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La conscience animale

Nous prêtons tous aux animaux un état anthropomorphique qui ne reflète pas leur nature réelle. C’est un penchant très humain. Que ce soit avec nos animaux de compagnies avec lesquels nous entretenons des dialogues insensés : « Oh ! il est gentil le petit toutou à sa maman … » ou avec les animaux sauvage pour lesquels dans les documentaires animalier on se croit obligé de leur donner un prénom et de leur prêter des sentiments humain (amour, colère, tristesse …).

L’anthropomorphisme n’est pas une tare mais le reflet de notre incapacité à imaginer autre chose que ce que nous connaissons. Nous analysons les situations, les formalisons ou les représentons en fonction de ce que nous avons acquis au cours de nos expériences. Cette incapacité n’est pas limitée à la vision des animaux, mais également à celle de nos semblables que nous voyons à travers le filtre de ce que nous sommes. Une sorte « d’Ego morphisme.»

Pour aborder la conscience animale, dans l’incapacité ou nous sommes de la percevoir, essayons d’en percer le mystère au travers du modèle de représentation de la conscience que nous propose la psychologie relativiste.

Comment se forme la conscience chez les êtres vivants

Disons qu’elle se construit par strates successives, chaque acquisition servant de support aux acquisitions ultérieures. On ne peut acquérir la notion de montagne sans avoir la connaissance d’une plaine, ou réciproquement. Chaque nouvel acquis se bâtit à partir de connaissances déjà intégrées.

Lorsque nous percevons une situation ou un objet, à travers nos sens, nos récepteurs (visuel, auditifs,  gustatif, olfactifs, ou tactiles) envoient des signaux électriques à notre cerveau. Celui-ci est alors activé et réagit en organisant des connexions neuronales qui forment une image mentale. A ce stade cette image mentale n’a aucun sens et n’est qu’une configuration neuronale, une typologie du cerveau. En comparent cette image à des images déjà acquises, en termes d’analogies, de différences, de valeur, de déni, la nouvelle image établie des liens logiques de dépendance qui vont lui donner un sens relatif aux connaissances déjà acquise. L’image est alors intégrée à notre réseau de conscience, notre réseau mémoriel.

Plus une image forme de liens avec le contenu de la mémoire et plus elle est formalisée dans une représentation définie, précise, descriptible, échangeable, c’est à dire du domaine du cognitif. Par exemple le concept de voiture peut être relié aux concepts de transport, mécanique, vitesse, routes, pneus, moteur, famille …etc. etc. des éléments qui vont permettre de donner une représentation, de décrire ce concept dans le domaine du cognitif

A l’encontre le concept d’odeur de lavande sera peu formalisé, relié simplement au nom lavande, à l’image de la plante, mais rien qui puisse décrire l’odeur, en donner une représentation échangeable. Le concept reste dans le domaine de l’émotion, du  ressenti, de l’indescriptible.

L’humain peu jouer sur ces deux tableaux. Il est capable de formuler des concepts, mais aussi de vivre par des conceptions purement émotionnelles.

L’animal, par contre, n’a pas cette capacité de formalisation (ou du moins extrêmement réduite), il vit uniquement de ses ressentis, de ses perceptions, de ses émotions. Il réagit à l’instinct, sans analyse.

L’animal a des émotions mais pas de sentiments. En effet le sentiment se développe quand l’image mentale formée par la perception d’une situation se confronte aux images mentales dans le domaine des valeurs. L’image acquière alors une valeur morale qui détermine le sentiment de colère, de  joie, d’approbation, de déni etc. etc. se sentiment va engendrer des comportement adaptés.

L’animal n’ayant pas cette capacité de formulation ne peut  développer de sentiments. Par contre il pourra vivre de ses émotions et pourra pressentir le danger, la récompense, le besoin de protection …tout cela sans faire appel à la notion

d’analyse ou de prévision

L’animal n’a pas la notion du temps que nous même êtres humains n’apprenons que vers l’âge de 6 ou 8 ans. Il n’organise pas son vécu dans un récit chronologique et donc ne vit ni de passé, ni de future. Il ne connaît que le présent pour sa vie ou sa mémoire (comme un enfant jusqu’à 4 ou 5 ans). Dans les documentaires animaliers on voit bien le lion s’approcher des antilopes qui continuent à brouter tranquillement. Ce n’est qu’au moment où le lion s’élance qu’elles envisagent le danger et détalent. Elles n’envisagent pas le futur, mais réagissent au présent.

Les humains ont inventés le temps, comme une organisation chronologique et causale de nos souvenirs et prévisions. C’est un apprentissage qui nécessite une certaine capacité e formalisation que n’ont ni les petits enfants, ni les animaux.

Ne prêtons pas aux animaux des sentiments qui leurs sont etrangés.

Il nous est très difficile de concevoir le vécu animal, même s’il est une composante importante de nos comportements. Par principe nous prenons conscience des choses quand nous réussissons à les formaliser, à leur procurer une représentation. Ce vécu émotionnel est par définition irreprésentable, donc inconscient et inaccessible  notre entendement.

Pour les animaux, nous ne pouvons que répondre à leur comportements sans leurs ajouter une vision sentimentale. C’est le respect que nous leurs devons. Ne cherchons pas à leurs imposer notre mode de vie de citadin embourgeoisé, nos réactions et nos sentiments, ils ne sont pas, dans la nature, conçus pour cela.

La notion de temps chez l’animal et chez l’humain

Avec la notion d’espace, la notion de temps est une grandeur qui joue un rôle primordiale dans la représentation de la vie quotidienne.

Contrairement à la notion d’espace que tout être vivant capable d’émotions et susceptible  d’acquérir par sa propre expérience, la notion de temps est le fruit d’un apprentissage. On n’apprend pas aux enfants à apprécier l’espace, ils le découvrent, par contre on leur apprend le temps. Avant/après, hier/demain, matin/soir, puis les jours, les heures, lire l’heure, les dates, …

On pense apprendre le temps aux enfants, mais en fait on leur apprend la chronologie et les relations de dépendances causales.

La cause précède l’effet, donc elle se place avant. L’effet suis la cause donc il se place après. Le temps n’est que l’enchainement chronologique des événements qui  se positionnent les uns à la suite des autres dans des relations de dépendances.

En ce sens le temps n’est pas une grandeur que l’on peut appréhender , mesure. Quand on dit « nous sommes en 2020 » ceci ne marque pas un temps mais une durée, la mesure de l’écart qui nous sépare d’une origine qui est la naissance (supposée) de Jésus Christ . Ce que nous appelons « temps » est toujours une durée entre un point origine et un point destination. Cette durée se mesure toujours à partir d’un étalon référant comme la rotation de la terre autour du soleil pour les année ou la rotation de la terre sur elle même pour les jours. Cet appel à deux références distinctes pour mesurer les années et les jours induit que le « temps » des années n’est pas le même que le « temps » des jours. On est alors obliger d’introduire un correctif tous les quatre ans (29 février) pour presque rétablir, la cohérence de ces deux temps.

Le temps ne peut s’appréhender et la durée se mesure par rapport à un étalon référent dont la mesure absolue ne nous est pas connue. La terre tourne sur elle-même en un jour n’est pas une mesure, mais une définition. Nous ne savons pas définir dans l’absolue le temps que met la terre pour faire une révolution autour de son axe, sauf à la mesurer par rapport à un autre étalon arbitraire dont on ne connaitrait pas la durée.

Le temps n’existe pas, et la durée est une valeur référentielles qui nécessite un étalon de référence.

Notons au passage que l’on pourrait faire le même raisonnement ave l’espace qui n’est pas une grandeur. Seule la distance est mesurable mais toujours en référence à un étalon arbitraire (mètre, année lumière, coudée … )

Dans la mesure ou le « temps » est un système de référence logique dans lequel c’est la relation de causalité entre les événements qui établit une chronologie il est du ressort de la « conscience cognitive » telle que définit dans la psychologie relativiste.

La grande différence entre la perception du temps (et de l’espace) par l’animal et l’homme est que pour le premier elle est instinctuelle, globale, émotionnelle, alors que pour le second elle est réfléchie, analytique, cognitive.

L’animal vit à travers ses émotions, et l’homme à travers ses émotions sublimées dans sa raison.

Il n’est pas toujours facile pour nous humain de nous « représenter » le temps. C’est ce que nous avons vu précédemment car nous sommes encore imprégné de la vison de Newton dans laquelle le temps est un réceptacle universel dans lequel se déroule notre vie. C’est une vision religieuse, transcendantale, du temps car celui-ci existe, alors, en dehors de l’homme. Le temps n’a pas besoin de l’homme pour exister, il lui pré existe.

Avec la disparition progressive du sentiment religieux dans la pensée les philosophes modernes ont modifiés leur vision du temps qui, dans l’ensemble, se rapproche de ce que nous avons développé plu haut.

En ce qui concerne la notion de temps chez l’animal il nous est extrêmement difficile de nous la représenter car par sa nature émotionnelle elle échappe à toute représentation structurée et codifiée.

Pour un animal le temps existe mais sans le passé et sans le futur. L’animal se vit au présent. Ses souvenirs, ses éventuelles et rares anticipations ne sont pas, comme pour nous organisés dans une chronologie ou des relations causales, mais comme un ensemble universel ou tout existe en même temps. C’est sans doute la vision du monde que doit avoir un nourrisson avant le développement de sa conscience cognitive, un monde ou souvenirs, vécu présent, se mélangent sans être hiérarchisés dans un temps. Ceci n’empêche ni l’apprentissage (puisque les souvenirs existent),  ni une certaine , mais très faible, capacité de projection causale dans ce que nous appellerions futur, mais l’animal vit ses souvenirs au présent sans organisation temporelle. Pour lui tous les jours sont aujourd’hui. C’est une expérience que nous pouvons faire :

Si on pense à un événement passé, qui nous est arrivé, en fouillant dans notre mémoire, on revit ce souvenir au moment ou il nous revient en mémoire, c’est à dire dans le présent … exactement comme un animal ou un nourrisson. C’est par une « gymnastique » de mémoire, par des référentiels temporels que nous classons les événements dans une chronologie. L’homme est un animal qui structure ses souvenirs, organise sa pensée en définissants des relations logiques de causalité entre eux.

PS : A noter que chez l’animal la notion de temps comme la notion d’espace ne sont pris en charge par aucun système de représentation formalisé. Les deux se confondent dans une approche globale régie par l’émotion et l’intuition.

La notion d’espace chez l’animal et les humains

La notion de positionnement dans l’espace est l’une des première acquise par les animaux « dit » supérieurs et les humains. Elle permet de se situer dans un environnement, proche, lointain, voire virtuel dans le cas des humains. Elle est indispensable à la notion de mouvement, c’est pourquoi on la retrouve chez tous les êtres capables d’émotions, donc de réactions.

En préalable à la notion d’espace on doit retrouver chez tous ces êtres une notion importante que nous appellerons « fonction de coordination ». Elle assure le lien de coordination entre les divers éléments de notre corps. Par exemple d’évaluer la position relative d’une main (ou d’une patte) non seulement par rapport à l’environnement mais également par rapport à l’ensemble des éléments de notre corps (pieds, corps, tête, …). Il s’agit d’un positionnement interne, une référence de chaque partie de nous-même par rapport à notre entité globale. Les sportifs, les danseurs, savent bien combien pour chaque geste cette notion de coordination est fondamentale.  Comment apprécier la position d’un pied et d’une mains dans un espace sans établir une relation entre la position de cette main et de ce pied. Le petit être naissant doit tout d’abord  apprendre à se situer, se ressentir comme un tout avant de se situer dans l’espace. Il faut « être » avant de « paraître » dans l’espace.

On peut penser, et c’est la une hypothèse absolument gratuite et sans garantie, que l’origine de certains autismes pourrait se trouver dans cette difficulté chez certains individus de se voir, de se sentir, comme un tout, et non comme un ensemble de détails éparpillés.

Un nourrissons peut rapidement bouger sa main ou ses pieds sans réelle coordination, mais pour mouvoir son corps comme dans la station debout cette notion est indispensable. Il n’y a pas d’équilibre sans coordination musculaire.

Chez les animaux cette indispensable coordination vient très rapidement (particulièrement vite chez certains mammifères (Vaches, Chevaux, Antilopes, Zèbres, …) et les animaux peuvent généralement se mouvoir sous deux à dix jours. Ils peuvent alors acquérir le positionnement dans l’espace, le sens d’un trajet, l’évitement des obstacles, l’orientation. Non seulement le sens de l’espace est plus précoces chez les animaux, mais il est infiniment plus développé et leur permet des performances qui ne laissent pas de nous étonner.

Comment un chat perdu loin de « chez lui » peut-il revenir à bon port ?

Comment les oiseaux migrateurs trouvent-ils et retrouvent-ils leur chemin ?

Comment des poissons, des tortues, retrouvent-elles la plage ou la baie ou ils sont nés pour venir se reproduire ?

Autant de questions  qui ne trouvent pas leur réponse en utilisant les critères de positionnement dans l’espace utilisés par les humain. Il est vrai que nos points de repères « spatio-temporels » sont beaucoup basés sur des éléments cognitifs , acquis par l’éducation, (cartes routières, géolocalisations, signalétique, points de repères, …) ce dont sont dépourvus les animaux. Il est certain que nous n’avons pas exploré toutes les facettes de l’univers émotionnel, englués que nous sommes dans un univers rationnel cognitif. Pour comprendre les choses nous avons besoin de les formaliser dans des représentations codifiées. Mais l’émotionnel profond échappe, par essence, à toute formalisation et de ce fait nous reste étranger.

Les animaux ont sans doute un ressenti des événements infiniment plus étoffé que nous, mais par contre nous savons de façon infiniment plus efficace gérer les quelques émotions qui nous frappent. La capacité de passer de l’émotionnel au cognitif confère aux humains la possibilité de raisonner, de définir des liens de dépendance logiques, d’acquérir la notion du temps, de l’histoire et du futur. Le bilan reste en notre faveur !

PS : Nous ne pouvons comprendre les animaux car eux vivent sur un mode émotionnel alors que nous ne pouvons appréhender qu’une vision cognitive de ce que nous vivons. Toute interprétation du vécu animal ne peu être qu’anthropomorphique, dans la mesure ou ne le reconstituons qu’à partir  de notre monde, le monde des humains.de concept et d’images

L’animal et l’espace-temps d’Einstein

Depuis l’hypothèse d’Albert Einstein d’introduire à la place du temps et de l’espace une grandeur unique appelée espace-temps nous butons à rechercher une représentation intelligible de ce nouveau paramètre.

Nous sommes tellement imprégnés de la représentation dites « Newtonienne » du temps et de l’espace qu’il nous est impossible de nous représenter notre univers autrement.

Prenons l’exemple de la vue. Note représentation de l’espace est essentiellement portée par la vue et l’interprétation des signaux optiques par notre cerveau. Nous savons interpréter les couleurs, le relief,  les distances grâce à la notion de perspective, les mouvement grâce à la persistance rétinienne, etc. etc. Nous avons construit la représentation de notre univers sur le sens de la vue (principalement)

Lorsque nous envisageons la vision de l’univers par une chauve-souris à partir du principe d’écholocation, autant nous pouvons imaginer pour l’animal la perception des obstacles, l’appréciation des distances, autant il nous est difficile d’imaginer pour lui une perception de son environnement aussi riche que la nôtre. Pourtant, sans doute, cet animal n’a pas une vision du monde limitée à cette simple détection radar, sans doute en a-t-il une vision plus complexe, plus complète, que nous sommes incapable d’imaginer … car elle peut être en dehors des concepts que nous avons établi.

Si on prend l’exemple de l’odorat, pour nous il se limite à la perception d’une odeur et son analyse en  termes de « connu-pas connu », « agréable ou désagréable ». Nous sommes bien sûr incapable d’en donner une représentation graphique ou linguistique (à l’exception du langage sommaire et peu diffusé des parfumeurs ou des aromaticiens).

Pour les animaux la perception d’une odeur est bien plus que cela. Comme nous sa perception olfactive lui permet d’identifier une odeur mais avec une précisions infiniment supérieure à nos capacité. Son odorat lui permet d’identifier une espèce (homme, chien, chat, lion, …) mais même, s’il l’a connu, d’identifier un individu dans une espèce.

Il peut également, à travers l’odeur, évaluer l’état émotionnel de la source, effrayée, calme, … sans bien sûr s’en donner une représentation psychologique.

De plus l’animal peut apprécier avec une grande précision à qu’elle distance se trouve la source de cette odeur. L’odorat de l’animal lui permet d’évaluer des distances et donc de se donner une vision spatiale de son environnement.

Encore plus fort, l’animal qui suit une trace peut évaluer de quand date cette trace olfactive, ancienne ou fraîche. Sa perception olfactive inclus une notion de temps.

A travers une seul sens qui est l’odorat, l’animal peut, non seulement, identifier un objet ,mais également, dans une seule globalité, le placer dans le temps et l’espace.

On peut dire que l’animal situe un objet dans une forme d’espace-temps, c’est à dire dans un univers clairement relativiste.

PS : On voit que la philosophie, psychologie relativiste, fondée sur la perception des relations entre les objets, est proche de l’univers relativiste des physiciens

La notion de « bien-être animal »

C’est un grand débat entre les tenants du  « bien-être » animal, qui considèrent que les animaux (ou du moins certains animaux) ont des droits plus ou moins analogues à ceux des humains, et ceux qui considèrent l’animal comme un être inférieur aux humains et donc « corvéable à merci ».

Pour le moment ce débat n’a pas beaucoup de sens dans la mesure ou les définitions de l’homme et de l’animal  sont des plus floues. Sans définition précise de ce sur quoi on parle le débat ne peut que s’enliser dans des polémiques, des contradictions, des fausses vérités. Avant de parler et de débattre il faut se mettre d’accord sur ce sur quoi on parle.

Le problème posé n’est pas celui des droits de l’animal, mais avant tout celui de son statut. Les éventuels droits en découlerons alors presque automatiquement. A chacun donc d’argumenter sur le statut relatif des humains et des animaux pour éclairer sa position.

Je vais donc, dans ce qui suit, donner ma position personnelle sur le sujet. Ce n’est, bien sûr, qu’une opinion et chacun peut avoir une opinion contraire. Pour moi, soit :

  1. Il existe une vérité absolue, « à priori », et alors une opinion doit prévaloir et  annihiler toutes les autres. Elle sera de nature « transcendantale », religieuse, et s’imposera devant toutes autres opinions de nature humaine
  2. Il n’existe pas d’opinion valable « à priori » et alors l’opinion à mettre en avant sera issue d’un consensus (bien improbable) accepté par toutes les parties. C’est alors l’humain qui fixera ses propres règles comme c’est le cas dans toutes les sociétés laïques.

Voyons d’abord comment se passent les choses dans la nature sauvage, dans un univers que l’homme n’a pas encore régenté et dans lequel on peut estimer que les règles sont soit de nature divine soit le fruit de l’évolution naturelle.

Dans cette nature il n’existe ni droit ni devoir, il n’existe aucune règle pouvant apporter restriction aux agissements de chacun. Chacun vit sa vie en fonction de ses besoins naturels et de ses capacités sans souci ni respect pour « l’autre ». Chacun est prédateur et nourriture pour les autres espèces. Seul sont préservées les espèces au somment de la chaine alimentaire. Lions, rhinocéros, crocodiles, peuvent manger sans être mangé. Dans la nature dévorer sa proie, massacrer les forêts comme le font les éléphants ne constitue ni un droit ni un devoir mais une simple nécessité existentielle.

Parlons maintenant de la différence entre nature humaine et nature animale. Elle se situe essentiellement au niveau de la capacité cognitive. L’animal a un niveau  de conscience émotionnelle très développé. Ce sont des êtres très sensible, d’autant plus que leurs réactions émotionnelles ne sont en aucun cas contrôlées par la raison. L’animal ressent, à des émotions et y réagit, mais il ne peut pas conceptualiser ses émotions dans une représentation structurée et construite. Il ne développe pas, comme les humains, un récit de son vécu, une organisation chronologique de ses souvenirs. L’animal apprend très jeune la notion d’espace mais il est incapable d’acquérir la notion du temps. Pour résumer, au contraire des humains, les animaux ne développent pas les niveaux de conscience cognitive. Ils ont des émotions, mais pas de sentiments ni de raison.

C’est sur la base de cette représentation que nous pouvons ouvrir le débat sur le « bien-être » animal.

  1. Si on se place d’un point de vue purement « naturel », l’homme est un animal au sommet de la chaine alimentaire. Il peut donc manger sans être mangé. Il peut disposer au hasard de ses nécessités de toutes les ressources alimentaires disponibles (animales, végétales, voire minérales). Il n’a ni devoirs ni  droits vis à vis des animaux.
  2. Mais l’homme a créé des sociétés généralement organisées autour de la solidarité réciproques (même si certaines tendent plutôt vers la solidarité à l’égard du dominant, sans réciprocité). Il a donc développé la notion de devoirs réciproques. En contre point de ces devoirs est née la notion de droits accordés à certains afin qu’ils puissent assumer leurs responsabilités, leurs devoirs. Par exemple les parents ont la charge (le devoir) de nourrir et d’éduquer leurs enfants, ils sont donc en capacité (en droit) de choisir le type d’éducation, de culture, les principes qu’ils veulent inculquer à leur progéniture. Dans ces société c’est la notion de devoir qui prime, la notion de droit n’en étant qu’une conséquence.
  3. Lorsque les hommes ont introduits dans leurs sociétés les animaux (domestiques ou domestiqués ) ils ont « de facto » été amenés à leur appliquer les notions et les valeurs sociétales inhérentes à la société. Ils se sont en quelque sorte positionnés en « colonisateurs ». Quand des colons s’installent sur une terre étrangère, ils imposent leur vision du monde aux populations autochtones, en général sous prétexte de leur apporter la civilisation, l’éducations, la santé … Ils les réduisent en quasi esclavage (même si la situation peut avoir de nombreux points positifs). C’est précisément notre comportement vis à vis de nos animaux domestiques dont nous refusons de prendre en compte leur « animalité ». Nous exigeons qu’ils s’adaptent à notre mode de vie, et en ce sens nous leur intimons le devoir de s’adapter  à nos désirs et nos besoins. En contrepartie de ce « pseudo colonialisme » nous leur accordons des droits et de là découle la notion de droits des animaux. Ces droits n’existent que parce que nous obtenons de nos animaux domestiques la soumission que nous attendons. Ces droits disparaissent si l’animal se rebelle et refuse de se soumettre.
  4. La notion même de « bien-être animal » n’existe que dans la domestication (colonialisme) de l’animal. Elle n’a absolument aucun sens dans la nature pour les animaux sauvages. Nous pouvons même nous poser la question de savoir si elle a un sens dans le règne animal. Le « bien-être » est du domaine du sentiments et on doit s’interroger sur un point : « est-ce qu’un animal, au vécu quasiment émotionnel et dépourvu de conscience cognitive peut, ou non, développer un  sentiment ? » C’est très délicat car le sentiment, frontière entre l’émotionnel et le cognitif, peut ne pas être totalement absent de la conscience animale. Il est sans doute plus développé chez l’animal domestique, façonné par un long contact avec l’homme, que chez l’animal sauvage. Est-il suffisamment présent pour que l’on puisse parler de sentiment de bien-être ou de mal-être ? Est-il différent selon l’animal, son espèce, son dressage ? Est-il de même nature chez le chien, le chat, le cheval, la vache, le canari, ou le poisson rouge ? En général nous projetons, par anthropomorphisme, nos propres sentiments sur l’animal. Qui a, un jour, interrogé une vache sur sa vision du bien-être ?

Le problème se résume maintenant à quelques questions

  1. As-t-on le droit de domestiquer un animal, de le sortir de sa condition, fusse avec les meilleures intentions. Nous refusons ce droit à l’homme vis à vis de l’homme, l’accordons-nous à l’homme vis à vis de l’animal ? si oui nous considérons l’animal comme un être inférieur et la notion de « bien-être » n’a plus de raison d’être.
  2. La conscience de l’animal est-elle de structure suffisamment proche de celle de l’homme pour que nos projections anthropomorphiques ait un sens. Si oui, la réponse à la question précédente est non !

En fait ces deux questions n’en font qu’une, car la réponse à la seconde question dépend de la réponse à la première qui elle-même dépend de la réponse à la seconde

Donnez la réponse à ces questions et je vous pourrez prendre position sur la notion de « bien-être animal »

Une expérience sur la relation fusionnelle de l’enfant

Le très jeune enfant vit avec son entourage (ses parents en général) une relation quasi fusionnelle. Il ne se différencie pas d’eux et épouse leurs émotions et leurs états d’âme. N’ayant que très peu de capacités cognitives il a un positionnement tout à fait incertain à son environnement, et sans repères, il utilise ceux de ces parents , dans la fusion, pour exister. Dans cette situation l’enfant se vit comme le « centre du monde » et n’existe dans l’univers que ce qui peut avoir une relation avec lui. De ses parents, par exemple, il ne conçoit que ce qui peut interférer avec lui et n’imagine pas qu’il puissent avoir une vie en dehors de lui.

Il est une expérience que nous avons tous vécu avec nos enfants … du moins pour ceux qui en ont élevé.

Lorsque l’enfant commence à parler, prononce ses premiers mots, on lui apprend les rudiments du vocabulaire en nommant des objets que l’on désigne afin que l’enfant répète le mot. On lui montre son père en disant « papa » et l’enfant répète « papa ». On penses alors qu’il a appris à identifier et reconnaître son père. Quelques jours après l’enfant croise un autre homme et l’appelle « papa ». Ceci fait en général  beaucoup rire.

En fait quand l’enfant répète pour la première fois « papa » ce n’est pas son père qu’il identifie mais l’objet visuel que l’on lui présente. Il identifie un homme. Devant notre enthousiasme il se conforte dans son identification et pour nous faire plaisir et se faire valoir il va appeler toute représentation masculine « papa ».

De fait, l’enfant ne fait pas encore la relation entre son père, pour lequel il a une relation purement fusionnelle et l’image de son père qui est encore un objet qui lui est étranger. Quand on lui désigne l’image de son père et qu’on la nomme « papa » c’est cette image qu’il associe au mot « papa » et non la représentation fusionnelle qu’il a de son père.

Dans ce stade fusionnel la représentation du père est purement émotionnelle et absolument pas cognitive. Il ne peut identifier à partir d’une image que les objets avec lesquels il a pris une certaine distance et qui sont ,de ce fait, sortis de sa sphère émotionnelle. On ne peut identifier par les mots d’un langage (codification cognitive) que des objets dont la représentation est entrée dans notre sphère cognitive (c’est à dire qui se sont différenciés de nous).

Le fusionnel ne peut se vivre que dans l’émotion, l’objectivé dans le cognitif.

On retrouve dans ce comportement enfantin le comportement animal. Comme le jeune enfant les animaux (animaux dit supérieurs) ont une conscience cognitive très peu développée. Comme le jeune enfant ils ne font pas la liaison entre un objet et son image. Ils peuvent, de façon émotionnelle, ressentir un objet, un autre animal, ou un être humain, mais il leur est difficile de construire, formaliser, à partir de cette émotion une représentation cognitive de leur ressenti. C’est le lien entre leur ressenti visuel (perception de l’image) et leur ressenti émotionnel qui leur fait défaut. C’est pourquoi certains animaux peuvent rivaliser avec un enfant d’un an, un an  et demi, mais que alors que l’enfant va poursuivre son développement l’animal restera bloqué à ce stade primaire. Alors que l’enfant va apprendre le temps, la chronologie, l’histoire, et la différenciation, l’animal va rester bloqué sur sa notion d’espace et de présent.

L’homme se vit dans le temps, l’animal dans l’espace

L’homme et l’animal (suite)

Comme montré dans mon article précédent, la différence fondamentale entre l’homme et l’animal est que ce dernier peine à développer une conscience cognitive solide et vit par sa conscience émotionnelle, sur un mode instinctif. L’homme, au contraire, vit de sa conscience cognitive, sur un mode formalisé et relationnel.

Se pose alors le problème de savoir de quelle particularité serait doué l’homme et que l’animal ne possèderai pas !

Comme déjà dit, une des premières capacités de positionnement chez l’homme comme chez l’animal est le positionnement dans l’espace. Comment se situer, se déplacer, évaluer son corps et son environnement, sa position par rapport aux autres et à l’espace. L’animal est même bien plus performant que le petit d’homme dans ce domaine. Là où la différence se créée c’est pour l’acquisition de la notion de temps. L’homme l’acquière vers l’âge de deux ans, alors qu’il semble que l’animal ne puisse envisager cette option. C’est là que le développement de sa conscience cognitive parait bloqué. En effet, la notion de temps est absolument nécessaire à la création de la conscience cognitive. Que ce temps soit pris sur un modèle « Newtonien » comme un temps qui se déroule et sur lequel se superposent les événements liés entre eux par des relations avant/après, ou sur un modèle « relativiste » dans lequel c’est au contraire la liaison des événements par des relations causales cause/effet, effet/cause qui crée la chronologie, donc le temps, cette notion de positionnement temporel est la base même de la structure d’une conscience cognitive. Hors de notion de temps, pas de conscience cognitive possible.

L’animal ne paraît donc pas capable d’écrire son histoire puisqu’il ne peut relier entre eux les événements de sa vie. Vivant dans l’immédiat, dans un présent permanent, il ne peut pas développer le récit qui permet de se sentir vivre, d’exister (Du moins en fonctions des critères humains que nous avons développés) L’homme au contraire construit son histoire en liant les événements de son vécu par des relations avant/après ou effet/cause. Cette histoire est à la fois le résumé de ses positionnements, de sa prise d’identité, de son sentiment d’exister.

Quand il est très jeune, le petit enfant qui n’a pas encore écrit une histoire solide vit sur un mode instinctuel comme l’animal. Au fur et à mesure de son développement il construit son récit personnel, acquière la notion du temps, ne cesse d’enrichir sa conscience cognitive et de forger son identité naissante. Petit à petit il se détache du vécu instinctuel animal pour entrer dans un vécu relationnel propre à l’humain.

L’acquisition de la notion de temps est donc ce qui différentie l’homme de l’animal et lui confère sa « dites » supériorité. Inutile d’insister sur l’importance de l’acquisition de la notion de temps dans l’éducation que nous donnons à nos enfants.

Une question résolue débouchant inévitablement sur l’ouverture d’une autre question, se pose maintenant du « pourquoi » l’animal ne peut-il accéder à la notion de temps alors que l’homme en est capable ? La psychologie « relativiste » ne sait pas répondre à cette question. Peut-être les neurosciences, la neurobiologie, pourrait nous aider dans ce domaine.

L’étude de la comparaison entre l’homme et l’animal serait riche d’enseignement. La psychologie « relativiste » se fonde sur le positionnement, donc sur des définitions « par rapport » ou « par différence ». Il faut étudier l’autre, son positionnement par rapport à nous pour nous définir, nous identifier.

L’homme et l’animal en « psychologie relativiste »

L’homme se considère, à juste raison, comme l’animal le plus évolué de la planète (du moins selon ses propres critères !). Indéniablement il est au sommet de la chaine alimentaire, il a pouvoir sur tous les autres animaux (c’est le prédateur ultime !), et il a transformé son environnement et celui des autres animaux pour l’adapter à ses désirs.

Son modèle mental, vu sous l’angle de la « psychologie relativiste » est formé de trois composantes :

1) Une composante neuro-végétative qui gouverne ses fonctions vitales : Respiration, Digestion, Circulation sanguine, Reproduction… Il a peu de contrôle sur son fonctionnement, encore que certaines émotions puissent les modifier à son insu (accélération de la respiration, Diarrhées, palpitations …)

2) Sa conscience émotionnelle, chaos non organisé, qui gouverne ses ressentis, enregistre ses émotions, bâti sa communication affective

3) Sa conscience cognitive qui gouverne sa raison, organise sa conscience émotionnelle, bâti sa communication raisonnée et construit son histoire en tant que récit.

On n’envisage pas un autre fonctionnement pour les animaux. En quelque sorte l’homme est un animal parmi d’autres sans qu’il n’ait un modèle mental fondamentalement différent des autres espèces. Et pourtant l’homme n’est pas un animal comme les autres.

C’est dans l’importance relative des différentes composantes et leurs évolutions que l’on va trouver la réponse.

Prenons l’exemple des grands singes et les tentatives pour les éduquer. On sait que certain peuvent mémoriser plus de cent images et les associer à des fonctions de gratification (récompenses essentiellement alimentaires). Ils peuvent également apprendre un certain nombre de mots et les associer à un sens (toujours sous réserve de gratifications). On en a déduit que durant leurs deux premières années l’évolution de leur psyché est assez similaire à celle d’un enfant mis dans des conditions, sinon identique, du moins comparables. C’est après que se fait la différence. Alors que l’enfant continue son développement pour devenir l’individu adulte que l’on connait, le singe stagne et ne peut plus acquérir de connaissances.

C’est au moment où se développe la conscience cognitive chez l’enfant et quelle prend de l’importance dans la psyché que celui-ci fait la différence avec le singe. Ce dernier garde une conscience émotionnelle très forte mais ne peut développer une conscience cognitive significative (Ce qui ne signifie pas qu’il en soit privé).

On voit apparaître la grande différence entre l’homme et l’animal. Le dernier accumule les expériences, peut en garder le souvenir, mais ne sait pas les organiser en un récit, une construction. L’homme acquière les expériences, se développe une histoire, se construit une culture. L’animal vit ses expériences, l’homme les accumule et les interprête. L’animal se vit, l’homme se voit vivre, se sent exister.

On ne peut cependant pas avancer que l’animal n’a pas de conscience cognitive.

Le positionnement dans l’espace est souvent plus précis chez les animaux que chez l’homme, par contre leur positionnement dans le temps est sans doutes absent ou très rudimentaire. Ceci implique un niveau de conscience cognitive qui ne dépasse pas celle d’un enfant de 6 mois à 1 an.

Chez les animaux vivant en meutes, en hardes, ou en troupeaux, on constate une organisation sociale qui implique un certain niveau d’analyse critique, une définition des positionnements sociaux et des hiérarchies, des éléments de « vivre ensemble » qui dépassent la simple implication affective.

L’animal possède le « sens du danger », il est donc capable d’analyser un certain nombre d’indices et d’en déduire les conséquences funestes pour lui. Ceci traduit une capacité de déduction logique, donc un niveau de conscience cognitive. Par exemple une antilope est capable de faire la différence entre un lion au repos ou en chasse, bien qu’elle ne puisse comprendre qu’un lion « au repos » reste un danger potentiel, faute de quoi, elle réagit toujours au dernier moment et bien souvent trop tard. Si elle était capable d’anticiper, de construire un modèle prévisionnel, elle ne serait jamais dévorée et deviendrait un animal qui se rapprocherait de l’homme.

La relation de l’homme à l’animal se fera principalement sur le mode affectif, du « non-dit », sur l’implication fusionnelle. Exit donc les conversations avec nos animaux de compagnie. Elles ne sont que projection et volonté d’interprétation du comportement de l’animal comme une réponse à notre discours. En fait la communication, parce que malgré tout elle existe, se fera sur un mode non formulé. Ce seront les tons, les intonations, les gestes et attitudes qui seront les véhicules du message. L’animal peut nous comprendre (dans un domaine évidemment très restreint) au-delà des mots prononcés, comprendre nos états affectifs, par contre ne nous comprendrons pas sa réponse si nous l’analysons sur un mode anthropomorphique. Communiquer avec un animal c’est être capable d’oublier tout signifiant pour devenir ouvert au signifié (pour éviter le pastiche marketing du signifiant/signifié disons qu’il faut oublier l’analyse intellectuelle et le besoin de comprendre pour être dans l’affectif et le non formulé). La communication avec un animal ne se raconte pas, elle se vit

La grande supériorité de l’homme sur l’animal est la capacité de conceptualiser, et principalement de se représenter les notions d’espace et de temps. C’est dans ce modèle de la vie, dans ce sentiment d’exister de réside la supériorité de l’homme.