Les addictions et les
dépendances
Dans ces moments difficiles
de confinements nous sommes exposé à une perte de repère et à une certaine
solitude. Ce sont les deux paramètres les plus déterminant dans le
développement des addictions ou de leurs rechutes. C’est donc bien le moment de se poser la question du
mécanisme de l’addiction afin d’y mieux résister
Définition
On parle d’addiction
lorsqu’un sujet ne peut résister à la survenue répétée d’un comportement, et
que celle-ci est précédée d’une tension croissante que seul le passage à l’acte
soulage (sur le moment).
Notons qu’en cas
d’impossibilité de s’adonner au comportement, le sujet ressent une anxiété
pénible ou insupportable. Cet envahissement donne lieu à des tentatives
répétées pour contrôler, réduire ou abandonner le comportement, mais en vain.
Ne confondons pas l’addiction
qui est de nature psychologique et la dépendance qui est de nature organique
(difficultés de sevrage). Certaines addictions (Alcool, Drogues, Médicaments,)
se doublent de dépendance.
L’addiction
Si la caractéristique
pharmacologique de certaines substances (alcool, drogues, tabac…) joue un
rôle reconnu dans la survenue d’un besoin addictif/dépendant, on peut repérer
des mécanismes identiques dans des addictions sans substances (jeu
pathologique, fièvre acheteuse, « cyberdépendance », boulimie mais
aussi parfois travail, sport, sexualité etc.) : il est donc plausible d’isoler
certains invariants dans les personnalités sujettes aux addictions.
Causes profondes des addictions
C’est la fragilisation de la
structure identitaire qui crée le terrain favorable à une addiction. Les
individus à la personnalité flottante, avec des repères et des positionnement
incertains sont les plus vulnérable et bien sur les adolescents sont les cibles
les plus touchées. D’autres catégories évoluant dans des environnements
professionnels ou familiaux instables comme les artistes, chanteurs, musiciens,
chômeurs, certains retraités peuvent facilement être atteint. Toute
fragilisation des repères, qu’elle soit de nature structurelle (enfance
perturbée, carence d’affection) ou conjoncturelle (rupture affective, rupture
professionnelles) est une porte ouverte à l’addiction.
Prenons un exemple : le
tout-petit ayant échoué à intérioriser le lien à sa mère absente, toute absence
est désormais vécue comme une perte. Ces profils sont caractérisés par un vécu
angoissé, un imaginaire qui s’appauvrit, une vulnérabilité à l’ennui et à
l’anxiété, une relation compliquée à autrui, oscillant entre dépendance et
évitemen-.
Une angoisse
débordante conduit alors le sujet à mettre en place une relation à un
objet à la fois source de stimulation et de satisfaction immédiate (les
sensations ont remplacé les émotions) et, croit-il, maîtrisable. L’objet de
l’addiction (alcool, aliment, toxique notamment) permet au sujet d’exprimer sa
toute-puissance dans une relation fusionnelle. Mais cette autosuffisance
s’avère rapidement illusoire car la sensation de manque replonge le sujet dans
la dépendance à autrui qu’il croyait avoir ainsi vaincue. Il en ressort plus
vulnérable que avant en développant un sentiment d’échec, une sous-estime de
soi
Le principe de « niveau
de tolérance » (besoin d’augmenter l’intensité ou la fréquence pour
maintenir l’effet attendu) conduit fréquemment la personnalité addictive à
présenter et à subir plusieurs dépendances, concomitantes ou successives.
Auto-alimentation des addictions
Le danger dans les addictions
est qu’elles s’autoalimentent (ce qui est la base même du mécanisme addictif)
Si l’on prend par exemple
l’addiction à l’alcool :
Le sujet, par les
circonstances, est soumis à une forte angoisse. Il a du mal à cerner ses
repères et à se sortir de son système de références floues et incertaines. Il
va rechercher un stimuli qui, temporairement, pourra lui servir de point de
référence. Sous l’impact de ce stimuli intense il va avoir, en focalisant son
attention sur cet effet, l’impression de se re situer, de s’accrocher à un
point fixe. L’alcool est un excellent générateur de ce type de stimuli.
Bien évidemment le sujet
s’accroche à une « branche pourrie » puisque le sentiment de se
référencer ne dure que le temps que dure le stimuli. Très rapidement il va
retrouver son univers angoissé et le besoin de se re stimuler, par exemple de
boire encore, ce qu’il va faire jusqu’à ce qu’un événement extérieur survienne
pour l’en empêcher (ce qui lui causera une frustration très pénible et des
réactions très vives) ou que l’ivresse l’emporte dans un état comateux dans
lequel il perd tout besoins et stimuli. Au réveil il retrouvera sa
personnalité flottante et angoissée assortie généralement d’un fort sentiment
de culpabilité et de dévalorisation de son image (blessure narcissique) pour
avoir cédé à son addiction. Il n’en sera que plus vulnérable et encore plus
perdu et angoissé. Le phénomène s’auto alimente et le sentiment d’être égaré en
lui-même s’accentue.
De plus l’alcool, par
exemple, est susceptible de créer une dépendance qui participe à l’auto
alimentation du processus.
Selon les addictions le type
de stimuli recherché sera différent
L’alcool, les drogues, le
tabac, la boulimie se vivrons dans un stimuli oralisé pour calmer une angoisse.
Le jeu, les achats
compulsifs, le travail se vivrons dans la recherche d’une intense activité
cérébrale pour calmer une anxiété (angoisse cristallisée sur un besoin de
gagner de l’argent, du pouvoir)
Signalons de nouvelles
addictions apparue récemment :
L’addiction au téléphone
portable ou le sujet essaye de calmer son angoisse dans la recherche d’un
contact permanent à l’autre pour éviter de se sentir seul. (recherche d’un
stimuli affectif)
L’addiction aux jeux vidéo ou
le sujet recherche une intense activité intellectuelle pour éviter de sentir le
vide qui l’habite (recherche d’une activité cérébrale intense).
Le principe des thérapies contre les addictions
Diverses méthodes peuvent
être envisagées
- Traiter en
premier la cause profonde (sentiment d’angoisse) avant d’aborder le traitement
du comportement addictif
- Traiter en
premier le comportement addictif pour terminer en essayant de re-référencer le
sujet
- Mais le mécanisme
d’auto alimentation des addictions décrit plus haut suggère de traiter les deux
problèmes en parallèle puisque l’un alimente l’autre et réciproquement. N’en
traiter qu’un seul serai infructueux
Conclusion
Une addiction se présente
comme un « médicament » qui soulage assez rapidement une douleur, mais
ne guérit pas. Son effet est très provisoire et donc son efficacité est donc
extrêmement faible. Par contre ses effets secondaires sont généralement
violemment délétères et le ratio bénéfices/risques est déplorable.
N.B. A noter que tous les comportements addictifs
comportent des effets secondaires pénalisants ou délétères, Comme-ci la
culpabilité et l’auto punition faisait partie intégrante de l’addiction
PS Ne
confondons pas l’addiction qui est le fait de sujet mal référencés et l’obsession
qui est plutôt le fait de sujet rigides