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La couverture générale

L’angoisse, paralysie ou moteur de la vie

Nous avons défini l’angoisse comme le fait de devoir vivre sans références clairement établies. C’est cette existence dans un univers non référencé qui crée le comportement flottant, le manque de positionnement et par voie de conséquences une incertitude dans le sentiment d’exister, une identité incertaine, l’incapacité de se projeter d’une façon précise dans les événement, donc l’angoisses. Par principe même l’angoisse n’est pas réellement vécue de façon consciente, puisqu’elle résulte d’un déficit de conscience cognitive. Ce n’est que lorsqu’elle se cristallise sur un fait précis qu’elle devient consciente et tourne à l’anxiété.

A sa naissance le nourrisson à une conscience cognitive peu développée, donc très peu de références, une absence d’identité. Il devrait donc vivre dans une angoisse permanente. Il n’en est rien s’il vit dans un environnement équilibré et stable. En effet le bébé vit en fusion totale avec son environnement et ses références sont celles du milieu dans lequel il se projette. Il n’a donc pas nécessité à avoir ses propres références.

Au cours de son développement l’enfant va progressivement créer ses propres références en développant sa conscience cognitive et en parallèle, toujours progressivement, se détacher de sa fusion originelle (en élaborant d’autres fusions avec son environnement proche comme ses copains, ses enseignant, ses éducateurs, ses grands-parents, …). Si le processus se passe de façon harmonieuse la perte de ses références issues de ses fusions abandonnées est remplacée par les références qu’il se crée en développant sa conscience cognitive et ses positionnements vis à vis du monde qui lui devient extérieur.

Une période délicate est bien évidemment l’adolescence au cours de laquelle les mutations sont si brutales, si rapides, que l’équilibre entre références perdues et références acquises et difficile à conserver. L’ado doute, hésite à abandonner ses références fusionnelles pour s’autonomiser dans des références acquises qu’il maitrise mal et en même temps sent le besoin de quitter un environnement qui le bride pour se lancer dans une liberté qui lui fait peur. L’adolescence est vraiment la période de notre vie ou l’angoisse s’installe inévitablement (comme bien sûr, pour d’autres raisons, dans la période de la mort).  Cette angoisse est évidemment très difficile à mettre en évidence puisqu’elle est causée par une déficience du cognitif.

Durant l’âge adulte il reste toujours un reliquat d’angoisse puisque l’équilibre entre le positionnement perdu et le positionnement acquis n’est jamais parfait. Celui-ci est parfaitement supportable et l’on pourrait même le dire positif puisqu’il nous pousse à agir, à éviter toute passivité, qu’il est le moteur de notre vie sociale.

L’angoisse peut se manifester, notamment à l’âge adulte lors d’épisodes de dépressions. Sous l’effet d’une forte contrariété (Choc affectif, déchéance sociale, remise en cause fondamentale …) le système de valeurs mis en place dans la structure de la conscience cognitive peut s’écrouler. L’individu se retrouve alors devant un vide, les valeurs ayant perdu de leur impact plus rien ne présente d’intérêt, plus rien n’est valorisé. Il se retrouve face au vide et à son angoisse. Notons une petite différence entre l’angoisse basique due à une absence de référence et celle liée à la dépression due à la perte de références, acquises, ceci ajoute à l’angoisse un élément de dévalorisation personnelle.

Dernière période, dernière approche de l’angoisse, la période ou l’angoisse est le mieux exprimée est bien sûr la mort. J’ai eu l’occasion de m’exprimer sur le sujet et de montrer comment la croyance en une vie éternelle, paradis, réincarnation, communication avec les morts et autres qui voudraient être une sécurisation (non la mort n’est pas une fin, il y a une autre vie après la mort !) ne sont en fait que génératrices d’angoisse. Comment se positionner par rapport à une future vie dont on ne connaît rien, dans laquelle on ne sait même pas si on aura accès au meilleur ou au pire. Ce trop d’incertitudes provoque un sentiment d’angoisse, voire d’anxiété (si on essaye de formaliser ce qu’une vie future pourrait être !). C’est le lot de la quasi-totalité des terriens que de croire à une vie post-mortem (beaucoup y croient dans le cadre de religions d’autres y croient tout en affichant une posture athéiste, matérialiste) et de ce fait vivre dans l’angoisse de la fin !

 

Pour conclure cette petite analyse on peut constater qu’une dose d’angoisse nous accompagne tout au long de notre vie. Ce besoin permanent de rechercher des références, ce besoin incoercible de se positionner, ce besoin de relationner, d’adapter nos comportements à notre environnement, c’est tout simplement le besoin d’exister ou plutôt de se sentir exister. Une dose d’angoisse nous fait bouger, un trop d’angoisse nous paralyse.

Textes, poésies, et chansons, en psychologie relativiste

On considère généralement en littérature qu’il y a deux grands modes d’expression :

  • La prose dans laquelle le texte n’est pas formaté par des règles strictes et par de simples règes de lisibilité (paragraphes, titres, sous-titres …)
  • La poésie ou le texte est régi par des formats très précis (sonnets, Rondeau, Ballade, Ode, Acrostiche …) et surtout par la notion de rime qui impose une lourde contrainte sur le contenu par un choix restrictif des mots utilisés.

Cette catégorisation supporte évidemment des exceptions comme, par exemple, les poésies en vers libres, ou des textes en prose à visée poétique.

Personnellement je préfère diviser la littérature en deux grands courants

  • La littérature du domaine du cognitif qui essaye à travers les mots et leur sens de refléter au mieux la pensée que l’on veut exprimer. Dans ce mode d’expression on choisit les mots, non pas pour leur musique, mais pour leur sens précis et le concept qu’ils recouvrent.
  • La littérature du domaine de l’affectif qui essaye à travers les mots et leur musique de suggérer au lecteur le sens que l’on veut porter. Ce n’est pas le sens académique des mots qui importe, mais leur musique et leur capacité d’évocation.

Il existe, bien sûr, de nombreux textes qui peuvent se revendiquer des deux catégories, celles-ci n’étant définies qu’en tant que critères taxonomiques.

Cette dernière classification me paraît plus fructueuse quand il s’agit de relier un texte à l’intérêt qu’un lecteur peut lui apporter.

Prenons mon cas personnel, non pas qu’il présente un intérêt particulier, mais tout simplement parce que c’est celui que je connais le mieux et dont il m’est le plus facile de parler. J’ai une vision très analytique du monde, dans chaque événement je recherche le « pourquoi » et comment cet événement peut s’intégrer dans mon système cognitif structuré. Dans la poésie, par exemple, je cherche à travers le sens des mots, non pas à me laisser imprégner, mais plutôt à comprendre ce qu’ils cachent. En ce sens la forme poétique me paraît, non pas une vision « impressionniste » du monde mais plutôt un obstacle au décryptage du sens des mots (puisque ceux-ci n’ont pas dans le texte le sens généralement admis pour eux). Mon réflex est donc de me dire : « la vie et ses messages sont déjà assez compliqués à comprendre, alors pourquoi ajouter une complexité supplémentaire en apportant une « sur-codification » en donnant aux mots un sens qu’il faut encore décrypter pour en atteindre le sens.

C’est, bien sûr, une très mauvaise utilisation de ma part de la poésie que j’utilise pour ce qu’elle n’est pas. Je l’utilise comme une expression construite et logique alors qu’il faudrait la prendre comme une suggestion. Si quelqu’un lit une poésie simplement en se laissant porter par les mots, leur rythme, leur musique, sans essayer de vraiment de les comprendre il aura sans doute un vécu du texte très différent. Il aura, sans doute, une impression plus proche de celle que peut procurer la musique (même si la poésie présente un aspect plus formalisé que la musique). Personnellement, à la radio, je préfère écouter un débat plutôt que de la musique. D’autres écoutent de la musique et son agacés par des débats verbeux et « prise de tête ».

Chacun, en fonction de la construction de sa conscience, prendra position pour telle ou telle forme d’expression. Évidemment j’ai décrit plus haut les positions extrêmes vis à vis d’un texte. La vie est plus compliquée et les attitudes sont toujours un mélange de ces deux extrêmes. De plus la position que chacun adopte peut varier avec le temps (plus on vieillit et plus la position passe de l’émotion à la rigueur), elle varie également en fonction des circonstances de la vie, de son état émotionnel du moment.

 

N.B. La chanson, dans la mesure où elle cherche, généralement, à exprimer des sentiments complexes avec des textes très courts, doit utiliser une forme plutôt elliptique, une forme de suggestion narrative. Elle est donc à rapprocher, toutes proportions gardées, de la poésie.

La peur de la mort et la vie éternelle

La mort est l’un des grands tabous de nos civilisations. Cette angoisse, d’un jour, ne plus exister à fait le lit de toutes les grandes religions depuis l’antiquité. Dans cet élan religieux, les hommes ont inventé, imaginé, toutes sortes de prolongements à la vie (l’empire des morts chez les égyptiens, le Styx et les champs élyséens chez les grecs, les divers paradis dans les religions judéo-islamo-chrétiennes, la réincarnation chez les bouddhistes et les indouistes). Ces visions devant atténuer la peur de la mort en proposant une vie post-mortem, une vie éternelle prolongement de la vie terrestre.

Vis à vis de cette vie éternelle on observe trois positions principales :

  • Ceux qui croient fermement à cette vie éternelle et qui seraient prêts à sacrifier leur vie terrestre pour accéder directement à l’éternité. Citons les martyrs, les kamikazes de Daech pour lesquels la mort n’est qu’un moyen d’accéder à une forme de félicité.
  • Ceux qui ne croient absolument pas à une vie éternelle et pour lesquels la mort est une simple fin et qui prônent que tant que l’on est vivant la mort n’est pas un problème et que quand on est mort la vie n’est plus un problème
  • Ces deux premières catégories sont tout à fait marginales dans nos sociétés ou la plus grande partie des êtres croient sans y croire à une vie éternelle.

Il y a ceux qui par conviction religieuse ou philosophique croient en une vie éternelle mais qui dans le même temps n’y croient pas trop. En effet ils ne sont pas prêts à renoncer à leur vie terrestre pour se plonger dans les délices de leur vie éternelle. Bien que croyant à une vie future, ils s’accrochent à leur vie présente

Il y a ceux qui ne croient pas à une vie éternelle, mais qui ne peuvent s’empêcher d’y croire à moitié. Cela se traduit notamment dans le respect des cultes des morts. On va les visiter au cimetière, on leur parle dans l’intimité, on respecte leurs dernières volontés, on vit encore en partie par eux et pour eux … on refuse de faire son deuil. Un exemple type est l’enterrement de Johnny Halliday ou l’on a vu es millions de personne voir passer sa dépouille en vivant l’événement comme si le chanteur passait, bien vivant, devant eux sur son Harley Davidson. Pourtant, objectivement, ils regardaient passer un cadavre en attente de décomposition dans une boite en sapin !   C’est bien un renoncement à faire son deuil et un appel à une vie post-mortem.

Si dans les deux premiers cas le positionnement par rapport à une vie éternelle est simple, il n’en est pas de même dans le troisième. En effet il est fort difficile de se situer, se positionner par rapport à une entité aussi peu définie, improbable, totalement floue, plus ou moins acceptée, plus ou moins refusée.

Les croyants connaissent bien cette situation dans le positionnement vis à vis de leurs dieux. Comment se positionner vis à vis d’un être transcendantal et que personne n’a réellement côtoyé. En fait nos croyants se positionnent non par rapport à leur dieu mais plutôt par rapport à sa parole. Tout dieu établit sa loi (toujours faite d’interdictions, d’autorisations et de recommandations) et c’est par rapport à elle que les fidèles se positionnent (d’ou l’importance des rites dans les religions). Signalons quand même (une petite pique antireligieuse !) que jamais un dieu ne s’est adressé directement aux hommes, il le fait toujours par l’intermédiaire d’un homme que certains appellent prophète et d’autre illuminé. Même dans le christianisme, quand dieu envoie son fils sur la terre, il ne manque pas de le faire « homme »). La parole de dieu est toujours la parole d’un homme (ou d’une femme …dieu est moins sexiste que ses représentants).

Cette incapacité à se situer par rapport à une situation, à un principe, cette incapacité de positionnement est exactement la genèse de l’angoisse. Vis à vis de la mort et de la vie éternelle les individus de notre troisième groupe ne savent pas où ils sont, ce qu’ils sont, comment se projeter dans cet avenir qu’ils n’appréhendent pas. On ne peut se positionner que par rapport à des repères stables, bien définis, identifiés. Pour ces individus la pensée de la mort angoisse !

La religion devrait délivrer de l’angoisse de la mort, on espère qu’il en soit ainsi, mais bien au contraire elle la provoque car elle n’amène jamais à la certitude attendue.

De nos trois catégories c’est plutôt la seconde qui retiens mon attention. La première me semble un peu radicale pour moi qui aime la vie et qui aime ma vie. La troisième génératrice d’angoisse est totalement à éviter.

Parlons donc de ceux qui aiment la vie mais ne redoutent pas de la perdre. Ils sont capables, plus que les autres de faire leur deuil lors du décès d’un proche, ils ne fréquentent pas les cimetières et les commémorations, ils assument la séparation d’avec les autres.

Mais dans le même temps n’ayant pas l’esprit obscurci par la perspective d’une vie future, ils sont capables de faire le deuil d’eux-mêmes.

Ne pas appréhender la mort c’est être prêt à faire le deuil de soi-même, comme on fait le deuil des autres. La mort reste alors une perspective certes désagréable, mais pas angoissante.

André Malraux disait que dans la mort ce qui est difficile c’est d’arrêter d’écrire sa biographie ! pourtant, toutes les histoires, toutes les biographies ont une fin.

N.B. Il est paradoxal que lorsque on lit un roman, quand on voit un film, on aime bien qu’il ait une fin qui termine, qui clôture l’histoire. Pour notre vie, c’est le contraire

Les « ados » et leur téléphone portable

C’est l’une des grandes inventions des dernières années, un outil dont personne ne nie l’intérêt et qui nous rend joignable, presque, en toutes circonstance.

Et pourtant un phénomène nouveau est apparu dans la dernière décennie : l’addiction au téléphone portable. Dans tous lieux public (Transports en commun, salle d’attente, bancs publics) on peut constater qu’au moins 50% des personnes utilisent leurs téléphones portables soit pour communiquer par SMS, soit pour s’impliquer dans un quelconque jeu vidéo, soit pour écouter de la musique.

Quand un phénomène prend une telle importance il est bien naturel de s’y intéresser ; d’essayer d’en comprendre les tenants et les aboutissants.

Pour finir de cerner le problème, disons que ce comportement est plutôt le fait d’un public jeune (ados) et de situations d’attentes (sentiment de vide). Ces observations devraient nous aider à dégager les composantes de ces comportements.

Le besoin de fusion, être toujours en contact

On connaît tous le besoin de relations fusionnelles de l’enfance, la nécessité de vivre à travers les autres, le besoin de vivre « en bande » de nos ados. Ce comportement est typique des 12-16 ans à cheval entre le besoin de vivre à travers leur conscience émotionnelle et celui de vivre sur le mode relationnel par leur conscience cognitive en formation. Soit, à la fois le besoin permanent « d’être en contact » et celui d’échanger sur un mode un peu plus formel. Le téléphone portable correspond exactement à ces deux nécessités. Les ados vont trouver dans cet accessoire comment rester en contact permanent avec leurs copains (copines) et échanger avec eux (elles) sur un mode un peu plus formalisé. Le téléphone va briser le sentiment d’isolement qu’éprouvent nos ados dès qu’ils se retrouvent seul, coupés de leur univers de fusion.

SMS plutôt que téléphone

On constate que les ados utilisent préférentiellement la communication par SMS plutôt que la conversation au téléphone. Ceci traduit le besoin de relations mais en même temps une peur (l’ado est mal positionné et a peur de la relation intime, peur de se dévoiler- ses relations aux autres restent toujours superficielles- sans plonger dans l’intimité). Le SMS est plus confortable. On est à l’abri des réactions de l’autre, on reste en zone de confort. Le texte court évite de se plonger dans l’intime. On ne peut pas réellement s’impliquer dans l’intime quand on ne sait pas encore qui l’on est !

SMS plutôt que l’email

Pour les mêmes raisons ils vont préférer le SMS à l’email, le tweet à Facebook.  Plus le message formalisé est court, plus il est schématique, et moins il engage de façon intime.

Le téléphone et l’email sont de la communication verbale ou écrite totalement formalisée. En faiblesse de conscience cognitive l’ado ne sait pas traduire ses émotions dans le verbe ou l’écrit. Dans ses relations aux autres, dans son groupe, il utilise le langage de l’affectif, le spontané, le non formulé pour s’exprimer. Il n’ose pas finaliser ses émotions dans un texte, ou plutôt il ne le peut pas car sa pensée n’est pas suffisamment construite et structurée pour être traduite en mots et phrases. Quand un ados abandonne les SMS pour passer à la conversation téléphonique ou à l’email, on peut dire qu’il à « maturé »

L’addiction

Elle vient de ce que le SMS n’est pas une communication satisfaisante et ne comble pas vraiment le besoin de fusion, d’où la recherche de toujours plus comme si la quantité pouvait pallier au manque de qualité. N’oublions pas que l’ados est un « être hybride » qui navigue entre son vécu émotionnel et son vécu cognitif, entre un échange affectif et un échange relationnel. Aucun de ces deux mode ne sera donc pour lui vraiment gratifiant, le SMS ne sera pas pour lui réellement gratifiant, d’où le besoin de toujours plus. Il reste cependant privilégié car il marie un peu les deux modes de communication, il est simple à mettre en œuvre, facile à dissimuler aux yeux des « autorités », il est immédiat et réactif, et permet une communication très impliquée sur le mode affectif (il est la traduction même du besoin de fusion) et peu impliqué dans l’intime.

Conclusion

Cette dépendance au téléphone portable n’est pas une « déviance » des temps moderne. Elle est la traduction du mal-être des ados qui trouvent en lui une façon d’exorciser (ou de tenter de le faire) le mal-être inhérent à la période de transition qu’ils vivent. C’est un réel besoin pour eux. Ne les en privons pas bien qu’il nous faut veiller à ce que cet usage n’empiète pas trop sur les besoins de sommeil et le temps de travail scolaire (c’est la rôle ingrat des parents de devoir gérer au mieux les besoins contradictoires de leurs enfants). Après cette période de transition ils finiront par utiliser leur téléphone en adulte pour leur travail, leurs relations, et les parents seront un jour très contents de recevoir un jour un petit SMS de leur enfant qui a quitté le nid familial.

La notion de vérité

C’est l’un des concepts les plus important en philosophie puisque c’est lui qui validera les diverses propositions énoncées. Selon que ce que l’on avancera sera considéré comme la vérité ou non la proposition sera validée ou non.

L’homme est un être qui perçoit les événements, les situations, les autres au travers de ses sens. Il reçoit des messages visuels, auditifs, olfactifs, tactiles ou gustatifs et les analyse dans son cerveau pour en créer des représentations cognitives. Cette analyse critique par chaque individu donne à ces représentations un caractère éminemment subjectif et individuel. On définit ainsi une relation sujet/objet dans laquelle l’individu est le sujet et l’événement l’objet.

Dans ce type de relations on distingue deux cas :

  • L’objet existe en dehors du sujet (même sans observateur l’objet existe) et il a donc une nature permanente et transcendantale. L’objet préexiste à l’homme.
  • L’objet n’existe que dans sa relation au sujet (l’homme) il n’a donc qu’une nature transitoire et n’existe que s’il est observé

Le temps et l’espace en théorie Newtonienne préexistent à l’homme. Que le temps et l’espace soient peuplés ou non par l’homme ils existent et sont de nature permanente. En revanche dans la vision relativiste de l’univers, temps et espace prennent leur existence dans la relation qu’entretiennent entre eux les objets. C’est l’interaction entre les objets qui les fait exister et leur donnent leur essence.

Il en est de même pour la vérité. Dans un modèle basé sur la transcendance il existe une vérité qui ne dépend pas de la perception que les individus en ont. Que ceux-ci y accèdent ou non la vérité reste présente et constitue une référence non négociable. Dans la relation sujet/objet, l’objet « vérité » est un permanent incontournable.

Dans une vision relativiste chaque individu perçoit sa propre vérité définie par sa relation personnelle aux événements, situations, et aux autres. La vérité est donc protéiforme et n’est la propriété ou l’apanage de personne. Non seulement personne ne connaît la vérité, mais personne ne peut la connaître car la vérité unique n’existe pas. Il existe donc une infinité de relations entre sujets et objets qui définissent une infinité de sujets et d’objets.

On est ainsi ramené à deux grandes positions :

  • La position transcendantale ou Religieuse dans laquelle temps, espace, vérité sont des transcendances à l’homme. Il doit donc exister un « être supérieur » qui gère l’univers et possède la vérité. La parole de Dieu est « la vérité » et nul ne peut la mettre en doute. On peut argumenter que Dieu a fait un usage très restrictif de sa parole et que celle-ci n’est retransmise que par la perception que certains hommes (le prophètes) en ont eu. Pour sortir de l’ambiguïté, Il serait bon que Dieu sorte un peu de son silence et exprime clairement ses intentions ! Point n’est besoin de civilisations, de sociétés, de culture, puisque Dieu a déjà tout organisé.
  • La position relativiste dans laquelle les hommes auto-définissent leur propre vérité. Ce point de vue suppose, pour être viable, une négociation permanente entre les individus pour définir des actions, des modes de vie commun basés sur des vérités différentes. C’est ici que le besoin de sociétés, de civilisation, de culture se fait sentir. C’est la société, la loi, qui va prendre en charge les relations entre les hommes qui deviennent de citoyens.

Dans notre civilisation occidentale, issue d’un modèle judéo-chrétien, la vision transcendantale reste profondément ancrée dans la culture et dans les esprits. Chacun à sa vision personnelle de la vérité par le mode de perception de l’humain, mais chacun croit avoir la vérité unique par notre croyance (affichée ou larvée) à la transcendance. C’est la source majeure de tous les conflits !

Les addictions et leurs mécanismes

Définition

On parle d’addiction lorsqu’un sujet ne peut résister à la survenue répétée d’un comportement, et que celle-ci est précédée d’une tension croissante que seul le passage à l’acte soulage (sur le moment).
Notons qu’en cas d’impossibilité de s’adonner au comportement, le sujet ressent une anxiété pénible. Cet envahissement donne lieu à des tentatives répétées pour contrôler, réduire ou abandonner le comportement, mais en vain.

Si la caractéristique pharmacologique de certaines substances (alcool, drogues, tabac…) joue un rôle reconnu dans la survenue d’une dépendance, on peut repérer des mécanismes identiques dans des addictions « sans substances (jeu pathologique, fièvre acheteuse, cyberdépendance, boulimie mais aussi parfois travail, sport, sexualité etc.) : il est donc plausible d’isoler certains invariants dans les personnalités sujettes aux addictions.

Cause profonde des addictions

Une assise identitaire fragilisée (en termes d’autonomie psychique et/ou d’estime de soi) et d’un traumatisme désorganisateur survenu précocement ou non mais en lien avec la question de la séparation ou de la carence affective.
Par exemple : le tout-petit ayant échoué à intérioriser le lien à la mère absente, toute absence est désormais vécue comme une perte. Un imaginaire qui s’appauvrit, une vulnérabilité à l’ennui et à l’anxiété, une relation compliquée à autrui, oscillant entre dépendance et évitement caractérisent ces profils.

Une angoisse débordante conduit alors le sujet à mettre en place une relation à un objet à la fois source de stimulation et de satisfaction immédiate (les sensations ont remplacé les émotions) et, croit-il, maîtrisable. L’objet de l’addiction (alcool, aliment, toxique notamment) permet au sujet d’exprimer sa toute-puissance dans une relation fusionnelle. Mais cette autosuffisance s’avère rapidement illusoire car la sensation de manque replonge le sujet dans la dépendance à autrui qu’il croyait avoir ainsi vaincue.

Le principe de « tolérance » (besoin d’augmenter l’intensité ou la fréquence pour maintenir l’effet attendu) conduit fréquemment la personnalité addictive à présente à subir plusieurs dépendances, concomitantes ou successives.

Auto-alimentation des addictions

Le danger dans les addictions est qu’elles s’autoalimentent (ce qui est la base même du mécanisme addictif)

Si l’on prend par exemple l’addiction à l’alcool :

Le sujet est soumis à une forte angoisse. Il a du mal à cerner ses repères et à se sortir de son système de références floues et incertaines. Il va rechercher un stimuli qui, temporairement, pourra lui servir de point de référence. Sous l’impact de ce stimuli intense il va avoir, en focalisant son attention sur cet effet, l’impression de se resituer, de s’accrocher à un point fixe. L’alcool est un excellent générateur de ce type de stimuli.

Bien évidemment le sujet s’accroche à une « branche pourrie » puisque le sentiment de se référencer ne dure que le temps que dure le stimuli. Très rapidement il va retrouver son univers angoissé et le besoin de se restimuler, de boire encore, ce qu’il va faire jusqu’à ce qu’un événement extérieur survienne pour l’en empêcher (ce qui lui causera une frustration très pénible et des réactions très vives) ou que l’ivresse l’emporte dans un état comateux dans lequel il perd tout besoins et stimuli.  Au réveil il retrouvera sa personnalité flottante et angoissée assortie généralement d’un fort sentiment de culpabilité et de dévalorisation de son image (blessure narcissique). Il n’en sera que plus vulnérable et encore plus perdu et angoissé. Le phénomène s’auto alimente et le sentiment d’être égaré en lui-même s’accentue.

De plus l’alcool est susceptible de créer une dépendance qui participe à l’auto alimentation du processus.

Selon les addictions le type de stimuli recherché sera différent

L’alcool, les drogues, le tabac, la boulimie se vivrons dans un stimuli oralisé pour calmer une angoisse.

Le jeu, les achats compulsifs, le travail se vivrons dans la recherche d’une intense activité cérébrale pour calmer une anxiété (angoisse cristallisée sur un besoin de gagner de l’argent, du pouvoir)

Signalons de nouvelles addictions apparue récemment :

L’addiction au téléphone portable ou le sujet essaye de calmer son angoisse dans la recherche d’un contact permanent à l’autre pour éviter de se sentir seul. (recherche d’un stimuli affectif)

L’addiction aux jeux vidéo ou le sujet recherche une intense activité intellectuelle pour éviter de sentir le vide qui l’habite (recherche d’une activité cérébrale intense).

Le principe des thérapies contre les addictions

Diverses méthodes ont été envisagées

  • Traiter en premier la cause profonde (sentiment d’angoisse) avant d’aborder le traitement du comportement addictif
  • Traiter en premier le comportement addictif pour terminer en essayant de re-référencer le sujet
  • Mais le mécanisme d’auto alimentation des addictions décrit plus haut suggère de traiter les deux problèmes en parallèle puisque l’un alimente l’autre et réciproquement. N’en traiter qu’un seul serai infructueux

Conclusion

Une addiction se présente comme un « médicament » qui soulage assez rapidement une douleur. Cependant son effet est très provisoire. Son efficacité est donc extrêmement faible. Par contre ses effets secondaires sont violemment délétères et le ratio bénéfices/risques est déplorable.

PS :Il n’est pas étonnant que le Baclofène (relaxant musculaire neurologique) puisse avoir un effet bénéfique sur les addictions à l’alcool.

Ils voient le mal partout

On observe, de façon générale, qu’on  a tendance à noter davantage ce qui nous déplait que ce qui nous plais. Bien sûr ce comportement discriminatoire mérite que l’on s’y intéresse. On est toujours plus attiré, interpellé, parce ce qui nous choque au point de passer sous silence ce qui nous paraît bénéfique, et c’est ce comportement paradoxal que nous allons visiter ici.

On remarque d ‘avantage le train qui arrive en retard que les trains qui arrivent à l’heure

Dans l’information, pour captiver l’attention des lecteurs ou téléspectateurs, les journalistes nous déballent toutes les catastrophes en cours au point qu’un observateur extérieur à notre monde qui regarderait nos informations auraient l’impression que nous vivons dans un monde de fou ou rien ne fonctionne ou tout va mal. C’est heureusement une fausse vision de notre réalité, sans quoi notre vie serait tout simplement un enfer !

Dans un film, dans un livre, rien n’est jamais banal. Les personnages sont toujours en crise, les situations extrêmes, les dénouements spectaculaire. C’est la condition pour intéresser lecteurs et spectateurs.

Dans notre environnement personnel on a tendance, chez les autres, à plutôt voir leurs défauts que leurs qualités. Cette attitude nous projette dans des comportements intolérants, crée des conflits que l’on pourrait éviter et nous prive de relations qui pourraient nous être profitable. C’est une des composantes principale dans les conflits conjugaux.

La psychologie relativiste (qui étudie les individus dans leur relation aux autres) peut nous éclairer sur  cette attitude pénalisante ?

Reprenons le mécanisme, maintes fois décrit, de l’intégration du vécu d’un événement dans notre conscience (donc dans notre histoire, dans la construction de notre identité).

Le message reçu dans notre conscience émotionnel tente de se formaliser dans notre conscience cognitive pour s’inscrire dans notre mémoire. Il est soumis à une analyse critique par les éléments de cette conscience cognitive pour définir l’attitude que nous allons adopter vis à vis de lui et donc son positionnement dans notre vécu. Si cet événement est en phase avec notre vécu historique il se formalisera facilement est créera sans difficulté les liens logiques qui lui assureront un place dans notre conscience. Il s’intégrera « en douceur » et sans heurt dans notre mémoire. Si au contraire cet événement se montre en déphasage ou carrément en opposition avec notre vécu historique, il ne pourra s’intégrer  à notre histoire sans bousculer notre équilibre. Il développera dans notre conscience des liens logiques de rejet et ne s’intégrera à notre vécu qu’en créant un point de conflit interne. Tout conflit interne étant vécu comme un traumatisme, le vécu de cette intégration sera ressenti comme douloureux et perturbant.

Pour résumer, tout ce qui est perçu comme plutôt gratifiant s’intégrera tout naturellement dans notre conscience, sans même que l’on s’en rende compte, alors que ce qui nous bouscule sera vécu, dans son intégration, comme un traumatisme et donc fortement ressenti.

Nous réagissons fortement à ce qui nous perturbe alors que nous percevons à peine ce qui nous conforte dans nos idées.

Réflexions nouvelles sur la méthode en thérapie

On admet, dans la plus-part des formes de thérapie que celle-ci consistent à « détricoter » l’écheveau des constructions de la pensée pour revenir au traumatisme originel. De là, on tenterait de reconstruire la psyché sur des bases saines pour remettre le sujet en phase avec lui-même. Ce mécanisme présuppose une reconstruction du passé dont on effacerait un vécu pour le remplacer par un autre. Si du point de vue thérapeutique l’idée est sympathique, sur le plan philosophique elle est totalement inacceptable (*). Le passé est le passé, le vécu est le vécu et rien ne peut le modifier. Entrer dans un modèle philosophique dans lequel le passé est modifiable (ce qui signifierait à la fois qu’il a une existence réelle et qu’il serait non permanent et modifiable) est un exercice intellectuel auquel je ne peux me résoudre. Envisager un monde dans lequel le passé ne serait pas permanent remettrait trop de concept en jeux. Partons donc du principe, quel que soit la notion du temps que l’on retienne (Newtonienne ou Relativiste) que le passé est irrévocable et définitivement acté.

En psychologie relativiste le vécu, ce qui alimente notre histoire et notre identité, ne peut pas être changé et notre approche thérapeutique doit en tenir compte. On ne peut revivre le passé ou du moins si on s’y essaye on ne fera que le revivre à travers ce que l’on est aujourd’hui et non tel que l’on était au moment des faits remémorés. L’autre élément de la thérapie serait de la revivre à travers le vécu du thérapeute, ce qui ne serait guère mieux.

Il nous faut donc vivre dans nôtre présent et y inscrire notre approche thérapeutique.

L’approche thérapeutique ne sera donc pas une reconstruction d’un passé, mais la construction d’un vécu qui pourra stabiliser le patient. Au fond on s’aperçoit que l’on n’est pas très loin du travail effectué dans le cadre des Thérapies comportementales et cognitive (TCC). Cependant alors qu’elles s’attachent plus particulièrement à corriger les comportements (dans des thérapies brèves), nous nous attacherons plutôt, dans des thérapies plus longues, à l’aspect cognitif. Il s’agira alors de construire dans la conscience cognitive du patient les éléments qui viendrons compenser ses carences, remettre en cause ses apriori, intégrer dans son vécu la notion de son erreur, sans pour autant la nier (puisqu’elle fait partie de lui), analyser les futurs événements à la lumière de cette erreur pour le repositionner sur des bases nouvelles. Je pense que faire accepter, assumer au patient ses erreurs comme telles est un point essentiel pour toute nouvelle analyse d’un vécu et futur développement de la conscience.

La thérapie consistera donc à mettre en lumière les erreurs d’analyse historique et d’inclure cette notion à toute analyse de nouvelles expériences

(*) Noter que j’ai toujours affirmé que développer une psychologie sans l’asseoir sur un socle philosophique ne pouvait conduire qu’à des aberrations. : « Je vais vous expliquer comment ça marche, mais je ne sais pas ce que c’est ! »

Connections neuronales et psychopathologie

J’ai eu l’occasion de montrer que chacun de nous porte en lui des « micro-psychopathologies » qui sont parfois mises en jeux dans nos comportements. Nous avons tous, de temps à autres des réactions empreintes de paranoïa, de narcissisme, ou d’autres travers comportementaux. Ceci ne traduit pas une structure psychopathologique de notre conscience, mais laisse supposer que dans le grand réseau de la conscience cognitive certaines zones, certains liens, présentent localement des structures mal organisées et en relation d’incohérence avec l’ensemble du réseau. Tant que cette structure reste locale et confinée à une petite partie de notre réseau, notre vécu n’est pas perturbé (sauf lorsque cette zone particulière est mise en jeu dans l’analyse critique des messages reçus). C’est en fait le degré d’importance de cette zone perturbée dans le réseau global qui déterminera si on peut parler de micro-psychopathologie ou au contraire de véritable psychopathologie.

Dans l’approche, principalement expérimentale, des neurosciences on met en évidence des relations entre certains comportements, la réponse à certains stimuli, et l’observation de l’activation de certaines régions du cerveau. C’est sans doute, compte tenu des capacités d’observations dont nous disposons la seule façon de travailler. Cependant, dans la psychologie relativiste, on peut penser qu’il ne s’agit pas de l’activation d’une zone globale du cerveau mais d’un ensemble de connections neuronales mises en jeu dans la réponse au stimuli. Si cet ensemble de connections est située dans une zone particulière du cerveau on peut avoir l’impression que la zone entière est activée alors que seules une partie spécifique des connections est mise en jeu. Malheureusement, en raison des moyens d’investigation dont on dispose, la finesse des analyses n’est pas suffisante pour observer individuellement les connections activée ou non. On en reste donc à des conjectures sur le modèle proposé.

Comprendre comment fonctionne la structure en réseau des relations logiques entre représentations mentales est un objectif qu’il faudrait atteindre. En outre savoir si ce réseau logique de relations constitue un chemin logique de transfert de l’information ou si cette structure de réseau logique est, en elle-même, l’information constitue un « must » dans l’interprétation de la notion de représentations mentales. En d’autres termes le réseau logique de connections activées ou non (0/1) représente-t-il l’information en elle-même (comme on peut représenter une image dans un ordinateur) ou au contraire représente-t-il le chemin à travers lequel l’information est véhiculée et modifiée (par des transformations logiques) au cours de sa transmission ? Dans ce deuxième cas il resterai alors à expliciter comment l’information elle-même peut être représenter dans la conscience.

On voit qu’il reste encore à imaginer et comprendre. La connaissance est un puit sans fond, un abysse dans lequel se perdre. Ne plongeons pas dans cet inconnu et vivons dans notre monde explicité. Repoussons en jour après jours les limites. Cela nous évitera d’être obligé d’inventer Dieu !

La notion d’espace

Dans la vision Newtonienne du monde, issue de la théorie de la gravitation, l’espace est une grandeur « en soi », indépendante du temps, qui existe que cet espace soit peuplé ou non par la matière. C’est un « invariant », un « contenant » dans lequel vont s’inscrire les événements mettant en jeu matière, force, et temps. L’espace est donc une réalité incontournable, universelle et commune pour chacun d’entre nous. Elle est bien sûr issue de la vision chrétienne de l’univers. C’est la notion d’espace que nous utilisons dans la vie courant, et que nous transmettons à nos descendants via l’éducation.

Depuis la théorie de la relativité restreinte d’Einstein, l’espace disparaît, de même que la notion de temps, pour être remplacé par la notion d’espace-temps. Cette nouvelle grandeur va définir sa géométrie non plus comme un absolu, mais comme l’ensemble des relations entre les objets, les entités existantes. A la notion de position absolue dans l’espace va se substituer la notion de relation entre les entités présentes. Un objet est à droite, à gauche, devant, derrière son voisin. Un objet est plus grand, plus petit que son voisin. L’espace devient un faisceau de relations entre les objets qui va définir notre univers en termes de position relative plutôt qu’en terme de position absolue. Cette définition de l’espace présente l’avantage de ne plus nécessiter de fixer l’univers dans des limites prédéfinies (pour accéder à des positions absolues pour les objets il faut bien fixer un référentiel) mais de se limiter à établir des relations entre les objets connus, identifiés, sans nécessité d’établir une définition de l’univers incluant son existence en dehors du champ de nos connaissance. Par exemple : « l’univers en extension n’est plus cette notion absolue, métaphysique d’un univers infini qui continuerai de croître mais par la simple notion d’objets qui s’éloignent les uns des autres ». Si un nouvel objet est découvert, ou imaginé, il prendra naturellement sa place dans le réseau relationnel. Comme disait Bouddha à ses disciples : « Je ne vous apprend pas tout, car vous ne devez savoir que ce qui vous est nécessaire ! »

La notion d’espace perd son caractère universel pour devenir une notion personnelle relative à chacun des opérateurs. Chacun peut voir, définir les relations entre les objets par sa propre subjectivité, en fonction de son propre vécu et de ses expériences. Ceci pourrait décrire nos sociétés comme un grand capharnaüm anarchique ingérable pour nos petites cervelles ! rassurons-nous, nos vécus sont si semblables que nos visions de l’univers sont quasi identiques dans une culture commune. De plus la majorité de nos connaissances sont apprises dans des ouvrages qui font références (scientifiques, philosophiques, historiques, etc. etc.) donc parfaitement collectives. Il existe cependant des civilisations, encore pas absorbées par notre culture globalisée, qui conservent des visions de l’univers qui leur sont propres (animistes, réincarnation, créationnistes). Cette harmonisation des visions du monde peut être vue comme une harmonisation positive, mais elle entraîne inévitablement la perte d’une certaine richesse culturelle. De nombreuses civilisations, de nombreuses pensées se sont éteintes absorbées par la culture dominante. On se lamente à l’infini quand la moindre espèce de fourmis est menacée de disparition, mais on trouve normal que notre culture occidentale lamine les autres cultures de la planète. La richesse culturelle vaut, pourtant, autant que la diversité biologique !

Le sens des mots. Précision du langage et de la communication

Les mots (noms, verbes, adjectifs, …) avec la syntaxe (grammaire), sont les vecteurs de la communication orale dans une langue. Ils sont utilisés comme outils de (codification / décodification) dans le transfert d’informations entre deux individus.

LE MECANISME DE LA COMMUNICATION

Comment fonctionne cet échange oral ?

  • Un individu ressent le besoin d’exprimer une idée, de transmettre sa pensée.
  • Il formalise sa pensée abstraite dans sa conscience cognitive (voir « La psychologie relativiste »)
  • A l’aide du langage appris il codifie les représentations mentales de sa conscience cognitive sous forme de phrases et de textes.
  • Il exprime ce langage sous forme de discours (Oralisation)
  • Son interlocuteur perçoit le discours. (Il l’entend et transmet l’information à sa conscience cognitive).
  • Dans la mémoire cognitive le discours perçu fait l’objet d’une analyse critique.
  • Le langage identifié, le message est décodé en fonction de la connaissance apprise du langage perçu.
  • Le contenu du message est intégré au grand réseau de la mémoire.

Cela impose quelques prérequis.

  1. Les deux participant du dialogue doivent posséder le même acquis du même langage.
  2. Le niveau de connaissances de la langue du « récepteur » doit être similaire à celui de « l’émetteur »
  3. Les univers dans lequel s’inscrivent les connaissances doivent être voisines pour les deux participants (les discours des « spécialistes » d’un domaine sont souvent inaudibles pour le profane)
  4. Le message transmis doit être adapté aux niveaux de maturité des deux participants (on ne parle pas de la même manière entre deux adultes et d’un adulte à un enfant)

Ceci posé, la communication peut être établie dans de bonnes conditions.

 

LES OBSTACLES A LA COMMUNICATION

Bien sûr, en y regardant de plus près tout n’est pas aussi simple et de nombreux facteurs peuvent obscurcir les échanges.

Le sens des mots

Pour une bonne communication les mots doivent, pour chacun des participants, recouvrir exactement les mêmes concepts et cela implique un dictionnaire de référence qui recense ces définitions. C’est le rôle que remplit le « dictionnaire de l’académie Française ». Malheureusement celui-ci est très peu accessible. On y substitue de nombreux dictionnaires populaires (Larousse, Robert, Littré, … et évidemment Internet). Ceci peut créer un certain biais dans le sens des mots puisque chacun, pour éviter le plagiat et la redondance, s’efforce d’avoir une définition légèrement différente de celle des autres.

Ces définitions, même pour la définition officielle, sont souvent trop lapidaire pour représenter le concept qui les sous-tend.

Si par exemple on définit une chaise comme : « meuble possédant 4 pieds et un dossier et destiné à s’asseoir », l’objet est assez bien cerné (encore qu’il ne tienne pas compte des chaises monopode que l’on ne peut pourtant pas qualifier de tabouret) Qu’importe, une foule d’adjectifs permettront de préciser le modèle de chaise dont on veut parler.

Par contre pour certains mots plus conceptuels une définition en quelques lignes est totalement inadaptée. Par exemple : « Laïcité, Liberté, Dieu, Homme, amabilité, Amour, … » ne sont pas réductibles à une définition quand des milliers et des milliers de pages n’ont pas réussis à leur donner un sens définitif. La définition de tels mots ne peut pas être universelle car elle dépend trop du vécu et des expériences de chacun.

La couleur des mots

Les mots, par-delà leurs définitions, ont une couleur qui dépend du vécu de chacun. Si « migrant » (on devrait dire émigrant) peut avoir une définition assez précise, ce mot peut prendre une couleur (une connotation) différente selon la culture (Front National, Gauchiste, Centriste, Chrétien, Musulman …) de chaque individu et selon origine géopolitique du migrant en question. Ce mot ne peut donc pas figurer tel quel dans une communication bien comprise. Quand « l’émetteur » l’utilise pour décrire un concept qui lui est personnel, le « récepteur » le décrypte en fonction de sa propre culture, de son vécu, et lui donne une signification en déphasage avec celle qu’a voulu lui donner « l’émetteur ». Ceci est à l’origine de nombreux « dialogues de sourds ».

La connaissance des mots et la précision de la pensée

Aucun Français n’a une notion précise de la définition des mots qu’il utilise, et de ce fait ne choisit pas forcement le bon mot pour décrire le concept qu’il veut exprimer. Si, en plus, le « récepteur » ajoute son propre biais dans son analyse du mot, … bonjour le dialogue !

Un autre biais classique vient, non pas de l’imprécision des mots, mais de l’imprécision de la pensée de celui qui s’exprime. Comme le disait Boileau, « Ce qui se conçoit clairement s’exprime clairement … ». Une pensée est toujours un mélange de cognitif (raisonné et logique) et d’affectif (sentiment). La partie cognitive pourra se transmettre avec une certaine précision, mais sa composante affective n’est jamais réductible au langage ! Heureusement nous sommes habitués à évoluer dans ce monde ou l’imprécision d’une pensée se transmet dans un langage imprécis à une autre pensée toute aussi floue !  Ceci ne nous choque plus. Tant que l’imprécision sur les mots ne dépasse pas le niveau d’imprécisions de nos pensées, nous trouvons la communication satisfaisante ! Quelle nécessité y aurait-il à intégrer un message précis dans une conscience cognitive aux contours flous ! (Ceux, d’ailleurs qui revendiquent plus de précision dans les échanges sont immédiatement qualifiés de « pinailleurs », de « coupeurs de cheveux en quatre », car en fait ils dérangent)

 

CORRECTION « AUTOMATIQUES »

Etant habitués à vivre dans ce flou de communication, chacun de nous a mis en place quelques éléments correctif :

  • Quand nous recevons un message nous nous sommes habitué, dans le cadre de son interprétation, à tenir compte de ce que nous pouvons savoir de l’émetteur, de sa culture, de ses opinions, de son passé. Nous remettons son message en perspective ! Bien sûr cette interprétation peut parfois améliorer la compréhension du message, mais elle peut également le déformer et lui donner un sens que l’émetteur n’a pas voulu.
  • Ce mécanisme d’interprétation nous conduit souvent à n’entendre dans un message que ce que nous souhaitons en entendre. Nous recherchons en priorité dans tout message les éléments gratifiants, sécurisants. Cette capacité à interpréter nous permet de filtrer la communication à notre avantage. Qui as-t-il de plus gratifiant que quelqu’un qui pense comme vous ? Ce filtre est, on s’en doute, un obstacle à la communication. Cependant il est facilement accepté car si d’un côté il sécurise le « récepteur », de l’autre il satisfait « l’émetteur » qui se sent reconnu et valorisé.

 

CONCLUSION

La communication est loin d’être un processus simple. Elle est toujours imparfaite, biaisée, floue. Nous pensons communiquer avec précision et fiabilité alors qu’en fait nous vivons dans une approximation perpétuelle, avec un niveau d’erreurs, dans nos transmissions, assez élevé. Notre communication qui se veut au niveau du cognitif comporte une très grande part de subjectivité, d’affectivité, de raccourcis et de biais. C’est ce qui fait de nous des hommes et non des robots, ce que l’intelligence artificielle n’est pas prête à remplacer ! Mais évidemment cette communication des non-dits, des émotions, n’est pas « critiquable » car, en effet, la critique est toujours du ressort du raisonné et du cognitif. On ne peut ni exprimer, ni expliquer le ressenti émotionnel, on ne peut que l’apprécier globalement, le renifler, le sentir, en fournir une impression. C’est vraiment la part de l’humain que la machine aura du mal à remplacer. L’homme fait des erreurs, la machine ne sait pas en faire ! L’homme est imprécis, incertain, fluctuant, la machine est trop précise, affirmatrice, rigide. Pourtant nous apprécions tous que nos échanges soient empreints d’un côté humain, affectif.

 

PS : C’est en ce sens qu’il y a 2600 ans Bouddha considérait notre système de représentations mentales comme imparfait et nous éloignant de la vérité. Il recommandait de s’en méfier et si possible de les éviter. Dommage, je ne pourrais pas revendiquer la paternité de l’idée !

Le temps, ça n’existe plus !

Le temps est certainement la notion philosophique la plus importante dans nos représentations de la vie. Le temps selon Newton est certainement la vision du temps la plus répandue, celle qui est la plus utilisée dans nos civilisations.

LE TEMPS SELON NEWTON

Pour Newton, le temps est une grandeur indépendante de toutes les autres (espace, matière, force). Le temps s’écoule indépendamment de savoir si l’espace auquel il s’applique est vide de matière ou de force. L’espace, d’ailleurs, existe en dehors du temps. Temps et espace sont les contenants dans lesquels existent matière et force, considérés comme du contenu. Retenons, pour nous, que le temps est représenté par une grandeur qui décrit l’écoulement du temps. Quoiqu’il puisse se passer le temps s’écoule de façon inexorable. Cette conception du temps et celle que nous utilisons tous pour décrire la vie. Elle implique un présent, un passé (le temps écoulé) et un avenir (le temps à venir). En ce sens le temps nous offre une représentation de la vie sous forme d’une histoire, d’un récit.

LE TEMPS SELON EINSTEIN

Cette représentation du temps a été remise en cause par Albert Einstein dans sa théorie de la relativité restreinte. A la notion d’espace et de temps (containers de l’univers) il substitue la notion « d’espace–temps » nouvelle grandeur qui mérite explication. Dans ce concept, le temps et l’espace disparaissent et son remplacés par une notion de champs d’interaction générale entre les particules (macros particule dans la relativité, corps célestes) qui composent l’univers. Le temps et l’espace sont remplacés par la notion de position de la particule, ou d’un observateur sur cette particule, dans cet espace-temps. Chaque particule n’est plus décrite par sa position dans l’espace et dans le temps (comme en gravité Newtonienne) mais par les interactions quelle subit ou qu’elle exerce vis à vis de l’ensemble des corps célestes, par sa position dans le champ gravitationnel que constitue l’espace-temps. Cette théorie s’applique aux corps célestes, et ne peut se concevoir à l’échelle humaine ou microscopique. Néanmoins on conçoit quelle remet fondamentalement en cause la notion classique du temps.

LE TEMPS CHRONOLOGIQUE

Envisageons la conception Newtonienne du temps impliquant un passé, un présent, et un avenir.

Si nous cherchons à nous remémorer un événement passé, un souvenir d’enfance par exemple, quoique nous puissions faire nous devons nous résoudre à nous en souvenir dans le temps présent. Le passé ne peut se conceptualiser que dans le présent.

Si nous cherchons à évoquer un événement futur, un projet que l’on peut avoir, là encore cette évocation ne pourra se faire que dans le temps présent. Le futur ne peut s’évoquer que dans le présent. L’être humain n’existe que dans son présent.

Mais le présent, quel est-il ? Sitôt venu il est déjà dans le passé. Le temps de l’envisager le voilà déjà disparu et englobé dans le passé.

La vision Newtonienne du temps nous amène à envisager le passé et le futur dans un présent qui n’existe pas ! Notre notion du temps, qui nous est pourtant si familière, ne tiens pas la route. On ne peut distinguer le passé, le futur, et le présent comme trois états différents du temps.

Un autre argument qui milite contre ce que nous pouvons appeler « notre vision du temps » est la mesure du temps. On ne sait pas mesurer le temps ! ce que l’on mesure ce sont des durées, des laps de temps. Lorsque l’on dit : « nous sommes le 15 mars 2017 » on ne fixe pas le temps mais une durée écoulée entre une origine (la naissance supposée de Jésus Christ) et le moment où l’on parle. Chaque mesure du temps s’avère toujours être une mesure de durée

De ce constat, de se besoins d’une origine pour fixer le temps découle une autre approche de la notion de temps sous forme de chronologie. Les événements ne se fixent plus sur un temps qui s’écoule mais sous forme d’une chronologie : « avant/après ». Les événements sont positionnés les uns par rapport aux autres par leur ordre d’apparition. Que le temps s’écoule ou pas l’ordonnancement des événements dans le temps reste fixe, la chronologie est respectée. Chaque événement est le passé pour son successeur, chaque événement est le futur pour son prédécesseur. Le présent est constitué par la position que l’on veut bien adopter dans cette chronologie. Il reste fixé que le temps s’écoule ou non.

LE TEMPS EN PSYCHOLOGIE RELATIVISTE

Une autre façon de classifier les événements, sans utiliser la notion de temps, et la hiérarchisation de ceux-ci sous forme de relation de dépendance du type « cause/effet ». On considère alors (et on tombe de ce fait dans une représentation déterministe) que chaque événement est la conséquence d’autres événements. Par exemple : « j’ai reçu 10 euros, j’ai envie de bonbons », ces deux événement vont causer un nouvel événement, « je vais acheter des bonbons ». Deux événements vont être la cause d’un troisième. Inversement ce dernier sera l’effet des deux autres.

Les relations cause/effet entre l’ensemble des événements vont constituer un gigantesque réseau relationnel permettant de classifier ceux-ci en respectant chronologie et dépendance logique. Il s’agit d’une forme de matrice assez analogue à l’espace-temps proposé par Einstein dans sa théorie de la relativité restreinte. Le présent, le temps propre d’un observateur est constitué par la position qui rend compte, dans ce réseau, de ses interactions avec les événements (de son positionnement par rapport aux événements). Comme en relativité restreinte chaque observateur a son temps propre puisque chaque observateur a son propre réseau de relation (partie du réseau général) avec les événements qu’il a connus. Evidemment la notion de temps propre ainsi définie est très éloignée de la notion de temps définie par Newton (Elle n’est plus « temporelle » mais « relationnelle).

CONCLUSON

La notion de temps, telle que nous la vivons, que nous la pratiquons, a largement perdue de sa crédibilité. Elle mériterait d’être largement remise en cause, pourtant elle demeure solide tant l’ensemble de nos pensées, de nos constructions mentales sont organisées autour d’elle. L’abandonner supposerait une remise en cause totale de nos pensées, un travail analogue, en un certain sens, à une psychothérapie. Cette totale réécriture de nos psychés n’est pas pour demain !

Le hasard n’existe pas !

La notion de hasard est absolument fondamentale en philosophie. En effet, en l’absence de hasard tout dans notre monde est sujet à déterminisme et le libre arbitre de l’homme ne trouve plus sa place. Pourtant l’affirmation de son libre arbitre est pour l’homme une véritable « quête du Graal » qu’il tente de domestiquer à son profit.

L’archétype des jeux de hasard se trouve dans les jeux de dés, et le classique « pile ou face ».

Dans ce dernier jeu on admet, généralement, qu’une pièce lancée en l’air à autant de chances de retomber en montrant son côté pile que son côté face. De sorte qu’en lançant la pièce 1000 fois on devrait obtenir 500 piles et 500 faces. C’est sensiblement ce que l’on observe par expérience et on en déduit que le jeu de « pile ou face » suit les lois du hasard.

Prenons pour exemple un lancement unique de la pièce. On pense que les probabilités pour que la pièce en retombant montre le côté pile ou montre le côté face sont égales. Il n’en est rien. La pièce est lancée avec une certaine force, dans une certaine direction, elle va parcourir un certain trajet, retomber d’une certaine façon, rebondir et s’immobiliser. Aucun de ces éléments n’est le fait du hasard, mais plutôt de la succession de diverses séries causales liées entre elles par des liens de dépendance. Si on pouvait évaluer chacun de ces paramètres (forces, directions, élasticité du rebond, surface du sol, irrégularités de la pièce car le côté pile n’est pas symétrique de côté face, etc. etc.) avec une infinie précision et proposer un modèle parfait de chacune des opérations, on pourrait prévoir avec certitude (ou du moins avec une certitude liée à la précision du modèle) de quel côté va retomber la pièce. Le résultat est totalement « déterminé » par les paramètres du lancement. Bien sûr, dans l’état actuel de nos connaissances, et vraisemblablement pour encore longtemps, ce n’est même pas envisageable. C’est cette incapacité à prévoir un événement, qui est pourtant du domaine du prévisible, que nous appelons « hasard ».

Comment se fait-il donc que le lancement de 1000 fois une pièce suive pourtant les lois du hasard ?

En fait, on a tendance à considérer un lancement d’une pièce comme un phénomène unique et reproductible et à envisager la dispersion des résultats comme due « au hasard ». Ceci est totalement faux, car chaque lancement est un phénomène particulier avec sa propre logique, ses propriétés, son déterminisme propre. La dispersion des résultats est due à la diversité, à la dispersion des lancements et non au hasard induit dans le lancement.

Le hasard change de camps. Pourquoi la dispersion des lancements, non voulue par l’opérateur, induit-elle une probabilité d’environ 50/50 pour le résultat pour chaque face ? peut-on invoquer le hasard dans la dispersion des lancements ou encore un déterminisme qui, dans sa complexité, nous échappe ? des lancements fait de façon similaire génèrent-ils une dispersion statistique de type « Gaussienne » qui pourrait expliquer les résultats ?

 

La notion de hasard est, comme la notion de religion, une création de l’homme pour pallier à ses insuffisances, à son incapacité à tout interpréter, à tout comprendre. Elle introduit une notion « transcendantale » pratique pour évacuer les ambigüités du monde qui nous entoure ! et nous voilà revenus à la question originelle : « Dieu existe-t-il ? ». Personnellement j’ai déjà répondu non ! à cette question. Alors pour moi, pas de Dieu, pas de hasard, et pas de libre arbitre ! et vive la liberté dans le déterminisme.

Notre vie a-telle un sens !

Une des expressions qui m’a toujours interpellée est : « donner un sens à sa vie ». On dit, par exemple, d’un homme qui engage un combat incertain : « cela donne un sens à sa vie ! » et, bien sûr, vient immédiatement à l’esprit l’idée que si l’on peut donner un sens à sa vie c’est sans doute parce qu’elle n’en a pas, ou du moins que ce sens est loin d’être évident.

Nous sommes des êtres venus sur terre, sinon par hasard, du moins avec un déterminisme pour le moins obscur et inaccessible. Notre vie a-t-elle un sens caché, une finalité qui nous échappe, une destinée inavouée ? Si on se réfère aux autres êtres vivants, plantes ou animaux, on peut penser que leur vie n’a pas vraiment de sens. Ils apparaissent, grandissent, se reproduisent, se gâtent et meurent sans que ne se révèle aucune finalité, aucun but, aucune raison ni aucun sens. Il s’agit de simples mécanismes biologiques, de naissance, reproduction, disparition. Une sorte d’automatisme pour une espèce qui se perpétue et dont la seule raison est de se reproduire pour continuer à exister. S’agit-il d’un objectif ou d’une simple nécessité : « Tout ce qui ne se reproduit pas ne peut exister, ne peut être ! ». L’objectif de la reproduction n’est donc pas un but mais un simple état de fait lié à l’existance, une propriété inhérente à une espèce existante.

Les animaux, dénués de conscience cognitive (ou pour le moins avec une conscience cognitive très peu développé) ne sont pas capable, à l’encontre des humains, d’écrire leur vie dans un récit chronologique. Cette absence de capacité à développer les représentations mentales des événements de la vie et leurs liens logiques ne leur permet pas d’appréhender ou d’imaginer un sens à leur vie. Le « sens de la vie » est donc une notion purement humaine liée à la conscience cognitive. Donner un « sens à sa vie » implique une capacité à vivre sa vie selon un récit chronologiquement établit.

Donner un sens à sa vie est donc inscrire son récit (sa biographie) dans une finalité, soit dans un objectif, soit dans une comparaison (un positionnement) au vécu de ses semblables.

Faire le bien peut être un objectif qui donne un sens à un vie, sans bien sûr, que la notion morale de bien ou de mal soit universelle. Mère Theresa a construit son vécu en se dévouant au bien des enfants abandonnés de l’Inde, Hitler s’est engagé dans un épuration ethnique en pensant agir pour le bien de l’humanité. Par-delà les morales ces objectifs sont de ceux qui donnent un sens à une vie.

D’autres approches, moins dramatiques, peuvent donner un sens à des vie : La religion, le dévouement à sa famille, la recherche scientifique ou philosophique, la cuisine, le sport, la littérature, le combat politique, l’argent, etc. etc. Chacun d’entre nous se trouve une raison d’exister, plus ou moins acceptable, plus ou moins valable. Personne ne peut vivre sans se donner une raison de vivre ! La perte de « sens de la vie » s’appelle tout simplement « La dépression »

Quand les schémas construits pour donner ce sens à notre vie s’écroulent, quand la vie perd de son sens, les valeurs s’étiolent, l’individu perd ses raisons d’exister. L’état dépressif est exactement ce vécu ou choses et événements ont perdus leurs valeurs, plus rien n’est ni bien ni mal, gratifiant ou pénalisant, plus aucun acte n’est justifié et tout devient inutile et sans intérêt.

« Donner un sens à sa vie » c’est justifier de ses comportements et de ses pensées à travers un système de valeurs établit au cours de son histoire, à travers le vécu de sa conscience cognitive.

Le point important à signaler est que ce système de valeur n‘a aucun sens « à priori ». Il est le fruit de nos expériences et de notre histoire, et n’a aucune portée universelle. Nos valeurs sont personnelles et totalement fortuites. Elles ne peuvent prévaloir sur celles des autres, elles ne peuvent s’imposer au reste de nos semblables.

Nous vivons donc dans ce paradoxe apparent de vivre sur des valeurs qui nous sont une absolue nécessité pour vivre et qui dans le même temps ne reposent que sur un hasard ou un déterminisme obscur. Une sorte de futilité qui s’impose comme un impératif vital.

L’homme : Libre arbitre ou déterminisme ?

C’est un problème récurrent depuis la nuit des temps que de savoir si l’homme est soumis à un déterminisme rigide ou au contraire s’il possède son total libre arbitre. Toutes les religions, toutes les philosophies ont, peu ou prou, abordés le problème sans y apporter une solution valable et définitive. Bien sûr, les hommes ont toujours penché dans la sens de leur libre arbitre pour se définir indépendants, libre de choisir leur vie, et se donner ainsi un sentiment de puissance légitime. Dans les religions qu’il a créées (désolé d’affirmer ici mon profond athéisme), l’homme se pare d’un manteau de libre arbitre plutôt trompeur. Leur dieu Leur dit : « Vous êtes libre de votre choix, mais si vous ne choisissez pas la voie que je vous impose, il vous arrivera les pires avanies pour l’éternité ». Voilà une façon plutôt directive et « Stalinienne » de concevoir le libre arbitre.

Dans le cadre de la « psychologie relativiste », dans laquelle la psychologie et la philosophie sont étroitement mêlés (on ne peut dissocier le comment l’homme agit du qu’est-ce que l’homme) on va aborder le problème sous un angle nouveau.

Le déterminisme peut lui-même être envisagé de deux façons ;

  • La détermination par le but, par l’objectif. L’individu serait « programmé » pour aller dans un sens déterminé et ne pourrait échapper à sa destinée quoi qu’il fasse. Il devrait développer un certain fatalisme et s’en remettre à son destin sans capacité à y échapper. Son libre arbitre est quasi nul.
  • Le déterminisme par causalité. Les agissements de l’homme sont déterminés par son éducation, sa culture, ses expériences acquises, son vécu historique. En quelque sorte, il n’aurait pas vraiment de futur mais ne serait que le fruit de son passé. Ses comportements, vis à vis d’un événement, ne seraient qu’une conséquence, plus ou moins logique, de ce qu’il est. Dans cette vision le libre arbitre est nul.

Bien entendu, d’autres peuvent penser que l’homme est toujours et totalement libre de ses choix et que seule sa volonté, ses désirs, vont tracer son futur. Il n’est responsable devant personne, sauf devant lui-même. Dans ce cas, son « libre arbitre » est total et son indépendance absolue. Bien sûr cette approche esquive la notion de : » comment se forment les désirs, comment nait et s’oriente sa volonté ».

Dans la psychologie relativiste et la philosophie adjacente (sans qu’on puisse distinguer ce qui est psychologie de ce qui est philosophie) on peut jeter un regard neuf sur ces principes.

Rappelons les mécanismes de la création de la conscience cognitive dans la psychologie relativiste :

Celle-ci se forme, se forge, par comparaison logique entre le ressenti, le vécu d’un événement et l’acquis, le vécu historique inscrit dans la conscience. Une analyse critique du ressenti de l’événement vis à vis de son histoire personnelle va déterminer le positionnement de l’individu vis à vis de l’événement. Cette position va définir comment et pourquoi ce vécu de l’événement va s’intégrer et enrichir la conscience cognitive (et définir comment l’individu va réagir et choisir ses comportements dans le cadre de l’événement). On définit donc un déterminisme de causalité. L’individu, sa volonté, ses désirs sont le fruit de son histoire, de son vécu intégré à sa conscience. Il n’a donc aucune liberté vis à vis de son futur et il n’est que le fruit de son histoire. On n’est pas loin du slogan Punk : « NO FUTUR !». La « psychologie relativiste » serait-elle un branche dérivé d’un mouvement PUNK-DISTROY ?

Dieu m’en garde ! Pour un individu, l’important n’est pas ce qui est, mais ce qu’il en ressent. Ce qui importe n’est jamais ce qui se passe (un sorte de réalité inaccessible) mais comment on vit les événements. Le vécu prime toujours sur la réalité ! En fait, ce mécanisme surdéterminé qui gouverne les agissements de l’homme est extrêmement complexe. Il met en jeu des milliers et des milliers (voire plus) de liaisons logiques de la conscience cognitive acquise, en relation avec les milliers et les milliers de liaisons logiques proposées par le vécu de l’événement. Cette infini complexité qui gouverne la naissance du positionnement est absolument inaccessible à la conscience d’un individu. Tout se passe si vite, tout est si riche de détails que l’individu n’en appréhende pas la genèse, le déroulement. Tout au plus garde-t-il une certaine conscience du résultat final, de son choix (son positionnement). N’ayant pas conscience des mécanismes surdéterminés qui ont conduit à ce choix, il peut penser, en toute objectivité, avoir fait un choix libre et se définir comme un individu doté d’un « libre arbitre ».

C’est le côté merveilleux que nous offre la psychologie relativiste, nous sentir libre par-delà notre asservissement à notre déterminisme !

J’espère que le développement des neurosciences et la connaissance de plus en plus pointu du cerveau ne viendra pas mettre en lumière cette merveilleuse supercherie et nous ramener à notre condition d’esclave de nous-même !

N.B. Cette notion de libre arbitre est à rapprocher de la notion de hasard. Celui-ci se produit quand un événement totalement imprévisible survient. Une des meilleures définitions du hasard a été donnée par Augustin Cournot (1843)

Le hasard provient de la rencontre de deux séries causales indépendantes

Cette définition tout à fait sympathique pêche cependant sur un point, la définition de « la rencontre ». En effet s’il y a « rencontre » on peut envisager qu’il y à causalité. En ce sens, cette « rencontre » de deux séries causales ne générerait pas un « hasard » mais au contraire la fusion de deux séries en une troisième série causale.

Dans les générateurs de « nombres aléatoires » la production de ceux-ci sont le fruit d’algorithmes complexes, mais tout algorithme engendre immanquablement un déterminisme. Les séries de nombres ainsi obtenues ne produisent que des nombres « pseudo-aléatoires », non pas qu’ils soient imprévisibles (nombres aléatoire) mais parce que l’on ne sait pas les prévoir (nombre pseudo-aléatoires), qu’on ne peut appréhender leur déterminisme.

On retrouve ici la notion de « pseudo-libre arbitre » évoqué pus haut.

Dans les deux cas évoqués, le caractère « déterminé » ou non est lié à la capacité d’élaborer un modèle de l’événement un modèle suffisemment précis pour rendre ses conséquences prévisibles. Il n’y aurait donc aucun hasard, mais uniquement des phénomènes que l’on ne sait pas modéliser.

 

Connexions neuronales, algèbre de Boole, et liens logiques dans la conscience

Nous avons explicité la conscience comme un ensemble de représentations mentales reliées entre elles par des liens logiques formant des relations causales.

Les représentations mentales restent un mystère. On les connaît, on peut les visualiser dans sa mémoire, mais on ne peut (pour le moment) en donner une représentation liée à notre connaissance du cerveau.

En ce qui concerne les liens logiques on peut aller un peu plus loin. Nous avons pour avancer dans cette modélisation deux outils à notre disposition :

  • L’Algèbre de Boole nous permet une modélisation d’une opération logique sous forme de circuits électriques présentant une série d’interrupteurs. Ceux-ci symbolisent en étant ouverts ou fermés les notions de vrai/faux, connecté/non connecté, ou 1/0. On transforme ainsi toute opération logique en une série de représentation par des valeurs binaires.
  • La notion de cellule neuronale et leur connexion ou non connexion via des synapses. Les informations transitent dans notre cerveau via les cellules neuronales qui connectent (ou non) leurs synapses à ceux d’autres cellules neuronales pour leur transmettre (ou on) ces informations. L’information transmise est modifiée selon l’architecture des connections des synapses en fonction de l’opération logique représentée dans l’architecture en question

Considérons que l’information est contenue dans une cellule neuronale et que les synapses joue le rôle de connexion (pour assurer le transport des informations). Cette connexion peut être activé ou non (connectée ou non) et se comporter comme un interrupteur. Nous allons voir, dans des exemples très simples, comment l’architecture de ces connexions peut représenter une transformation logique de l’information.

 

Sur le schéma ci-dessus, si le bouton A est enfoncé (interrupteur fermée) le message est invariant, il circule sans être modifié.

On peut écrire S = E

Si le bouton A est ouvert le message ne passe pas

 

Ce schéma est un peu plus complexe. Deux messages E1 et E2 sont fournis au système. Si  les boutons A et B sont fermés les messages circulent et s’additionnent.

On peut écrire  S = E1 + E2 ce qui symbolise l’opérateur logique ET (en Anglais AND)

Bien sûr si l’un des boutons A ou B est ouvert le message ne passe pas. Il faut que A ET B soient fermés.

Dans ce schéma on a toujours une double possibilité en entrée. Si le bouton A est fermé, c’est le message E1 qui va passer et au contraire si c’est le bouton B qui est fermé, c’est le message E2 qui sera transmis. On aura donc deux possibilités :

S = E1 ou S = E2

Il faut que soit le bouton A, soit le bouton B  soit fermé pour que le message circule. Il faut que :  A OU B soit fermé

 

Nous avons abordé dans ce qui précède des cas extrêmement simple. L’algèbre de Boole peut engendrer des cas beaucoup plus complexes en combinant à l’infini les opérateurs booléen (ET, OU, NON, XOP, NAND, IMP, INH, NXNOR …). On arrive ainsi à couvrir toutes les actions logiques envisageables.

Evidement le cerveau humain est des plus complexe. Il permet d’envisager des milliards et des milliards de possibilités de connexion. Néanmoins on peut envisager que l’architecture des connexions neuronales (via les synapses) puisse représenter (je dis bien représenter et non être car il s’agit bien ici d’un modèle et non d’une vérité) la structure des relations logiques qui permettent l’échange et la circulation des informations dans la conscience (les liens logiques qui unissent les représentations mentales).

Nous n’avons pas encore les outils nécessaires pour observer la structure des connexions synaptiques. Cependant les progrès de la technique et des neurosciences laissent espérer que cela pourrait être bientôt possible et  vérifier ou invalider cette hypothèse.

 

Introduction à la psychologie relativiste

On peut reprocher trois choses à toutes les écoles de psychologies actuelles :

  • Elles ne s’appuient pas sur un modèle philosophique de l’homme, et de ce fait essayent de percer les mystères du comportement d’une entité non définie et non explicitée (même si toute approche s’appuie forcement sur des définitions implicites et non formulée … ce qui est source de controverses et polémiques)
  • Elles étudient l’homme en tant qu’individu isolé ayant sa propre psychologie, son comportement propre, sa relation à son environnement étant le fruit de sa psychologie, et non l’inverse, c’est à dire que sa psychologie serait le fruit de sa relation à son environnement.
  • Elles s’appuient sur des modèles empiriques (dédiés à la pratique thérapeutique) sans chapeau théorique pour leur donner une structure.

La psychologie relativiste essaye de remédier à ces  manques. Elle s’appuie sur une vision philosophique de ce que pourrait être l’homme (Il s’agit, là, d’une représentation et non d’une prétention à la vérité), et l’étudie dans le cadre de sa relation à son environnement et de son interdépendance aux autres.

C’est pour pallier à ces manques que se développe la « psychologie relativiste ». Dans ce cadre l’homme se construit et n’existe que dans sa relation à son environnement. C’est par les messages qu’il reçoit de son univers que l’homme construit sa conscience et par là son sentiment d’exister. Essayons d’en donner, très schématiquement, une description aussi simple (et donc simpliste) que possible.

Le modèle de l’homme choisi dans la psychologie relativiste est celle de « l’homme communicant ». Il est considéré comme une capacité de ressentir et une nécessité d’exprimer. Les messages reçus par un individu vont bousculer (peu ou beaucoup) son équilibre acquis. Celui-ci va se rééquilibrer en émettant à son tour un message.

La conscience est constituée par des « représentations mentales (hypothèse déjà formulée par Bouddha en 600 AVJC). Celles-ci sont reliées par des liens logiques de causalité (effet/cause cause/effet) qui définissent une chronologie (hors toute notion philosophique du temps) de type avant/après après/avant. Cette conscience est dites « conscience cognitive ».

Ces représentations se forment à partir des messages reçus. Ceux-ci sont perçus dans la conscience dites « émotionnelle » zone d’impression des émotions, sans organisation ni structure, une sorte de chaos émotionnel. Les messages perçus font alors l’objet d’une analyse critique, vis à vis du réseau structuré de la conscience cognitive. Pour s’intégrer à la conscience cognitive les messages devront être capable de développer de nouveau liens logiques avec le réseau existant et l’enrichir de nouvelles causalités. Ces liens pourront être soit positif (acceptation) soit négatif (rejet).

Selon la structure, plus ou moins rigide, de la conscience cognitive les messages auront plus ou moins de facilité à s’inscrire dans la conscience sur un mode positif et l’individu sera plus ou moins capable de s ‘adapter à son environnement. (Tendance hysteroïde ou paranoïde).

La maturation d’un individu sera l’acquisition, au fil de ses expériences, d’une conscience cognitive riche, cohérente, et correctement structurée. Depuis le nourrisson qui vit à travers sa conscience émotionnelle, jusqu’à l’adulte qui fera de plus en plus appel à sa conscience cognitive, on peut tracer l’évolution de tout être humain au cours de sa vie.

Le vécu d’un individu, donc ses comportements, seront le reflet de sa conscience. Pour le nourrisson, ils refléterons sa conscience émotionnelle (puisque sa conscience cognitive est encore embryonnaire) Il agira par reflexes, sans autonomie, sans identité propre. Il réagira à son environnement, en pleine fusion avec lui .

Chez l’adulte riche d’une conscience cognitive structurée les comportements seront plus rationnels. L’analyse critique de ses émotions à travers sa conscience cognitive, la création des nouveaux liens logiques avec le réseau de son vécu historique, vont déterminer son positionnement, son attitude, vis à vis de l’émotion qu’il ressent. L’adulte va, ainsi, définir son identité (ou plutôt prendre son identité) qui le caractérisera comme un être unique, différent des autres, et donc autonome. Sa relation aux autres évoluera du mode fusionnel à un mode empathique. Il passera de la dépendance fusionnelle à la liberté empathique.

L’individu se vivra au travers de ses représentations mentales. Celles-ci acquise au cours de ses expériences propres définirons ses positionnements, attitudes, ses comportements  et donc son identité. Il n’accèdera pas à la vérité des choses mais seulement à la représentation qu’il en aura développée. Pour les autres il ne sera pas « lui » mais seulement la représentation qu’ils auront conçue de lui. Il aura son identité propre, mais pour chacun de ses proches son identité sera fonction des représentations qu’ils se sont faites de lui au hasard des contacts et relations qu’ils auront vécus ensemble.

Dans la psychologie relativiste,  l’homme en relation aux autres, l’étude des positionnements et attitudes (reflets de la relation) sera la colonne vertébrale de toute analyse.

L’étude psychologique passera par :

  • L’étude de la structure de la conscience cognitive (souple ou rigide)
  • L’étude du contenu historique de cette conscience cognitive pour définir les positionnements, les attitudes, et l’identité du sujet
  • L’étude de la cohérence de la conscience cognitive (les psychopathologies étant vu comme l’incohérence dans la construction des liens logiques entre les représentations mentales, induisant une incompatibilité à la fois au sein de la conscience, et entre la conscience émotionnelle et la conscience cognitive, entre le ressenti et le vécu).
  • Les psychopathologies ne seront plus classifiées selon leurs symptômes (anorexie, boulimie, autisme, paranoïa) mais selon leurs causes (structure, contenu, cohérence de la conscience)

 

La psychologie relativiste présente l’avantage d’offrir un modèle suffisamment général pour que toutes les écoles de psychologie actuelles puissent s’y intégrer sans trop d’efforts ni renoncements. C’est bien sûr un modèle théorique au seul usage des praticiens et non des patients. Il doit servir aux praticiens de « guide line » pour construire leurs pratiques thérapeutiques. C’est donc une approche philosophique (une sort d’épistémologie de la psychologie) sans visée thérapeutique. Il s’agit d’une réflexion plus qu’une démonstration.

Tout ce qui sera dit par la suite, dans le cadre de la psychologie relativiste, ne prétend pas constituer une description d’une réalité existante mais plutôt une modélisation, une vision personnelle de ce qu’elle pourrait être. Ne confondons pas l’objet et son image, la réalité et sa représentation. Le modèle proposé n’est pas étayé par des vérifications expérimentales, il est basé sur 80 années d’expérience de la vie et la part de bon sens que chacun voudra m’accorder.

L’approche dans ce qui va suivre et de nature très analytique, technocratique et pourrait dérouter les lecteurs dont la perception se ferait plutôt sur un mode intuitif, sensible, je m’en excuse par avance !

 

L’intelligence artificielle en « psychologie relativiste »

C’est l’un des grands espoirs des « technico-progressistes. On espère ainsi pouvoir suppléer à l’intelligence humaine pour accomplir des tâches dont l’homme souhaite s’affranchir. Dans les rêves les plus fous on espère la réalisation de véritables androïdes qui seraient à la disposition de chacun pour le servir et obéir à ses moindres ordres. On inventerai alors une sorte d’esclave moderne qu’on pourrait asservir à son gré et sans culpabilisation (puisqu’il s’agit d’un androïde et non un humain).

La « psychologie relativiste » va nous permettre de décrire les contours de ce fol espoir et dégager le possible du mirage.

Chez l’être humain, les attitudes (c’est à dire le positionnement vis à vis des événements, des autres humains, des situations) qui vont déterminer nos comportements sont essentiellement du ressort de la conscience cognitive. Celle-ci est la formalisation du monde des émotions dans un réseau de représentations mentales liées entre-elles par un ensemble de liens logiques construit au cours de nos expériences. Nos comportements sont donc, au plus profond de nous et malgré leur rationalité, sous-tendus par nos émotions.

Pour le robot les comportements sont également le fait d’une forme de « conscience cognitive », réseau logique de liens entre des concepts jouant le rôle des représentations mentales. Par contre cette conscience n’est plus sous-tendue par une conscience émotionnelle chaotique mais par un « programme » crée par un développeur. Le comportement du robot sera déterminé par le vouloir du programmeur ou de son donneur d’ordre. Il sera conforme aux objectifs que les créateurs ont souhaités, sans qu’il soit possible de s’en éloigner. Même si le comportement présente un caractère un peu aléatoire, il s’agit d’un hasard déterminé (une « randomisation ») dont les contours sont fixés dans le programme.

Pour l’être humain la situation est différente. La construction de la conscience cognitive se fait sur le lit de la conscience émotionnelle, sans structure, sans organisation, une forme de chaos. On ne peut savoir si la formalisation et la structuration de la conscience cognitive et prédéterminée par les expériences (il existerai un déterminisme qui réduirai à néant le libre arbitre de l’homme)  ou si au contraire elle se construit un peu au hasard et appuyée sur le libre arbitre, …mais ce qui est certain c’est que les mécanismes par lesquels se construit ce niveau de conscience sont si complexes, si insaisissables, si difficiles à appréhender qu’il apparaissent voué à un libre arbitre sinon à un hasard !

Chez un robot on arrivera certainement sous peu à simuler une conscience cognitive fictive (Rom et Ram d’un ordinateur, alliés à une entité programmatique) qui imitera assez bien celle de l’humain. En ce qui concerne la conscience émotionnelle, qui pourrai compléter la représentation de l’humain, la réalisation de son modèle n’est pas pour demain. Les robots ne sont pas près de ressentir des émotions.

A ceux qui s’inquiètent de voir un jour les robots prendre le pas sur l’homme, qu’ils se rassurent, ce n’est pas demain que les machines se doterons d’une conscience émotionnelle qui pourra suggérer leurs attitudes. Les robots resterons sous contrôle des programmes crées par l’homme et sur lesquels celui-ci gardera la main … et puis on peut toujours retirer les piles !

La genèse des positionnements chez l’enfant

Dans le cadre de la psychologie « relativiste » nous avons montré comment la notion de positionnement était la colonne vertébrale de la psyché de l’être humain. C’est elle qui introduit la notion de relativité dans notre modèle.

Voyons comme se développe ce positionnement dans l’évolution d’un individu.

Le bébé est, plus ou moins, vierge de tout positionnement. Il ne fait aucune différence entre lui et son environnement, il est en fusion totale avec ce qui l’entoure. Il va commencer à prendre partiellement conscience d’une distance entre lui et ce qui l’entoure. Il saisit ou laisse tomber un objet (l’enfant sur sa chaise de bébé laisse tomber son nounours, on le ramasse, le lui rend. Il le laisse de nouveau tomber, le jeu peut durer un certain temps (on s’en lasse généralement avant lui !).  L’enfant fait l’expérience de la séparation, de la distinction sujet/objet. Il commence dans le même temps l’apprentissage de la notion de distance, pour saisir quelque chose, ouvrir la bouche à l’approche de la cuillère, etc. etc.

Quand il commence à se déplacer à quatre pattes il affine sa notion de la distance. Il prend conscience du volume de son corps, du volume des objets qui l’entourent. Il affine son positionnement dans l’espace. Quand il commence à marcher son besoin d’équilibre l’amène à évaluer clairement la position de son corps par rapport à des repères environnants. Le positionnement dans l’espace est le premier acquis indispensable.

Notons que chez les animaux (supérieurs) cette notion est acquise très tôt (bien avant le bébé) et qu’elle est infiniment plus précise et riche que chez l’être humain.

Cet apprentissage se fait sans appel à la conscience cognitive, il est purement du domaine émotionnel. L’espace n’est pas mesuré, il est estimé, évalué ! C’est bien plus tard que les notions de mesure, d’unité de mesure, seront apprises.

Le deuxième apprentissage fondamental est celui de la notion de temps. Elle ne peut être apprise seule, comme peut l’être la notion d’espace. Elle ne s’apprend qu’au niveau de la conscience cognitive par le biais de la relation à l’autre. L’espace se découvre, le temps s’apprend !  L’enfant apprendra tout d’abord la notion de hier (le passé) puis de demain (le futur). C’est un apprentissage long et difficile fait de multiples réflexions, de multiples échanges avec ses proches. Il demande un certain développement de la conscience cognitive pour pouvoir être intégré. L’enfant ne pourra l’acquérir que vers 3 ou 4 ans. Le modèle deviendra de plus en plus perfectionné avec les notions d’avant-hier, d’après demain, rythmés autour des périodes de sommeil nocturne. Plus tard viendrons les notions d’heures, de durées qui finirons par constituer son positionnement dans le temps. Signalons que l’enfant apprend la notion de « temps Newtonien » puisque c’est celle que ses parents pratiquent.

L’animal, qui ne peut se doter d’une conscience cognitive sérieuse ne pourra pas acquérir la notion de positionnement dans le temps. Il continuera à vivre dans l’immédiat. Même si on lui reconnait une certaine capacité de mémoire, celle-ci ne se développera pas sur un modèle chronologique, mais toujours dans l’immédiat, sans distinction entre ce que nous pourrions appeler présent, passé ou futur. C’est bien sur cette capacité à développer une conscience cognitive qui fait la force de l’homme par rapport à l’animal.

Cet apprentissage nous montre la différence entre les deux notions d’espace et de temps qui dépendent de deux strates différente de notre conscience. L’espace et du domaine animal (conscience émotionnelle) et le temps du domaine humain (conscience cognitive) . Quand un être humain est en panique, débordé par des sentiments qui le submergent, il perd toute notion du temps et vit sur ses acquis « animal »

 

Existe-t-il un parallèle entre anorexie et boulimie

La question peut se poser car de nombreux facteurs sont communs à ces deux pathologies.Elles proviennent toutes deux d’un trouble du passage de l’enfance à l’âge adulte, et de la difficulté de s’affirmer dans une identité autonome et dégagée des fusions infantiles. Cette difficulté provoque un trouble angoissant devant le nouveau statut d’adulte qui s’avance et elle peut s’actualiser sous deux formes :

1) Un vide angoissant qui sera comblé par un excès d’ingestion alimentaire

2) Une anxiété formalisée sur la crainte de perdre le statut d’enfant et le besoin de contrôler son corps (mais pas que …) et de garder sa silhouette infantile

3) Toutes deux se manifestent par des troubles du comportement alimentaire (TCA),  qu’il s’agisse de restrictions ou de suralimentation.

4) La boulimie (ou supposée telle) est un élément constitutifs d’une majorité des anorexies et semble en faire une partie intégrante.

 

Plusieurs points s’opposent à cette apparente identité

  • Les crises de boulimie qui entre coupent les épisodes anorexiques ne sont pas de même nature que la boulimie pathologique. Elles sont dues à une défense devant les restrictions que s’impose le sujet anorexiques, une forme de « lâcher prise » libératoire sur un fond de culpabilité d’avoir perdu le contrôle de soi (d’où le besoin de manger, d’engloutir le plus possible et surtout très très vite). Ce processus n’a rien à voir avec le processus envisagé pour la boulimie pathologique (résorber une angoisse) et on ne devrait pas utiliser le même vocable pour désigner deux éléments liés à des mécanismes différents. Le problème général est que l’on classifie les psycho-pathologies par leurs symptômes plutôt que par leurs causes.
  • Alors que le sujet anorexique présente une dysmorphophobie, et s’évalue toujours comme « trop gros » le sujet boulimique à parfaitement conscience de son surpoids (même s’il peut donner le change par défense) et ne s’alimente pas au prétexte qu’il est trop maigre. Ceci démontre des mécanismes très différent. L’anorexique aura un besoin obsessionnel d’être toujours plus maigre, alors que le boulimique continuera de manger au niveau de son besoin pour calmer son angoisse.

 

Anorexie et boulimie sont de même origine : la crainte de « devenir grand ». Mais cette crainte peut s’actualiser selon plusieurs modes notablement différentes. En thérapie on ne doit pas confondre ce qui est de nature différente afin d’adopter la méthode thérapeutique la mieux adaptée. Gardons en mémoire que la boulimie se développe sur un fond d’angoisse et l’anorexie sur un fond d’anxiété.