produit du téléachat. Comprenons bien que la notion de « vie éternelle » n’a strictement aucun sens dans notre univers terrestre, ne correspond à aucune réalité, ce n’est qu’une croyance c’est à dire une forme de choix que nous faisons pour donner un sens à notre vie. Mais il faut rester conscient que ce sens n’a en soi aucun sens, qu’il est totalement arbitraire. C’est un écran que nous mettons devant nos yeux pour voir la vie à travers des « lunettes roses ». Comme la croyance en un dieu elle nous permet de transcender notre condition humaine, de croire en repousser les limites, de penser nos difficultés passagères, bref d’espérer. C’est une utopie qui peut nous aider à vivre.

Mais qui croit réellement à la vie éternelle. A ma connaissance les seuls vraiment convaincus sont les martyrs et les kamikaze. Eux sont prêt à sacrifier leurs vies terrestres pour accéder à leurs paradis. La majorité ses gens, croyants ou athées, voudraient bien y croire, font comme-ci, mais ne sont pas prêt à quitter la terre pour le paradis. Ils sont accrochés à la vie, effrayés par la mort, et pas partant pour « le grand voyage ».

Il est intéressant de voir que même les plus athées d’entre nous se projettent dans une vie éternelle. Il suffit d’observer leur comportement lors du décès d’un proche qui traduit bien leur déni total de la mort. Les cérémonies funèbres se déroulent comme-ci le défunt y assistait. On lui récite les vers qu’il aimait, on dit tout le bien que l’on pensait de lui, combien on l’aimait, on passe sa musique favorite …  mais malheureusement il n’est plus là pour en profiter. A cette occasion je vous signale que je serais absent pour mes obsèques et que si vous avez des choses gentilles à me dire faites le avant mon décès après ce sera trop tard !

La tradition d’aller fleurir les tombes, de se recueillir en parlant aux défunts, de faire vivre les anciens (comme en Asie) sont des façons de nier la mort et de perpétuer, non pas le souvenir, mais la vie des défunts dans un « au-delà » chimérique.

Il est terriblement angoissant de se savoir condamné à cette « vie éternelle » sans savoir ce qui nous attend, d’être plongé dans cet inconnu… et ce pour l’éternité ! On comprend que nous ayons tous une peur atroce de la mort et de cette vie inconnue qui lui succède.

Personnellement je préfère ne pas croire en cette éternité, penser qu’à ma mort mon esprit, mon essence même disparaitra dans le néant et que mon enveloppe charnelle retournera au règne minéral dont elle est issue. Après tout, avant de naître je n’étais rien, le plus logique est de retourner à cet état originel et redevenir le rien dont je suis issu. Dans mes souvenir ce n’était pas une situation si pénible !

Bien sûr ne croire à rien, c’est à dire au néant, est une croyance au même titre que de croire à l’infini ou l’éternité. C’est celle qui me va le mieux et c’est celle que je choisis.

La théorie et la pratique

C’est un débat récurent que d’opposer la théorie à la pratique, les chercheurs  aux praticiens. Souvent les praticiens pensent qu’ils n’ont nul besoin de théorie et que leur expérience du terrain suffit à justifier leurs actions. Les théoriciens au contraire pensent souvent que toute pratique non appuyée sur un support théorique sérieux et totalement individuelle, sans vérification globale, et sans synergie entre les praticiens.

Chaque science a son histoire mais toutes ont suivi le même développement

  1. Tout commence par l’observation d’un phénomène qui interpelle un chercheur. Il peaufine son observation, recueille le maximum de données expérimentales sur le sujet, croise ces données, les compare à des données similaire sur des sujet voisin, et essaye de mieux cerner le phénomène à partir de ces données expérimentales
  2. Après avoir recueilli toutes ces données on peut tenter d’émettre une hypothèse pour les expliquer, c’est à dire donner une vision à priori du phénomène. 
  3. La formulation d’une hypothèse est l’ébauche de la production d’une théorie. Si elle est vérifiée par l’expérience cette hypothèse est validée (provisoirement)
  4. De cette hypothèse découlent des conséquences logiques qui devraient être vérifiées, elles aussi, par l’expérience. Si c’est le cas, l’hypothèse et ses conséquences de premier niveau sont validées. On peut envisager des conséquences de deuxième niveau qui combine l’hypothèse et les conséquences de premier niveau et qui devraient être validées par l’expérience
  5. De proche en proche on développe un réseau logique de causes/effets qui constitue le corps de la théorie
  6. Tant que les conséquences continuent d’être vérifiées par l’expérience l’hypothèse et la théorie restent valables.  Si d’aventure certaines conséquences logiques ne peuvent être vérifiées par l’expérience, on doit revoir l’hypothèse initiale ou en proposer de nouvelles qui rendrons compte de toutes les observations faites.
  7. A partir de ce modèle on va pouvoir établir une pratique, thérapeutique, de production, économique, sociologique …

Toutes les sciences ont suivi ce même cheminement. La chimie, la physique, la médecine ont d’abord été des sciences d’observation, individuelles, empiriques, avant de se théoriser pour devenir ce qu’elles sont aujourd’hui.

La médecine a commencé avec Hippocrate, et la théorie des humeurs jusqu’au moyen âge, puis la modélisation du corps humain grâce à la chirurgie, puis la théorie bactérienne par Koch et Pasteur, enfin toutes les découvertes de la biochimie.

La chimie a commencée avec l’alchimie, puis la chimie expérimentale, les premières théories moléculaires, les lois de Lavoisier, pour terminer par la chimie du nucléaire et la théorie quantique.

En physique la théorie de la matière, issue des observations des astronomes grecs a débuté avec Démocrite (Théorie Atomiste), Aristote (les quatre éléments), John Dalton (l’atome) sur des bases expérimentales. Elle a ensuite été théorisée par Niels Bohr, Schrödinger, Einstein …

Dans toutes ces disciplines le passage de l’observation à la théorisation correspond au passage de l ‘émotion au cognitif, du ressenti à l’explicité. C’est une évolution générale dans la nature.

Dans tous les cas chaque évolution successive d’une théorie, aussi embryonnaire soit-elle, a permis de développer une pratique adaptée. Il ne peut y avoir de pratique sans une vision sous-jacente du phénomène.

Il ne peut y avoir de bonne pratique sans un support théorique minimal, mais une théorie qui ne déboucherai pas sur une pratique ne serait qu’un coup d’épée dans l’eau. N’opposons pas les deux.

Œcuménisme, encore une belle utopie

Nous avons , de par la monde, un certain nombre de grandes religions plus ou moins en compétitions les unes avec les autres. Le mouvement Œcuméniste a traversé les religions chrétiennes (Églises catholique, orthodoxes, protestantes et anglicanes) en prônant des actions communes aux divers mouvement du christianisme. Rien n’empêcherait d’étendre ce mouvement à l’islam et au Judaïsme dont les origines dans l’ancien testament sont communes au christianisme. La jonction avec les religions asiatiques (Indouisme, Bouddhisme ) est moins évidentes bien que fondamentalement leur appel aux dieux, leurs morales basées sur la compassion, l’égalité entre les hommes,  la notion de  bien et de mal, et la récompense dans une vie éternelle, soient assez proche.

Que peut-il ressortit d’une vision Œcuméniste ? Peu ou beaucoup. Sur le plan du rapprochement des religions pas grand choses à espérer. Chacun a ses certitudes (Jésus est le fils de Dieu ou c’est un simple prophète, il est ressuscité ou non, Jésus est bien Juif mais il n’est pas Dieu, …) autant de sujets dont il impossible de débattre (car, bien sûr, personne n’en sait rien) et sur lesquels il est impossible de faire la moindre concession (Faute de réduire à néant toute ses croyances). Chacune de ces religions, de ces croyances, est fondée sur des certitudes auxquelles il est impossible de déroger  sans remettre en cause la vérité transcendantale de chacun.

Resterai la tolérance, mais elle ne pourrait être que condescendante : « j’ai raison, les autres ont tort … mais finalement il ne sont pas si éloigné de la vérité, alors acceptons les avec leurs erreurs ! ». C’est une position, finalement pas si différente de la « laïcité à la Française » … une acceptation de l’erreur des autres.

Y-a-t-il vraiment besoin d’Œcuménisme ? honnêtement pour moi la réponse est non ! Toutes les religions sont fondées sur la croyance en une entité transcendantale appelé dieu. C’est un invariant (même dans le bouddhisme, l’homme aux super pouvoir, le Bouddha, a acquis par se sagesse une nature divine que personne ne lui conteste). Chaque religion a donné de cette transcendance une représentation humaine soit dans la forme soit dans la représentation de sa pensée. Dans toutes les religions le dieu a une forme (encore que dans l’Islam la représentation formelle de Allah n’est pas envisagée, mais la représentation du prophète, Mahomet ou Ali en tient lieu) et une pensée morale. Forme et fond sont assises sur des concepts humains. Par essence une transcendance ne peut se concevoir dans une représentation humaine, faute de quoi elle ne serait plus transcendantale mais du domaine de l’humain. Penser qu’un dieu puisse donner à l’humain des codes et des principes moraux, de nature purement humaine, revient inévitablement à lui contester sa nature divine. Toutes les religions donnent une forme différente à leur(s) dieu(x), mais sur le fond et hors tentative de représentation il n’existerait qu’un dieu unique. L’œcuménisme ne serait qu’un tripotage, des petits arrangements temporels entre églises, une sorte de « motus vivendi » permettant à chacun de vivre une croyance commune à sa façon. L’œcuménisme n’est pas un problème de dieu mais un problème de chapelles.

Il n’y aurait donc qu’une seule religion et le monde se diviserai entre croyants en ce dieu et non croyants.

Pour les athées et les agnostiques ne pas croire en dieu devait être chose facile, une simple position, un simple déni. On peut toujours modéliser notre univers dans des concepts scientifiques, mais tout modèle a ses limites, il n’explique pas tout. La vie, l’univers, le temps, l’espace, la conscience ne nous propose que des modèles imparfaits et s’ouvrent sur un espace métaphysique qui nous dépasse. Le big bang c’est bien, mais avant ? l’expansion de l’univers c’est bien, mais jusqu’où ? la vie, la pensée c’est quoi ? le passé, le futur, jusqu’où ? Des milliers de question se posent qui ne peuvent se résoudre par une équation purement humaine. Les scientifiques ont inventé la notion de zéro, rien, néant, indescriptible en conception humaine, l’infini, idem impossible à concevoir … tout comme dieu ! Les athées, eux aussi, ont une pensée religieuse car ils ne peuvent se représenter sans appel à une transcendance quelconque.

Alors que faire ? il n’y a pas de religions, mais une condition, une religiosité humaine. La force et la faiblesse de l’humain par rapport à l’animal c’est la conscience cognitive. Elle le pousse à la création, à l’adaptabilité, mais elle l’oblige à représenter ses émotions à partir des concepts appris et développés par ses semblables. Ce n’est pas possible. Nous tournons en rond dans le bocal de nos connaissances et nous voudrions bien en sortir pour accéder enfin à la vérité qui ne se trouve pas dans l’espace du bocal. Les animaux sont restés au stade de l’émotion sans entrer dans l’univers de la connaissance., ils n’ont pas de problèmes moraux ou métaphysiques.  Les humains, eux, sont entré dans le bocal et il paraît difficile d’en sortir !

Condition humaine : L’angoisse originelle

Comme toute construction, la pensée humaine se bâti sur un socle universel que l’on pourrait appeler « la condition humaine ». Ce socle est plus ou moins étoffé selon les divers règnes : Végétal, Animal, Humain.

  1. Il existe dans ces trois règnes des fonctions absolument nécessaires à la vie comme la reproduction, l’alimentation par des constituants extérieurs, la production et la reproduction cellulaire. Sans elles l’espèce ne pourrait exister. Elles constituent d’absolues nécessités inhérentes à l’espèce et comme telles font partie de l’inné. C’est ce que l’on peut définir comme « la conscience organique ».
  2. Dans le règne animal et humain ces fonctions sont un peu plus élaborées et l’on distingue la reproduction, la fonction digestive, la fonction respiratoire, la circulation sanguine, et malheureusement la dégénérescence. Sans elles pas d’espèce viable. Dans ces deux règnes les individus sont en outre doté des cinq sens (Vue, Ouïe, Odorat,  Goût, Toucher). Non pas que les plantes puissent en être totalement dépourvues (La sensitive, par exemple, réagit au toucher) mais leur importance est, à ce jour, apparemment minoritaire. Les animaux et l’humain ont, à travers ces sens, la capacité d’échanger avec leur environnement et d’en recevoir des messages. A travers les récepteurs sensoriels ils perçoivent des informations qui transmises au cerveau sous formes de signaux électriques engendre des réactions que l’on peut appeler comportements. C’est ce que l’on défini comme le principe de l’émotion. Humains et animaux ont la capacité de mémoriser ces émotions pour former ce que l’on peut appeler « la conscience émotionnelle ».  
  3. Chez les humains apparaît une capacité supplémentaire qui est de représenter ces émotions sous formes codifiées et de les relier entre-elles par des liens logiques de causalité. Ceci permet à chacun d’organiser, de structurer ces émotions en une sorte de récit, de ce constituer une histoire. La mise en relation de ces émotions par ces liens logiques met chacune d’entre-elles en perspective par rapport aux autres et constitue un grand réseau logique  que l’on peut appeler « la conscience cognitive ».C’est cette relation entre les émotions qui leur donne un sens (les émotions seules sont de simples ressentis, dépourvus de sens), qui va définir le positionnement de chacun vis à vis de ses expériences c’est à dire son identité
    Cette capacité de l’humain à donner une représentation organisée de ses émotions va lui donner capacité d’échanger sous forme normalisée, codifiée, comme, le dessin le langage, l’écriture. Cette capacité de mise en communs des expériences ouvre la porte à la créativité collective, au progrès, à la vie sociale et sociétale

La sectorisation des trois  règnes est évidemment très schématique. A la fois des « overlap » peuvent se produire selon les espèces, mais au sein d’un même règnes des différences très marquées peuvent se produire. Par exemple chez les animaux le chimpanzé sera plus proche de l’humain que le ragondin, alors que les coraux pourraient se rapprocher des plantes.

Nous avons défini une certaine supériorité des humains vis à vis des autres règnes (si on définit la capacité de prédation comme critère principale de la hiérarchisation) mais nous allons voir que ce qui fait la « force » de l’humain constitue en même temps sa grande « faiblesse ». En effet si l’humain a cette capacité à organiser ses émotions et leurs représentations dans un système logique cohérent, il en a en même temps la nécessité. C’est ce que l’on peut définir comme l’impérieuse obligation de positionnement.

A chaque nouvelle émotion (importante ou banale) le ressenti émotionnel est comparé aux ressentis déjà intégrés. Cette comparaison en termes de dépendance logique, de relation qualitative ou quantitative donne un sens à cette nouvelle émotion qui la relie à l’ensemble des représentations déjà intégrées. Cet ensemble de comparaisons, de positionnements, forme la vision du monde de chacun de nous et constitue notre identité. Notre sentiment d’être, d’exister, résulte de cette vision que nous avons de nous-même et de notre place dans notre environnement.

Un humain ne peut se sentir exister que si chacune de ses émotions le positionne dans son monde.

Toute situation ou l’être humain n’arrive pas à clairement se positionner, donc à clairement se définir est génératrice d’une position incertaine, du vision floue, et crée un malaise que l’on appelle angoisse. Ce malaise survient chaque fois qu’un individu est confronté à une situation qu’il n’appréhende mal et dans laquelle il a des difficultés à se situer. Savoir qui l’on est c’est se définir par rapport à son environnement, et exister c’est donc se définir. Pour annihiler ce ressenti d’angoisse l’humain a ce besoin permanent de se positionner, de se représenter les situations, de les intégrer dans son vécu du monde. La quête du positionnement est la quête incessante de notre identité.

On a besoin de se doter d’une représentation des choses pour les appréhender. C’est la genèse des religions. Devant les phénomènes naturel qu’elles ne pouvaient comprendre les populations primitives ont toutes inventées « les dieux » pour donner une réponse à leurs interrogations. Pus de phénomènes inexpliqués, le dieux expliquent tout.

A la naissance le nourrisson voit sa conscience organique s’activer (heureusement !) mais sa conscience émotionnelle est très peu riche vis à vis des événements extérieurs. Il se réfugie dans son environnement parental pour, par fusion, se doter des références qui lui manquent. Progressivement, au fur et à mesure des ses expériences, l’enfant va se dégager de ses références parentales pour développer ses propres positionnements. L’adolescence sera un moment charnière générateur d’angoisse car l’ado va rejeter ses références familiales alors qu’il n’a pas encore construit son positionnement d’adulte. Les stratégies pour passer ce cap sont nombreuses e parfois dangereuses (addictions)

Tout au long de notre vie nous sommes confrontés à des expériences nouvelles qui nous obligent en permanence à nous repositionner. Nous sommes confronté au choix d’aller de l’avant dans une situation incertaines, anxiogène, ou se complaire dans une situation régressive mais sécurisante.

Toute notre vie se déroule dans un univers chargé d’angoisse que certains gèrent bien alors que d’autres ne s’en sortent pas.

N.B. Ne confondons pas angoisse et anxiété.

L’angoisse est un sentiment de mal être, indéfini, et sans objet apparent, une sorte de sentiment de « non être » sans symptômes conscients. L’angoisse est plutôt difficile à se représenter car elle consiste essentiellement en une absence de capacité de représentation.

L’anxiété (fille de l’angoisse), survient lorsque nous envisageons un événement à conséquences funeste dont nous sommes incapable de prédire s’il se produira ou pas, si  ses conséquences seront dramatiques ou anodines. L’anxiété se traduit par la rumination morbide.

Ces utopies qui nous gouvernent

L’espoir fait vivre dit le dicton, par contre il ne précise pas s’il nous fait bien vivre ou mal vivre, s’il nous fait vivre ou survivre !

Nous sommes gouvernés par une fuite en avant vers la vie dont nous rêvons au mépris des réalités. Quand celles-ci nous rattrapent, nous voilà déçus, amers, frustrés. L’espérance dans une réalité fantasmée conduit toujours à la désillusion.

Passons en revue ces utopies dont nous sommes les esclaves consentant.

  1. La liberté. Je reprendrais ici la phrase de Paul Valéry : «  La liberté est un de ces mots détestables qui ont plus de valeur que de sens ». Il voulait dire, par-là, que la liberté était un concept, une espérance qui ne collerai jamais à la réalité, donc une utopie. L’humain est un élément de la nature, il est soumis à ses lois (même s’il rêve de s’en défaire) et à toutes dépendances naturelles. Il dépend de la nature (comme la nature dépend de lui) et ne peut donc jamais être libre.
    Pour l’humain le sentiment de liberté vient quand il sait transformer ces contraintes en nécessités … ce qui ne se fait pas sans efforts, donc sans contraintes !
  2. L’égalité. Encore un fameux mythe que celui de l’égalité entre les hommes. La véritable égalité ne se retrouve que dans l’identité. Hors nous sommes tous différent et nous n’aurons jamais le sentiment d’égalité, nous désirerons toujours ce que l’autre a et que nous n’avons pas.
    Prenons le désir de l’égalité entre homme et femmes, elle ne se fera jamais car trop de différences nous séparent. Le problème n’est pas d’être égaux mais que chacun trouve dans nos sociétés la place qui lui convient et que les autres lui accordent cette place. Il vaut mieux viser à être tous heureux plutôt que tous égaux.
  3. La fraternité. Mot magique au Fronton de toutes nos mairies. Malheureusement elle n’est pas aussi automatique qu’on aimerai le croire. Nombreuses sont les fratries qui se déchirent ou s’ignorent, les familles qui se divisent. Si on élargi le terme à la solidarité en générale on constate qu’elle existe et fait même partie des valeurs fondamentales dans notre société. Cependant elle est loin d’être systèmatique et à même tendance à se faire oublier dans les périodes difficiles, c’est à dire quand elle serai le plus utile.

Voici  donc 3 utopie sociétales qui nous font avancer dans un univers quasi onirique. Nous courrons, comme les lévriers de course, après un leurre que nous n’atteindrons jamais. Nous vivons dans une sorte de « roman photo rose », dans une sorte de déni de réalité et depuis des millier d’années les mythes de la liberté, de l’égalité, et de la fraternité ne cessent d’alimenter nos espoirs et nos  déceptions.

Il existe d’autre utopie dont nous faisons notre miel, par exemple 

  1. La vie éternelle. Voilà encore un beau roman. En tout temps et en tout lieux les croyances ont prêté à ‘(humain une temporalité sans limites. Aussi loin que l’on remonte dans l’histoire (Assyriens, Égyptiens, Romains, Grecs, Aztèques, Maya, Indous, Bouddhistes) on retrouve, sous une forme ou sous une autre, le mythe de la vie après la mort. C’est un invariant de nos croyances. Tout le monde y croit, mais personne n’y croit vraiment et bien peu sont prêt à faire la voyage pour en bénéficier. C’est un point que l’on peut porter au crédit de terroristes kamikaze de Daech, que de constater qu’ils croient vraiment dans leur vie éternelle !
  2. La vérité. C’est encore un grand mythe, celui de la vérité absolue et non contingente. C’est évidemment une vision « religieuse » de nature transcendantale. Il existerai, par-delà les visions de chacun, les interprétations divergentes, un vérité qui ne supporterai aucune réserve, aucune contradiction, sans place pour le doute. Bien sûr celui ou ceux qui posséderaient cette vérité s’accorderaient tous les droits pour la faire triompher. Cela a été longtemps la position des diverses églises qui ne se sont pas privés d’en abuser pour s’imposer. Il n’en reste pas moins que chaque église ayant sa vérité, celle-ci devient multiple et conflictuelle.
    Pensons plutôt à la vérité contingente, la vérité possible, probable, mais non certaine

Ces grands mythes nous conduisent tous directement à l’intolérance, au vécu perpétuellement conflictuel, à l’affrontement, bref à tout ce qui mine notre vivre ensemble.

La tolérance pour la liberté des autres, la tolérance aux inégalités, la tolérance à la misère des autres, la tolérance à notre destin, et enfin la tolérance à la vérité des autres, voilà le moyen de lutter contre ces mythes qui nous aveuglent tous.  

La tolérance est dure à pratiquer mais elle vaut mieux que d’être esclave de nos illusions.

La liberté menacée

On entend beaucoup de critiques sur la liberté en péril, les lois et décisions liberticides, mais demandez à ces pourfendeurs quel est leur définition de la liberté vous verrez qu’il seront aussi balbutiants qu’ils sont  catégoriques dans leurs critiques.

Avant de savoir si nos libertés sont menacées encore faudrait-il s’entendre sur le sens du mot liberté et ce que, dans ce contexte peuvent être nos libertés. Il existe de nombreuses définitions de la liberté qui à mon sens sont sujet à caution. En voici quelques-unes :

  1. Selon Épicure la liberté serait la possibilité de pouvoir faire ce que l’on veut, quand on veut, et ou l’on veut. Lui même faisait la critique de sa définition en précisant que cela conduisait à devenir l’esclave de ses désirs … ce qui serait l’antithèse de la liberté
  2. Pour Auguste Compte la liberté viendrait de la raison, de la science. Tout ce qui provient d’un raisonnement logique et cohérent serait image de la liberté. Depuis Freud et Jung, cette définition fait sourire
  3. Pour les existentialiste (Kierkegaard, Sartre) l’homme trouverai sa liberté lorsqu’il agit au lieu de subir. La liberté serait dans l’action. Sartre s’est pourtant toujours empêtré dans une idéologie dont il n’ a jamais pu se délivrer.
  4. Épictète disait à son ennemi « tu es maitre de ma carcasse, prends là, mais tu n’auras jamais aucun pouvoir sur ma pensée ». Curieuse vision d’une séparation totale du corps et de l’esprit, l’un pouvant être libre sans l’autre.
  5. Parlons de la liberté, sur le plan social, telle qu’elle a été définie dans les déclarations des droits de l’homme. Elle accorde à  « l’humain » tous les droits dans la mesure où ils n’empiètent pas sur les droits de autres. Curieuse définition d’une liberté qui accorde des droits à chacun sans proposer en regard les devoirs réciproques. C’est une définition presque Épicurienne.
  6. J’aime assez la définition qu’en donne Paul Valery : » la liberté est l’un de ces mots détestables qui ont plus de valeurs que de sens ». Il voulait dire par là que la liberté était un magnifique concept, un idéal, qui malheureusement ne résistait pas à la notion de réalité.

Quoi que l’on fasse la liberté entraine toujours des contre parties. Prenons la simple notion de choix.

Supposons que deux options te sont proposées et que tu doives choisir en toute liberté l’une d’entre elles. Ton choix est apparemment totalement libre. En contre-parti si tu n’as le choix que dans une seule option on peut dire que ton choix est contraint. Ta liberté est nulle.

Revenons sur le choix entre deux options. Si tu en choisi une tu devras en contre-parti assumer les conséquences de celle que tu auras choisi. De ce fait ton choix ne sera plus aussi libre mais dépendant des conséquences de  l’option choisie. Ceci rétrécira ton périmètre de liberté.

Prenons un autre exemple. Supposons un bon catholique dont la foi le contraint à aller à la messe tous les dimanches, à se confesser, à prier, etc. etc. Cette contrainte est-elle une privation de liberté ? Il n’en est rien. Si au contraire on lui interdisait de remplir ces devoirs de chrétien il vivrait cela comme une atteinte à sa liberté.

On voit que la notion de liberté à une valeur relative. Il n’existe pas de liberté absolue. Tout espace de liberté est aussitôt envahi par des contraintes qui  en limitent la portée .Continuellement l’humain tente de lever les obstacles à sa liberté, mais chaque contrainte levée en fait surgir d’autres.

C’est souvent en transformant ces contraintes en nécessités que l’humain acquière un « sentiment » de liberté.

Sujet et Objet. Fusion et Relation

Dans la syntaxe grammaticale Française, le sujet fait l’action, le verbe représente l’action, et l’objet (complément) subit l’action. C’est une vision volontariste des situations

Dans une phrase simple comme :
Le chat boit son lait
Le sujet (le chat) fait l’action de boire
Le verbe (boire) représente l’action
Et l’objet (le lait) subit l’action

Tout est simple, mais prenons une autre phrase très simple :
Jacques est l’objet de notre discussion
Jacques qui est le sujet de la discussion et en même temps l’objet de cette discussion. D’ailleurs on pourrait tout autrement dire :
Jacques est le sujet de notre discussion
Dans ce cas c’est l’objet qui devient sujet. Il semble que notre distinction entre sujet et objet devient plus que floue. Il y a paradoxe !

En fait, comme en tout paradoxe, le problème à une solution simple :

Le verbe être (comme le verbe avoir) ne sont pas des verbes d’action (comme boire, bouger, mange, réfléchir …) et notre définition du sujet qui fait l’action et de l’objet qui la subit perd son sens puisqu’il n’y a pas d’action. Le sujet et l’objet ne sont pas différenciés car la phrase ne décrit pas une action mais un état de Jacques.

Ces petites remarques anodines sont d’une grande importance en philo-psychologie relativiste. Dans cette approche basée sur la relation, la différenciation entre le locuteur et son interlocuteur est fondamentale. Une relation peut être assimilée à une interaction, donc à une action qui implique une certaine distance entre le sujet et l’objet.

Cette distinction objet/sujet reflète l’évolution de l’humain au cours de son évolution. A la naissance le tout petit enfant vit sur un mode fusionnel avec son environnement. Il ne se différencie pas de son entourage et puise, si tout se passe bien, ses références dans celles de ses parents. Il n’a aucune autonomie. Pour lui, il y a totale confusion entre le sujet (lui) et l’objet (les autres)

Au fur et à mesure que se forme sa conscience, par expériences et positionnements successifs, il apprend à se situer dans son environnement et découvre la distanciation entre lui et son univers. C’est le lent apprentissage de l’autonomie. D’un état ou lui, sujet ,était confondu avec son environnement, les objets, il passe progressivement au stade de la différentiation sujet/objet. C’est ce que l’on appelle le processus de maturation.

Tout l’effet de l’expérience, des apprentissages, de la culture, est d’enrichir la conscience, de la doter d’une identité, et donc d’identifier le sujet par rapport au reste de l’environnement. Cette identification implique une différentiation sujet/objet qui est le reflet de la « maturation » de l’individu.

Le passage du nourrisson à l’adulte est le passage de la confusion sujet/objet à sa différenciation ,à une relation  d’abord émotionnelle puis cognitive.

Les principes de la philo-psychologie relativiste

Imaginons un homme dans l’espace, seul, dans un espace vide sans planètes, sans astéroïdes, sans étoiles. Que serait-il : Rien !

Aurait-il peur, non, de quoi aurait-il peur, il n’y rien. Aurait-il faim ? On serait tenté de dire oui car on imagine un homme ayant vécu sur terre et laché dans cet espace. Mais il s’agit d’un homme vivant depuis toujours dans l’espace qui forcément ne pourrait avoir faim dans un monde ou la nourriture n’existe pas. On ne peut imaginer qu’il a besoin de respirer car il n’y a pas d’air dans cet univers.

Il ne serait rien, même pas un objet, car il n’y a aucun référent pour le définir. Toute définition est relative, il n’existe pas de définition absolue.

Si on définit un homme grand, c’est par rapport à un homme petit ou moyen. Si on définit le jour, c’est par rapport à la nuit. Tout critère de définition est relatif à une référence. Toute définition est un positionnement.

La distance s’évalue par rapport à une référence, le mètre étalon ; le temps par rapport aux rotations de la terre.

Un humain s’évalue par rapport à des critères propres à ses semblables pris en référence.

Le respect s’évalue par rapport à des normes sociales, la liberté par rapport à des normes de contraintes sociales acceptables.

Une théorie se jauge par rapport aux résultats obtenus

Il n’existe aucune définition qui soit absolue, toutes nécessitent la comparaison à une référence. C’est notre principe même de la définition.

On retrouve là le problème de  l’incapacité à prouver l’existence ou la non existence de dieu. Pour définir dieu il nous faut un point de comparaison, une référence. Hors nos références sont toutes du domaine de l’humain, et dieu n’est pas de ce domaine puisqu’il est de nature transcendantale. Ne pouvant définir dieu, on ne peut le juger, prendre une position par rapport à lui. Il nous est extérieur, qu’il existe ou non. La plus part des religions représentent leur dieu par une représentation anthropomorphique. Chez les catholique le représentation du vieillard à barbe blanche a été abandonnée. L’islam à la sagesse de nier toute représentation d’Allah (même si cette sagesse a dérivé en une interdiction radicale de le représenter !).

L’existence n’est pas un fait en soi, elle dépend de l’observateur. Dans la théorie de la relativité d’Einstein les objets perdent leurs propriétés intrinsèques et ne se définissent que dans la relation qu’ils ont entre eux. C’est l’observateur, l’autre, qui « instancie » l’objet, qui lui donne sa réalité, son existence.

Venons-en maintenant au problème des humains, et plus largement à celui des êtres vivants.

Il existe trois niveaux de conscience (le mot est mal adapté car nous verrons que certains sont plus ou moins inconscients !)

  1. Le niveau organique. Ce sont les mécanismes inconscient, innés, sans lesquels l’organisme vivant ne saurait exister, les métabolismes basaux. Citons la photosynthèse, l’assimilation des nutriments, la respiration, la circulation sanguine, la reproduction … . Ils sont plus ou moins communs et indispensables à toutes les espèces.
  2. Le niveau émotionnel. Ce sont des mécanismes générés par les émotions et nécessaires à la survie dans les environnements. Citons la capacité à se situer dans l’espace, la peur, le besoin, la colère, l’empathie, … .Ce sont des impressions que nous ressentons sans les formaliser réellement. Ils sont communs aux animaux et aux humains et permettent une communication dans le non-dit entre les individus
  3. Le niveau cognitif. C’est la capacité de formaliser les émotions pour en faire des sentiments ; des représentations symboliques . Citons la notion du temps, le langage parlé ou écrit, l’expression graphique ou musicale , … . Ils sont l’apanage des humains et permettent la communication codifiée entre eux.

Bien évidemment il s’agit d’une représentation schématique. Ces niveaux ne sont pas des « couches » étanches au frontières clairement définies. Certains animaux sont susceptible de développer un embryon de conscience cognitive, on prête à certaines plantes une capacité émotionnelle, … . Il existe également de grandes différences entre les animaux, et du ver de terre au primates certaines espèces sont plus proche des plantes et d’autres plus proche des humains.

Parlons maintenant des humains. Il m’est difficile de comprendre les plantes sans m’en faire une représentation anthropomorphique qui n’aurait aucun sens. Les animaux dit « supérieurs » car plus proche de nous entrent  un peu plus dans le champs de notre compréhension, mais là encore attention à l’anthropomorphisme qui nous guette à chaque pas. Seul le registre des émotions peut être objet de comparaison car l’animal ne vit pas sur un mode réellement cognitif.

Comment fonctionne un humain ? Il est en contact avec le monde extérieur par ses cinq sens, et seulement par eux. Il n’y à aucun moyen connu  d’appréhender notre environnement que les 5 sens ?

En émission

  1. Il a besoin de transmettre un message à son interlocuteur. Dans sa conscience il construit son message pour en donner une représentation cognitive ou émotionnelle
  2. Ce message est traduit en expression littérale ou pré-gestuelle
  3.  Le message est exprimé sous forme de son (message audio) de représentations picturales, ou de gestuelle (non dit)

En réception

  1. Il reçoit un message visuel, audio, olfactif, gustatif, tactile décrypté par le récepteur considéré et transmis au cerveau, via le système nerveux, sous forme d’un signal électrique.
  2. Le cerveau compare ce signal à des signaux reçus précédemment et ayant déjà pris un sens. Selon les expériences acquises ce sens sera plus ou moins formalisé en émotion, sentiment ,ou contenu cognitif.
  3. Cette nouvelle information est maintenant stockée dans la conscience et servira à l’analyse des messages ultérieurs

Ce mécanisme reflète le principe de la philosophie relativiste. L’objet n’est pas perçu en tant que tel mais par une représentation mentale (image mentale) fabriquée en comparant la perception de cet objet avec des perceptions antérieures déjà analysées.

L’objet n’a plus de réalité intrinsèque mais devient le sujet de notre perception. Il se défini, non par ce qu’il est mais par la relation que l’observateur entretien avec lui.

C’est par un mécanisme récurrent que se forme la mémoire (émotionnelle ou cognitive) Chaque élément perçu prend un sens et est mémorisé par comparaison avec les éléments  précédemment intégrés. La conscience se construit pas à pas au fur et à mesure des expériences vécues et forme un réseau logique de connaissance propre à chaque individu. Le vécu et les expériences de chacun étant différents chaque conscience est différente et constitue l’identité du personnage.

Tout événement est vécu par divers individus et donc analysé par des consciences différentes et la perception de cet événement devient différente pour chacun.

L’objet perd de son sens absolu pour se définir dans des perception différente et relatives à chaque individu. L’objet se défini dans sa relation à chaque observateur. 

ON voit donc que dans la philosophie et psychologie relativiste la notion de relation est de toute première importance. C’est dans la relation, dans l’échange que chacun d’entre nous se construit, se défini et représente sa vie. C’est la relation qui fait notre histoire.

Cette création de notre conscience par apports successifs et intégration des nouveaux messages au réseau informel ou logique de la conscience introduit une notion fondamentale : le positionnement.

Lorsque nous percevons un objet, un être, une situation, l’émotion qu’ils nous procurent est confrontée à nos acquis ultérieur, analysé, jaugé, jugé pour leurs donner la place exacte qu’ils doivent prendre dans notre conscience. Cette prise de distance évaluative est ce que l’on peut appeler notre positionnement par rapport à ce que nous vivons. Elle nous permet de nous situer, de nous référencer en permanence, de nous situer dans notre environnement et dans notre vie. Dans une conscience rigide l’intégration des messages sera difficile et ils prendrons vite une connotation négative voire agressive.

L’ensemble des positionnements que nous avons pu prendre au cours des expériences de notre vie défini notre identité (ce qui nous rend unique donc identifiable), c’est à dire ce que nous sommes (psychologie, caractère, tempérament, culture) ou plutôt ce que nous sommes pour les autres.

La psychologie relativiste s’appuie sur cette notion de positionnement, de référence. Schématiquement on peut dire :

L’angoisse est la difficulté à vivre selon des références bien établies. C’est un état de flottement.

L’anxiété est quand l’angoisse trouve un sujet d’accroche pour se référencer. C’est une branche de salut qui devient obsessionnelle

La dépression est la perte des valeurs socio-affectives de référence

La schizophrénie et certains autismes viennent de l’acquisition de références fractionnées et incohérentes entre elles

Le deuil est la perte des références avec « l’objet » qui a disparu et qui était vécu dans une relation fusionnelle, c’est la perte d’une partie de nous-même.

La radicalité est l’acquisition de valeurs de références sociales trop rigide pour être mise en cause par des expériences ultérieures

La boulimie est un déficit de relations affectives chez un individu sujet à l’angoisse

L’anorexie est un déficit de relations affectives chez un individu sur-référencé, à conscience rigide.

En philo-psychologie relativiste c’est la relation qui fait l’humain. C’est la relation qui construit le positionnement, notre conscience, défini nos références, notre identité, et détermine nos comportements.

Nous sommes ce que les autres perçoivent de nous, ils sont ce que nous en percevons. Hors cette relation nous serions cet homme dans l’espace vide et infini décrit au début de cet article … rien !

Intelligence artificielle et vision dualiste du monde

Alors que notre vision cognitive du monde est terriblement binaire, notre vision émotionnelle est, elle plus empreinte de continuum et de nuances.

En dehors des concepts quantitatifs représentés dans un modèle mathématique comme la température, la durée, la distance …notre approche qualitative du monde est paradoxalement essentiellement binaire. On est grand ou petit,  riche ou pauvre, jeune ou âgé et l’appréciation des continuum ou des limites nous est extrêmement difficile. A partir de quelle limite est on riche, grand, ou âgé ? nous peinons à le définir de façon univoque. C’est le principe de la vision dualiste de notre univers occidental.

Paradoxalement dans ces circonstances nous ne sommes à l’aise que dans le tout ou rien, la nuance étant toujours la source de débats et de nos conflits. C’est une « quantivation » curieuse puisqu’elle repose sur « rien », c’est à dire zéro  ou sur tout c’est à dire l’infini, les seuls éléments de numérisation totalement indéfinis. Zéro, c’est rien, c’est le néant, la non existence. L’infini c’est tout … c’est à dire rien en particulier ! Le zéro et l’infini se rejoignent sur un concept commun : le néant.

Dans nos modèles de représentation logiques, tout est basé sur cette notion de oui ou non, de tout ou rien. Nous ne savons pas représenter le peut-être ou l’à peu près.  Notre modèle du cerveau est basé sur  la connexion ou non  des synapses neuronaux, c’est à dire dans le modèle oui ou non, qui se traduit dans l’intelligence de nos ordinateurs par des bytes valant 0 ou 1.

Ce sera sans doute le grand défi de l’intelligence artificielle car quelque soit la sophistication de nos algorithmes, ils se terminerons inévitablement par des choix binaires 0 ou 1.

Notre univers émotionnel et bien différent. Il admet toutes les nuances, tous les continuum. Certes il se représente dans notre univers cognitif  sous forme logique binaire, mais ce n’est pas sa nature profonde. Notre monde cognitif n’est qu’une représentation, une image codifiée de notre univers intime émotionnel, une forme de schéma simplificateur. Il est la tentative de fournir la meilleure représentation  de ce qui n’est pas représentable : le chaos du monde des émotions.

C’est bien sûr là que va pêcher l’intelligence artificielle. Comme notre cerveau (du moins dans sa représentation actuelle) l’ordinateur ne sait que gérer 0 ou 1. Pas question à ce jour de continuum entre les deux. Sur un octet les bytes sont à o ou 1 et jamais à 0.43794 ou 0.82745. Dans notre cerveau les synapses sont connectés ou non, mais jamais plus ou moins connectés. On pourra avoir une intelligence artificielle représentant notre univers cognitif mais il sera très difficile (impossible aujourd’hui) de représenter l’univers de nos émotion. L’ordinateur ne sait pas gérer le chaos, l’aléa, l’incertitude.

C’est peut-être une bonne nouvelle, l’ordinateur pourra nous aider, être à notre service, mais il est loin d’être capable de nous supplanter 

L’énigme de la conscience : émotion ou cognition

J’ai toujours décrit la conscience comme composée d’images mentales reliées entre-elles par de liens logiques de dépendance. Tout cela est bien beau, mais il reste en suspens certains problèmes

  1. Comment peut-on représenter la notion d’images mentales et de relations logiques ?
  2. Lorsque nous communiquons, notre cerveau reçoit-il un message cognitif analysé par notre conscience cognitive, ou un message émotionnel analysé par notre conscience émotionnelle

Nous allons essayer de répondre à ces deux questions.

Lorsque nous percevons notre environnement, c’est avec nos cinq sens, et uniquement à travers nos cinq sens. Le message reçu (Visuel, Auditif, Olfactif, Gustatif, tactile) est transmis, via des récepteurs, sous forme de signaux électriques au cerveau. Cette perception nous donne une sensation enregistré dans le cerveau. Cette sensation, cette impression, est à ce stade dépourvue de tout sens et ne représente rien. Pour qu’elle prenne un sens elle devra être assortie d’une représentation formalisée qui lui prêtera une signification.

  1. C’est en comparant cette nouvelle sensation à des sensations anciennes (qui elles ont reçu leur formalisation, leur signification) que celle-ci va prendre un sens. Cette comparaison, va donner une valeur à la sensation perçue en créant cette fameuse relation logique entre elle et les sensations déjà explicitées dans notre mémoire. C’est dans le positionnement de cette sensation par rapport aux sensation déjà explicitées que celle-ci va prendre son sens, sa valeur.
    Dans la conscience, chaque image mentale est assortie de liens logiques avec le reste de la mémoire. C’est le couple image mentale – relation logique qui en est l’élément constitutif.
    Notre mémoire est donc composée d’un niveau émotionnel constitué par l’enregistrement de l’ensemble de sensations perçues, et d’un niveau cognitif constitué de l’ensemble des relations logiques de dépendance (ou de comparaison) entre les sensations (images mentales) stockées. La somme de ces deux « niveaux » constitue notre conscience
  2. En ce qui concerne la communication, la solution de notre problème résulte de l’énoncé précédent. Lorsque nous recevons, dans la communication, un message que celui-ci soit verbal, visuel, olfactif ou autre, il ne peut être perçu  que par nos sens, et uniquement par nos sens. Dans cette configuration nous ne pouvons percevoir dans le message que sa partie « émotionnelle », la seule accessible à nos sens, et en aucun cas sa partie cognitive voulue par notre interlocuteur.
    Ce n’est qu’ultérieurement que l’analyse de cette perception (sensation) par notre conscience, la comparaison avec des sensations anciennes déjà explicitées redonnera à ce message les contenu cognitif voulu par notre interlocuteur. On comprend aisément pourquoi le sens du message perçu n’est pas toujours exactement le sens que l’autre à voulu lui donner. Plus la culture est commune, plus les apprentissages sont communs et meilleur sera la transmission de l’information.

La perception est immédiate et ne nécessite aucun apprentissage, elle est pratiquement d’un niveau organique. C’est pourquoi la conscience émotionnelle est le moteur de la vie animale. Par contre la construction de la conscience cognitive, principalement réservée aux humains, est lente car elle suppose un parcours complexe et nécessite une communication avec les autres dans un processus d’apprentissage.

C’est pourquoi les enfants vivent sur le mode émotionnel et le passage à l’adulte, au mode plus cognitif est long et périlleux. La perception, la sensation, ne se trompe pas, par contre son interprétation dans la conscience cognitive et périlleuse et donne lieu à de nombreux contre-sens. C’est pourquoi l’humain a besoin de communication pour évoluer vers le stade adulte. Il n’est pas de développement humain sans apprentissage de la vie et donc sans échanges avec ses semblables.

Le monde réel ou virtuel

Ce que je vais raconter ci-dessous va vous paraître plutôt « abscond », dérangeant, voire farfelu. Ne le rejetez pas à priori, lisez jusqu’au bout, laissez reposer, réfléchissez et revenez-y ! Paris ne s’est pas construit en un jour, notre pensée non plus.

C’est la grande mode que de découvrir, notamment avec internet le « monde virtuel »

Virtuel est un adjectif (qui peut être substantivé : le virtuel) utilisé pour désigner ce qui est seulement en puissance, sans effet actuel. Il s’emploie souvent pour signifier l’absence d’existence. C’est le domaine du possible non existant physiquement. Pourtant le virtuel, non existant, existe bien. Il est donc bien réel !

On doit donc distinguer le virtuel de la pure fiction qui qui serait plutôt du domaine de l’impossible ou improbable non existant.

Il devient donc parfois difficile de distinguer le réel du virtuel puisqu’ils présentent tous deux la même apparence de réalité.

Le cinéma, la télévision sont-ils du ressort du virtuel puisque l’on vit une situation à partir d’une simple représentation codifiée de celle-ci, ou du réel puisque le fait initial sur l’écran est bien réel ?

Penser à un souvenir, revivre en pensée un événement passé est-il du domaine du réel puisque cet événement a bien existé ou du virtuel puisque l’on revit une situation qui n’existe plus ?

Une photographie est-elle un témoignage réel puisqu’elle symbolise un personnage réel à travers un document papier réel ou un témoignage virtuel puisqu’elle nous permet de vivre la présence de cette personne en son absence ?

Lorsqu’un comédien interprète un rôle, c’est un personnage réel qui fait vivre un personnage virtuel, ou est la réalité, l’illusion, ou le réel ?

Ces quatre exemples posent le problème de la représentation codifiée, symbolique, et de son rattachement à l’un des domaines que nous voulons étudier. Peut-on dire que le réel est un fait et que sa représentation est virtuelle et dans ce cas que la majorité des concepts médiatiques que nous manipulons seraient du ressort du virtuel, ou au contraire que la représentation symbolique, à travers un dessin, un écran, un livre sont bien des faits réels et donc que la majorité de ces concepts seraient du domaine du  réel. C’est bien embrouillé, et c’est bien normal car nous allons voir que la distinction entre réel et virtuel n’est pas un fait mais un interprétation intellectuelle de nos perceptions

La réalité

Commençons par la réalité qui paraît paradoxalement plus facile à établir

La réalité est l’ensemble des phénomènes considérés comme existant effectivement. Ce concept désigne donc ce qui est physique, concret, par opposition à ce qui est imaginé, rêvé ou fictif.

Une table, une pomme, une personne vivante, une maison, sont des éléments factuels du domaine de l’existant donc bien réels. On peut les toucher, les voir, les entendre, les sentir, les gouter. A travers nos sens  nous percevons la réalité. Tout ce que l’on peut, a travers nos sens voir, entendre, toucher, sentir gouter sont donc le réel. Néanmoins sont également considérés comme faisant partie du réel toutes les entités dont nous avons connaissance même si elles sont hors de portée de nos sens. La statue de la liberté à New York est bien réelle même si nous ne la percevons pas mais que nous savons qu’elle est là et qu‘ elle existe. C’est donc la connaissance plus que la perception qui définit le concept de réalité. Celle-ci deviendrait alors un artefact cognitif de notre culture et non plus un fait perçu. Il suffit que l’on nous ai appris qu’une entité est réelle pour qu’elle le devienne, sans que nous puissions le vérifier par nous-même. La réalité n’est plus un fait personnel, vérifié et éprouvé par nous, mais un fait culturel basée sur la confiance dans nos apprentissages. De tout temps les hommes ont cru en la réalité des dieux, non pas qu’ils en ait fait l’expérience personnelle, mais parce qu’on leur a appris qu’ils existaient. Les dieux, leurs assistants (anges, démon divers, sous-dieux) sont donc bien réel par culture, apprentissage, confiance, croyance.

L’étude de la géographie, de l’histoire sont des faits culturels auxquels nous croyons sans en avoir toujours l’expérience personnelle.

A travers ces exemples on commence à voir poindre une frontière assez floue entre réalité et virtualité.

La virtualité

Elle est loin d’être nouvelle et le meilleur exemple en est le langage et l’écriture. Une langue est l’outil  de la représentation symbolique d’une pensée. Simplement à partir des 32 « phonèmes »(*) de la langue Française nous pouvons parler, traduire nos pensées et les échanger avec les autres. Il s’agit bien d’une expression codifiée de notre pensée. Pour l’écriture c’est encore un peu plus complexe puisqu’il s’agit d’une codification des phonèmes (eux même codifiés) à partir de quelques symboles graphiques (les lettres et les signes diacritiques). Le langage écrit ou parlé est donc une virtualité totale permettant de communiquer entre les humains des pensées forcement abstraites. On commence à percevoir les limites de notre réalité. Si notre perception personnelle de la réalité peut être envisagée, la communication impose une codification, un symbolisme qui est par essence virtuel. Toute communication par un mode formalisé , et touchant à la sphère cognitive est virtuelle. Le cognitif est lui-même la virtualisation, à visée universelle, d’une perception personnelle.

Se pose maintenant le problème de la communication émotionnelle, les non-dits les sensations, sont-elles du domaine de la réalité ou de la virtualité ? La réponse est simple : La question n’a pas de sens car virtualité et réalité sont des concepts du monde cognitif et n’ont aucun sens lorsque l’on s’adresse aux émotions. Peut-on parler de rage, de tendresse à propos d’une pomme de terre !

Nous reste à traiter le problème de nos perceptions, personnelles et identitaires. Cherchons à en expliquer le mécanisme. Nous percevons notre environnement à travers nos cinq sens :Vue, ouïe, odorat, goût, et toucher. Ce sont nos seul outils de perception connus à ce jour, nos seul moyens de percevoir notre univers, d’en prendre conscience. Nous prendrons à titre d’exemple le sens de la vue, mais ce qui sera dit peut s’appliquer à chacun de nos sens.

Que se passe-t-il lorsque nous voyons un objet ?

 D’abord nous ne voyons pas l’objet mais uniquement la lumière qu’il réfléchit. En l’absence de lumière nous ne voyons rien ! L’objet lui-même  ne nous est pas accessible … c’est une première entorse à la notion de réalité !

Cette lumière frappe l’œil et, en traversant le cristallin, est dispersée sur la rétine par un système plus ou moins similaire aux systèmes optiques. Les cellules de la rétine transforment cette énergie lumineuse en  énergie électrique qui sera transmise vers le cerveau via les nerfs optiques … on s’éloigne pas mal de la réalité et on s’approche d’un schéma de communication codifiée !

Le cerveau reçoit ces impulsions électriques et les enregistre dans la mémoire. Mais à ce stade elles n’ont encore aucune signification et sont simplement du registre des émotions. Pour leur donner un sens, notre cerveau va maintenant les comparer à des enregistrements antérieurement appris. C’est ici que la notion d’apprentissage va prendre toute son importance.

Lorsque, par exemple, enfant on vous a appris à reconnaître les couleurs, votre maman, papa, vous ont montré, par exemple, un carré vert. Votre cerveau a enregistré les signaux électriques reçus. On vous a alors dit : «  c’est du vert ». Maintenant vous avez associé la vision du carré vert et la notion cognitive de «vert ». Chaque fois que votre cerveau recevra ce type de signaux il les identifiera comme générés par une entité verte. Notre vie est un constant apprentissage et à chaque instant nous apprenons ou reconnaissons des milliers de sensations visuelles qui sont autant d’images mentales intégrées dans notre mémoire. Notre conscience est ainsi peuplées de milliards d’images mentales indexées  entre elles par des liens logiques de dépendance.

Ce qui est valable pour les perceptions visuelles l’est également pour les perception sonore. Les sons, les bruits, se perçoivent mais leur significations’apprend. L’apprentissage des « phonèmes » va permettre le langage. Il est très difficile de bien parler une langue étrangère car les phonèmes de base de la langue n’ont pas été acquis dans le plus jeune âge et deviennent difficiles à intégrer à l’âge adulte. On a toujours tendance à se référer aux anciens phonèmes acquis dans notre jeunesse. Un Français parlera toujours l’Anglais avec « un accent Français »

L’odorat, le goût, et le toucher sont plus difficiles à intégrer car les repères cognitifs appris manquent en référence. Seuls les odeurs, les goûts, et les sensation tactiles les plus fréquentes fournissent un apprentissage entier qui permettra de les identifier, c’est pourquoi, par faute de véritable apprentissage ces sens sont moins développés et moins utilisés.

On comprend après tout cela comment il est difficile d’approcher la réalité du monde. Nous ne voyons pas le monde mais simplement son reflet, transformé en signaux électriques et identifié à partir de l’apprentissage que nous en avons fait. C’est cet apprentissage, cette culture au sens le plus large qui donne un sens à ce que nous percevons. Nous avons, par principe, par décision, appelé réalité ce que nos sens nous transmettent analysés dans un univers culturel. Cette réalité n’est pas un fait mais une définition a priori. La réalité est une construction intellectuelle, dans notre conscience cognitive, elle n’est donc que de nature virtuelle et la frontière entre réalité et virtualité est tombée !

Mais nous avons décidé que cette représentation virtuelle personnelle de notre monde était notre réalité, c’est pourquoi cette réalité n’est pas exactement la même pour tous le monde (*) Un phonème est la plus petite entité de son utilisée dans un langage

L’espace existe-il ?

Dans les apprentissages que fait le petit enfant, la découverte de « l’espace » et l’un des premier et donc l’un des plus fondamentaux. Le tout petit bébé doit avant tout apprendre la relation de coordination entre les diverses parties de son corps, le concevoir non comme un puzzle de pièces indépendantes mais comme un tout (le puzzle réalisé). Cette coordination est absolument nécessaire pour, par exemple, l’équilibre dans la marche bipédiques. On peut penser, mais sans aucune certitude, que certains troubles autistiques pourraient venir d’un apprentissage défectueux à cette période. Ensuite l’enfant va devoir apprendre à se positionner dans l’espace, évaluer les distances, envisager les obstacles, se créer des itinéraires. Il va découvrir la notion générale d’espace. Il va apprendre à créer une géométrie, une topologie de son environnement.

C’est Newton qui en 1697 à donné la première théorisation scientifique de l ‘espace. Celui-ci est, pour Newton, de nature transcendantale, étrangère à l’homme. Que l’espace soit ou non peuplé par l’humanité il existe, il est indépendant de la matière qui, éventuellement, le peuple. Dans la conception religieuse de l’époque Dieu à créer la terre et le ciel, il a donc créé l’espace.

L’espace serait comme une gigantesque boite dans laquelle évolueraient les humains.

Cette notion serait alors de nature divine et échapperait à tout représentation humaine.

Le problème c’est toujours posé aux hommes de décrire l’espace pour pouvoir le quantitativer et l’utiliser. Ce problème est donc la mesure de l’espace.

Toute mesure est à la fois différentielle et référentielle, c’est à dire qu’elle implique une origine, une fin, et une unité de mesure. Origine et fin sont deux points identifiés de l’espace, et l’unité de mesure est le mètre ou des multiples du mètre.

Originellement on a utilisé une barre de métal à faible coéfficient de dilatation, dit mètre étalon, pour représenter le mètre. La distance entre deux points de l’espace est donc le nombre de fois que l’on peut y inclure ce mètre (ou ses multiples). La mesure de l’espace se réduit donc à une mesure d’une autre grandeur qui est la distance.

On peut savoir combien de mètres représentent une distance, mais on n’a aucune notion de combien mesure, dans l’absolu, un mètre.

Nous pouvons donc accéder à une représentation topologique de notre environnement en évaluant la position spatiale des objets les uns par rapport aux autres. Chaque objet est positionné par rapport à ses voisins immédiats ou éloignés. C’est une représentation sur dimensionnée puisque un objet A est positionné par rapport à ses voisins B et C, eux même positionnés par rapport à une objet D. Mais A est également positionné par rapport à D. A possède donc 2 positionnements qui doivent être en cohérence.

L’important dans cette vision pratique c’est que l’univers, l’espace, à pour limites le dernier objet connu, le plus éloigné dans chaque direction. L’univers reste limité aux objets identifiés et s’éloigne donc de la représentation Newtonienne ou l’espace est infini et de nature divine.

Autre différence fondamentale, dans la représentation de Newton l’espace est indépendant des humains qui le peuplent. Dans la représentation pratique l’univers n’existe que par la présence d’un observateur. C’est lui qui crée la topologie de son univers qui devient non un absolu mais une représentation mentale personnelle.

Dans l’espace de Newton les hommes ont besoin de Dieu pour évoluer, dans l’espace, dans la représentation pratique c’est l’espace et dieu, qui ont besoin des hommes pour exister.

Les deux représentations ne sont cependant pas incompatibles puisque au-delà de l’univers des objets identifiés reste une interrogation sur la « finitude » de l’espace qui peut être comblée par une représentation plus métaphysique comme celle de Newton

NB : Dans la représentation de Newton espace et temps sont des contenants de l’homme et de la matière. Ceci implique que les hommes évoluent dans deux contenants différents ce qui est paradoxal. Si on suppose que ces deux contenants n’en font qu’un, on pourrait facilement l’appeler « espace-temps ».

On peut dire qu’à l’échelle humaine l’espace n’existe pas et que seul nous est accessible la notion de distance et la géométrie du monde que nous nous fabriquons.

Le temps existe-t-il ?

La notion de temps telle que nous la connaissons est relativement récente.

Elle  a été théorisée par Newton en 1687 dans ses « principia mathématica ». Pour lui le temps est universel et éternel. Il existe (tout comme l’espace) en dehors de l’homme de la matière et de l’énergie. Qu’il soit peuplé ou non le temps (comme l’espace) existe et s’écoule. Présenté comme tel le temps est une transcendance à l’homme, de nature quasi  religieuse. Ceci  correspond à la vision chrétienne du dieu  ayant créé l’univers, donc le temps et l’espace. Ces deux grandeurs de nature divine échappent à tout contrôle par l’humain.

C’est toujours ce concept de temps que nous utilisons, sans en avoir pleine conscience, tous les jours dans notre vie quotidienne.

Temps et durée

En fait quand nous utilisons la notion du temps nous utilisons, sans nous en rendre compte, la notion de durée.

Si je dis : « Nous sommes en 2020 », il ne s’agit nullement d’une position dans le temps,  cela signifie qu’il s’est écoulé 2020 années depuis notre « origine du temps » placée en l’an zéro, année supposée de la naissance de Jésus Christ. Comme celle-ci, origine des temps, et plutôt incertaines on comprend que mon affirmation que nous sommes en 2020 est loin d’être fiable.

Dans beaucoup de systèmes informatique la date (ou le temps) correspond au nombre de secondes écoulées depuis le 1 janvier 1970. Ce temps est universel puisqu’il ne dépend pas de la géographie du lieu. Ici encore il s’agit de durée.

Lorsque l’on dit : « combien de temps faut-il pour aller de Paris à Marseille », il s’agit bien de durée et non de temps.

La mesure du temps

Le temps ne se mesure pas et seule la mesure de la durée nous est accessible. C’est une mesure que l’on peut qualifier de différentielle et référentielle. Elle suppose un début, une fin (différentielle) et une unité de mesure (référencielle), ce qui est le cas général pour les mesures.

Début et fin sont des paramètres qui sont véritablement liés au temps mais qui ne nous sont pas directement accessibles, sauf sous forme de durée chacun d’eux étant évalué par rapport à la même origine (an zéro). C’est, en fait, la différence entre ces deux durées qui représente la durée que nous cherchons à évaluer.

L’unité de mesure, dans ce cas appelée base de temps sert à quantitativer cette durée et la rendre intelligible.

Ce schéma est celui de toutes les mesures classiques. Pour mesurer une distance, on a (à l’origine mais ce n’est plus d’actualité) pris une barre de métal de très faible coefficient de dilatation et décidé que cela représentait le mètre (dit mètre étalon). Il suffisait alors d’évaluer combien de fois ce mètre pouvait être contenu dans la distance à évaluer pour obtenir cette distance en mètre.

On sait donc mesurer cette distance en mètres, mais on ne sait toujours pas dans l’absolu, combien mesure 1 mètre !

Pour le temps on a utilisé diverses unités (bases de temps)

  1. La plus connue est le jour, divisé en 24 heures, qui représente la durée d’une rotation de la terre sur elle-même. Elle est théoriquement invariante à notre petite échelle, mais en fait elle varie très doucement dans le temps
  2. On à utilisé pour définir l’année la rotation de la terre autour du soleil (elle aussi supposée en première approximation constante).
  3. Nous utilisons donc deux bases de temps différentes et sans cohérences entre elles. En fait l’année représente 356,2422 rotations de la terre sur elle-même. Pour rétablir la cohérence on ajoute tous les quatre ans à l’année le 29 février pour retrouver une certaines cohérence, du moins à l’échelle des réalités quotidiennes. D’autres correction plus fines sont menées périodiquement pour tenir compte du fait que 0,2422 n’est pas 0,25 soit un quart pile de jours.
  4. On a depuis défini bien d’autres bases de temps beaucoup plus précises fondées sur des vibrations atomiques, mais cela ne modifie pas le principe général de mesure : début, fin, unité.
  5. Mais avec tout cela on ne sait toujours pas, dans l’absolu, combien de temps met la terre à tourner sur elle-même, combien de temps met la terre pour tourner autour du soleil, combien mesure un mètre, ou combien pèse un kilo

Passé, Présent, Avenir

Ces trois concepts sont étroitement liés à la notion de temps. Pour mieux les comprendre livrons nous à une petite expérience :

Pensons successivement à un évènement de notre passé, à une événement présent, et à un événement anticipé dans notre futur.

C’est fait ?  Alors continuons

C’est trois événement, nous y avons pensé, nous les avons vécus ou revécus uniquement dans le temps présent. Il nous est impossible de revivre le passé autrement que dans notre présent, de même que nous ne pouvons imaginer notre futur que dans le temps présent.

Dans cette vision, passé, présent, avenir, se confondent dans une forme d’universalité du temps. Ils ne sont plus qu’une chronologie des évènements, avant – après, ou cause – effet. Le déroulement des événement dans le temps est la simple construction d’un réseau de relations logiques, un faisceau relationnel entre les évènements. Le temps devient d’essence humaine puisqu’il se construit à partir de la perception des évènements, du vécu de chacun. Il perd son caractère universel pour devenir personnel comme toutes les perceptions.
En mécanique quantique, Maxwell a montré que l’évolution d’une entité ne dépendait que de son état présent en remettant en cause la notion physique de passé et de futur.

On est donc face à deux conception très différentes :

  1. Le temps dit « Newtonien » de nature transcendantale, rapidement transformé en religion. Il est universel … et si j’osais je dirai intemporel et éternel. Ceci représente exactement la nature divine. Dans cette notion le temps se fiche pas mal des hommes, ce sont les hommes qui ont besoin du temps.
  2. La notion que j’ai décrite plus haut dans laquelle le temps n’a plus son côté magique et transcendantal. Il est issue, et fabriqué par les humains. C’est le temps qui a besoin des hommes pour exister

Conclusion

Selon ce qui est exposé au-dessus la question : « Le temps existe-t-il ? » peut en fait se ramener à : « Dieu existe-t-il ? » c’est à dire à une question qui n’a aucune réponse. Je doit dire, qu’il me semble, que dès qu’une notion commence à flirter avec la métaphysique elle débouche inévitablement sur la question de l’existence de dieu.

–Temps populaire

 Tel que décrit par Newton. C’est le temps des religieux, de ce qui croient en un Dieu créateur de l’univers, même s’il sont persuadés de ne pas croire. Il nous est pratique dans la vie quotidienne car conforme à la philosophie populaire, il s’accommode de toutes nos convictions et ne heurte personne. Cependant ils est en désaccord avec la pensée moderne et crée un fossé entre les « sachants » et « le peuple »   Il est pratique mais obsolète. Dans cette définition le temps est dit contigent car il dépend d’une force extérieure.

—Le temps de la psychologie relativiste

C’est le plus proche de celui des physiciens. Il tend à se passer de dieu, sans se passer toute fois d’une certaine pensée transcendantale dont il aurait sans doute besoin pour aller plus loin dans son analyse. Le temps est un arrangement chronologique des évènements dans notre conscience, c’est cette chronologie qui secrète la durée, grandeur que nous pouvons évaluer mais pas mesurer dans l’absolu. Ce qui explique que dans cette conception l’absolu est rejeté. Dans cette définition le temps est immanent, c’est à dire auto généré.

–Le temps des physiciens 

 incompréhensible pour les « humanoïdes ». Il résulte de la théorisation de la matière et peut varier en fonction des théories. Le temps de la relativité peut ne pas être celui des quantiques. La notion évolue en fonction des progrès de la physique.

PS : Pour répondre à la question posée, le temps existe-il ?, citons :

Fernand Raynaud : « ça dépend, si y a du vent ! »

Ou

Laspales : « Y en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes ! » ou encore : « C’est vous qui voyez ! »

Chacun croit à sa version. Dieu existe, le temps est transcendantal, Dieu n’existe pas, le temps est du domaine de l’humain. Dans tous les cas le temps n’existe pas car s’il est transcendant il est du domaine de la croyance et non de la réalité humaine et s’il est une construction de l’esprit humain il n’a pas d’existence propre car il n’existe que sous formes d’images mentale dans notre conscience … ce qui n’est pas très différent d’une croyance !

Du big bang aux trous noirs

Ce que je vais vous raconter est bien sûr une histoire, un conte philosophique, qui se pare d’effets scientifiques mais ne présente aucune crédibilité. … pourtant on a souvent vu les histoires de science-fiction s’avérer, avec le temps, pas si sottes.

Dans la théorie de la relativité d’Einstein toute entité massive déforme l’espace-temps (originellement plat) et cette courbure influence le trajet des autres corps en mouvement qui passent à sa portée. D’une trajectoire linéaire elle leur donne une trajectoire incurvée. Si cette inflexion est suffisamment forte les corps moins massifs finissent par tourner autour des corps plus massifs. Lorsque les corps en rotation se heurtent, ils peuvent fusionner pour donner une entité encore plus massive et surtout plus dense.

A force de fusionner et de se densifier les entités célestes finissent par créer ce que l’on appelle des « trous noirs ». C’est un point de l’univers ou la matière (ou l’énergie) est si forte et si concentrée qu’elle crée une intense déformation de l’espace-temps. Cette déformation est si intense que les corps qui gravitent dans son voisinage ne vont pas seulement tourner autour du trou noir, mais être carrément absorbé par lui, comme dans un vortex, pour venir fusionner avec la matière présente et créer un trou noir encore plus intense et actif

Un trou noir de forte intensité peut même absorber de plus petits trous noirs.

Progressivement les trous noirs absorbent toute la matière, puis les plus gros trous noirs absorbent les plus petit, jusqu’à ce que tout l’univers se concentre en un seul point, un seul énorme trou noir.

On obtient alors les conditions initiales du Big Bang ou toute la matière de l’univers est concentrée en un seul point. Le Big bang peut alors se produire, exploser, former l’univers céleste en expansion, les systèmes de galaxies et les systèmes solaires, puis les trous noirs, puis le grand trou noir, puis encore le Big Bang.et ainsi  de suite.

Voilà un univers sans début ni fin, en perpétuel renouvellement, et qui respecte (ou peu s’en faut) les règles de la relativité. L’univers en extension fini par se retrouver concentré en un point, prêt à s’étendre de nouveau, dans une succession d’explosions et de concentrations.

Évidemment tout ceci est une fable, un conte, mais qu’importe pourvu qu’il nous entraîne dans un univers ou tout s’explique sans avoir besoin ni de dieu, des hommes.

Emmener moi au pays de merveilles !

La notion de temps chez l’animal et chez l’humain

Avec la notion d’espace, la notion de temps est une grandeur qui joue un rôle primordiale dans la représentation de la vie quotidienne.

Contrairement à la notion d’espace que tout être vivant capable d’émotions et susceptible  d’acquérir par sa propre expérience, la notion de temps est le fruit d’un apprentissage. On n’apprend pas aux enfants à apprécier l’espace, ils le découvrent, par contre on leur apprend le temps. Avant/après, hier/demain, matin/soir, puis les jours, les heures, lire l’heure, les dates, …

On pense apprendre le temps aux enfants, mais en fait on leur apprend la chronologie et les relations de dépendances causales.

La cause précède l’effet, donc elle se place avant. L’effet suis la cause donc il se place après. Le temps n’est que l’enchainement chronologique des événements qui  se positionnent les uns à la suite des autres dans des relations de dépendances.

En ce sens le temps n’est pas une grandeur que l’on peut appréhender , mesure. Quand on dit « nous sommes en 2020 » ceci ne marque pas un temps mais une durée, la mesure de l’écart qui nous sépare d’une origine qui est la naissance (supposée) de Jésus Christ . Ce que nous appelons « temps » est toujours une durée entre un point origine et un point destination. Cette durée se mesure toujours à partir d’un étalon référant comme la rotation de la terre autour du soleil pour les année ou la rotation de la terre sur elle même pour les jours. Cet appel à deux références distinctes pour mesurer les années et les jours induit que le « temps » des années n’est pas le même que le « temps » des jours. On est alors obliger d’introduire un correctif tous les quatre ans (29 février) pour presque rétablir, la cohérence de ces deux temps.

Le temps ne peut s’appréhender et la durée se mesure par rapport à un étalon référent dont la mesure absolue ne nous est pas connue. La terre tourne sur elle-même en un jour n’est pas une mesure, mais une définition. Nous ne savons pas définir dans l’absolue le temps que met la terre pour faire une révolution autour de son axe, sauf à la mesurer par rapport à un autre étalon arbitraire dont on ne connaitrait pas la durée.

Le temps n’existe pas, et la durée est une valeur référentielles qui nécessite un étalon de référence.

Notons au passage que l’on pourrait faire le même raisonnement ave l’espace qui n’est pas une grandeur. Seule la distance est mesurable mais toujours en référence à un étalon arbitraire (mètre, année lumière, coudée … )

Dans la mesure ou le « temps » est un système de référence logique dans lequel c’est la relation de causalité entre les événements qui établit une chronologie il est du ressort de la « conscience cognitive » telle que définit dans la psychologie relativiste.

La grande différence entre la perception du temps (et de l’espace) par l’animal et l’homme est que pour le premier elle est instinctuelle, globale, émotionnelle, alors que pour le second elle est réfléchie, analytique, cognitive.

L’animal vit à travers ses émotions, et l’homme à travers ses émotions sublimées dans sa raison.

Il n’est pas toujours facile pour nous humain de nous « représenter » le temps. C’est ce que nous avons vu précédemment car nous sommes encore imprégné de la vison de Newton dans laquelle le temps est un réceptacle universel dans lequel se déroule notre vie. C’est une vision religieuse, transcendantale, du temps car celui-ci existe, alors, en dehors de l’homme. Le temps n’a pas besoin de l’homme pour exister, il lui pré existe.

Avec la disparition progressive du sentiment religieux dans la pensée les philosophes modernes ont modifiés leur vision du temps qui, dans l’ensemble, se rapproche de ce que nous avons développé plu haut.

En ce qui concerne la notion de temps chez l’animal il nous est extrêmement difficile de nous la représenter car par sa nature émotionnelle elle échappe à toute représentation structurée et codifiée.

Pour un animal le temps existe mais sans le passé et sans le futur. L’animal se vit au présent. Ses souvenirs, ses éventuelles et rares anticipations ne sont pas, comme pour nous organisés dans une chronologie ou des relations causales, mais comme un ensemble universel ou tout existe en même temps. C’est sans doute la vision du monde que doit avoir un nourrisson avant le développement de sa conscience cognitive, un monde ou souvenirs, vécu présent, se mélangent sans être hiérarchisés dans un temps. Ceci n’empêche ni l’apprentissage (puisque les souvenirs existent),  ni une certaine , mais très faible, capacité de projection causale dans ce que nous appellerions futur, mais l’animal vit ses souvenirs au présent sans organisation temporelle. Pour lui tous les jours sont aujourd’hui. C’est une expérience que nous pouvons faire :

Si on pense à un événement passé, qui nous est arrivé, en fouillant dans notre mémoire, on revit ce souvenir au moment ou il nous revient en mémoire, c’est à dire dans le présent … exactement comme un animal ou un nourrisson. C’est par une « gymnastique » de mémoire, par des référentiels temporels que nous classons les événements dans une chronologie. L’homme est un animal qui structure ses souvenirs, organise sa pensée en définissants des relations logiques de causalité entre eux.

PS : A noter que chez l’animal la notion de temps comme la notion d’espace ne sont pris en charge par aucun système de représentation formalisé. Les deux se confondent dans une approche globale régie par l’émotion et l’intuition.

La notion d’espace chez l’animal et les humains

La notion de positionnement dans l’espace est l’une des première acquise par les animaux « dit » supérieurs et les humains. Elle permet de se situer dans un environnement, proche, lointain, voire virtuel dans le cas des humains. Elle est indispensable à la notion de mouvement, c’est pourquoi on la retrouve chez tous les êtres capables d’émotions, donc de réactions.

En préalable à la notion d’espace on doit retrouver chez tous ces êtres une notion importante que nous appellerons « fonction de coordination ». Elle assure le lien de coordination entre les divers éléments de notre corps. Par exemple d’évaluer la position relative d’une main (ou d’une patte) non seulement par rapport à l’environnement mais également par rapport à l’ensemble des éléments de notre corps (pieds, corps, tête, …). Il s’agit d’un positionnement interne, une référence de chaque partie de nous-même par rapport à notre entité globale. Les sportifs, les danseurs, savent bien combien pour chaque geste cette notion de coordination est fondamentale.  Comment apprécier la position d’un pied et d’une mains dans un espace sans établir une relation entre la position de cette main et de ce pied. Le petit être naissant doit tout d’abord  apprendre à se situer, se ressentir comme un tout avant de se situer dans l’espace. Il faut « être » avant de « paraître » dans l’espace.

On peut penser, et c’est la une hypothèse absolument gratuite et sans garantie, que l’origine de certains autismes pourrait se trouver dans cette difficulté chez certains individus de se voir, de se sentir, comme un tout, et non comme un ensemble de détails éparpillés.

Un nourrissons peut rapidement bouger sa main ou ses pieds sans réelle coordination, mais pour mouvoir son corps comme dans la station debout cette notion est indispensable. Il n’y a pas d’équilibre sans coordination musculaire.

Chez les animaux cette indispensable coordination vient très rapidement (particulièrement vite chez certains mammifères (Vaches, Chevaux, Antilopes, Zèbres, …) et les animaux peuvent généralement se mouvoir sous deux à dix jours. Ils peuvent alors acquérir le positionnement dans l’espace, le sens d’un trajet, l’évitement des obstacles, l’orientation. Non seulement le sens de l’espace est plus précoces chez les animaux, mais il est infiniment plus développé et leur permet des performances qui ne laissent pas de nous étonner.

Comment un chat perdu loin de « chez lui » peut-il revenir à bon port ?

Comment les oiseaux migrateurs trouvent-ils et retrouvent-ils leur chemin ?

Comment des poissons, des tortues, retrouvent-elles la plage ou la baie ou ils sont nés pour venir se reproduire ?

Autant de questions  qui ne trouvent pas leur réponse en utilisant les critères de positionnement dans l’espace utilisés par les humain. Il est vrai que nos points de repères « spatio-temporels » sont beaucoup basés sur des éléments cognitifs , acquis par l’éducation, (cartes routières, géolocalisations, signalétique, points de repères, …) ce dont sont dépourvus les animaux. Il est certain que nous n’avons pas exploré toutes les facettes de l’univers émotionnel, englués que nous sommes dans un univers rationnel cognitif. Pour comprendre les choses nous avons besoin de les formaliser dans des représentations codifiées. Mais l’émotionnel profond échappe, par essence, à toute formalisation et de ce fait nous reste étranger.

Les animaux ont sans doute un ressenti des événements infiniment plus étoffé que nous, mais par contre nous savons de façon infiniment plus efficace gérer les quelques émotions qui nous frappent. La capacité de passer de l’émotionnel au cognitif confère aux humains la possibilité de raisonner, de définir des liens de dépendance logiques, d’acquérir la notion du temps, de l’histoire et du futur. Le bilan reste en notre faveur !

PS : Nous ne pouvons comprendre les animaux car eux vivent sur un mode émotionnel alors que nous ne pouvons appréhender qu’une vision cognitive de ce que nous vivons. Toute interprétation du vécu animal ne peu être qu’anthropomorphique, dans la mesure ou ne le reconstituons qu’à partir  de notre monde, le monde des humains.de concept et d’images

L’animal et l’espace-temps d’Einstein

Depuis l’hypothèse d’Albert Einstein d’introduire à la place du temps et de l’espace une grandeur unique appelée espace-temps nous butons à rechercher une représentation intelligible de ce nouveau paramètre.

Nous sommes tellement imprégnés de la représentation dites « Newtonienne » du temps et de l’espace qu’il nous est impossible de nous représenter notre univers autrement.

Prenons l’exemple de la vue. Note représentation de l’espace est essentiellement portée par la vue et l’interprétation des signaux optiques par notre cerveau. Nous savons interpréter les couleurs, le relief,  les distances grâce à la notion de perspective, les mouvement grâce à la persistance rétinienne, etc. etc. Nous avons construit la représentation de notre univers sur le sens de la vue (principalement)

Lorsque nous envisageons la vision de l’univers par une chauve-souris à partir du principe d’écholocation, autant nous pouvons imaginer pour l’animal la perception des obstacles, l’appréciation des distances, autant il nous est difficile d’imaginer pour lui une perception de son environnement aussi riche que la nôtre. Pourtant, sans doute, cet animal n’a pas une vision du monde limitée à cette simple détection radar, sans doute en a-t-il une vision plus complexe, plus complète, que nous sommes incapable d’imaginer … car elle peut être en dehors des concepts que nous avons établi.

Si on prend l’exemple de l’odorat, pour nous il se limite à la perception d’une odeur et son analyse en  termes de « connu-pas connu », « agréable ou désagréable ». Nous sommes bien sûr incapable d’en donner une représentation graphique ou linguistique (à l’exception du langage sommaire et peu diffusé des parfumeurs ou des aromaticiens).

Pour les animaux la perception d’une odeur est bien plus que cela. Comme nous sa perception olfactive lui permet d’identifier une odeur mais avec une précisions infiniment supérieure à nos capacité. Son odorat lui permet d’identifier une espèce (homme, chien, chat, lion, …) mais même, s’il l’a connu, d’identifier un individu dans une espèce.

Il peut également, à travers l’odeur, évaluer l’état émotionnel de la source, effrayée, calme, … sans bien sûr s’en donner une représentation psychologique.

De plus l’animal peut apprécier avec une grande précision à qu’elle distance se trouve la source de cette odeur. L’odorat de l’animal lui permet d’évaluer des distances et donc de se donner une vision spatiale de son environnement.

Encore plus fort, l’animal qui suit une trace peut évaluer de quand date cette trace olfactive, ancienne ou fraîche. Sa perception olfactive inclus une notion de temps.

A travers une seul sens qui est l’odorat, l’animal peut, non seulement, identifier un objet ,mais également, dans une seule globalité, le placer dans le temps et l’espace.

On peut dire que l’animal situe un objet dans une forme d’espace-temps, c’est à dire dans un univers clairement relativiste.

PS : On voit que la philosophie, psychologie relativiste, fondée sur la perception des relations entre les objets, est proche de l’univers relativiste des physiciens

L’émotion : schéma énergétique

Voyons comment les notions d’émotion, de positionnement, et de nécessité de communication peuvent se formaliser dans un modèle énergétique

La notion d’énergie est sans doute la représentation, la plus universelle de la vie. On la retrouve en physique dans la thermodynamique (science des échanges d’énergie) autan que dans la mythologie Hindou, Brahma étant l’énergie créatrice et Shiva l’énergie destructrice, ou encore dans toutes les philosophies Bouddhiques ou para-Bouddhiques pour lesquelles la notion d’énergie libérée ou bloquée est omni présente. Dans les religions chrétiennes le saint esprit peut être vu comme l’énergie divine qui donne à l’homme la force de sa foi.

Dans le règne végétal les plantes ont besoin d’énergie pour vivre. Elles consomment les nutriments de la terre (véhiculée par l’eau), le CO2 de l’air, ainsi que l’énergie solaire pour réaliser leur photosynthèse, c’est à dire la fabrication de matière vivante. Cette dernière peut être considérée comme une énergie potentielle qui servira à alimenter les herbivores et les insectes, ou via leur décomposition à reconstituer les nutriments de la terre, ou les énergies fossiles comme le pétrole ou le charbon. A noter que la plante trouve son nutriment dans la terre ou elle est plantée et n’a donc pas besoin de se déplacer pour survivre. Elle n’a donc pas besoin de la notion de positionnement dans l’espace.

Dans le règne animal ( animaux et humains) , la vie à également besoin de nutriments pour se développer. Les animaux consomment des plantes, d’autres animaux, de l’oxygène de l’air, qui sont soit stockés sous forme d’énergie potentielle (à consommer plus tard) dans les muscles et dans les graisses, soit utilisés sous forme d’énergie cinétique pour générer le mouvement, donc la vie. A noter que contrairement aux plantes les animaux doivent consommer de l’énergie pour rechercher et acquérir les nutriments qui leur sont nécessaire. Il leur est donc nécessaire d’acquérir la notion de positionnement dans l’espace.

On peut noter trois niveaux de développement de la conscience entre les plantes, les animaux, les humains.

Les plantes

Elles ne possèdent pas de cerveau clairement défini. Elles obéissent aux simples lois de la sélection naturelle qui les a dotés des capacités fonctionnelles nécessaires à leur survie. On peut dire qu’elles n’ont pas de conscience (au sens ou nous l’entendons pour les humains). Elles sont gérés par des processus chimiques, ou photochimiques, les lois de leur environnement naturel et n’ont que peu de capacités d’adaptation en cas d’évolutions de leurs conditions de vie.

Les animaux

Ils sont plus évolués et possèdent un cerveau, et des récepteurs (vue, ouïe, odorat, gout, et toucher) qui leur permettent de percevoir les messages issus de l’extérieurs. Ceux-ci, apparemment formels, sont en fait reçu par ces récepteur sous forme de messages dépourvus de sens, comme de simples signaux électrique certes complexe mais dépourvus de signification. C’est l’interprétation de ces signaux par le cerveau ( la psyché) qui leur donnera un sens. C’est donc la capacité du cerveau à fournir un formalisme codifié à ces impulsions électriques qui leur donnera une signification.  Pour les animaux la capacité à formuler les émotions est faible et peu sophistiqué. Elles sont analysées comme gratifiantes ou pénalisantes, alarmant ou sécurisantes, c’est à dire assez peu formelles et plutôt globales. Les animaux peuvent se projeter dans l’espace mais pas dans le temps, ils ressentent des émotions mais ne peuvent en faire des sentiments et encore moins un récit. Ils sont plus sensibles aux signaux portant sur les sens plus primitifs (odorat) que sur les sens plus formalisables (vue, ouïe)

Les humains

Comme les animaux les humains perçoivent les messages issus de l’extérieur, surtout par la vue et l’ouïe, mais ils ont, contrairement aux animaux, une forte capacité à les transcrire dans des représentations formelles comme le langage ou les images. De cette capacité à formaliser, les humains développent la notion de temps ou plutôt de chronologie. Ils peuvent, par des liens logiques, organiser les représentations des événements en cause et effets, en  avant et après, ce qui permet de les structurer en un récit chronologique

Cette capacité des humains à formaliser leur vécu est devenu une nécessité. Ils ont besoin de formaliser leurs émotions (les messages perçus) pour se situer par rapport à elles, se positionner, acquérir en toutes situations des repères. Pour l’humain l’absence de repère est le moteur de l’angoisse. La seule façon de résorber cette angoisse est d’intégrer la situation au réseau formalisé et logique de leur connaissance. L’humain à un besoin absolue de comprendre, d’expliquer, de représenter sa vie dans une formulation logique codifiée. Quand se présentent des événements qu’il ne peut expliquer il invente la notion transcendantale de dieu qui constitue, apparemment, une explication logique à tout ce que l’humain ne peut comprendre

Schéma énergétique de l’émotion

On peut considérer que le nutriment, le carburant de la psyché, est l’information contenue dans les messages reçu de l’extérieur et perçues par nos sens. C’est cet apport d ‘énergie qui va alimenter le moteur de notre psyché et ainsi créer  le mouvement de la vie. Cette énergie pourra être utilisée :

Pour enrichir la structure de notre conscience de nouvelles informations intégrées à notre réseau logique de connaissances. Toute organisation d’un réseau, toute création d’une structure, consomme de l’énergie et est stockée sous forme d’énergie potentielle. C’est l’acquisition de la connaissance, la formation de notre conscience, de notre vision du monde, de notre identité.

Pour déclencher des réactions émotionnelles telles que suées, rougeurs, tremblements, palpitations, mouvements incontrôlés,  diarrhées, vomissements, perte de connaissance, qui constituent des réactions de défense destinées à consommer une énergie en excès.

Pour déclencher des comportements soit émotionnels comme la peur, la colère, le fou-rire, la pitié, les divers sentiments, … soit  des comportements plus raisonnés qui permettent de faire face à la situation vécue. Ces comportements sont des messages ré émis vers l’extérieurs qui, en consommant de l’énergie visent à restabiliser notre équilibre bousculé

Conclusion

C’est l’information issue de l’extérieur qui constitue le moteur de notre vie, ou du moins la conscience que nous avons de vivre. Si ces messages viennent à manquer, si notre capacité cérébrale de les analyser, on peut dire que nous sommes en état de mort cérébrale, assimilé à une plante. L’émotion née d’un déséquilibre de notre psyché. Nous devons consommer l’énergie, les messages reçus pour éviter tout désordre de notre conscience. Paradoxalement bous ne pouvons-nous passer de ces messages qui alimentent notre conscience et notre sentiment d’exister.

L’humain est une drôle de machine, déstabilisé par toute information reçue, luttant pour retrouver son équilibre, mais qui ne peut se passer de cette stimulation  externe.

La vie est ce mouvement permanent. Consommer de l’énergie, la restituer, c’est ça la vie !