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Psychologie, psychiatrie, la poule et l’œuf

Il existe, en la matière, plusieurs modèles :

  1. La psychiatrie qui relie les émotions éprouvées par un sujet à la production de certaines hormones. La thérapie consiste à réguler la production de ces hormones pour réguler les émotions
  2. Les diverses écoles de psychologie qui relient les perceptions éprouvées par le sujet aux émotions qu’elles produisent et aux comportements qu’elles induisent. Leurs thérapies consistent à contrôler l’analyse des perceptions pour réguler les émotions.

Les neuroscience tentent de relier ces deux modèles en recherchant le lien entre perception, émotion, et production hormonale.

Si l’on s’en tient aux deux premiers modèles on se trouve devant une double ambiguïté.

  1. Dans la psychiatrie est-ce la production d’hormones qui génère les émotions ou au contraire les émotions qui génèrent la production d’hormones.
  2. En psychologie on peut se poser la question de savoir si c’est l’analyse de l’émotion qui donne sens à la perception ou si, au contraire, c’est l’analyse de la perception qui crée l’émotion.

On se trouve devant le problème de la poule et l’œuf, et comme dans ce dernier on le résout facilement. Quelques en soit l’origine, maintenant, la poule et l’œuf coexistent et on se régale des deux. Dans notre cas on résout le dilemme en se disant que émotion et production d’hormones coexistent de même que perception et émotions.

Le problème qui se pose et d’organiser en séquence, dans un modèle, la chaine : « Perception, émotion, analyse, production de la pensée, sécrétion hormonale ». Il est possible que l’on puisse y parvenir en élargissant le modèle proposé par les neurosciences.

PS : cela pose le principe de l’adhésion à un modèle. Dans ce qui précède nous avons présenté plusieurs modèles de la psyché. Ils sont des formes de représentation de notre mécanisme de pensée, mais aucun ne constitue une description de la pensée. Ce point est particulièrement mis en évidence dans les modèles de représentation de la matière. Historiquement on note diverses représentation :

  1. Démocrite (360-430 AVJC) et les atomistes représentent la matière faite de corpuscules appelés atomes flottant dans le vide.
  2. Platon et Aristote réfutent cette théorie et préfère des corps flottant dans un éther et animé par une force divine. Au moyen âge, Galilée, Pierre Gassendi, Sébastien Basson, Robert Boyle et Newton reconnaissent une nature corpusculaire de la matière
  3. Newton publie à l’occasion de son travail sur la gravitation universelle une théorie unifiée de la matière.
  4. Au XVIIIème siècle John Dalton remet en évidence la nature corpusculaire de la matière et réhabilite la notion d’Atome
  5.  En 1905 et 1915 A. Einstein publie une théorie de la matière appliquée aux corps massifs, éloignés, et doté d’une grande vitesse. La matière est animée par des forces gravitationnelles
  6. A la même époque Bohr et de nombreux savant établissent la mécanique quantiques adaptés au corps microscopiques animé par des forces électromagnétiques.
  7. D’autres théories décrivent la nature à l’échelle humaine comme la mécanique des fluides, la résistances des matériaux, la résistivité, les théories de la tensioactivité …

On voit donc qu’il existe de nombreuses représentations de la matière dont une seule, aucune ou toutes, pourraient en être une description fidèle.

La réalité, la vérité ne nous sont accessibles qu’à travers les représentations que nous pouvons en faire !

La représentation d’un phénomène en est une image, mais elle n’est pas le phénomène. Une image est une représentation d’une réalité, mais elle n’est pas la réalité. Une photo peut vous représenter mais elle ne sera jamais vous.

Il en est de même des représentation du cerveau. La psychologie, la psychiatrie, les neurosciences sont des représentations du fonctionnement du cerveau mais ne sont pas sa vérité. La psychologie relativiste en propose une quatrième qui n’est pas plus réelle que les trois autres. Chacune à son domaine, son époque, ses conséquences thérapeutiques. Psychologie et psychiatrie sont plus orientées vers la thérapie, neurosciences et psychologie relativiste plus orientés vers la recherche théorique.

On est proche de ce qu’énonçait Bouddha dans son principe des représentations mentales du monde Karmique (Je parle de Bouddha le philosophe et non du personnage divinisé et déifié de la religion Bouddhiste). La philosophie nous présente une représentation du monde, donc discutable (comme le problème de la poule et l’œuf) la religion nous propose la réalité du monde donc un dogme non discutable.

La philosophie c’est le doute, la religion la certitude.

Rythmes et sons en psychologie relativiste

Il est des choses qui nous paraissent si naturelles, si évidentes, que nous n’en voyons plus la complexité. Avoir envie de danser au son d’une musique en fait partie. Pourtant il peut paraître étrange qu’un émotion auditive puisse déclencher un tel comportement !

Certaines musiques donnent envie de danser (reggae, disco, Jazz …) d’autres non (musique classique, exception faites des valses de Strauss ou du boléro de Ravel, ou encore le Rap).

Quels sont dans une musique les éléments qui nous donnent envie de bouger ?

  1. Avant tout le rythme, le tempo. Il doit être régulier, ni trop rapide ni trop lent, environ deux coups par seconde
  2. Il doit comporter un élément de « syncope » qui induit un « rythme dans le rythme ». Ceci accentue l’envie de bouger
  3. Être accompagné d’une ligne mélodique aussi simple que possible, mais qui synchronisée avec le « tempo » est entrainante.

Ce sont ces éléments qui constituent ce que l’on appelle une « musique dansante ». Ce constat étant fait nous n’avons résolu que la question du comment sans aborder celle du pourquoi ! C’est là le point délicat.

Dans les danses des société primitives (non au sens négatif, mais au sens de primarité, originel) Un simple rythme, un rythme simple accompagnait la danse. Un battement de tambour régulier (boum, boum, boum…) suffisait à accompagner la danses qui consistait généralement à se déplacer d’un pied sur l’autre, généralement en tournant en rond pour rester dans un lieu dédié à cette danse. Il est difficile, pour moi, de dire si c’est le rythme du tambour qui donne l’envie de danser ou si c’est le besoin de danser pour des question rituelles qui doit s’accompagner du battement du tambour. Ce qui est certain c’est que ce déplacement en rythme crée un état, sinon de transe, du moins d’une perte de la conscience cognitive au profit d’un vécu plus émotionnel. C’est un phénomène bien connu des adeptes du Jogging. A bout d’un certain temps, la fatigue aidant, le coureur se « vide la tête » et ne vit plus qu’au rythme de sa foulée et de sa respiration. On ne peut évidemment pas parler de transe ou d’état de méditation, mais on s’en approche.

Ultérieurement les danses dites « folkloriques » ont introduit la syncope (boum, badaboum, boum, badaboum) et une ligne musicale simple, répétitive, et peu variée. Alors on peut dire la musique donne l’envie de danser, même si en même temps le besoin de danser, de faire la fête précède souvent l’appel à la musique.

De nos jours la musique dites « dansante » nous donne envie de danser même dans des circonstances ou le désir de danser était loin de nos préoccupations. La musique « dansante » est de nos jours rythmée, syncopée, mais maintenant variée.

Ce petit et rapide historique ne nous apporte pas encore d’explication sur le rapport entre la perception auditive d’une musique et le comportement dansant qu’il déclenche. Nous restons dans le domaine du comment mais toujours pas du pourquoi !

A ce stade je « sèches » un peu et je me contenterais d’émettre quelques hypothèses et les suggestions des lecteurs me seraient très utiles pour éclairer les nombreux point qui m’échappent. N’hésitez pas à envisager les idées les plus farfelues, le fonctionnement de notre cerveau est toujours si surprenant qu’il échappe souvent à ce que nous pensons être la logique. En recherche, en « brain storming » on doit tout envisager, l’hypothèse la plus folle peut souvent ouvrir la porte vers la plus logique. 

Après tout, ce blog n’est pas là pour apporter des solutions, mais pour ouvrir des réflexions. Ouvrons donc quelques pistes :

  1. Quand nous recevons un message de notre environnement (quand nous vivons une situation) celui-ci comporte généralement des éléments émotifs (le non-dit) et des éléments cognitifs. Comme je l’ai expliqué dans l’article«  Les émotions et la construction de la conscience notre cerveau décrypte ce message, lui donne un sens, et le mémorise tant dans ses composantes affectives que cognitives. Ceci va déclencher, en réaction, des comportements cognitifs logiques (formation d’une pensée) ou des comportements émotifs (suées, tremblement, palpitation, rougeurs, diarrhées …).  Le battement d’un tambour étant, à priori dépourvu de tout sens logique on peut s’attendre à ce qu’il déclenche un comportement exempt de toute logique, de nature purement émotionnel, réactive et incontrôlée comme le mouvement.
  2. Autre hypothèse, plus fantaisiste : La fréquence des rythmes qui nous font danser est proche de la fréquence de nos rythmes cardiaques. S’agit-il d’une coïncidence ou d’un besoin d’harmonie, un plaisir dans le synchronisme, un sorte de recherche d’une situation fusionnelle ? J’en parles, mais je n’y crois pas trop ! Par contre il est certain que nous sommes accoutumés à « bouger » dans une certaine gamme de rythmes. Plus vite nous perdons vite les pédales, plus lentement suppose un relâchement que tous ne possèdent pas.
    La perception du rythme est avant tout une perception du temps ou plutôt devrais-je dire de la durée. Lorsque nous appréhendons un rythme nous évaluons, en fait, la durée entre deux stimulations. Chaque élément de rythme a, comme chaque élément de temps, un début, une fin, et donc une durée. Dans cette perception du rythme nous évaluons cette durée, non pas à l’aide d’un instrument de mesure comme une horloge, mais par rapport à une référence interne, une sorte de base de temps qui nous serai innée ou acquise. Peut-on trouver là un point de liaisons avec les nombreuses théories sur les « rythmes biologiques » (sommeil/éveil liés à l’alternance des jours et des nuits, rythmes alimentaires acquis culturellement, fréquence cardiaque …)
  3. Un point intéressant est le comportement des petits enfants (3 à 5 ans) quand ils entendent de la « musique dansante » il se mettent à mimer des pas de danse. Bien sûr il y a dans ce comportement une part de mimétisme inspiré par leurs parents, mais leur spontanéité donne quand même à réfléchir. Par contre les animaux, qui sont un peu au même stade de développement intellectuel que les petits enfants ne sont pas sujets à ce phénomène.
  4. La répétition prolongée de gestes crée une forme d’anesthésie de la pensée, c’est une forme de déni, une façon de se vider la tête, et de tout oublier, tracas ou joies. C’est par ce type de processus (accompagné peut être de quelques plantes hallucinogènes) que les tribus primitives et les chamanes atteignent un état second qui peut même leur faire oublier la douleur.
    Le rythme répétitif étant « anesthésiant et faisant le vide dans le cerveau celui-ci se trouve, momentanément, débarrassé des pensées (négatives ou autres) donc en situation apaisée. Il est donc prédisposé à des comportement positifs, et notamment à agir pour se sentir exister. La réaction ne pouvant être du domaine du cognitif elle se manifeste par un comportement moteur. Celui-ci sera en phase avec le rythme entendu sous peine de générer un sentiment de désaccord désagréable. C’est le principe de la danse que de bouger en synchronisme avec la musique.
  • Nous avons toujours tendance à nous adapter aux événements extérieurs, le besoin de se mettre en phase avec le rythme entendu, simplement en battant la mesure avec le pied, nous permet de nous situer, de nous positionner par rapport à lui. Ce n’est pas possible dans le cas ou le rythme audio est aléatoire, par contre s’il présente une certaine régularité cela devient possible. Il doit être suffisamment répétitif pour engendrer un besoin de positionnement, et suffisamment varié pour continuer de surprendre et de créer l’émotion.
    En toutes circonstances nous avons tendance à adapter nos comportements à la situation offerte par notre environnement. Pour la plupart d’entre nous il s’agit de se retrouver en harmonie avec ce qui nous entoure, car c’est pour nous une situation sécurisante exclue de tout conflits. Rien d’étonnant que nous puissions adapter notre comportement moteur au rythme qui nous est proposé.

Conclusion

Comme tout message l’écoute d’un rythme audio provoque une émotion, qui comme toute émotion provoque un besoin de se positionner, de ce mettre en phase avec la sensation perçue. La meilleur façon de se situer vis à vis d’un rythme est d’y participer, et ce par un comportement dynamique, moteur. Ce comportement sera non cognitif, car le message est ainsi, donc non contrôlé, reflexe.

Cet embryon de proposition n’est pas vraiment satisfaisante, et si certains d’entre vous ont des suggestion à apporter, des expériences vécues à raconter, elles seront les bienvenues !

Importance de la petite enfance en psychologie (suite)

J’ai insisté, dans un article précèdent, sur l’importance des ressentis de la petite enfance dans la construction de la conscience cognitive de l’adulte et comment l’intégration des ressentis au cours de la vie construisait le réseau logique de la conscience cognitive.

Donner un exemple n’est pas facile car il faudrait relier la description de la relation du monde émotionnel de l’enfant au monde cognitif de l’adulte. Hors, s’il est possible de décrire le monde de l’adulte par une représentation formalisé comme le langage, décrire le monde émotionnel, par essence non ou peu formalisé, par des mots est impossible. Le non formulé ne peut se décrire dans un système de représentation formulé (du moins à ce jour).

Pour décrire comment se construit l’empilement des images mentales, et ses déviances, dans la conscience cognitive je prendrais trois exemples.

Le problème de la fratrie. J’ai évoqué ce problème dans la première partie de cet article. Le cas qui nous intéresse aujourd’hui est le suivant : « Comment des acquis de sa petite enfance peuvent perturber le vécu d’un adulte »

Reprenons l’histoire d’un ainé perturbé par l’irruption dans la famille de son cadet. Il se sent  délaissé par ses parents qui consacrent, tout naturellement, une grande partie de leur temps au bébé. L’ainé ne dispose plus que de parents « à mi-temps » alors qu’il les avait à temps plein auparavant. Il en conçoit une certaine angoisse car un enfant vit en totale fusion avec ses parents et les voir, en partie, s’éloigner lui fait perdre une partie de ses références et de son identité. Ce peut être un véritable deuil pour lui. Il développe donc tout naturellement une certaine anxiété, un certain mal être. Il en veut inconsciemment à ses parents de leur trahison et plus consciemment à son cadet de le chasser pour prendre sa place .

Cette situation peut ne pas être catastrophique si l’ainé accepte cette séparation, cette nouvelle maturité (il fait son deuil), et la compense par une sorte de pouvoir sur son cadet qui le repositionne dans la famille en tant que responsable du petit.

Souvent cela ne se passe pas bien et le deuil ne se fait pas. L’ainé conserve une sourde rancœur à ses parents (masquée par l’affection qu’il leur porte) et intègre son cadet comme un ennemi, un élément perturbateur de son bien-être. Par la suite, chaque situation de la vie familiale sera analysé en partant du postulat intégré : « mes parents préfèrent mon cadet et lui ,intrigue pour m’évincer de leur affection ». A partir de ce postulat tout événement sera vécu à travers cette vision perturbé et son ressenti intégré comme un élément négatif venant alimenter son hostilité.

Pour le cadet le vécu de cet animosité est bien intégré et il va également vivre chaque nouvelle situation à travers le prisme de « mon ainé me déteste »

Progressivement vont se construire, de part et d’autre, des « pyramides de rancœur » qui vont de plus en plus diviser la fratrie.

Le point le plus important à signaler c’est que le ressenti, le vécu, de cette opposition dans la fratrie va porter sur les événement les plus récent en occultant totalement l’histoire et le passé. C’est l’ensemble des fausses analyses les plus récentes (conséquence des traumatismes anciens) qui va servir de support à l’animosité alors que leur cause profonde va être ignorée. Pourtant, ni l’ainé ni le cadet, ne sont responsable de ce qui s’est passé et chacun reproche à l’autre des faits dont chacun est plus victime que responsable. Les parents qui vivent très mal cette situation n’en sont pas plus responsables, ils ont fait pour le mieux en fonction de ce qu’il pensaient devoir faire. C’est sans doute notre culture qui pêche et ne nous donne pas les bonnes clés pour agir ! et ce que nous pensons être le meilleur ne l’est pas forcément.

Dans notre culture et dans notre vision de la famille les bonnes relations ente membres semble être un évidence. Il n’y a, donc, pas lieu de s’en préoccuper. C’est bien sur une erreur fondamentale dont de nombreuses familles portent le poids.

Un passage difficile du peu formulé au  totalement formulé. Ces problèmes ne sont pas l’apanage de la petite enfance et peuvent survenir dans la conscience des adultes. Par exemple dans sa théorie de la relativité restreinte Einstein à modifié totalement la vision de l’univers Newtonien en le reformulant. Pour Newton l’univers était construit autour de deux entités fondamentales. L’espace et le temps, pour lui, représentent des contenants, à priori, dans lequel vont évoluer la matière et les énergies. Que la matière existe ou non, le temps et l’espace sont des permanents, même en l’absence de matière le temps s’écoule et l’espace existe. C’est une vision évidemment très inspiré de la religion Catholique et de son Dieu  créateur de toutes choses. C’est l’univers dans lequel nous baignons encore aujourd’hui et que parents, amis, enseignants, nous ont appris et que nous avons intégré tant dans notre sphère émotionnelle que cognitive. La vision de Newton est la seule qui existe (en occident), elle baigne toute notre culture et notre vision du monde.

Einstein a inventé une autre vision de l’univers dans lequel l’espace-temps est le contenant de la matière et de l’énergie, avec cette particularité qu’ils sont indissociables. L’espace-temps n’a aucun sens sans la matière ou l’énergie qui le peuplent. Seule leur relation existe. De ce fait l’espace-temps n’est plus un contenant à priori et chaque élément de matière ayant sa propre relation à lui, évolue dans son propre espace-temps.

C’est une notion pas trop difficile à comprendre intellectuellement, mais horriblement délicate à accepter, à intégrer pour la bonne raison que :

Le terme d’espace-temps choisi par Einstein pour désigner sa nouvelle grandeur (se substituant aux grandeurs espace et temps) est mal choisi. L’évoquer implique quasi automatiquement dans notre esprit l’appel au vieilles notions acquise d’espace et de temps Newtonien. Notre mémoire se déclenche sous l’effet d’un ressenti, dans ce cas les mots espace et temps, qui sont les clés d’accès à tous nos acquis. Immédiatement les notions Newtoniennes surgissent et se présentent en tant que critères d’analyse du nouvel élément invoqué, et ce même si la partie cognitive de notre conscience propose autre chose. Ce vécu pathologique partagé entre des acquis émotionnels et cognitifs contradictoires nous empêche de parfaitement comprendre le propos invoqué. Difficile d’intégrer une notion nouvelle qui se trouve en opposition à un acquis émotionnel plus archaïque. Il est certain que pour des chercheurs qui « baignent » dans la relativité tous les jours les souvenirs archaïques ont été encapsulés par les acquis quotidiens et ne constituent plus un obstacle à la compréhension.

Les débats sur le Brexit. L’opinion publique au royaume uni est divisée entre les partisans ou non du Brexit. C’est un schisme profond qui alimente toutes les conversations, à tel point que quelque soit le sujet discuté tout débat se ramène toujours à cette problématique. On peut comparer cela à tout débat avec un représentant du Rassemblement National. Tout sujet débattu, qu’il  s’agisse d’un match de football, d’un concert, d’un problème d’éducation, de transport, de civisme, se ramène immédiatement au problème des migrant, des islamistes. Le mécanisme est le même dans une discussion avec un militant d’extrême gauche ou tout sujet implique la critique du capitalisme ou du patronat.  C’est le mécanisme que l’on observe dans toutes « radicalisation » Une vision (erronée ou non, mais en tout cas exclusive) est incrustée dans notre conscience. Elle s’impose dans toutes nos analyses des situations (positionnement) et biaise inexorablement toute conclusion qui pourrait la contredire. Plus aucune analyse critique n’est possible sans passer par un filtre quasi obsessionnel. Une idée rigidifiée intégrée dans la conscience biaise toutes les analyses ultérieures et s’autoalimente de tous les vécus. On conçoit bien comment une telle attitude cotoye allégrement la paranoïa.

C’est la représentation typique (à petite échelle) de la pathologie comportementale et de sa thérapie. Une mauvaise analyse intégrée (et dans nos exemple la vision Newtonienne devient une mauvaise analyse par rapport à la vision relativiste, et l’obsession islamophobe et le vers dans le fruit) perturbe nos comportements et seule une rééducation comportementale (un travail quotidien sur la relativité ou la notion d’identité) peut corriger cette erreur.

Introduction à la psychologie relativiste

On peut reprocher trois choses à toutes les écoles de psychologies actuelles :

  • Elles ne s’appuient pas sur un modèle philosophique de l’homme, et de ce fait essayent de percer les mystères du comportement d’une entité non définie et non explicitée (même si toute approche s’appuie forcement sur des définitions implicites et non formulée … ce qui est source de controverses et polémiques)
  • Elles étudient l’homme en tant qu’individu isolé ayant sa propre psychologie, son comportement propre, sa relation à son environnement étant le fruit de sa psychologie, et non l’inverse, c’est à dire que sa psychologie serait le fruit de sa relation à son environnement.
  • Elles s’appuient sur des modèles empiriques (dédiés à la pratique thérapeutique) sans chapeau théorique pour leur donner une structure.

La psychologie relativiste essaye de remédier à ces  manques. Elle s’appuie sur une vision philosophique de ce que pourrait être l’homme (Il s’agit, là, d’une représentation et non d’une prétention à la vérité), et l’étudie dans le cadre de sa relation à son environnement et de son interdépendance aux autres.

C’est pour pallier à ces manques que se développe la « psychologie relativiste ». Dans ce cadre l’homme se construit et n’existe que dans sa relation à son environnement. C’est par les messages qu’il reçoit de son univers que l’homme construit sa conscience et par là son sentiment d’exister. Essayons d’en donner, très schématiquement, une description aussi simple (et donc simpliste) que possible.

Le modèle de l’homme choisi dans la psychologie relativiste est celle de « l’homme communicant ». Il est considéré comme une capacité de ressentir et une nécessité d’exprimer. Les messages reçus par un individu vont bousculer (peu ou beaucoup) son équilibre acquis. Celui-ci va se rééquilibrer en émettant à son tour un message.

La conscience est constituée par des « représentations mentales (hypothèse déjà formulée par Bouddha en 600 AVJC). Celles-ci sont reliées par des liens logiques de causalité (effet/cause cause/effet) qui définissent une chronologie (hors toute notion philosophique du temps) de type avant/après après/avant. Cette conscience est dites « conscience cognitive ».

Ces représentations se forment à partir des messages reçus. Ceux-ci sont perçus dans la conscience dites « émotionnelle » zone d’impression des émotions, sans organisation ni structure, une sorte de chaos émotionnel. Les messages perçus font alors l’objet d’une analyse critique, vis à vis du réseau structuré de la conscience cognitive. Pour s’intégrer à la conscience cognitive les messages devront être capable de développer de nouveau liens logiques avec le réseau existant et l’enrichir de nouvelles causalités. Ces liens pourront être soit positif (acceptation) soit négatif (rejet).

Selon la structure, plus ou moins rigide, de la conscience cognitive les messages auront plus ou moins de facilité à s’inscrire dans la conscience sur un mode positif et l’individu sera plus ou moins capable de s ‘adapter à son environnement. (Tendance hysteroïde ou paranoïde).

La maturation d’un individu sera l’acquisition, au fil de ses expériences, d’une conscience cognitive riche, cohérente, et correctement structurée. Depuis le nourrisson qui vit à travers sa conscience émotionnelle, jusqu’à l’adulte qui fera de plus en plus appel à sa conscience cognitive, on peut tracer l’évolution de tout être humain au cours de sa vie.

Le vécu d’un individu, donc ses comportements, seront le reflet de sa conscience. Pour le nourrisson, ils refléterons sa conscience émotionnelle (puisque sa conscience cognitive est encore embryonnaire) Il agira par reflexes, sans autonomie, sans identité propre. Il réagira à son environnement, en pleine fusion avec lui .

Chez l’adulte riche d’une conscience cognitive structurée les comportements seront plus rationnels. L’analyse critique de ses émotions à travers sa conscience cognitive, la création des nouveaux liens logiques avec le réseau de son vécu historique, vont déterminer son positionnement, son attitude, vis à vis de l’émotion qu’il ressent. L’adulte va, ainsi, définir son identité (ou plutôt prendre son identité) qui le caractérisera comme un être unique, différent des autres, et donc autonome. Sa relation aux autres évoluera du mode fusionnel à un mode empathique. Il passera de la dépendance fusionnelle à la liberté empathique.

L’individu se vivra au travers de ses représentations mentales. Celles-ci acquise au cours de ses expériences propres définirons ses positionnements, attitudes, ses comportements  et donc son identité. Il n’accèdera pas à la vérité des choses mais seulement à la représentation qu’il en aura développée. Pour les autres il ne sera pas « lui » mais seulement la représentation qu’ils auront conçue de lui. Il aura son identité propre, mais pour chacun de ses proches son identité sera fonction des représentations qu’ils se sont faites de lui au hasard des contacts et relations qu’ils auront vécus ensemble.

Dans la psychologie relativiste,  l’homme en relation aux autres, l’étude des positionnements et attitudes (reflets de la relation) sera la colonne vertébrale de toute analyse.

L’étude psychologique passera par :

  • L’étude de la structure de la conscience cognitive (souple ou rigide)
  • L’étude du contenu historique de cette conscience cognitive pour définir les positionnements, les attitudes, et l’identité du sujet
  • L’étude de la cohérence de la conscience cognitive (les psychopathologies étant vu comme l’incohérence dans la construction des liens logiques entre les représentations mentales, induisant une incompatibilité à la fois au sein de la conscience, et entre la conscience émotionnelle et la conscience cognitive, entre le ressenti et le vécu).
  • Les psychopathologies ne seront plus classifiées selon leurs symptômes (anorexie, boulimie, autisme, paranoïa) mais selon leurs causes (structure, contenu, cohérence de la conscience)

 

La psychologie relativiste présente l’avantage d’offrir un modèle suffisamment général pour que toutes les écoles de psychologie actuelles puissent s’y intégrer sans trop d’efforts ni renoncements. C’est bien sûr un modèle théorique au seul usage des praticiens et non des patients. Il doit servir aux praticiens de « guide line » pour construire leurs pratiques thérapeutiques. C’est donc une approche philosophique (une sort d’épistémologie de la psychologie) sans visée thérapeutique. Il s’agit d’une réflexion plus qu’une démonstration.

Tout ce qui sera dit par la suite, dans le cadre de la psychologie relativiste, ne prétend pas constituer une description d’une réalité existante mais plutôt une modélisation, une vision personnelle de ce qu’elle pourrait être. Ne confondons pas l’objet et son image, la réalité et sa représentation. Le modèle proposé n’est pas étayé par des vérifications expérimentales, il est basé sur 80 années d’expérience de la vie et la part de bon sens que chacun voudra m’accorder.

L’approche dans ce qui va suivre et de nature très analytique, technocratique et pourrait dérouter les lecteurs dont la perception se ferait plutôt sur un mode intuitif, sensible, je m’en excuse par avance !

 

L’homme et l’animal en « psychologie relativiste »

L’homme se considère, à juste raison, comme l’animal le plus évolué de la planète (du moins selon ses propres critères !). Indéniablement il est au sommet de la chaine alimentaire, il a pouvoir sur tous les autres animaux (c’est le prédateur ultime !), et il a transformé son environnement et celui des autres animaux pour l’adapter à ses désirs.

Son modèle mental, vu sous l’angle de la « psychologie relativiste » est formé de trois composantes :

1) Une composante neuro-végétative qui gouverne ses fonctions vitales : Respiration, Digestion, Circulation sanguine, Reproduction… Il a peu de contrôle sur son fonctionnement, encore que certaines émotions puissent les modifier à son insu (accélération de la respiration, Diarrhées, palpitations …)

2) Sa conscience émotionnelle, chaos non organisé, qui gouverne ses ressentis, enregistre ses émotions, bâti sa communication affective

3) Sa conscience cognitive qui gouverne sa raison, organise sa conscience émotionnelle, bâti sa communication raisonnée et construit son histoire en tant que récit.

On n’envisage pas un autre fonctionnement pour les animaux. En quelque sorte l’homme est un animal parmi d’autres sans qu’il n’ait un modèle mental fondamentalement différent des autres espèces. Et pourtant l’homme n’est pas un animal comme les autres.

C’est dans l’importance relative des différentes composantes et leurs évolutions que l’on va trouver la réponse.

Prenons l’exemple des grands singes et les tentatives pour les éduquer. On sait que certain peuvent mémoriser plus de cent images et les associer à des fonctions de gratification (récompenses essentiellement alimentaires). Ils peuvent également apprendre un certain nombre de mots et les associer à un sens (toujours sous réserve de gratifications). On en a déduit que durant leurs deux premières années l’évolution de leur psyché est assez similaire à celle d’un enfant mis dans des conditions, sinon identique, du moins comparables. C’est après que se fait la différence. Alors que l’enfant continue son développement pour devenir l’individu adulte que l’on connait, le singe stagne et ne peut plus acquérir de connaissances.

C’est au moment où se développe la conscience cognitive chez l’enfant et quelle prend de l’importance dans la psyché que celui-ci fait la différence avec le singe. Ce dernier garde une conscience émotionnelle très forte mais ne peut développer une conscience cognitive significative (Ce qui ne signifie pas qu’il en soit privé).

On voit apparaître la grande différence entre l’homme et l’animal. Le dernier accumule les expériences, peut en garder le souvenir, mais ne sait pas les organiser en un récit, une construction. L’homme acquière les expériences, se développe une histoire, se construit une culture. L’animal vit ses expériences, l’homme les accumule et les interprête. L’animal se vit, l’homme se voit vivre, se sent exister.

On ne peut cependant pas avancer que l’animal n’a pas de conscience cognitive.

Le positionnement dans l’espace est souvent plus précis chez les animaux que chez l’homme, par contre leur positionnement dans le temps est sans doutes absent ou très rudimentaire. Ceci implique un niveau de conscience cognitive qui ne dépasse pas celle d’un enfant de 6 mois à 1 an.

Chez les animaux vivant en meutes, en hardes, ou en troupeaux, on constate une organisation sociale qui implique un certain niveau d’analyse critique, une définition des positionnements sociaux et des hiérarchies, des éléments de « vivre ensemble » qui dépassent la simple implication affective.

L’animal possède le « sens du danger », il est donc capable d’analyser un certain nombre d’indices et d’en déduire les conséquences funestes pour lui. Ceci traduit une capacité de déduction logique, donc un niveau de conscience cognitive. Par exemple une antilope est capable de faire la différence entre un lion au repos ou en chasse, bien qu’elle ne puisse comprendre qu’un lion « au repos » reste un danger potentiel, faute de quoi, elle réagit toujours au dernier moment et bien souvent trop tard. Si elle était capable d’anticiper, de construire un modèle prévisionnel, elle ne serait jamais dévorée et deviendrait un animal qui se rapprocherait de l’homme.

La relation de l’homme à l’animal se fera principalement sur le mode affectif, du « non-dit », sur l’implication fusionnelle. Exit donc les conversations avec nos animaux de compagnie. Elles ne sont que projection et volonté d’interprétation du comportement de l’animal comme une réponse à notre discours. En fait la communication, parce que malgré tout elle existe, se fera sur un mode non formulé. Ce seront les tons, les intonations, les gestes et attitudes qui seront les véhicules du message. L’animal peut nous comprendre (dans un domaine évidemment très restreint) au-delà des mots prononcés, comprendre nos états affectifs, par contre ne nous comprendrons pas sa réponse si nous l’analysons sur un mode anthropomorphique. Communiquer avec un animal c’est être capable d’oublier tout signifiant pour devenir ouvert au signifié (pour éviter le pastiche marketing du signifiant/signifié disons qu’il faut oublier l’analyse intellectuelle et le besoin de comprendre pour être dans l’affectif et le non formulé). La communication avec un animal ne se raconte pas, elle se vit

La grande supériorité de l’homme sur l’animal est la capacité de conceptualiser, et principalement de se représenter les notions d’espace et de temps. C’est dans ce modèle de la vie, dans ce sentiment d’exister de réside la supériorité de l’homme.

Pourquoi le nom de « Psychologie relativiste » ?

Après avoir développé un nouveau modèle théorique pour la psychologie, se pose comme pour tout nouveau-né le problème de lui choisir un nom. Ce dernier doit, autant que possible refléter l’esprit de ce modèle et en être l’icône.

Rappelons tout d’abord qu’il s’agit d’un modèle théorique, mais absolument pas le développement d’une méthode thérapeutique. Par contre, les thérapeutes peuvent trouver dans ce modèle un support théorique à leur travail. Disons que ce modèle s‘adapte particulièrement bien aux thérapies comportementales et cognitive, plutôt bien à la plupart des psychothérapies. Le travail psychanalytique est assez bien supporté par le modèle, mais nécessite une transposition dans les termes pas faciles à accepter pour les psychanalystes.

Le modèle étant basé sur la notion de relations, d’analyse critique des situations, du positionnement du sujet par rapport à son environnement j’avais choisi le nom de « psychologie situationniste ». Après réflexion je trouve à ce vocable une connotation trop « opportuniste » à la fois déplaisantes et conjoncturelle.

J’avais, au début, opté pour le terme « psychologie relativiste » que j’avais dans un premier temps repoussé car rappelant un peu trop la théorie de la relativité d’Einstein qui est en principe d’un tout autre domaine.

Après réflexion plus avancée, j’ai fini quand même par choisir ce nom pour ce modèle. En effet, dans la théorie de la relativité Einstein considère dans sa notion d’espace-temps les divers corps célestes en relation entre eux à travers les déformations de l’espace-temps induites par chacun d’eux. Ceci n’est guère éloigné du modèle de psychologie étudié dans lequel les individus sont considérés, non pas comme isolés, mais dans le cadre de leur réseau d’interactions. Un individu n’existe que par ses relations aux autres, par la communication, ses attitudes, ses positionnements qui lui donnent sa vérité, son identité. Le terme de « psychologie relativiste » m’a finalement apparu comme tout à fait approprié.

Dans ce modèle de psychologie le fait d’exister est intimement lié à la création d’images mentales dans la conscience. C’est cette production de représentation dans le domaine plutôt cognitif (mais pas que …) de la mémoire qui est la seule génératrice de vécu. Hors ses représentations l’individu n’existe que dans un état végétatif, hors conscience de son existence même.

Dans le processus de communication, le sujet soumet les messages qu’il reçoit à une analyse critique en les confrontant à son vécu historique formalisé dans sa conscience pour en trouver la représentation qui s’intégrera le mieux au réseau logique existant. Ce faisant il installe son positionnement par rapport aux messages, il enrichi sa conscience, forge son identité, et devient plus autonome et indépendant des autres. Cette identité, son vécu historique est sa conscience même d’exister, d’être.

Communication, analyse critique, positionnement, formation d’une identité, sont d’absolues nécessité pour exister, ou plutôt pour avoir le sentiment d’exister.

La psychologie « situationniste » ou « relativiste »

Il existe de nombreux modèles par lesquels on peut aborder la psychologie (Psychanalyse et écoles dérivées, psychiatrie médicamenteuse, neurosciences, …) Chacune d’elles à sa valeur dans son périmètre d’actions. Elles sont toutes différentes, et pourtant elles ne peuvent que présenter de grandes similitudes dans la mesure où elles ont pour but de représenter le même phénomène (la psychologie) et le même objectif (soulager les patients de leur psycho-pathologies). Pourquoi donc proposer une nouvelle grille de lecture de la psychologie et des psycho-pathologies dans cet univers déjà largement fournit. Simplement parce que tout nouvel outil mérite d’être évalué, et que, personnellement c’est une théorie qui me va bien, dans laquelle je me sent à l’aise, qu’elle me paraît plutôt en phase avec les visions modernes des neurosciences, novatrice et prometteuse.

Il s’agit d’une démarche purement théorique, proposée pour servir de support au travail des praticiens sans empiéter sur leur travail thérapeutique.

 

L’homme communicant

Avant d’aborder la notion psychologique, précisons le modèle philosophique de l’homme que nous allons utiliser. On ne peut prétendre expliquer le fonctionnement de l’homme si on ne l’a pas défini au préalable. Nous utiliserons le modèle de l’homme communicant, vu comme une nécessité d’expression et une capacité de ressentir. Ceci défini l’homme en relation avec son entourage, et en perpétuel échange avec lui.

Qu’est-ce que la psychologie « situationniste » ?

Comme son nom l’indique elle étudie l’homme dans sa situation par rapport aux autres, en tenant compte de son environnement et ses interactions avec lui.

Elle est fondée sur plusieurs hypothèses :

  • C’est à travers sa « conscience » que l’homme se défini et se « sent » exister.
  • La conscience de l’homme est formée d’un ensemble de représentations mentales, plus ou moins formulées, liées entre-elles par un faisceau de relations logiques.
  • Ces représentations forment un réseau allant des représentations non formulées (constituant la conscience émotionnelle) aux représentations fortement structurées et formulées (représentant la conscience cognitive).
  • La conscience émotionnelle est le réceptacle de nos émotions. C’est un univers totalement chaotique, sans organisation ni structures.
  • La conscience cognitive est la transposition de la conscience émotionnelle en un réseau structuré de représentations liés par des relations logiques, exprimables et transmissibles par les outils de communication dont nous disposons.

Développement de la conscience cognitive

  • A sa naissance (le bébé) l’homme a une conscience cognitive, sinon vierge, du moins très peu développée. Il vit sur un mode émotionnel impliquant une relation fusionnelle avec son entourage.
  • Au fur et à mesure de ses expériences, l’enfant va enrichir sa conscience cognitive et ainsi pouvoir communiquer avec son entourage selon les modes de communication en vigueur dans son milieu.
  • Plus l’individu développe sa conscience émotionnelle, plus il communique avec les autres, et plus ses relations vont passer du mode fusionnel au mode empathique (relationnel). L’enfant intègre d’abord son positionnement spatial (conscience des distances, des volumes,) puis son positionnement temporel (hier, aujourd’hui, après demain, avant-hier, …), puis viennent les positionnement sociaux (hiérarchies), idéologiques, …
  • La vie du bébé au vieillard va constituer en un enrichissement permanent de la conscience cognitive et le développement de relations aux autres de moins en moins fusionnelles et de plus en plus empathiques. Cette prise de distances avec son environnement constitue la formation d’un individu autonome, ayant son identité propre.

Construction de la conscience cognitive

Elle se construit au hasard des expériences vécues.

  • Les émotions sont reçues dans la conscience émotionnelles. Elles s’intègrent facilement à ce niveau, dans la mesure ou aucune structure préétablie ne viens s’opposer à l’intégration de ces messages
  • Le message est analysé par la conscience cognitive pour voir dans quelle mesure il peut trouver sa place dans le réseau logique déjà existant.
  • S’il est possible d’en trouver une représentation en cohérence avec le réseau existant, l’émotion trouvera sa formulation dans la conscience cognitive en créant de nouveaux liens logiques avec les représentations existantes. Notons que plus la conscience cognitive s’enrichie, plus elle devient complexe, et plus les émotions nouvelles auront du mal à s’intégrer dans un réseau logique riche et déjà structuré.
  • Si les nouvelles émotions ne peuvent pas s’intégrer au réseau existant sans remettre en cause gravement l’acquis elles seront rejetées ou stockées dans la mémoire cognitive avec une connotation « négative ou dangereuse ».
  • La distinction entre conscience émotionnelle et conscience cognitive comme deux univers séparés est purement pédagogique. Il n’existe en fait qu’une conscience, et dans le réseau de représentations on passe, par un continuum, des représentations les moins formulées aux plus formulées.
  • Cette conscience peut être rigide ou souple selon la nature des relations logiques développés. Prenons un exemple :

Des relations comme : 2+2=4, puis 4+1=5 représentent un réseau rigide et non négociable. En revanche : 2+2= environ 4, et2+2+1 =environ 5 est un réseau qui admet une certaine imprécision et qui fournit un réseau négociable.

Un individu qui en raison de ses expériences développe un faisceau de relation sans nuances et sans tolérance construira une conscience (surtout dans sa partie la plus cognitive) rigide et sans doutes ni incertitudes. L’intégration de nouvelles expériences sera gênée par une difficulté à trouver leurs places dans cette structure bloquée.  Au contraire si le réseau est construit autour de relations plus lâches et offrant une certaine tolérance la conscience cognitive sera dites souple et ouverte aux idées nouvelles qui trouverons plus facilement leurs places sans bousculer la structure fondamentale et ne mettant en cause que la zone de tolérance du réseau.

La notion de positionnement

C’est la notion essentielle de la psychologie « situationniste ». Lors d’une communication et de l’intégration d’une expérience nouvelle dans la conscience, le message reçu est soumis à une analyse critique vis à vis de la conscience historique afin de pouvoir le formuler de façon cohérente pour l’intégrer ou le rejeter. C’est ce qui définit le positionnement de l’individu vis à vis de cette expérience et de ce message. L’intégration du message à la conscience, et donc l’enrichissement de la conscience contribue à la formation de l’identité de l’individu.

On peut dire que communication, positionnement, et identité sont la trame de vécu humain. On comprend bien comment, pour exister, un homme doit en permanence communiquer, se positionner, et définir son identité pour devenir lui-même.

Donnons quelques exemples pour illustrer ces propos :

Une conscience de type rigide caractérisera un positionnement autoritariste, rigide, le narcissisme ou la paranoïa

Une conscience de type souple définira un positionnement instable, un manque de confiance en soi, et conduira à l’adaptabilité, à la timidité

Une conscience de type fractionnée à travers un positionnement dual, peut amener à la schizophrénie (Si divers blocs d’élément de la conscience, bien que cohérent de façon interne, ne présente pas entre eux suffisamment de cohérence pour créer une conscience homogène).

Si la conscience est émiettée en plein de petits blocs homogènes mais sans réel liens entre eux, sans capacité de synthèse, on aura un terrain favorable aux comportements autistiques. Le positionnement sera inexistant ou trop multiple, d’où l’appel aux comportements répétitif qui peuvent se passer de recherche de positionnement, au sens du détail et à l’incapacité de synthèse.

Si maintenant, suite à un choc affectif important la structure logique de la conscience est remise en cause, que les liens logiques sont bousculés sous l’effet du message à intégrer, le réseau peut s’effondrer, les positionnements systématiquement remis en cause, et les repères disparaître. On peut voir se développer un comportement typiquement dépressif avec effondrement des valeurs et perte du sens de la vie.

La formation progressive de la conscience cognitive marquera la vie de l’individu.

  • Bébé il vit de sa conscience émotionnelle en fusion avec son environnement
  • Progressivement il va développer des fusions élargies avec : Maitre ou maitresse d’école, éducateurs, copains qui vont petit à petit se substituer à la fusion initiale
  • L’adolescence sera (en raison de la consolidation de la conscience cognitive) dans la période du désengagement des fusions subies avec son environnement pour entreprendre des fusions choisies (bande de copains, petit ami, petites amies)
  • L’âge adulte verra le triomphe apparent de la conscience cognitive et des comportements empathiques, bien que le vécu affectif via la conscience émotionnelle continue d’être actif « en sous-main » et se manifeste souvent dans des comportements régressifs.
  • Au fur et à mesure que l’on avance dans l’âge, la conscience cognitive prend le pas, on a moins besoins des autres (sur le plan affectif, ce qui n’a rien à voir avec la dépendance physique). La conscience est rigidifiée et les nouveautés sont plus un « pensum » qu’un progrès, le trajet sur cette terre arrive à son terme.

 

Ceci est un petit aperçu synthétique de ce que peut être la « psychologie situationniste ». Elle mériterait un développement plus large pour montrer comment les événements et les facteurs qui constituent la psychologie peuvent facilement s’intégrer à ce modèle