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Le mécanisme des achats compulsifs

L’achat compulsif est une pathologie qui touche environ 1% de la population mondiale. C’est un acte d’achat qui échappe à tout contrôle de la raison, poussé par une pulsion irrésistible, et qui, généralement, échoue sans son but de donner satisfaction.

Il est précédé de la notion de création du besoin sous forme souvent addictive. Nous décrirons dans ce qui va suivre le mécanisme mental qui se nourrit de ce besoin.

Supposons la naissance d’un besoin pour un article donné (cela peut être n’importe quoi, y compris un concept abstrait).

Chez la plus part d’entre nous ce besoin passe au filtre de la raison : « en ai-je vraiment besoin », « quel satisfaction cela va m’apporter », « entre-t-il dans mon budget ». Soit une analyse critique de la situation qui va déterminer ou non mon acte d’achat.

Chez un individu atteint de « le fièvre acheteuse » le besoin nait, en général, sur un terrain déjà addictif dont avec une très forte pulsion.

Prenons l’exemple d’un achat sur internet. On commence à chercher (merci Google, Amazon, Ali baba !) les diverses propositions pour cet article. Celui-ci a tel avantage, mais aussi des points faible, celui-là comble les points faibles mais perd l’avantage du précédent, cet autre paraît très bien mais il est trop cher.  A force de chercher on finit par se focaliser sur la recherche de « l’élu de notre cœur » au point d’en oublier notre but initial qui était la satisfaction d’un besoin. On entre dans la confusion du but et du moyen. Notre but initial qui était la satisfaction d’un besoin devient maintenant celui de la recherche de l’objet idéal. Le moyen qui en était la recherche devient maintenant le but. La satisfaction du besoin n’est plus que le prétexte à la recherche.

L’analyse critique ne porte plus sur : « cet objet va-t-il satisfaire mon besoin » mais sur ai-je bien trouvé le bon article ! L’analyse étant conclue je n’ai plus qu’à passer au clic final qui va conclure mon achat.

On ne sait plus du tout si on a fait un bon achat et dans la majorité des cas l’objet va nous décevoir ou apparaître inutile.

On pourrait trouver d’autres exemples de confusion du but et du moyen dans les achats sur « téléachat », les démarchages à domicile qui nous font confondre la satisfaction de notre besoin avec le choix de l’article idéal. C’est tout l’art de la vente de mettre en avant les qualité (prétendues) de l’objet sans poser le problème de la satisfaction éventuelle de notre besoin !

Dans l’achat compulsif il y a au départ un terrain addictif. Celui-ci crée un besoin exacerbé qui fait perdre tout recul sur la situation au sujet. Cette pression enclenche le mécanisme de la recherche du « mieux disant » qui à l’analyse critique du besoin substitue l’analyse critique de l’objet.

Il s’agit bien d’une addiction puisque l’achat ne résout pas le problème et que, comme, dans toute addiction il demande à être réitéré.

La confusion du but et du moyen recouvre une confusion sujet -objet

L’addiction au téléphone portable

Le portable envahi la vie de nos concitoyens et surtout celle des plus jeunes ! Il s’agit, au  sens strict, ‘un véritable addiction.

Je vais parler ici de l’addiction psychologique et non de l’addiction physique qui souvent se superpose à la première (alcool, tabac, drogue)

Une addiction se caractérise par la recherche de références chez un individu  en perte de repères et qui  cherche à compenser son univers flottant en se « raccrochant aux branches ». La perte ou la « diffusion » des repères crée un sentiment de malaise, de perte d’identité, génératrice d’un sentiment de vide et d’angoisse. La recherche d’une sensation forte qui donne, momentanément un sentiment d’exister est un mécanisme de compensation à ce vide intérieur. Toute addiction se traduit par la recherche d’un « shoot » d’une sensation forte fut-elle physique ou physique (alcool, tabac, drogue, cleptomanie, excitation du jeu, goût du risque,  …).

Le téléphone portable n’échappe pas à la règle. Il trouve un terrain favorable chez les jeunes, à personnalité flottante, encore indécise, en recherche d’identité, en transition difficile entre le monde protégé de l’enfance et le monde ouvert des adultes.

On distingue dans l’addiction au portable deux éléments qui coexistent :

  1. Le besoin d’échange. L’échange, la communication sont des moyens de se situer, de se définir (au moins temporairement). Communiquer, c’est être, ce qui peut être une illustration, ou interprétation du « cogito ergo sum » de Descartes. Échanger s’est meubler un vide dans lequel baigne un adolescent quand il est seul. Échanger c’est définir des relations avec les autres, créer des valeurs, des repères. C’est exister à travers la réaction de l’autre. C’est tout particulièrement quand il se retrouve seul (par exemple le soir au moment des se coucher, dans son lit, seul dans sa chambre) que l’ado va mettre en branle ce mécanisme d’échange qui lui permet de se sentir « être ». N’être plus seul c’est déjà être !
  2. Le sentiment de toute puissance. Nous commandons le smartphone et il obéit. Il réagit à la moindre de nos sollicitation comme un esclave fidèle. Plus le téléphone réagit de façon rapide et fluide et plus est grand notre sentiment de le dominer. D’où la recherche de matériel de plus en plus performant donc de plus en plus docile et obéissant « au doigt et à l’œil »
    Cette rapidité, non seulement flatte notre sentiment de pouvoir et en plus meuble de plus en plus le sentiment de vide qui nous occupe. Rapidité veut dire profusion, profusion veut dire aveuglement et négation de toute réflexion. Le smartphone bouche le vide que nous fuyons. Pour l’adolescent c’est le sentiment trompeur d’exister

Nos adolescent ont besoin de se définir, de se forger une identité, de se sentir être. Ils sortent de la période de l’enfance ou ils n’existaient qu’au travers de leur environnement (généralement parental). Ils quittent ce cocon qui était leur identité pour se retrouver « à poil » sans repère. Que leur reste-t-il ? la révolte, les grandes utopies mobilisatrices. Finalement le smartphone n’est peut-être qu’un moindre mal !

PS : Attention, comme les réseaux sociaux le smartphone est un outils génial qui peut nous apporter beaucoup. Ce n’est pas parce que ces outils sont « dévoyés » qu’ils n’en gardent pas intrinsèquement leurs qualités.

Les addictions et la dépendance

Les addictions et les dépendances

Dans ces moments difficiles de confinements nous sommes exposé à une perte de repère et à une certaine solitude. Ce sont les deux paramètres les plus déterminant dans le développement des addictions ou de leurs rechutes. C’est donc bien  le moment de se poser la question du mécanisme de l’addiction afin d’y mieux résister

Définition

On parle d’addiction lorsqu’un sujet ne peut résister à la survenue répétée d’un comportement, et que celle-ci est précédée d’une tension croissante que seul le passage à l’acte soulage (sur le moment).

Notons qu’en cas d’impossibilité de s’adonner au comportement, le sujet ressent une anxiété pénible ou insupportable. Cet envahissement donne lieu à des tentatives répétées pour contrôler, réduire ou abandonner le comportement, mais en vain.

Ne confondons pas l’addiction qui est de nature psychologique et la dépendance qui est de nature organique (difficultés de sevrage). Certaines addictions (Alcool, Drogues, Médicaments,) se doublent de dépendance.

L’addiction

Si la caractéristique pharmacologique de certaines substances (alcool, drogues, tabac…) joue un rôle reconnu dans la survenue d’un besoin addictif/dépendant, on peut repérer des mécanismes identiques dans des addictions sans substances (jeu pathologique, fièvre acheteuse, « cyberdépendance », boulimie mais aussi parfois travail, sport, sexualité etc.) : il est donc plausible d’isoler certains invariants dans les personnalités sujettes aux addictions.

Causes profondes des addictions

C’est la fragilisation de la structure identitaire qui crée le terrain favorable à une addiction. Les individus à la personnalité flottante, avec des repères et des positionnement incertains sont les plus vulnérable et bien sur les adolescents sont les cibles les plus touchées. D’autres catégories évoluant dans des environnements professionnels ou familiaux instables comme les artistes, chanteurs, musiciens, chômeurs, certains retraités peuvent facilement être atteint. Toute fragilisation des repères, qu’elle soit de nature structurelle (enfance perturbée, carence d’affection) ou conjoncturelle (rupture affective, rupture professionnelles) est une porte ouverte à l’addiction.

Prenons un exemple : le tout-petit ayant échoué à intérioriser le lien à sa mère absente, toute absence est désormais vécue comme une perte. Ces profils sont caractérisés par un vécu angoissé, un imaginaire qui s’appauvrit, une vulnérabilité à l’ennui et à l’anxiété, une relation compliquée à autrui, oscillant entre dépendance et évitemen-.

Une angoisse débordante conduit alors le sujet à mettre en place une relation à un objet à la fois source de stimulation et de satisfaction immédiate (les sensations ont remplacé les émotions) et, croit-il, maîtrisable. L’objet de l’addiction (alcool, aliment, toxique notamment) permet au sujet d’exprimer sa toute-puissance dans une relation fusionnelle. Mais cette autosuffisance s’avère rapidement illusoire car la sensation de manque replonge le sujet dans la dépendance à autrui qu’il croyait avoir ainsi vaincue. Il en ressort plus vulnérable que avant en développant un sentiment d’échec, une sous-estime de soi

Le principe de « niveau de tolérance » (besoin d’augmenter l’intensité ou la fréquence pour maintenir l’effet attendu) conduit fréquemment la personnalité addictive à présenter et à subir plusieurs dépendances, concomitantes ou successives.

Auto-alimentation des addictions

Le danger dans les addictions est qu’elles s’autoalimentent (ce qui est la base même du mécanisme addictif)

Si l’on prend par exemple l’addiction à l’alcool :

Le sujet, par les circonstances, est soumis à une forte angoisse. Il a du mal à cerner ses repères et à se sortir de son système de références floues et incertaines. Il va rechercher un stimuli qui, temporairement, pourra lui servir de point de référence. Sous l’impact de ce stimuli intense il va avoir, en focalisant son attention sur cet effet, l’impression de se re situer, de s’accrocher à un point fixe. L’alcool est un excellent générateur de ce type de stimuli.

Bien évidemment le sujet s’accroche à une « branche pourrie » puisque le sentiment de se référencer ne dure que le temps que dure le stimuli. Très rapidement il va retrouver son univers angoissé et le besoin de se re stimuler, par exemple de boire encore, ce qu’il va faire jusqu’à ce qu’un événement extérieur survienne pour l’en empêcher (ce qui lui causera une frustration très pénible et des réactions très vives) ou que l’ivresse l’emporte dans un état comateux dans lequel il perd tout besoins et stimuli.  Au réveil il retrouvera sa personnalité flottante et angoissée assortie généralement d’un fort sentiment de culpabilité et de dévalorisation de son image (blessure narcissique) pour avoir cédé à son addiction. Il n’en sera que plus vulnérable et encore plus perdu et angoissé. Le phénomène s’auto alimente et le sentiment d’être égaré en lui-même s’accentue.

De plus l’alcool, par exemple, est susceptible de créer une dépendance qui participe à l’auto alimentation du processus.

Selon les addictions le type de stimuli recherché sera différent

L’alcool, les drogues, le tabac, la boulimie se vivrons dans un stimuli oralisé pour calmer une angoisse.

Le jeu, les achats compulsifs, le travail se vivrons dans la recherche d’une intense activité cérébrale pour calmer une anxiété (angoisse cristallisée sur un besoin de gagner de l’argent, du pouvoir)

Signalons de nouvelles addictions apparue récemment :

L’addiction au téléphone portable ou le sujet essaye de calmer son angoisse dans la recherche d’un contact permanent à l’autre pour éviter de se sentir seul. (recherche d’un stimuli affectif)

L’addiction aux jeux vidéo ou le sujet recherche une intense activité intellectuelle pour éviter de sentir le vide qui l’habite (recherche d’une activité cérébrale intense).

Le principe des thérapies contre les addictions

Diverses méthodes peuvent être envisagées

  1. Traiter en premier la cause profonde (sentiment d’angoisse) avant d’aborder le traitement du comportement addictif
  2. Traiter en premier le comportement addictif pour terminer en essayant de re-référencer le sujet
  3. Mais le mécanisme d’auto alimentation des addictions décrit plus haut suggère de traiter les deux problèmes en parallèle puisque l’un alimente l’autre et réciproquement. N’en traiter qu’un seul serai infructueux

Conclusion

Une addiction se présente comme un « médicament » qui soulage assez rapidement une douleur, mais ne guérit pas. Son effet est très provisoire et donc son efficacité est donc extrêmement faible. Par contre ses effets secondaires sont généralement violemment délétères et le ratio bénéfices/risques est déplorable.

N.B.  A noter que tous les comportements addictifs comportent des effets secondaires pénalisants ou délétères, Comme-ci la culpabilité et l’auto punition faisait partie intégrante de l’addiction

PS   Ne confondons pas l’addiction qui est le fait de sujet mal référencés et l’obsession qui est plutôt le fait de sujet rigides

Les « ados » et leur téléphone portable

C’est l’une des grandes inventions des dernières années, un outil dont personne ne nie l’intérêt et qui nous rend joignable, presque, en toutes circonstance.

Et pourtant un phénomène nouveau est apparu dans la dernière décennie : l’addiction au téléphone portable. Dans tous lieux public (Transports en commun, salle d’attente, bancs publics) on peut constater qu’au moins 50% des personnes utilisent leurs téléphones portables soit pour communiquer par SMS, soit pour s’impliquer dans un quelconque jeu vidéo, soit pour écouter de la musique.

Quand un phénomène prend une telle importance il est bien naturel de s’y intéresser ; d’essayer d’en comprendre les tenants et les aboutissants.

Pour finir de cerner le problème, disons que ce comportement est plutôt le fait d’un public jeune (ados) et de situations d’attentes (sentiment de vide). Ces observations devraient nous aider à dégager les composantes de ces comportements.

Le besoin de fusion, être toujours en contact

On connaît tous le besoin de relations fusionnelles de l’enfance, la nécessité de vivre à travers les autres, le besoin de vivre « en bande » de nos ados. Ce comportement est typique des 12-16 ans à cheval entre le besoin de vivre à travers leur conscience émotionnelle et celui de vivre sur le mode relationnel par leur conscience cognitive en formation. Soit, à la fois le besoin permanent « d’être en contact » et celui d’échanger sur un mode un peu plus formel. Le téléphone portable correspond exactement à ces deux nécessités. Les ados vont trouver dans cet accessoire comment rester en contact permanent avec leurs copains (copines) et échanger avec eux (elles) sur un mode un peu plus formalisé. Le téléphone va briser le sentiment d’isolement qu’éprouvent nos ados dès qu’ils se retrouvent seul, coupés de leur univers de fusion.

SMS plutôt que téléphone

On constate que les ados utilisent préférentiellement la communication par SMS plutôt que la conversation au téléphone. Ceci traduit le besoin de relations mais en même temps une peur (l’ado est mal positionné et a peur de la relation intime, peur de se dévoiler- ses relations aux autres restent toujours superficielles- sans plonger dans l’intimité). Le SMS est plus confortable. On est à l’abri des réactions de l’autre, on reste en zone de confort. Le texte court évite de se plonger dans l’intime. On ne peut pas réellement s’impliquer dans l’intime quand on ne sait pas encore qui l’on est !

SMS plutôt que l’email

Pour les mêmes raisons ils vont préférer le SMS à l’email, le tweet à Facebook.  Plus le message formalisé est court, plus il est schématique, et moins il engage de façon intime.

Le téléphone et l’email sont de la communication verbale ou écrite totalement formalisée. En faiblesse de conscience cognitive l’ado ne sait pas traduire ses émotions dans le verbe ou l’écrit. Dans ses relations aux autres, dans son groupe, il utilise le langage de l’affectif, le spontané, le non formulé pour s’exprimer. Il n’ose pas finaliser ses émotions dans un texte, ou plutôt il ne le peut pas car sa pensée n’est pas suffisamment construite et structurée pour être traduite en mots et phrases. Quand un ados abandonne les SMS pour passer à la conversation téléphonique ou à l’email, on peut dire qu’il à « maturé »

L’addiction

Elle vient de ce que le SMS n’est pas une communication satisfaisante et ne comble pas vraiment le besoin de fusion, d’où la recherche de toujours plus comme si la quantité pouvait pallier au manque de qualité. N’oublions pas que l’ados est un « être hybride » qui navigue entre son vécu émotionnel et son vécu cognitif, entre un échange affectif et un échange relationnel. Aucun de ces deux mode ne sera donc pour lui vraiment gratifiant, le SMS ne sera pas pour lui réellement gratifiant, d’où le besoin de toujours plus. Il reste cependant privilégié car il marie un peu les deux modes de communication, il est simple à mettre en œuvre, facile à dissimuler aux yeux des « autorités », il est immédiat et réactif, et permet une communication très impliquée sur le mode affectif (il est la traduction même du besoin de fusion) et peu impliqué dans l’intime.

Conclusion

Cette dépendance au téléphone portable n’est pas une « déviance » des temps moderne. Elle est la traduction du mal-être des ados qui trouvent en lui une façon d’exorciser (ou de tenter de le faire) le mal-être inhérent à la période de transition qu’ils vivent. C’est un réel besoin pour eux. Ne les en privons pas bien qu’il nous faut veiller à ce que cet usage n’empiète pas trop sur les besoins de sommeil et le temps de travail scolaire (c’est la rôle ingrat des parents de devoir gérer au mieux les besoins contradictoires de leurs enfants). Après cette période de transition ils finiront par utiliser leur téléphone en adulte pour leur travail, leurs relations, et les parents seront un jour très contents de recevoir un jour un petit SMS de leur enfant qui a quitté le nid familial.

Les addictions et leurs mécanismes

Définition

On parle d’addiction lorsqu’un sujet ne peut résister à la survenue répétée d’un comportement, et que celle-ci est précédée d’une tension croissante que seul le passage à l’acte soulage (sur le moment).
Notons qu’en cas d’impossibilité de s’adonner au comportement, le sujet ressent une anxiété pénible. Cet envahissement donne lieu à des tentatives répétées pour contrôler, réduire ou abandonner le comportement, mais en vain.

Si la caractéristique pharmacologique de certaines substances (alcool, drogues, tabac…) joue un rôle reconnu dans la survenue d’une dépendance, on peut repérer des mécanismes identiques dans des addictions « sans substances (jeu pathologique, fièvre acheteuse, cyberdépendance, boulimie mais aussi parfois travail, sport, sexualité etc.) : il est donc plausible d’isoler certains invariants dans les personnalités sujettes aux addictions.

Cause profonde des addictions

Une assise identitaire fragilisée (en termes d’autonomie psychique et/ou d’estime de soi) et d’un traumatisme désorganisateur survenu précocement ou non mais en lien avec la question de la séparation ou de la carence affective.
Par exemple : le tout-petit ayant échoué à intérioriser le lien à la mère absente, toute absence est désormais vécue comme une perte. Un imaginaire qui s’appauvrit, une vulnérabilité à l’ennui et à l’anxiété, une relation compliquée à autrui, oscillant entre dépendance et évitement caractérisent ces profils.

Une angoisse débordante conduit alors le sujet à mettre en place une relation à un objet à la fois source de stimulation et de satisfaction immédiate (les sensations ont remplacé les émotions) et, croit-il, maîtrisable. L’objet de l’addiction (alcool, aliment, toxique notamment) permet au sujet d’exprimer sa toute-puissance dans une relation fusionnelle. Mais cette autosuffisance s’avère rapidement illusoire car la sensation de manque replonge le sujet dans la dépendance à autrui qu’il croyait avoir ainsi vaincue.

Le principe de « tolérance » (besoin d’augmenter l’intensité ou la fréquence pour maintenir l’effet attendu) conduit fréquemment la personnalité addictive à présente à subir plusieurs dépendances, concomitantes ou successives.

Auto-alimentation des addictions

Le danger dans les addictions est qu’elles s’autoalimentent (ce qui est la base même du mécanisme addictif)

Si l’on prend par exemple l’addiction à l’alcool :

Le sujet est soumis à une forte angoisse. Il a du mal à cerner ses repères et à se sortir de son système de références floues et incertaines. Il va rechercher un stimuli qui, temporairement, pourra lui servir de point de référence. Sous l’impact de ce stimuli intense il va avoir, en focalisant son attention sur cet effet, l’impression de se resituer, de s’accrocher à un point fixe. L’alcool est un excellent générateur de ce type de stimuli.

Bien évidemment le sujet s’accroche à une « branche pourrie » puisque le sentiment de se référencer ne dure que le temps que dure le stimuli. Très rapidement il va retrouver son univers angoissé et le besoin de se restimuler, de boire encore, ce qu’il va faire jusqu’à ce qu’un événement extérieur survienne pour l’en empêcher (ce qui lui causera une frustration très pénible et des réactions très vives) ou que l’ivresse l’emporte dans un état comateux dans lequel il perd tout besoins et stimuli.  Au réveil il retrouvera sa personnalité flottante et angoissée assortie généralement d’un fort sentiment de culpabilité et de dévalorisation de son image (blessure narcissique). Il n’en sera que plus vulnérable et encore plus perdu et angoissé. Le phénomène s’auto alimente et le sentiment d’être égaré en lui-même s’accentue.

De plus l’alcool est susceptible de créer une dépendance qui participe à l’auto alimentation du processus.

Selon les addictions le type de stimuli recherché sera différent

L’alcool, les drogues, le tabac, la boulimie se vivrons dans un stimuli oralisé pour calmer une angoisse.

Le jeu, les achats compulsifs, le travail se vivrons dans la recherche d’une intense activité cérébrale pour calmer une anxiété (angoisse cristallisée sur un besoin de gagner de l’argent, du pouvoir)

Signalons de nouvelles addictions apparue récemment :

L’addiction au téléphone portable ou le sujet essaye de calmer son angoisse dans la recherche d’un contact permanent à l’autre pour éviter de se sentir seul. (recherche d’un stimuli affectif)

L’addiction aux jeux vidéo ou le sujet recherche une intense activité intellectuelle pour éviter de sentir le vide qui l’habite (recherche d’une activité cérébrale intense).

Le principe des thérapies contre les addictions

Diverses méthodes ont été envisagées

  • Traiter en premier la cause profonde (sentiment d’angoisse) avant d’aborder le traitement du comportement addictif
  • Traiter en premier le comportement addictif pour terminer en essayant de re-référencer le sujet
  • Mais le mécanisme d’auto alimentation des addictions décrit plus haut suggère de traiter les deux problèmes en parallèle puisque l’un alimente l’autre et réciproquement. N’en traiter qu’un seul serai infructueux

Conclusion

Une addiction se présente comme un « médicament » qui soulage assez rapidement une douleur. Cependant son effet est très provisoire. Son efficacité est donc extrêmement faible. Par contre ses effets secondaires sont violemment délétères et le ratio bénéfices/risques est déplorable.

PS :Il n’est pas étonnant que le Baclofène (relaxant musculaire neurologique) puisse avoir un effet bénéfique sur les addictions à l’alcool.