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L’incertitude mère de l’angoisse

Avant toutes choses posons quelques définitions

Positionnement : C’est le jugement critique que l’on porte sur les objets, les êtres, et les situations. Il défini notre relation avec ce qui nous entoure, comment nous nous situons dans notre environnement grâce à une évaluation critique. L’ensemble de ces positionnement au cours de notre vie représente notre identité, comment nous nos définissons dans notre environnement.

Angoisse : c’est la sensation d’une perte de repère par apport à notre environnement, de perdre son identité, d’une difficulté à se positionner, se définir, donc à exister

 Anxiété : Elle nait quand l’angoisse se fixe sur un objet ou une situation dangereuse dont on ne peut prévoir l’issue fatale ou anodine. On va osciller entre pessimisme et optimisme dans la mesure où l’on ne peut avoir une évaluation précise du danger.

Peur : Elle survient en situation de danger imminent et à issue certaine. Elle nous pousse à réagir pour trouver la meilleure parade ou le meilleur échappatoire.

Émotions : Elle nait de toute perception, à travers nos cinq sens. Celle-ci, transmise au cerveau sous forme d’impulsions électriques va être analysée par comparaison avec notre vécu historique pour définir notre sentiment de la situation, notre attitude par rapport à elle, notre positionnement. De cela vont découler nos comportements en réaction à ces émotions.

L’être humain a la capacité de représenter ses émotions dans un réseau d’images mentales reliées entre-elles par des liens logiques de causalité. Ce sont ces liens logiques qui donnent leur sens à ces représentations et créent ainsi notre positionnement dans la vie. Malheureusement ; l’humain, en a également l’absolue nécessité. Alors que l’animal peut se positionner dans la vie sans faire appel à des représentations (uniquement par ses sensations, ses sentiments) l’humain ne peut se passer de son réseau de représentations. Non pas qu’il ne possède pas comme l’animal un réseau de sensations, mais il ne peut se passer de se situer dans son univers cognitif. S’il ne peut représenter logiquement un événement et ne peut donc se positionner par rapport à lui, l’humain ne peut ressentir cet événement. Ceci déclenche le phénomène de l’angoisse, de la perte de contrôle devant un événement.

Lorsque l’on joue au tennis, on nous apprend, au début à toujours frapper la balle en position bloquée. En effet, dans ce cas, on a à juger uniquement du mouvement de la balle. Si au contraire on frappe la balle en déplacement on doit juger du mouvement de la balle, de son propre mouvement et de la corrélation entre ces deux faits. C’est évidemment beaucoup plus complexe.

Ceci pour illustrer comment il est difficile de se positionner par rapport à un objet mal défini. D’où la sensation d’angoisse devant une situation que l’on arrive pas à définir clairement, à représenter logiquement

C’est pour éviter cette situation angoissante que l’humain se voit dans la nécessité de se représenter clairement les situations

Cette angoisse est un ressenti non défini, une sorte de néant. Ce n’est pas à proprement parlé un sentiment, c’est plutôt un état, un terrain sur lequel vont se développer ses comportements.

Lorsque l’angoisse se cristallise sur un événement particulier, un danger potentiel, se développe le sentiment d’anxiété avec son va et vient de crainte et d’espérances, sa rumination.

L’humain a un besoin absolu de se positionner dans la vie et c’est pourquoi il redoute l’incertitude. Pour beaucoup d’entre nous mieux vaut une fausse vérité (fake news) solide et simple qu’une vérité incertaine, donc complexe, vis à vis de laquelle il est difficile de se positionner de façon stable.

Dans la vie, nos comportements seront toujours dirigés vers la certitude, vers la sécurisation.

Condition humaine : L’angoisse originelle

Comme toute construction, la pensée humaine se bâti sur un socle universel que l’on pourrait appeler « la condition humaine ». Ce socle est plus ou moins étoffé selon les divers règnes : Végétal, Animal, Humain.

  1. Il existe dans ces trois règnes des fonctions absolument nécessaires à la vie comme la reproduction, l’alimentation par des constituants extérieurs, la production et la reproduction cellulaire. Sans elles l’espèce ne pourrait exister. Elles constituent d’absolues nécessités inhérentes à l’espèce et comme telles font partie de l’inné. C’est ce que l’on peut définir comme « la conscience organique ».
  2. Dans le règne animal et humain ces fonctions sont un peu plus élaborées et l’on distingue la reproduction, la fonction digestive, la fonction respiratoire, la circulation sanguine, et malheureusement la dégénérescence. Sans elles pas d’espèce viable. Dans ces deux règnes les individus sont en outre doté des cinq sens (Vue, Ouïe, Odorat,  Goût, Toucher). Non pas que les plantes puissent en être totalement dépourvues (La sensitive, par exemple, réagit au toucher) mais leur importance est, à ce jour, apparemment minoritaire. Les animaux et l’humain ont, à travers ces sens, la capacité d’échanger avec leur environnement et d’en recevoir des messages. A travers les récepteurs sensoriels ils perçoivent des informations qui transmises au cerveau sous formes de signaux électriques engendre des réactions que l’on peut appeler comportements. C’est ce que l’on défini comme le principe de l’émotion. Humains et animaux ont la capacité de mémoriser ces émotions pour former ce que l’on peut appeler « la conscience émotionnelle ».  
  3. Chez les humains apparaît une capacité supplémentaire qui est de représenter ces émotions sous formes codifiées et de les relier entre-elles par des liens logiques de causalité. Ceci permet à chacun d’organiser, de structurer ces émotions en une sorte de récit, de ce constituer une histoire. La mise en relation de ces émotions par ces liens logiques met chacune d’entre-elles en perspective par rapport aux autres et constitue un grand réseau logique  que l’on peut appeler « la conscience cognitive ».C’est cette relation entre les émotions qui leur donne un sens (les émotions seules sont de simples ressentis, dépourvus de sens), qui va définir le positionnement de chacun vis à vis de ses expériences c’est à dire son identité
    Cette capacité de l’humain à donner une représentation organisée de ses émotions va lui donner capacité d’échanger sous forme normalisée, codifiée, comme, le dessin le langage, l’écriture. Cette capacité de mise en communs des expériences ouvre la porte à la créativité collective, au progrès, à la vie sociale et sociétale

La sectorisation des trois  règnes est évidemment très schématique. A la fois des « overlap » peuvent se produire selon les espèces, mais au sein d’un même règnes des différences très marquées peuvent se produire. Par exemple chez les animaux le chimpanzé sera plus proche de l’humain que le ragondin, alors que les coraux pourraient se rapprocher des plantes.

Nous avons défini une certaine supériorité des humains vis à vis des autres règnes (si on définit la capacité de prédation comme critère principale de la hiérarchisation) mais nous allons voir que ce qui fait la « force » de l’humain constitue en même temps sa grande « faiblesse ». En effet si l’humain a cette capacité à organiser ses émotions et leurs représentations dans un système logique cohérent, il en a en même temps la nécessité. C’est ce que l’on peut définir comme l’impérieuse obligation de positionnement.

A chaque nouvelle émotion (importante ou banale) le ressenti émotionnel est comparé aux ressentis déjà intégrés. Cette comparaison en termes de dépendance logique, de relation qualitative ou quantitative donne un sens à cette nouvelle émotion qui la relie à l’ensemble des représentations déjà intégrées. Cet ensemble de comparaisons, de positionnements, forme la vision du monde de chacun de nous et constitue notre identité. Notre sentiment d’être, d’exister, résulte de cette vision que nous avons de nous-même et de notre place dans notre environnement.

Un humain ne peut se sentir exister que si chacune de ses émotions le positionne dans son monde.

Toute situation ou l’être humain n’arrive pas à clairement se positionner, donc à clairement se définir est génératrice d’une position incertaine, du vision floue, et crée un malaise que l’on appelle angoisse. Ce malaise survient chaque fois qu’un individu est confronté à une situation qu’il n’appréhende mal et dans laquelle il a des difficultés à se situer. Savoir qui l’on est c’est se définir par rapport à son environnement, et exister c’est donc se définir. Pour annihiler ce ressenti d’angoisse l’humain a ce besoin permanent de se positionner, de se représenter les situations, de les intégrer dans son vécu du monde. La quête du positionnement est la quête incessante de notre identité.

On a besoin de se doter d’une représentation des choses pour les appréhender. C’est la genèse des religions. Devant les phénomènes naturel qu’elles ne pouvaient comprendre les populations primitives ont toutes inventées « les dieux » pour donner une réponse à leurs interrogations. Pus de phénomènes inexpliqués, le dieux expliquent tout.

A la naissance le nourrisson voit sa conscience organique s’activer (heureusement !) mais sa conscience émotionnelle est très peu riche vis à vis des événements extérieurs. Il se réfugie dans son environnement parental pour, par fusion, se doter des références qui lui manquent. Progressivement, au fur et à mesure des ses expériences, l’enfant va se dégager de ses références parentales pour développer ses propres positionnements. L’adolescence sera un moment charnière générateur d’angoisse car l’ado va rejeter ses références familiales alors qu’il n’a pas encore construit son positionnement d’adulte. Les stratégies pour passer ce cap sont nombreuses e parfois dangereuses (addictions)

Tout au long de notre vie nous sommes confrontés à des expériences nouvelles qui nous obligent en permanence à nous repositionner. Nous sommes confronté au choix d’aller de l’avant dans une situation incertaines, anxiogène, ou se complaire dans une situation régressive mais sécurisante.

Toute notre vie se déroule dans un univers chargé d’angoisse que certains gèrent bien alors que d’autres ne s’en sortent pas.

N.B. Ne confondons pas angoisse et anxiété.

L’angoisse est un sentiment de mal être, indéfini, et sans objet apparent, une sorte de sentiment de « non être » sans symptômes conscients. L’angoisse est plutôt difficile à se représenter car elle consiste essentiellement en une absence de capacité de représentation.

L’anxiété (fille de l’angoisse), survient lorsque nous envisageons un événement à conséquences funeste dont nous sommes incapable de prédire s’il se produira ou pas, si  ses conséquences seront dramatiques ou anodines. L’anxiété se traduit par la rumination morbide.

Coronavirus, Angoisse, Anxiété, ou Peur

Il existe de nombreux mots en Français ou en argot pour désigner la réaction d’un individu devant une menace imminente : L’angoisse, l’anxiété, la peur, l’inquiétude, la trouille, les foies, la « traquette », la pétoche, … Le sens précis de ces mots reste assez flou et ils sont employés indifféremment et sans discernement.

Essayons de donner un sens à chacun d’eux et de présenter un tableau clinique des réactions devant un danger. Donnons, de plus, un un exemple dans la crise du coronavirus qui nous bouscule actuellement.

Angoisse

L’angoisse est un sentiment diffus, plus un sentiment, qu’un état. C’est une réaction devant le sentiment d’un danger non identifié, non formulé. On ne peut mettre d’images ni sur le danger, ni sur le malaise que l’on ressent. L’angoisse constitue le fond d’une personnalité, un terrain mobile et incertain sur lequel se construit un individu. Elle peut se manifester par des réaction physiques, chaleur, transpiration, troubles intestinaux, mais elle peut aussi se traduire dans une personnalité incernable construite sur un fond mouvant, une identité floue, insaisissable, un positionnement incertain qui rend la communication aux autres difficiles ( il est toujours difficile des se positionner par rapport à une référence mobile ! ).

L’angoisse est un défaut de positionnement soit nature structurelle, plutôt au niveau de la conscience émotionnelle. L’angoisse est un vide et comme telle elle ne peut ni se formuler, ni se décrire. C’est également le terrain idéal pour la propagation ou la rechute dans les addictions.

Dans la crise du coronavirus nous sommes tous placés devant une grande incertitude. On découvre à peine le problème on n’en connais ni les tenants ni les aboutissants. On se pense en danger sans savoir d’ou il peut venir, qui il va frapper, qui il va épargner. On n’a pas vraiment conscience de l’importance du péril, parfois on peut même douter de sa réalité. Les réactions des politiques se font « au coup à coup » au fur et à mesure de l’évolution de la situation (ou du moins de la perception que l’on en a). IL nous est impossible de nous positionner, de nous situer par rapport à cet événement. C’est typiquement une situation génératrice d’angoisse.
L’angoisse paralyse.

Anxiété

L’anxiété est d’une nature différente. Il s’agit d’une réaction devant un danger plutôt identifié mais encore non avéré. L’anxiété vient du fait que l’on ne connaît pas les éventuelles conséquence du danger à venir, ni même d’ailleurs sa réalité. Elle va se traduire par un intense activité intellectuelle, l’élaboration des scénarios possibles et de leurs conséquences, la recherche de parades et de solutions. Devant l’incertitude on ne peut prévoir ce qui va arriver ni quel comportement on pourra adopter devant le danger. Dans une grande fébrilité on va chercher à définir une stratégie devant chacune des situations envisagées comme possibles. Comme celles-ci sont nombreuses chaque stratégie imaginée pour parer à une situation données sera remise en cause par l’émergence d’une autre situation qui remettra en cause la parade précédemment envisagée. La stratégie le plus souvent envisagée, pour mettre fin à cette perpétuelle recherche, est de se préparer au pire, d’envisager une parade à la situation la plus extrême. Se préparer au pire serait être prêt à tout. Malheureusement, c’est donc la solution la plus dramatique qui s’impose, et le pire devient probable. On obscurcit le fait que les choses peuvent aussi gentiment s’arranger pour ne vivre que la situation la plus dramatique … on crie avant d’avoir mal !

Il y a difficulté à se positionner devant une situation improbable dont les conséquences ne sont pas connues. Quand l’angoisse cesse d’être indéterminée pour se cristalliser sur un sujet précis elle devient anxiété.

L’anxiété et de nature conjoncturelle, du niveau cognitif et doit être reliée à la conscience cognitive.

Dans la crise du coronavirus l’anxiété devant la situation est parfaitement mise en évidence dans le comportement des médias (qui rappelons le s’efforcent de satisfaire aux aspiration des lecteurs ou auditeurs) Ils traduisent la fébrilité de nos attentes et notre besoin de rumination intellectuelle. On nous abreuve de nouvelles tantôt alarmantes, tantôt rassurantes dont la plupart sont au conditionnel. C’est une véritable « diarrhée » d’informations, un flot continu, un perpétuel ressassement destinée, non pas à nous informer mais plutôt à satisfaire notre besoin de rumination. Les médias nous permettent, en quelque sorte, de sublimer notre angoisse en anxiété, de combler cette impression de vide due à l’angoisse par un trop plein de pensées contradictoires.
L’anxiété rend fébrile.

La peur

La peur survient devant un danger avérée, une menace précise dont les conséquences sont connues et quantifiables. Il faut réagir devant un problème identifié et évaluer ses propres capacités à faire face ou non. La difficulté de positionnement ne vient pas, comme pour l’anxiété, d’identifier la cible, mais dans le doute sur ses capacité à faire face à la situation. La peur survient généralement quand on se trouve confronté à des situations nouvelles, ou à des situations déjà vécues pour lesquelles on n’avait pas trouvé la parade adéquate.

La peur est une réaction de défense salutaire, elle permet de prendre conscience de ses limites et de ses capacités.

Dans la crise du coronavirus, devant l’évolution de la situation et le fait que le danger se précise, après l’angoisse puis l’anxiété, vient la peur. On finit par clairement identifier le danger, on choisi sa stratégie de défense (ou plutôt on adopte celle définie par les pouvoirs publics) et on commence la lutte. La population épouse la stratégie de « confinement » proposée par les scientifiques et mise en oeuvre par les gouvernants. La peur nous pousse à accepter les privations qui nous sont imposées.
La peur pousse à l’action.

Ces trois types de réaction sont en relation étroite, dans des domaines différents, avec la capacité de positionnement de chacun

Nous avons définis ces situations comme strictement indépendantes. En général il n’en est rien et elles se mélanges gaillardement. L’anxiété et la peur surgissent plus facilement chez un individu de nature angoissée et toutes difficultés de positionnement les facilitent.

Dans la crise du coronavirus les trois mécanismes se superposent. L’angoisse qui nous paralyse, l’anxiété qui entraine des réactions fébriles, incohérentes et désordonnées, enfin la peur qui nous permet de réagir et d’accepte les contraintes de la lutte.

Le vocabulaire étant toujours imprécis, chacun pourra aimer choisir des mots différents pour nommer les trois mécanismes précédents. J’ai donné mes mots et leur définitions, on peut en choisir d’autres. L’important est que les trois mécanismes existent et peu importe comment on les nommes.

L’angoisse, paralysie ou moteur de la vie

Nous avons défini l’angoisse comme le fait de devoir vivre sans références clairement établies. C’est cette existence dans un univers non référencé qui crée le comportement flottant, le manque de positionnement et par voie de conséquences une incertitude dans le sentiment d’exister, une identité incertaine, l’incapacité de se projeter d’une façon précise dans les événement, donc l’angoisses. Par principe même l’angoisse n’est pas réellement vécue de façon consciente, puisqu’elle résulte d’un déficit de conscience cognitive. Ce n’est que lorsqu’elle se cristallise sur un fait précis qu’elle devient consciente et tourne à l’anxiété.

A sa naissance le nourrisson à une conscience cognitive peu développée, donc très peu de références, une absence d’identité. Il devrait donc vivre dans une angoisse permanente. Il n’en est rien s’il vit dans un environnement équilibré et stable. En effet le bébé vit en fusion totale avec son environnement et ses références sont celles du milieu dans lequel il se projette. Il n’a donc pas nécessité à avoir ses propres références.

Au cours de son développement l’enfant va progressivement créer ses propres références en développant sa conscience cognitive et en parallèle, toujours progressivement, se détacher de sa fusion originelle (en élaborant d’autres fusions avec son environnement proche comme ses copains, ses enseignant, ses éducateurs, ses grands-parents, …). Si le processus se passe de façon harmonieuse la perte de ses références issues de ses fusions abandonnées est remplacée par les références qu’il se crée en développant sa conscience cognitive et ses positionnements vis à vis du monde qui lui devient extérieur.

Une période délicate est bien évidemment l’adolescence au cours de laquelle les mutations sont si brutales, si rapides, que l’équilibre entre références perdues et références acquises et difficile à conserver. L’ado doute, hésite à abandonner ses références fusionnelles pour s’autonomiser dans des références acquises qu’il maitrise mal et en même temps sent le besoin de quitter un environnement qui le bride pour se lancer dans une liberté qui lui fait peur. L’adolescence est vraiment la période de notre vie ou l’angoisse s’installe inévitablement (comme bien sûr, pour d’autres raisons, dans la période de la mort).  Cette angoisse est évidemment très difficile à mettre en évidence puisqu’elle est causée par une déficience du cognitif.

Durant l’âge adulte il reste toujours un reliquat d’angoisse puisque l’équilibre entre le positionnement perdu et le positionnement acquis n’est jamais parfait. Celui-ci est parfaitement supportable et l’on pourrait même le dire positif puisqu’il nous pousse à agir, à éviter toute passivité, qu’il est le moteur de notre vie sociale.

L’angoisse peut se manifester, notamment à l’âge adulte lors d’épisodes de dépressions. Sous l’effet d’une forte contrariété (Choc affectif, déchéance sociale, remise en cause fondamentale …) le système de valeurs mis en place dans la structure de la conscience cognitive peut s’écrouler. L’individu se retrouve alors devant un vide, les valeurs ayant perdu de leur impact plus rien ne présente d’intérêt, plus rien n’est valorisé. Il se retrouve face au vide et à son angoisse. Notons une petite différence entre l’angoisse basique due à une absence de référence et celle liée à la dépression due à la perte de références, acquises, ceci ajoute à l’angoisse un élément de dévalorisation personnelle.

Dernière période, dernière approche de l’angoisse, la période ou l’angoisse est le mieux exprimée est bien sûr la mort. J’ai eu l’occasion de m’exprimer sur le sujet et de montrer comment la croyance en une vie éternelle, paradis, réincarnation, communication avec les morts et autres qui voudraient être une sécurisation (non la mort n’est pas une fin, il y a une autre vie après la mort !) ne sont en fait que génératrices d’angoisse. Comment se positionner par rapport à une future vie dont on ne connaît rien, dans laquelle on ne sait même pas si on aura accès au meilleur ou au pire. Ce trop d’incertitudes provoque un sentiment d’angoisse, voire d’anxiété (si on essaye de formaliser ce qu’une vie future pourrait être !). C’est le lot de la quasi-totalité des terriens que de croire à une vie post-mortem (beaucoup y croient dans le cadre de religions d’autres y croient tout en affichant une posture athéiste, matérialiste) et de ce fait vivre dans l’angoisse de la fin !

 

Pour conclure cette petite analyse on peut constater qu’une dose d’angoisse nous accompagne tout au long de notre vie. Ce besoin permanent de rechercher des références, ce besoin incoercible de se positionner, ce besoin de relationner, d’adapter nos comportements à notre environnement, c’est tout simplement le besoin d’exister ou plutôt de se sentir exister. Une dose d’angoisse nous fait bouger, un trop d’angoisse nous paralyse.