Archives de catégorie : Philosophie

Les études philosophiques et psychologiques

A-t-on vraiment besoin de Dieu

Dans cet article je vais, sans doute, énumérer un certain nombre de lieux communs qui en soi ne présentent absolument aucun intérêt. Par contre la juxtaposition de ces banalités peut offrir une vision intéressante.

Cette question est d’importance car elle découle, en partie, de la question Dieu existe-t-il ? En effet la question de l’existence de Dieu n’est un problème fondamental que si Dieu présente un certain degré d’utilité. Chacun se moque bien, évidemment de l’existence ou la non existence d’une entité qui serait inutile.

La réponse à cette question dépendra, de toute évidence, de la croyance que l’on peut avoir en toute transcendance.

On peut définir trois grands courants :

Ceux qui croient en un Dieu (quel qu’il soit), les croyants
Ceux qui ne croient pas en un Dieu, les athées
Ceux qui n’en savent rien, les agnostiques

Pour les croyants, Dieu est la racine même de leur existence. C’est le créateur, le gestionnaire de la vie, le législateur, le gérant de notre mort (Rama, Vishnu, Shiva pour les hindous). C’est lui qui décide, qui donne, qui juge, récompense, pardonne, ou puni. Il gère nos destinées dans la vie terrestre et l’au-delà. Ainsi présenté, on peut dire qu’il est de toute utilité, voire indispensable. Sans Dieu nous n’existerions pas. Lui, par contre, existerait, mais personne ne serait là pour le savoir … et en ce sens il n’aurait aucune utilité, sauf sans doute pour lui.

Faisons donc l’hypothèse que Dieu existe et examinons tous les aspects de ses fonctions utilitaires, et surtout comment elles se manifestent à notre niveau. Les manifestations de Dieu en tant que gérant de la vie terrestre sont des plus rares. De façon générale personne ne l’a jamais vu, jamais entendu. Dieu ne se manifeste jamais directement mais à travers des hommes, des prophètes, des saints hommes dont seul l’engouement qu’ils suscitent les différencient des « faux-prophètes » (un peu comme pour les stars du show-biz dont les succès font souvent office de talent !). Il n’existe aucune manifestation de Dieu qui ne soit relayée dans une manifestation humaine. Un point important à signaler est que les manifestations de Dieu se font (à l’exception de l’apparition de Jésus à Paul, mais dont la vérité historique peut être contestée) toujours au travers de personnages déjà croyants convaincus … comme disais Brassens : « Faites semblant de croire et bientôt vous croirez ! » On peut les considérer plus comme une affirmation d’une croyance déjà existante qu’une manifestation divine. Il en est de même pour toutes les religions vivantes ou mortes. Il paraît tout à fait naturel qu’une manifestation d’une transcendance ne puisse s’exprimer hors du champ de la perception humaine, hors de notre champ de conscience, par contre qu’un Dieu ne s’adresse qu’uniquement à ses partisans en leur disant va convaincre les autres pose problème ! pourquoi ne cherche-t-il pas à les contacter directement !

Pour faire face à cette incapacité de l’homme à se représenter la transcendance toutes les religions ont présentées une vision anthropomorphique de leurs Dieux (Dieux de l’Égypte, Dieux Romains, Dieux de l’Olympe, Indiens, Jésus Christ). Mention particulière à l’Islam qui devant cette incapacité a déclarée « tabou » toutes représentations de Dieu, ce qui évacue le problème de l’incapacité à le représenter.

Pour en revenir au problème majeur de l’utilité d’un Dieu abordons le problème de la prière. Depuis 600 ans pour les musulmans, 2000 ans pour les chrétiens, et encore plus pour les juifs, les hommes adressent à Dieu d’innombrables prières, le sollicitant, pour eux, leurs proches, leur santé, leurs conditions matérielles, etc. etc. Si l’on faisait le rapport prières exaucées/prières adressées on serait atterré de voir combien Dieu se moque complétement de nous et de nos requêtes, au point même que lorsqu’une de nos demande paraît exaucée on crie au miracle et à la béatification ! Il est totalement inefficace et inutile.

Quant à la gestion des affaires du monde c’est encore pis ! si l’on prend simplement les événements récents : Tsunami, Tremblements de Terre, inondations, guerre en Syrie, Afghanistan, attentats terroristes, famines, sécheresses, misère, on ne voit aucune intervention de Dieu pour nous aider. Bien sûr dira-t-on beaucoup de ces malheurs sont le fait des hommes et de leur égoïsme et ils récoltent ce qu’ils ont semé. D’accord, n’empêche que Dieu ne nous est d’aucune aide.

Pour les purs athées, matérialistes, positivistes, l’existence de Dieu est niée, et par la même son utilité. Dieu n’existe pas et on s’en passe très bien ! Pourtant pour ces individus à culture, en général, très scientifique la notion sinon de Dieu, mais du moins de religiosité n’est pas absente. Dans les modèles scientifique les notions d’infini et de zéro sont absolument cruciales, la notion de propriétés physiques multiples et coexistantes (mésomérie, incertitude Quantique) est courantes dans la physique moderne. Ces notions, insensées dans nos représentations anthropomorphes, se sont imposées dans la pensée scientifique. Elles sont de même nature que les concepts religieux et servent à masquer (à compenser) l’incapacité de la pensée humaine à représenter ce qui la dépasse. Il n’existe pas de pensée scientifique sans appel au transcendantal, même si celui-ci s’affuble hypocritement d’un masque rationnel. En ce sens on peut dire que Dieu a une utilité, non pas dans la vie pratique, dans le quotidien, mais plutôt dans la conception d’une pensée, dans le développement de modèles de la vie, dans la conceptualisation du monde. Mais disons que dans ce principe c’est plus nous qui faisons appel à Dieu, plus nous qui l’utilisons, que lui qui nous propose quelque chose d’utile. On peut dire, alors, que ce n’est pas Dieu qui a créé les hommes pour le servir, mais les hommes qui ont créés Dieu pour s’en servir.

Pour les agnostiques, dont je fais partie, l’approche paraît plus simple. Dieu existe si on a besoin de s’en servir, il n’existe plus lorsqu’il nous gêne. On nage toujours en plein paradoxe, en pleine contradiction. Ce n’est plus le problème de l’utilité de Dieu qui se pose mais celui du besoin que nous avons de lui. Le vécu dans ce monde incertain n’est pas si facile. On refuse les références stables que les croyants ou les athées se sont forgées, le Dieu adoré ou honni par rapport auquel on existe. On refuse les absolus. On ne se positionne plus dans un univers cerné et défini « a priori » (univers Newtonien) mais par rapport aux entités qui peuplent notre univers (univers relativiste). Peu importe les éventuelles limites de l’univers si l’on ne se situe plus par rapport à lui mais par rapport à nos voisins connus et identifiés. La position agnostique, pour être confortable, implique une remise en cause de nos notions d’espace, de temps (et accessoirement de la matière et de l’énergie) Dans cet univers relativiste Dieu ne trouve pas réellement sa place. Mais évidemment il s’agit d’une pirouette intellectuelle qui limite l’univers à ce que nous connaissons … donc qui élimine « a priori » la notion de Dieu.

Il est bien curieux de constater comment tous ces Dieux son totalement inutiles et inefficients dans notre vécu et comment ils sont indispensables dans la représentation de ce vécu. Dieu apparaît dans tous système de représentation de la vie, dans toutes les doctrines philosophiques et religieuses (y compris celles qui le nient avec force) pour, ensuite, n’avoir aucune participation à l’ordre du monde. Dieu existe dans la théorie mais pas dans la pratique !

Modèles, représentations, et certitudes

La psychologie relativiste est fondée sur le principe de la représentation mentale constitutive de la conscience cognitive. On a du mal à comprendre le principe des modèles et de la représentation. Il est toujours difficile de différencier entre l’objet et son image. De plus certains modèles sont si anciens qu’ils finissent à s’imposer à nous comme la réalité qu’ils représentent. Pourtant dans de nombreux cas plusieurs représentations d’un même objet coexistent sans que nous n’en soyons le moins du monde gêné.

Prenons l’exemple de la matière.

  • Elle peut être décrite à l’échelle macroscopique par la théorie de la relativité générale d’Einstein.
  • Elle peut être décrite à l’échelle microscopique par la mécanique quantique ou la chimie théorique.
  • A l’échelle humaine elle peut être décrite par diverses théories : Mécanique des fluide, résistance des matériaux, ou encore définie par des propriétés relatives à ses divers états (solide, liquide, gazeux) ou par les propriétés de certains matériaux (métaux, bois pierre, …)

On voit donc que l’on dispose d’une grande variété de descriptions de la matière qui constituent autant de modèles (non compatibles entre eux), autant de représentations que nécessaires. Chacune d’elle étant utilisée dans son domaine particulier. Aucune de ces descriptions ne peut se targuer d’être plus valable que les autres et aucune ne représente la réalité de la matière. A ce jour, la matière n’existe pas en tant que telle mais à travers les modèles de représentation qui en sont donnés.

Un autre exemple intéressant et celui du cerveau humain. On lui connaît de nombreuses représentations

  • La représentation médical-biologique issue d’autopsies ou l’on décrit le cerveau comme une matière vivante avec ses lobes, sont irrigation, son innervation …
  • La représentation physico-chimique dans laquelle les neurotransmetteurs (Endorphine, Adrénaline, Dopamine, Sérotonine, Acétylcholine, …) sont responsables de nos émotions et nos comportements. C’est le domaine de la psychiatrie de gérer et réguler la production de ces substances.
  • La psychologie (sous toutes ses formes) qui envisage le cerveau comme un contenant de messages formalisés qui par leur logique (ou illogisme) gouvernent nos émotions et nos comportements. La psychologie gère nos émotions en modifiant ces contenus logiques.
  • Les neurosciences qui étudient nos émotions et ressentis à travers l’activation de certaines zones du cerveau.

Donc autant de modèles (tous aussi performant les uns que les autres) qui décrivent la même réalité dans des univers, des schémas totalement différents.

On pourrait décliner à l’infini de tels exemples. Pour beaucoup de gens (les « non croyants » la religion, le dieu, les dieux, sont un simple modèle de représentation de l’inconnu qui nous entoure). En quelque sorte un modèle !

 

Il est, évidemment, difficile d’admettre notre incapacité à accéder à la vérité. Difficile d’admettre que nous ne vivons que de représentations de ce que nous cherchons à comprendre, que nous vivons dans un monde virtuel que nous nous sommes fabriqués depuis toujours. Difficile de vivre dans un univers incertain ou nos références ne sont pas accrochées à un « absolu » mais uniquement relatives à l’univers que chacun de nous s’est créé. Nous cherchons à travers des « pseudos » certitudes à nous sécuriser (religions, idéologies …) sans nous rendre compte que ces certitudes sont la base même de notre intolérance, de nos difficultés à vivre ensemble, de nos éternels conflits. Faire la guerre pour se sécuriser ne me paraît pas une très bonne solution !

Apprendre à vivre pour soi, par rapport à ses propres références, si virtuelles soient-elles, accepter que les autres aient un référenciel différent tout aussi virtuel et factice que le nôtre, est le propre de la psychologie relativiste.

L’angoisse, paralysie ou moteur de la vie

Nous avons défini l’angoisse comme le fait de devoir vivre sans références clairement établies. C’est cette existence dans un univers non référencé qui crée le comportement flottant, le manque de positionnement et par voie de conséquences une incertitude dans le sentiment d’exister, une identité incertaine, l’incapacité de se projeter d’une façon précise dans les événement, donc l’angoisses. Par principe même l’angoisse n’est pas réellement vécue de façon consciente, puisqu’elle résulte d’un déficit de conscience cognitive. Ce n’est que lorsqu’elle se cristallise sur un fait précis qu’elle devient consciente et tourne à l’anxiété.

A sa naissance le nourrisson à une conscience cognitive peu développée, donc très peu de références, une absence d’identité. Il devrait donc vivre dans une angoisse permanente. Il n’en est rien s’il vit dans un environnement équilibré et stable. En effet le bébé vit en fusion totale avec son environnement et ses références sont celles du milieu dans lequel il se projette. Il n’a donc pas nécessité à avoir ses propres références.

Au cours de son développement l’enfant va progressivement créer ses propres références en développant sa conscience cognitive et en parallèle, toujours progressivement, se détacher de sa fusion originelle (en élaborant d’autres fusions avec son environnement proche comme ses copains, ses enseignant, ses éducateurs, ses grands-parents, …). Si le processus se passe de façon harmonieuse la perte de ses références issues de ses fusions abandonnées est remplacée par les références qu’il se crée en développant sa conscience cognitive et ses positionnements vis à vis du monde qui lui devient extérieur.

Une période délicate est bien évidemment l’adolescence au cours de laquelle les mutations sont si brutales, si rapides, que l’équilibre entre références perdues et références acquises et difficile à conserver. L’ado doute, hésite à abandonner ses références fusionnelles pour s’autonomiser dans des références acquises qu’il maitrise mal et en même temps sent le besoin de quitter un environnement qui le bride pour se lancer dans une liberté qui lui fait peur. L’adolescence est vraiment la période de notre vie ou l’angoisse s’installe inévitablement (comme bien sûr, pour d’autres raisons, dans la période de la mort).  Cette angoisse est évidemment très difficile à mettre en évidence puisqu’elle est causée par une déficience du cognitif.

Durant l’âge adulte il reste toujours un reliquat d’angoisse puisque l’équilibre entre le positionnement perdu et le positionnement acquis n’est jamais parfait. Celui-ci est parfaitement supportable et l’on pourrait même le dire positif puisqu’il nous pousse à agir, à éviter toute passivité, qu’il est le moteur de notre vie sociale.

L’angoisse peut se manifester, notamment à l’âge adulte lors d’épisodes de dépressions. Sous l’effet d’une forte contrariété (Choc affectif, déchéance sociale, remise en cause fondamentale …) le système de valeurs mis en place dans la structure de la conscience cognitive peut s’écrouler. L’individu se retrouve alors devant un vide, les valeurs ayant perdu de leur impact plus rien ne présente d’intérêt, plus rien n’est valorisé. Il se retrouve face au vide et à son angoisse. Notons une petite différence entre l’angoisse basique due à une absence de référence et celle liée à la dépression due à la perte de références, acquises, ceci ajoute à l’angoisse un élément de dévalorisation personnelle.

Dernière période, dernière approche de l’angoisse, la période ou l’angoisse est le mieux exprimée est bien sûr la mort. J’ai eu l’occasion de m’exprimer sur le sujet et de montrer comment la croyance en une vie éternelle, paradis, réincarnation, communication avec les morts et autres qui voudraient être une sécurisation (non la mort n’est pas une fin, il y a une autre vie après la mort !) ne sont en fait que génératrices d’angoisse. Comment se positionner par rapport à une future vie dont on ne connaît rien, dans laquelle on ne sait même pas si on aura accès au meilleur ou au pire. Ce trop d’incertitudes provoque un sentiment d’angoisse, voire d’anxiété (si on essaye de formaliser ce qu’une vie future pourrait être !). C’est le lot de la quasi-totalité des terriens que de croire à une vie post-mortem (beaucoup y croient dans le cadre de religions d’autres y croient tout en affichant une posture athéiste, matérialiste) et de ce fait vivre dans l’angoisse de la fin !

 

Pour conclure cette petite analyse on peut constater qu’une dose d’angoisse nous accompagne tout au long de notre vie. Ce besoin permanent de rechercher des références, ce besoin incoercible de se positionner, ce besoin de relationner, d’adapter nos comportements à notre environnement, c’est tout simplement le besoin d’exister ou plutôt de se sentir exister. Une dose d’angoisse nous fait bouger, un trop d’angoisse nous paralyse.

La peur de la mort et la vie éternelle

La mort est l’un des grands tabous de nos civilisations. Cette angoisse, d’un jour, ne plus exister à fait le lit de toutes les grandes religions depuis l’antiquité. Dans cet élan religieux, les hommes ont inventé, imaginé, toutes sortes de prolongements à la vie (l’empire des morts chez les égyptiens, le Styx et les champs élyséens chez les grecs, les divers paradis dans les religions judéo-islamo-chrétiennes, la réincarnation chez les bouddhistes et les indouistes). Ces visions devant atténuer la peur de la mort en proposant une vie post-mortem, une vie éternelle prolongement de la vie terrestre.

Vis à vis de cette vie éternelle on observe trois positions principales :

  • Ceux qui croient fermement à cette vie éternelle et qui seraient prêts à sacrifier leur vie terrestre pour accéder directement à l’éternité. Citons les martyrs, les kamikazes de Daech pour lesquels la mort n’est qu’un moyen d’accéder à une forme de félicité.
  • Ceux qui ne croient absolument pas à une vie éternelle et pour lesquels la mort est une simple fin et qui prônent que tant que l’on est vivant la mort n’est pas un problème et que quand on est mort la vie n’est plus un problème
  • Ces deux premières catégories sont tout à fait marginales dans nos sociétés ou la plus grande partie des êtres croient sans y croire à une vie éternelle.

Il y a ceux qui par conviction religieuse ou philosophique croient en une vie éternelle mais qui dans le même temps n’y croient pas trop. En effet ils ne sont pas prêts à renoncer à leur vie terrestre pour se plonger dans les délices de leur vie éternelle. Bien que croyant à une vie future, ils s’accrochent à leur vie présente

Il y a ceux qui ne croient pas à une vie éternelle, mais qui ne peuvent s’empêcher d’y croire à moitié. Cela se traduit notamment dans le respect des cultes des morts. On va les visiter au cimetière, on leur parle dans l’intimité, on respecte leurs dernières volontés, on vit encore en partie par eux et pour eux … on refuse de faire son deuil. Un exemple type est l’enterrement de Johnny Halliday ou l’on a vu es millions de personne voir passer sa dépouille en vivant l’événement comme si le chanteur passait, bien vivant, devant eux sur son Harley Davidson. Pourtant, objectivement, ils regardaient passer un cadavre en attente de décomposition dans une boite en sapin !   C’est bien un renoncement à faire son deuil et un appel à une vie post-mortem.

Si dans les deux premiers cas le positionnement par rapport à une vie éternelle est simple, il n’en est pas de même dans le troisième. En effet il est fort difficile de se situer, se positionner par rapport à une entité aussi peu définie, improbable, totalement floue, plus ou moins acceptée, plus ou moins refusée.

Les croyants connaissent bien cette situation dans le positionnement vis à vis de leurs dieux. Comment se positionner vis à vis d’un être transcendantal et que personne n’a réellement côtoyé. En fait nos croyants se positionnent non par rapport à leur dieu mais plutôt par rapport à sa parole. Tout dieu établit sa loi (toujours faite d’interdictions, d’autorisations et de recommandations) et c’est par rapport à elle que les fidèles se positionnent (d’ou l’importance des rites dans les religions). Signalons quand même (une petite pique antireligieuse !) que jamais un dieu ne s’est adressé directement aux hommes, il le fait toujours par l’intermédiaire d’un homme que certains appellent prophète et d’autre illuminé. Même dans le christianisme, quand dieu envoie son fils sur la terre, il ne manque pas de le faire « homme »). La parole de dieu est toujours la parole d’un homme (ou d’une femme …dieu est moins sexiste que ses représentants).

Cette incapacité à se situer par rapport à une situation, à un principe, cette incapacité de positionnement est exactement la genèse de l’angoisse. Vis à vis de la mort et de la vie éternelle les individus de notre troisième groupe ne savent pas où ils sont, ce qu’ils sont, comment se projeter dans cet avenir qu’ils n’appréhendent pas. On ne peut se positionner que par rapport à des repères stables, bien définis, identifiés. Pour ces individus la pensée de la mort angoisse !

La religion devrait délivrer de l’angoisse de la mort, on espère qu’il en soit ainsi, mais bien au contraire elle la provoque car elle n’amène jamais à la certitude attendue.

De nos trois catégories c’est plutôt la seconde qui retiens mon attention. La première me semble un peu radicale pour moi qui aime la vie et qui aime ma vie. La troisième génératrice d’angoisse est totalement à éviter.

Parlons donc de ceux qui aiment la vie mais ne redoutent pas de la perdre. Ils sont capables, plus que les autres de faire leur deuil lors du décès d’un proche, ils ne fréquentent pas les cimetières et les commémorations, ils assument la séparation d’avec les autres.

Mais dans le même temps n’ayant pas l’esprit obscurci par la perspective d’une vie future, ils sont capables de faire le deuil d’eux-mêmes.

Ne pas appréhender la mort c’est être prêt à faire le deuil de soi-même, comme on fait le deuil des autres. La mort reste alors une perspective certes désagréable, mais pas angoissante.

André Malraux disait que dans la mort ce qui est difficile c’est d’arrêter d’écrire sa biographie ! pourtant, toutes les histoires, toutes les biographies ont une fin.

N.B. Il est paradoxal que lorsque on lit un roman, quand on voit un film, on aime bien qu’il ait une fin qui termine, qui clôture l’histoire. Pour notre vie, c’est le contraire

La notion de vérité

C’est l’un des concepts les plus important en philosophie puisque c’est lui qui validera les diverses propositions énoncées. Selon que ce que l’on avancera sera considéré comme la vérité ou non la proposition sera validée ou non.

L’homme est un être qui perçoit les événements, les situations, les autres au travers de ses sens. Il reçoit des messages visuels, auditifs, olfactifs, tactiles ou gustatifs et les analyse dans son cerveau pour en créer des représentations cognitives. Cette analyse critique par chaque individu donne à ces représentations un caractère éminemment subjectif et individuel. On définit ainsi une relation sujet/objet dans laquelle l’individu est le sujet et l’événement l’objet.

Dans ce type de relations on distingue deux cas :

  • L’objet existe en dehors du sujet (même sans observateur l’objet existe) et il a donc une nature permanente et transcendantale. L’objet préexiste à l’homme.
  • L’objet n’existe que dans sa relation au sujet (l’homme) il n’a donc qu’une nature transitoire et n’existe que s’il est observé

Le temps et l’espace en théorie Newtonienne préexistent à l’homme. Que le temps et l’espace soient peuplés ou non par l’homme ils existent et sont de nature permanente. En revanche dans la vision relativiste de l’univers, temps et espace prennent leur existence dans la relation qu’entretiennent entre eux les objets. C’est l’interaction entre les objets qui les fait exister et leur donnent leur essence.

Il en est de même pour la vérité. Dans un modèle basé sur la transcendance il existe une vérité qui ne dépend pas de la perception que les individus en ont. Que ceux-ci y accèdent ou non la vérité reste présente et constitue une référence non négociable. Dans la relation sujet/objet, l’objet « vérité » est un permanent incontournable.

Dans une vision relativiste chaque individu perçoit sa propre vérité définie par sa relation personnelle aux événements, situations, et aux autres. La vérité est donc protéiforme et n’est la propriété ou l’apanage de personne. Non seulement personne ne connaît la vérité, mais personne ne peut la connaître car la vérité unique n’existe pas. Il existe donc une infinité de relations entre sujets et objets qui définissent une infinité de sujets et d’objets.

On est ainsi ramené à deux grandes positions :

  • La position transcendantale ou Religieuse dans laquelle temps, espace, vérité sont des transcendances à l’homme. Il doit donc exister un « être supérieur » qui gère l’univers et possède la vérité. La parole de Dieu est « la vérité » et nul ne peut la mettre en doute. On peut argumenter que Dieu a fait un usage très restrictif de sa parole et que celle-ci n’est retransmise que par la perception que certains hommes (le prophètes) en ont eu. Pour sortir de l’ambiguïté, Il serait bon que Dieu sorte un peu de son silence et exprime clairement ses intentions ! Point n’est besoin de civilisations, de sociétés, de culture, puisque Dieu a déjà tout organisé.
  • La position relativiste dans laquelle les hommes auto-définissent leur propre vérité. Ce point de vue suppose, pour être viable, une négociation permanente entre les individus pour définir des actions, des modes de vie commun basés sur des vérités différentes. C’est ici que le besoin de sociétés, de civilisation, de culture se fait sentir. C’est la société, la loi, qui va prendre en charge les relations entre les hommes qui deviennent de citoyens.

Dans notre civilisation occidentale, issue d’un modèle judéo-chrétien, la vision transcendantale reste profondément ancrée dans la culture et dans les esprits. Chacun à sa vision personnelle de la vérité par le mode de perception de l’humain, mais chacun croit avoir la vérité unique par notre croyance (affichée ou larvée) à la transcendance. C’est la source majeure de tous les conflits !

La notion d’espace

Dans la vision Newtonienne du monde, issue de la théorie de la gravitation, l’espace est une grandeur « en soi », indépendante du temps, qui existe que cet espace soit peuplé ou non par la matière. C’est un « invariant », un « contenant » dans lequel vont s’inscrire les événements mettant en jeu matière, force, et temps. L’espace est donc une réalité incontournable, universelle et commune pour chacun d’entre nous. Elle est bien sûr issue de la vision chrétienne de l’univers. C’est la notion d’espace que nous utilisons dans la vie courant, et que nous transmettons à nos descendants via l’éducation.

Depuis la théorie de la relativité restreinte d’Einstein, l’espace disparaît, de même que la notion de temps, pour être remplacé par la notion d’espace-temps. Cette nouvelle grandeur va définir sa géométrie non plus comme un absolu, mais comme l’ensemble des relations entre les objets, les entités existantes. A la notion de position absolue dans l’espace va se substituer la notion de relation entre les entités présentes. Un objet est à droite, à gauche, devant, derrière son voisin. Un objet est plus grand, plus petit que son voisin. L’espace devient un faisceau de relations entre les objets qui va définir notre univers en termes de position relative plutôt qu’en terme de position absolue. Cette définition de l’espace présente l’avantage de ne plus nécessiter de fixer l’univers dans des limites prédéfinies (pour accéder à des positions absolues pour les objets il faut bien fixer un référentiel) mais de se limiter à établir des relations entre les objets connus, identifiés, sans nécessité d’établir une définition de l’univers incluant son existence en dehors du champ de nos connaissance. Par exemple : « l’univers en extension n’est plus cette notion absolue, métaphysique d’un univers infini qui continuerai de croître mais par la simple notion d’objets qui s’éloignent les uns des autres ». Si un nouvel objet est découvert, ou imaginé, il prendra naturellement sa place dans le réseau relationnel. Comme disait Bouddha à ses disciples : « Je ne vous apprend pas tout, car vous ne devez savoir que ce qui vous est nécessaire ! »

La notion d’espace perd son caractère universel pour devenir une notion personnelle relative à chacun des opérateurs. Chacun peut voir, définir les relations entre les objets par sa propre subjectivité, en fonction de son propre vécu et de ses expériences. Ceci pourrait décrire nos sociétés comme un grand capharnaüm anarchique ingérable pour nos petites cervelles ! rassurons-nous, nos vécus sont si semblables que nos visions de l’univers sont quasi identiques dans une culture commune. De plus la majorité de nos connaissances sont apprises dans des ouvrages qui font références (scientifiques, philosophiques, historiques, etc. etc.) donc parfaitement collectives. Il existe cependant des civilisations, encore pas absorbées par notre culture globalisée, qui conservent des visions de l’univers qui leur sont propres (animistes, réincarnation, créationnistes). Cette harmonisation des visions du monde peut être vue comme une harmonisation positive, mais elle entraîne inévitablement la perte d’une certaine richesse culturelle. De nombreuses civilisations, de nombreuses pensées se sont éteintes absorbées par la culture dominante. On se lamente à l’infini quand la moindre espèce de fourmis est menacée de disparition, mais on trouve normal que notre culture occidentale lamine les autres cultures de la planète. La richesse culturelle vaut, pourtant, autant que la diversité biologique !

Le sens des mots. Précision du langage et de la communication

Les mots (noms, verbes, adjectifs, …) avec la syntaxe (grammaire), sont les vecteurs de la communication orale dans une langue. Ils sont utilisés comme outils de (codification / décodification) dans le transfert d’informations entre deux individus.

LE MECANISME DE LA COMMUNICATION

Comment fonctionne cet échange oral ?

  • Un individu ressent le besoin d’exprimer une idée, de transmettre sa pensée.
  • Il formalise sa pensée abstraite dans sa conscience cognitive (voir « La psychologie relativiste »)
  • A l’aide du langage appris il codifie les représentations mentales de sa conscience cognitive sous forme de phrases et de textes.
  • Il exprime ce langage sous forme de discours (Oralisation)
  • Son interlocuteur perçoit le discours. (Il l’entend et transmet l’information à sa conscience cognitive).
  • Dans la mémoire cognitive le discours perçu fait l’objet d’une analyse critique.
  • Le langage identifié, le message est décodé en fonction de la connaissance apprise du langage perçu.
  • Le contenu du message est intégré au grand réseau de la mémoire.

Cela impose quelques prérequis.

  1. Les deux participant du dialogue doivent posséder le même acquis du même langage.
  2. Le niveau de connaissances de la langue du « récepteur » doit être similaire à celui de « l’émetteur »
  3. Les univers dans lequel s’inscrivent les connaissances doivent être voisines pour les deux participants (les discours des « spécialistes » d’un domaine sont souvent inaudibles pour le profane)
  4. Le message transmis doit être adapté aux niveaux de maturité des deux participants (on ne parle pas de la même manière entre deux adultes et d’un adulte à un enfant)

Ceci posé, la communication peut être établie dans de bonnes conditions.

 

LES OBSTACLES A LA COMMUNICATION

Bien sûr, en y regardant de plus près tout n’est pas aussi simple et de nombreux facteurs peuvent obscurcir les échanges.

Le sens des mots

Pour une bonne communication les mots doivent, pour chacun des participants, recouvrir exactement les mêmes concepts et cela implique un dictionnaire de référence qui recense ces définitions. C’est le rôle que remplit le « dictionnaire de l’académie Française ». Malheureusement celui-ci est très peu accessible. On y substitue de nombreux dictionnaires populaires (Larousse, Robert, Littré, … et évidemment Internet). Ceci peut créer un certain biais dans le sens des mots puisque chacun, pour éviter le plagiat et la redondance, s’efforce d’avoir une définition légèrement différente de celle des autres.

Ces définitions, même pour la définition officielle, sont souvent trop lapidaire pour représenter le concept qui les sous-tend.

Si par exemple on définit une chaise comme : « meuble possédant 4 pieds et un dossier et destiné à s’asseoir », l’objet est assez bien cerné (encore qu’il ne tienne pas compte des chaises monopode que l’on ne peut pourtant pas qualifier de tabouret) Qu’importe, une foule d’adjectifs permettront de préciser le modèle de chaise dont on veut parler.

Par contre pour certains mots plus conceptuels une définition en quelques lignes est totalement inadaptée. Par exemple : « Laïcité, Liberté, Dieu, Homme, amabilité, Amour, … » ne sont pas réductibles à une définition quand des milliers et des milliers de pages n’ont pas réussis à leur donner un sens définitif. La définition de tels mots ne peut pas être universelle car elle dépend trop du vécu et des expériences de chacun.

La couleur des mots

Les mots, par-delà leurs définitions, ont une couleur qui dépend du vécu de chacun. Si « migrant » (on devrait dire émigrant) peut avoir une définition assez précise, ce mot peut prendre une couleur (une connotation) différente selon la culture (Front National, Gauchiste, Centriste, Chrétien, Musulman …) de chaque individu et selon origine géopolitique du migrant en question. Ce mot ne peut donc pas figurer tel quel dans une communication bien comprise. Quand « l’émetteur » l’utilise pour décrire un concept qui lui est personnel, le « récepteur » le décrypte en fonction de sa propre culture, de son vécu, et lui donne une signification en déphasage avec celle qu’a voulu lui donner « l’émetteur ». Ceci est à l’origine de nombreux « dialogues de sourds ».

La connaissance des mots et la précision de la pensée

Aucun Français n’a une notion précise de la définition des mots qu’il utilise, et de ce fait ne choisit pas forcement le bon mot pour décrire le concept qu’il veut exprimer. Si, en plus, le « récepteur » ajoute son propre biais dans son analyse du mot, … bonjour le dialogue !

Un autre biais classique vient, non pas de l’imprécision des mots, mais de l’imprécision de la pensée de celui qui s’exprime. Comme le disait Boileau, « Ce qui se conçoit clairement s’exprime clairement … ». Une pensée est toujours un mélange de cognitif (raisonné et logique) et d’affectif (sentiment). La partie cognitive pourra se transmettre avec une certaine précision, mais sa composante affective n’est jamais réductible au langage ! Heureusement nous sommes habitués à évoluer dans ce monde ou l’imprécision d’une pensée se transmet dans un langage imprécis à une autre pensée toute aussi floue !  Ceci ne nous choque plus. Tant que l’imprécision sur les mots ne dépasse pas le niveau d’imprécisions de nos pensées, nous trouvons la communication satisfaisante ! Quelle nécessité y aurait-il à intégrer un message précis dans une conscience cognitive aux contours flous ! (Ceux, d’ailleurs qui revendiquent plus de précision dans les échanges sont immédiatement qualifiés de « pinailleurs », de « coupeurs de cheveux en quatre », car en fait ils dérangent)

 

CORRECTION « AUTOMATIQUES »

Etant habitués à vivre dans ce flou de communication, chacun de nous a mis en place quelques éléments correctif :

  • Quand nous recevons un message nous nous sommes habitué, dans le cadre de son interprétation, à tenir compte de ce que nous pouvons savoir de l’émetteur, de sa culture, de ses opinions, de son passé. Nous remettons son message en perspective ! Bien sûr cette interprétation peut parfois améliorer la compréhension du message, mais elle peut également le déformer et lui donner un sens que l’émetteur n’a pas voulu.
  • Ce mécanisme d’interprétation nous conduit souvent à n’entendre dans un message que ce que nous souhaitons en entendre. Nous recherchons en priorité dans tout message les éléments gratifiants, sécurisants. Cette capacité à interpréter nous permet de filtrer la communication à notre avantage. Qui as-t-il de plus gratifiant que quelqu’un qui pense comme vous ? Ce filtre est, on s’en doute, un obstacle à la communication. Cependant il est facilement accepté car si d’un côté il sécurise le « récepteur », de l’autre il satisfait « l’émetteur » qui se sent reconnu et valorisé.

 

CONCLUSION

La communication est loin d’être un processus simple. Elle est toujours imparfaite, biaisée, floue. Nous pensons communiquer avec précision et fiabilité alors qu’en fait nous vivons dans une approximation perpétuelle, avec un niveau d’erreurs, dans nos transmissions, assez élevé. Notre communication qui se veut au niveau du cognitif comporte une très grande part de subjectivité, d’affectivité, de raccourcis et de biais. C’est ce qui fait de nous des hommes et non des robots, ce que l’intelligence artificielle n’est pas prête à remplacer ! Mais évidemment cette communication des non-dits, des émotions, n’est pas « critiquable » car, en effet, la critique est toujours du ressort du raisonné et du cognitif. On ne peut ni exprimer, ni expliquer le ressenti émotionnel, on ne peut que l’apprécier globalement, le renifler, le sentir, en fournir une impression. C’est vraiment la part de l’humain que la machine aura du mal à remplacer. L’homme fait des erreurs, la machine ne sait pas en faire ! L’homme est imprécis, incertain, fluctuant, la machine est trop précise, affirmatrice, rigide. Pourtant nous apprécions tous que nos échanges soient empreints d’un côté humain, affectif.

 

PS : C’est en ce sens qu’il y a 2600 ans Bouddha considérait notre système de représentations mentales comme imparfait et nous éloignant de la vérité. Il recommandait de s’en méfier et si possible de les éviter. Dommage, je ne pourrais pas revendiquer la paternité de l’idée !

Le temps, ça n’existe plus !

Le temps est certainement la notion philosophique la plus importante dans nos représentations de la vie. Le temps selon Newton est certainement la vision du temps la plus répandue, celle qui est la plus utilisée dans nos civilisations.

LE TEMPS SELON NEWTON

Pour Newton, le temps est une grandeur indépendante de toutes les autres (espace, matière, force). Le temps s’écoule indépendamment de savoir si l’espace auquel il s’applique est vide de matière ou de force. L’espace, d’ailleurs, existe en dehors du temps. Temps et espace sont les contenants dans lesquels existent matière et force, considérés comme du contenu. Retenons, pour nous, que le temps est représenté par une grandeur qui décrit l’écoulement du temps. Quoiqu’il puisse se passer le temps s’écoule de façon inexorable. Cette conception du temps et celle que nous utilisons tous pour décrire la vie. Elle implique un présent, un passé (le temps écoulé) et un avenir (le temps à venir). En ce sens le temps nous offre une représentation de la vie sous forme d’une histoire, d’un récit.

LE TEMPS SELON EINSTEIN

Cette représentation du temps a été remise en cause par Albert Einstein dans sa théorie de la relativité restreinte. A la notion d’espace et de temps (containers de l’univers) il substitue la notion « d’espace–temps » nouvelle grandeur qui mérite explication. Dans ce concept, le temps et l’espace disparaissent et son remplacés par une notion de champs d’interaction générale entre les particules (macros particule dans la relativité, corps célestes) qui composent l’univers. Le temps et l’espace sont remplacés par la notion de position de la particule, ou d’un observateur sur cette particule, dans cet espace-temps. Chaque particule n’est plus décrite par sa position dans l’espace et dans le temps (comme en gravité Newtonienne) mais par les interactions quelle subit ou qu’elle exerce vis à vis de l’ensemble des corps célestes, par sa position dans le champ gravitationnel que constitue l’espace-temps. Cette théorie s’applique aux corps célestes, et ne peut se concevoir à l’échelle humaine ou microscopique. Néanmoins on conçoit quelle remet fondamentalement en cause la notion classique du temps.

LE TEMPS CHRONOLOGIQUE

Envisageons la conception Newtonienne du temps impliquant un passé, un présent, et un avenir.

Si nous cherchons à nous remémorer un événement passé, un souvenir d’enfance par exemple, quoique nous puissions faire nous devons nous résoudre à nous en souvenir dans le temps présent. Le passé ne peut se conceptualiser que dans le présent.

Si nous cherchons à évoquer un événement futur, un projet que l’on peut avoir, là encore cette évocation ne pourra se faire que dans le temps présent. Le futur ne peut s’évoquer que dans le présent. L’être humain n’existe que dans son présent.

Mais le présent, quel est-il ? Sitôt venu il est déjà dans le passé. Le temps de l’envisager le voilà déjà disparu et englobé dans le passé.

La vision Newtonienne du temps nous amène à envisager le passé et le futur dans un présent qui n’existe pas ! Notre notion du temps, qui nous est pourtant si familière, ne tiens pas la route. On ne peut distinguer le passé, le futur, et le présent comme trois états différents du temps.

Un autre argument qui milite contre ce que nous pouvons appeler « notre vision du temps » est la mesure du temps. On ne sait pas mesurer le temps ! ce que l’on mesure ce sont des durées, des laps de temps. Lorsque l’on dit : « nous sommes le 15 mars 2017 » on ne fixe pas le temps mais une durée écoulée entre une origine (la naissance supposée de Jésus Christ) et le moment où l’on parle. Chaque mesure du temps s’avère toujours être une mesure de durée

De ce constat, de se besoins d’une origine pour fixer le temps découle une autre approche de la notion de temps sous forme de chronologie. Les événements ne se fixent plus sur un temps qui s’écoule mais sous forme d’une chronologie : « avant/après ». Les événements sont positionnés les uns par rapport aux autres par leur ordre d’apparition. Que le temps s’écoule ou pas l’ordonnancement des événements dans le temps reste fixe, la chronologie est respectée. Chaque événement est le passé pour son successeur, chaque événement est le futur pour son prédécesseur. Le présent est constitué par la position que l’on veut bien adopter dans cette chronologie. Il reste fixé que le temps s’écoule ou non.

LE TEMPS EN PSYCHOLOGIE RELATIVISTE

Une autre façon de classifier les événements, sans utiliser la notion de temps, et la hiérarchisation de ceux-ci sous forme de relation de dépendance du type « cause/effet ». On considère alors (et on tombe de ce fait dans une représentation déterministe) que chaque événement est la conséquence d’autres événements. Par exemple : « j’ai reçu 10 euros, j’ai envie de bonbons », ces deux événement vont causer un nouvel événement, « je vais acheter des bonbons ». Deux événements vont être la cause d’un troisième. Inversement ce dernier sera l’effet des deux autres.

Les relations cause/effet entre l’ensemble des événements vont constituer un gigantesque réseau relationnel permettant de classifier ceux-ci en respectant chronologie et dépendance logique. Il s’agit d’une forme de matrice assez analogue à l’espace-temps proposé par Einstein dans sa théorie de la relativité restreinte. Le présent, le temps propre d’un observateur est constitué par la position qui rend compte, dans ce réseau, de ses interactions avec les événements (de son positionnement par rapport aux événements). Comme en relativité restreinte chaque observateur a son temps propre puisque chaque observateur a son propre réseau de relation (partie du réseau général) avec les événements qu’il a connus. Evidemment la notion de temps propre ainsi définie est très éloignée de la notion de temps définie par Newton (Elle n’est plus « temporelle » mais « relationnelle).

CONCLUSON

La notion de temps, telle que nous la vivons, que nous la pratiquons, a largement perdue de sa crédibilité. Elle mériterait d’être largement remise en cause, pourtant elle demeure solide tant l’ensemble de nos pensées, de nos constructions mentales sont organisées autour d’elle. L’abandonner supposerait une remise en cause totale de nos pensées, un travail analogue, en un certain sens, à une psychothérapie. Cette totale réécriture de nos psychés n’est pas pour demain !

Le hasard n’existe pas !

La notion de hasard est absolument fondamentale en philosophie. En effet, en l’absence de hasard tout dans notre monde est sujet à déterminisme et le libre arbitre de l’homme ne trouve plus sa place. Pourtant l’affirmation de son libre arbitre est pour l’homme une véritable « quête du Graal » qu’il tente de domestiquer à son profit.

L’archétype des jeux de hasard se trouve dans les jeux de dés, et le classique « pile ou face ».

Dans ce dernier jeu on admet, généralement, qu’une pièce lancée en l’air à autant de chances de retomber en montrant son côté pile que son côté face. De sorte qu’en lançant la pièce 1000 fois on devrait obtenir 500 piles et 500 faces. C’est sensiblement ce que l’on observe par expérience et on en déduit que le jeu de « pile ou face » suit les lois du hasard.

Prenons pour exemple un lancement unique de la pièce. On pense que les probabilités pour que la pièce en retombant montre le côté pile ou montre le côté face sont égales. Il n’en est rien. La pièce est lancée avec une certaine force, dans une certaine direction, elle va parcourir un certain trajet, retomber d’une certaine façon, rebondir et s’immobiliser. Aucun de ces éléments n’est le fait du hasard, mais plutôt de la succession de diverses séries causales liées entre elles par des liens de dépendance. Si on pouvait évaluer chacun de ces paramètres (forces, directions, élasticité du rebond, surface du sol, irrégularités de la pièce car le côté pile n’est pas symétrique de côté face, etc. etc.) avec une infinie précision et proposer un modèle parfait de chacune des opérations, on pourrait prévoir avec certitude (ou du moins avec une certitude liée à la précision du modèle) de quel côté va retomber la pièce. Le résultat est totalement « déterminé » par les paramètres du lancement. Bien sûr, dans l’état actuel de nos connaissances, et vraisemblablement pour encore longtemps, ce n’est même pas envisageable. C’est cette incapacité à prévoir un événement, qui est pourtant du domaine du prévisible, que nous appelons « hasard ».

Comment se fait-il donc que le lancement de 1000 fois une pièce suive pourtant les lois du hasard ?

En fait, on a tendance à considérer un lancement d’une pièce comme un phénomène unique et reproductible et à envisager la dispersion des résultats comme due « au hasard ». Ceci est totalement faux, car chaque lancement est un phénomène particulier avec sa propre logique, ses propriétés, son déterminisme propre. La dispersion des résultats est due à la diversité, à la dispersion des lancements et non au hasard induit dans le lancement.

Le hasard change de camps. Pourquoi la dispersion des lancements, non voulue par l’opérateur, induit-elle une probabilité d’environ 50/50 pour le résultat pour chaque face ? peut-on invoquer le hasard dans la dispersion des lancements ou encore un déterminisme qui, dans sa complexité, nous échappe ? des lancements fait de façon similaire génèrent-ils une dispersion statistique de type « Gaussienne » qui pourrait expliquer les résultats ?

 

La notion de hasard est, comme la notion de religion, une création de l’homme pour pallier à ses insuffisances, à son incapacité à tout interpréter, à tout comprendre. Elle introduit une notion « transcendantale » pratique pour évacuer les ambigüités du monde qui nous entoure ! et nous voilà revenus à la question originelle : « Dieu existe-t-il ? ». Personnellement j’ai déjà répondu non ! à cette question. Alors pour moi, pas de Dieu, pas de hasard, et pas de libre arbitre ! et vive la liberté dans le déterminisme.

Notre vie a-telle un sens !

Une des expressions qui m’a toujours interpellée est : « donner un sens à sa vie ». On dit, par exemple, d’un homme qui engage un combat incertain : « cela donne un sens à sa vie ! » et, bien sûr, vient immédiatement à l’esprit l’idée que si l’on peut donner un sens à sa vie c’est sans doute parce qu’elle n’en a pas, ou du moins que ce sens est loin d’être évident.

Nous sommes des êtres venus sur terre, sinon par hasard, du moins avec un déterminisme pour le moins obscur et inaccessible. Notre vie a-t-elle un sens caché, une finalité qui nous échappe, une destinée inavouée ? Si on se réfère aux autres êtres vivants, plantes ou animaux, on peut penser que leur vie n’a pas vraiment de sens. Ils apparaissent, grandissent, se reproduisent, se gâtent et meurent sans que ne se révèle aucune finalité, aucun but, aucune raison ni aucun sens. Il s’agit de simples mécanismes biologiques, de naissance, reproduction, disparition. Une sorte d’automatisme pour une espèce qui se perpétue et dont la seule raison est de se reproduire pour continuer à exister. S’agit-il d’un objectif ou d’une simple nécessité : « Tout ce qui ne se reproduit pas ne peut exister, ne peut être ! ». L’objectif de la reproduction n’est donc pas un but mais un simple état de fait lié à l’existance, une propriété inhérente à une espèce existante.

Les animaux, dénués de conscience cognitive (ou pour le moins avec une conscience cognitive très peu développé) ne sont pas capable, à l’encontre des humains, d’écrire leur vie dans un récit chronologique. Cette absence de capacité à développer les représentations mentales des événements de la vie et leurs liens logiques ne leur permet pas d’appréhender ou d’imaginer un sens à leur vie. Le « sens de la vie » est donc une notion purement humaine liée à la conscience cognitive. Donner un « sens à sa vie » implique une capacité à vivre sa vie selon un récit chronologiquement établit.

Donner un sens à sa vie est donc inscrire son récit (sa biographie) dans une finalité, soit dans un objectif, soit dans une comparaison (un positionnement) au vécu de ses semblables.

Faire le bien peut être un objectif qui donne un sens à un vie, sans bien sûr, que la notion morale de bien ou de mal soit universelle. Mère Theresa a construit son vécu en se dévouant au bien des enfants abandonnés de l’Inde, Hitler s’est engagé dans un épuration ethnique en pensant agir pour le bien de l’humanité. Par-delà les morales ces objectifs sont de ceux qui donnent un sens à une vie.

D’autres approches, moins dramatiques, peuvent donner un sens à des vie : La religion, le dévouement à sa famille, la recherche scientifique ou philosophique, la cuisine, le sport, la littérature, le combat politique, l’argent, etc. etc. Chacun d’entre nous se trouve une raison d’exister, plus ou moins acceptable, plus ou moins valable. Personne ne peut vivre sans se donner une raison de vivre ! La perte de « sens de la vie » s’appelle tout simplement « La dépression »

Quand les schémas construits pour donner ce sens à notre vie s’écroulent, quand la vie perd de son sens, les valeurs s’étiolent, l’individu perd ses raisons d’exister. L’état dépressif est exactement ce vécu ou choses et événements ont perdus leurs valeurs, plus rien n’est ni bien ni mal, gratifiant ou pénalisant, plus aucun acte n’est justifié et tout devient inutile et sans intérêt.

« Donner un sens à sa vie » c’est justifier de ses comportements et de ses pensées à travers un système de valeurs établit au cours de son histoire, à travers le vécu de sa conscience cognitive.

Le point important à signaler est que ce système de valeur n‘a aucun sens « à priori ». Il est le fruit de nos expériences et de notre histoire, et n’a aucune portée universelle. Nos valeurs sont personnelles et totalement fortuites. Elles ne peuvent prévaloir sur celles des autres, elles ne peuvent s’imposer au reste de nos semblables.

Nous vivons donc dans ce paradoxe apparent de vivre sur des valeurs qui nous sont une absolue nécessité pour vivre et qui dans le même temps ne reposent que sur un hasard ou un déterminisme obscur. Une sorte de futilité qui s’impose comme un impératif vital.

L’homme : Libre arbitre ou déterminisme ?

C’est un problème récurrent depuis la nuit des temps que de savoir si l’homme est soumis à un déterminisme rigide ou au contraire s’il possède son total libre arbitre. Toutes les religions, toutes les philosophies ont, peu ou prou, abordés le problème sans y apporter une solution valable et définitive. Bien sûr, les hommes ont toujours penché dans la sens de leur libre arbitre pour se définir indépendants, libre de choisir leur vie, et se donner ainsi un sentiment de puissance légitime. Dans les religions qu’il a créées (désolé d’affirmer ici mon profond athéisme), l’homme se pare d’un manteau de libre arbitre plutôt trompeur. Leur dieu Leur dit : « Vous êtes libre de votre choix, mais si vous ne choisissez pas la voie que je vous impose, il vous arrivera les pires avanies pour l’éternité ». Voilà une façon plutôt directive et « Stalinienne » de concevoir le libre arbitre.

Dans le cadre de la « psychologie relativiste », dans laquelle la psychologie et la philosophie sont étroitement mêlés (on ne peut dissocier le comment l’homme agit du qu’est-ce que l’homme) on va aborder le problème sous un angle nouveau.

Le déterminisme peut lui-même être envisagé de deux façons ;

  • La détermination par le but, par l’objectif. L’individu serait « programmé » pour aller dans un sens déterminé et ne pourrait échapper à sa destinée quoi qu’il fasse. Il devrait développer un certain fatalisme et s’en remettre à son destin sans capacité à y échapper. Son libre arbitre est quasi nul.
  • Le déterminisme par causalité. Les agissements de l’homme sont déterminés par son éducation, sa culture, ses expériences acquises, son vécu historique. En quelque sorte, il n’aurait pas vraiment de futur mais ne serait que le fruit de son passé. Ses comportements, vis à vis d’un événement, ne seraient qu’une conséquence, plus ou moins logique, de ce qu’il est. Dans cette vision le libre arbitre est nul.

Bien entendu, d’autres peuvent penser que l’homme est toujours et totalement libre de ses choix et que seule sa volonté, ses désirs, vont tracer son futur. Il n’est responsable devant personne, sauf devant lui-même. Dans ce cas, son « libre arbitre » est total et son indépendance absolue. Bien sûr cette approche esquive la notion de : » comment se forment les désirs, comment nait et s’oriente sa volonté ».

Dans la psychologie relativiste et la philosophie adjacente (sans qu’on puisse distinguer ce qui est psychologie de ce qui est philosophie) on peut jeter un regard neuf sur ces principes.

Rappelons les mécanismes de la création de la conscience cognitive dans la psychologie relativiste :

Celle-ci se forme, se forge, par comparaison logique entre le ressenti, le vécu d’un événement et l’acquis, le vécu historique inscrit dans la conscience. Une analyse critique du ressenti de l’événement vis à vis de son histoire personnelle va déterminer le positionnement de l’individu vis à vis de l’événement. Cette position va définir comment et pourquoi ce vécu de l’événement va s’intégrer et enrichir la conscience cognitive (et définir comment l’individu va réagir et choisir ses comportements dans le cadre de l’événement). On définit donc un déterminisme de causalité. L’individu, sa volonté, ses désirs sont le fruit de son histoire, de son vécu intégré à sa conscience. Il n’a donc aucune liberté vis à vis de son futur et il n’est que le fruit de son histoire. On n’est pas loin du slogan Punk : « NO FUTUR !». La « psychologie relativiste » serait-elle un branche dérivé d’un mouvement PUNK-DISTROY ?

Dieu m’en garde ! Pour un individu, l’important n’est pas ce qui est, mais ce qu’il en ressent. Ce qui importe n’est jamais ce qui se passe (un sorte de réalité inaccessible) mais comment on vit les événements. Le vécu prime toujours sur la réalité ! En fait, ce mécanisme surdéterminé qui gouverne les agissements de l’homme est extrêmement complexe. Il met en jeu des milliers et des milliers (voire plus) de liaisons logiques de la conscience cognitive acquise, en relation avec les milliers et les milliers de liaisons logiques proposées par le vécu de l’événement. Cette infini complexité qui gouverne la naissance du positionnement est absolument inaccessible à la conscience d’un individu. Tout se passe si vite, tout est si riche de détails que l’individu n’en appréhende pas la genèse, le déroulement. Tout au plus garde-t-il une certaine conscience du résultat final, de son choix (son positionnement). N’ayant pas conscience des mécanismes surdéterminés qui ont conduit à ce choix, il peut penser, en toute objectivité, avoir fait un choix libre et se définir comme un individu doté d’un « libre arbitre ».

C’est le côté merveilleux que nous offre la psychologie relativiste, nous sentir libre par-delà notre asservissement à notre déterminisme !

J’espère que le développement des neurosciences et la connaissance de plus en plus pointu du cerveau ne viendra pas mettre en lumière cette merveilleuse supercherie et nous ramener à notre condition d’esclave de nous-même !

N.B. Cette notion de libre arbitre est à rapprocher de la notion de hasard. Celui-ci se produit quand un événement totalement imprévisible survient. Une des meilleures définitions du hasard a été donnée par Augustin Cournot (1843)

Le hasard provient de la rencontre de deux séries causales indépendantes

Cette définition tout à fait sympathique pêche cependant sur un point, la définition de « la rencontre ». En effet s’il y a « rencontre » on peut envisager qu’il y à causalité. En ce sens, cette « rencontre » de deux séries causales ne générerait pas un « hasard » mais au contraire la fusion de deux séries en une troisième série causale.

Dans les générateurs de « nombres aléatoires » la production de ceux-ci sont le fruit d’algorithmes complexes, mais tout algorithme engendre immanquablement un déterminisme. Les séries de nombres ainsi obtenues ne produisent que des nombres « pseudo-aléatoires », non pas qu’ils soient imprévisibles (nombres aléatoire) mais parce que l’on ne sait pas les prévoir (nombre pseudo-aléatoires), qu’on ne peut appréhender leur déterminisme.

On retrouve ici la notion de « pseudo-libre arbitre » évoqué pus haut.

Dans les deux cas évoqués, le caractère « déterminé » ou non est lié à la capacité d’élaborer un modèle de l’événement un modèle suffisemment précis pour rendre ses conséquences prévisibles. Il n’y aurait donc aucun hasard, mais uniquement des phénomènes que l’on ne sait pas modéliser.

 

Connexions neuronales, algèbre de Boole, et liens logiques dans la conscience

Nous avons explicité la conscience comme un ensemble de représentations mentales reliées entre elles par des liens logiques formant des relations causales.

Les représentations mentales restent un mystère. On les connaît, on peut les visualiser dans sa mémoire, mais on ne peut (pour le moment) en donner une représentation liée à notre connaissance du cerveau.

En ce qui concerne les liens logiques on peut aller un peu plus loin. Nous avons pour avancer dans cette modélisation deux outils à notre disposition :

  • L’Algèbre de Boole nous permet une modélisation d’une opération logique sous forme de circuits électriques présentant une série d’interrupteurs. Ceux-ci symbolisent en étant ouverts ou fermés les notions de vrai/faux, connecté/non connecté, ou 1/0. On transforme ainsi toute opération logique en une série de représentation par des valeurs binaires.
  • La notion de cellule neuronale et leur connexion ou non connexion via des synapses. Les informations transitent dans notre cerveau via les cellules neuronales qui connectent (ou non) leurs synapses à ceux d’autres cellules neuronales pour leur transmettre (ou on) ces informations. L’information transmise est modifiée selon l’architecture des connections des synapses en fonction de l’opération logique représentée dans l’architecture en question

Considérons que l’information est contenue dans une cellule neuronale et que les synapses joue le rôle de connexion (pour assurer le transport des informations). Cette connexion peut être activé ou non (connectée ou non) et se comporter comme un interrupteur. Nous allons voir, dans des exemples très simples, comment l’architecture de ces connexions peut représenter une transformation logique de l’information.

 

Sur le schéma ci-dessus, si le bouton A est enfoncé (interrupteur fermée) le message est invariant, il circule sans être modifié.

On peut écrire S = E

Si le bouton A est ouvert le message ne passe pas

 

Ce schéma est un peu plus complexe. Deux messages E1 et E2 sont fournis au système. Si  les boutons A et B sont fermés les messages circulent et s’additionnent.

On peut écrire  S = E1 + E2 ce qui symbolise l’opérateur logique ET (en Anglais AND)

Bien sûr si l’un des boutons A ou B est ouvert le message ne passe pas. Il faut que A ET B soient fermés.

Dans ce schéma on a toujours une double possibilité en entrée. Si le bouton A est fermé, c’est le message E1 qui va passer et au contraire si c’est le bouton B qui est fermé, c’est le message E2 qui sera transmis. On aura donc deux possibilités :

S = E1 ou S = E2

Il faut que soit le bouton A, soit le bouton B  soit fermé pour que le message circule. Il faut que :  A OU B soit fermé

 

Nous avons abordé dans ce qui précède des cas extrêmement simple. L’algèbre de Boole peut engendrer des cas beaucoup plus complexes en combinant à l’infini les opérateurs booléen (ET, OU, NON, XOP, NAND, IMP, INH, NXNOR …). On arrive ainsi à couvrir toutes les actions logiques envisageables.

Evidement le cerveau humain est des plus complexe. Il permet d’envisager des milliards et des milliards de possibilités de connexion. Néanmoins on peut envisager que l’architecture des connexions neuronales (via les synapses) puisse représenter (je dis bien représenter et non être car il s’agit bien ici d’un modèle et non d’une vérité) la structure des relations logiques qui permettent l’échange et la circulation des informations dans la conscience (les liens logiques qui unissent les représentations mentales).

Nous n’avons pas encore les outils nécessaires pour observer la structure des connexions synaptiques. Cependant les progrès de la technique et des neurosciences laissent espérer que cela pourrait être bientôt possible et  vérifier ou invalider cette hypothèse.

 

L’intelligence artificielle en « psychologie relativiste »

C’est l’un des grands espoirs des « technico-progressistes. On espère ainsi pouvoir suppléer à l’intelligence humaine pour accomplir des tâches dont l’homme souhaite s’affranchir. Dans les rêves les plus fous on espère la réalisation de véritables androïdes qui seraient à la disposition de chacun pour le servir et obéir à ses moindres ordres. On inventerai alors une sorte d’esclave moderne qu’on pourrait asservir à son gré et sans culpabilisation (puisqu’il s’agit d’un androïde et non un humain).

La « psychologie relativiste » va nous permettre de décrire les contours de ce fol espoir et dégager le possible du mirage.

Chez l’être humain, les attitudes (c’est à dire le positionnement vis à vis des événements, des autres humains, des situations) qui vont déterminer nos comportements sont essentiellement du ressort de la conscience cognitive. Celle-ci est la formalisation du monde des émotions dans un réseau de représentations mentales liées entre-elles par un ensemble de liens logiques construit au cours de nos expériences. Nos comportements sont donc, au plus profond de nous et malgré leur rationalité, sous-tendus par nos émotions.

Pour le robot les comportements sont également le fait d’une forme de « conscience cognitive », réseau logique de liens entre des concepts jouant le rôle des représentations mentales. Par contre cette conscience n’est plus sous-tendue par une conscience émotionnelle chaotique mais par un « programme » crée par un développeur. Le comportement du robot sera déterminé par le vouloir du programmeur ou de son donneur d’ordre. Il sera conforme aux objectifs que les créateurs ont souhaités, sans qu’il soit possible de s’en éloigner. Même si le comportement présente un caractère un peu aléatoire, il s’agit d’un hasard déterminé (une « randomisation ») dont les contours sont fixés dans le programme.

Pour l’être humain la situation est différente. La construction de la conscience cognitive se fait sur le lit de la conscience émotionnelle, sans structure, sans organisation, une forme de chaos. On ne peut savoir si la formalisation et la structuration de la conscience cognitive et prédéterminée par les expériences (il existerai un déterminisme qui réduirai à néant le libre arbitre de l’homme)  ou si au contraire elle se construit un peu au hasard et appuyée sur le libre arbitre, …mais ce qui est certain c’est que les mécanismes par lesquels se construit ce niveau de conscience sont si complexes, si insaisissables, si difficiles à appréhender qu’il apparaissent voué à un libre arbitre sinon à un hasard !

Chez un robot on arrivera certainement sous peu à simuler une conscience cognitive fictive (Rom et Ram d’un ordinateur, alliés à une entité programmatique) qui imitera assez bien celle de l’humain. En ce qui concerne la conscience émotionnelle, qui pourrai compléter la représentation de l’humain, la réalisation de son modèle n’est pas pour demain. Les robots ne sont pas près de ressentir des émotions.

A ceux qui s’inquiètent de voir un jour les robots prendre le pas sur l’homme, qu’ils se rassurent, ce n’est pas demain que les machines se doterons d’une conscience émotionnelle qui pourra suggérer leurs attitudes. Les robots resterons sous contrôle des programmes crées par l’homme et sur lesquels celui-ci gardera la main … et puis on peut toujours retirer les piles !

Praticien et théoricien, la synergie

J’ai eu l’occasion de travailler avec une psychologue praticienne à propos du problème de l’anorexie et nous nous sommes trouvés confrontés au rapport entre théoricien et praticien. Nous avons donc cherché à définir comment pouvaient s’articuler ces deux visions, et comment loin d’être concurrentes elles pouvaient être complémentaires.

Suite à un certain nombre d’entretiens avec des patientes plutôt jeunes, la praticienne avait mis en évidence l’importance du milieu familial,  l’influence du refus de se lancer dans l’âge adulte, du manque de confiance en soi, du refus de la relation aux autres pouvaient être les caractéristiques communes au comportement de ces patientes. Ces observations pouvant être un matériel important pour la théorisation de cette pathologie. Elles mettaient en évidence le fait que l’anorexie n’était pas seulement un TCA (trouble du comportement alimentaire), mais que cette restriction alimentaire n’était que le symptôme d’une psychopathologie plus profonde. Le rôle joué par le milieu familial (père, mère) le manque de confiance en soi (dû à un positionnement approximatif vis à vis de son environnement), le refus de communiquer avec les autres, constituaient les axes majeurs pour décrire la psychopathologie sous-jacente à l’anorexie.

 

De mon côté, dans le cadre de ma théorie « situationniste » (rien à voir avec l’Internationale Situationniste, mouvement révolutionnaire d’influence Marxiste) j’ai montré comment une théorie pouvait mettre en évidence des mécanismes et pouvait en déduire les comportements intimement reliés avant même de les avoir obsrevés.

 

La praticienne par une observation et une analyse de type statistique pouvait déterminer les caractéristiques communes aux diverses patientes pour dégager un profil type de la maladie.

 

Selon mon modèle (que je vais un peu développer ici puisqu’il n’est pas très connu de façon générale) l’enfant née avec une conscience cognitive, sinon vierge, du moins très peu riche et vit sur le mode fusionnel à partir de sa conscience émotionnelle. Tout au long de sa vie, de par ses relations au monde qui l’entoure, il va organiser ses ressentis émotionnels pour développer sa conscience cognitive et construire ses positionnements et son identité et vivre des relations sur le mode empathique. C’est un long trajet qui conduit de la petite enfance à la vieillesse (je sais de quoi je parle, j’en ai fait l’expérience !)

Donc, très jeune, l’enfant développe une relation fusionnelle avec les gens qui l’entourent et notamment sa mère (dans la famille classique). Le rôle du père etant de créer la relation à l’enfant qui va empêcher la relation à la mère d’être prépondérante et exclusive (notons que le maitre ou la maitresse, les copains, les professeurs, les éducateurs jouent également se rôle)

Grandir (maturer) c’est à chaque étape se dégager d’une relation fusionnelle pour entrer dans une relation fusionnelle moins exclusive, accompagnée du développement d’une nouvelle  relation empathique liée à l’enrichissement de la conscience cognitive.

 

Il existe une accélération de ce processus à l’adolescence dû à des causes organiques (l’apparition de la sexualité) et des causes sociétales (changement des organisations scolaires, éloignement de la maison du lycée par rapport à la « petite école » donc trajet plus long et indépendance accrue, passage d’examens comme le brevet ou la bac ou l’ado ne peut plus attendre d’aide de ses parents, face à sa copie il est seul devant sa responsabilité, …) C’est vraiment une période charnière ou l’on ressent (même si c’est un peu une illusion) le basculement dans le monde des adultes.

Le passage d’une relation fusionnelle à une relation empathique est libératoire (il correspond à une affirmation de soi, à un renforcement de l’identité) mais en même temps anxiogène car c’est une projection dans un univers nouveau, donc inconnu. Normalement le désir d’indépendance l’emporte sur l’anxiété et le passage se fait sans gros bobos (Mais c’est toujours un passage difficile)

Si le désir d’indépendance est atténué (par une enfance trop protégée) ou si la relation fusionnelle est trop forte (mère possessive car angoissée, père absent ou qui n’a pas su imposer sa relation à l’enfant) le passage à l’âge adulte est refusé et l’ado se réfugie dans sa relation fusionnelle sur un mode régressif. Tout ce qui va signifier le passage au monde des « grands » sera nié. Cela peut conduire à l’anorexie et à l’isolement.

  • Anorexie par refus d’alimenter un corps pour lui garder son profil d’enfant, donc peur de prendre des formes
  • Refus de la sexualité (aménorrhée)
  • Refus de la relation aux autres, car la relation enrichit la conscience cognitive, définit le positionnement et affirme l’identité, et accroit la maturité.

Ce refus de prendre son identité d’adulte va conduire à un positionnement ambiguë, à un identité floue et fluctuante. On aura une sorte d’adulte resté enfant et qui ne sait jamais comment se situer. Le positionnement incertain et la base même de la non confiance en soi, et dans les cas étudiés toutes les peurs de ne pas être à la hauteur dans le rôle et la responsabilité d’être mère … un peu comme si on demandait à une fillette de 10 ans d’assumer un rôle de mère.

 

On retrouve dans l’anorexie, directement, ce que la praticienne a mis en évidence : Relation fusionnelle à la mère, refus de devenir adulte, manque de confiance en soi, et le refus de communiquer.

 

Ou se trouve donc la synergie entre les deux approches et leur indispensable complémentarité.

 

Le théoricien a besoin du praticien pour deux raisons majeures.

  • Pour bâtir sa théorie le théoricien a besoin de s’appuyer sur des faits observés. Son objectif est que la théorie qu’il se propose de développer rende compte de ces premières informations. Elles seront donc le « carburant » du théoricien.
  • Quand nôtre théoricien utilisera sa théorie pour en extrapoler des résultats, de nouvelles informations, il aura obligatoirement besoin du praticien pour les vérifier expérimentalement et ainsi les valider ou les infirmer.

Le praticien aura également besoin du théoricien

  • La théorie jouera un rôle important dans l’organisation des entretiens. Il est toujours plus facile de chercher quand on sait ce que l’on recherche, plutôt que de taper « au hasard » en espérant que la pêche sera bonne.
  • La théorie permettra au praticien de « cadrer » sa pensée, d’avoir une vision organisée de ses résultats, de reclasser ses observations dans les cases d’un modèle pré-formaté. Ce sera une aide précieuse dans la présentation  et la compréhension de ses résultats.
  • Et certainement les plus important, si plusieurs praticiens travaillent sur le même modèle, leurs résultats seront échangeables, cumulatifs, et les progrès de chacun seront les progrès de tous.

N’opposons pas ces deux approches, l’une et l’autre sont indispensables, l’une sans l’autre est inefficaces. D’autres part, les qualités requise pour chacun des métiers sont très différente. Un théoricien, un peu technocrate, n’aura sans doutes pas l’écoute et l’empathie nécessaire pour conduire un entretien. Le praticien, tout à son écoute, tout à son patient, n’aura pas le recul nécessaire pour faire la synthèse, dénuée d’affect, que requière la construction d’un modèle théorique.

 

La vérité, certitude aux cent visages

Les querelles, les conflits, les guerres sont de façon générale le fait de personnes qui pensent détenir la vérité et qui, de plus, sont persuadées que la vérité est unique.

J’ai eu mainte fois l’occasion de montrer comment ce que nous appelons « la vérité » était construit, pour chacun de nous, à partir des représentations mentales élaborées au cours de nos expériences vécues. Cette « vérité », fruit de nos expériences personnelles est unique, chacun de nous la forgeant à partir de son vécu spécifique. Cette « vérité » définie notre vision du monde (est, soit dites en passant, en même temps notre identité). Dans une population homogène et pétrie d’une culture commune, les visions du monde sont très similaires. Bien que fondamentalement différentes ces « vérités » sont suffisamment proche pour donner l’illusion d’une « vérité » unique. Cette apparence d’unicité nous induit à considérer la « vérité » comme unique alors qu’il n’en est rien. Si on plonge dans les détails on s’aperçoit vite que les diverses visions du monde présentent bien des différences.

D’ailleurs, entre ceux qui croient en un Dieu et ceux qui n’y croient pas, il ne peut pas y avoir de « vérité » commune.

Cette croyance en une « vérité » unique et dans le même temps la variabilité des « vérités » construites par chacun d’entre nous est réellement mortifère. Cela conduit chacun d’entre nous à avoir sa « vérité » personnelle (donc chacun sa vision du monde) et à croire que la « vérité » est unique (donc à penser sa « vérité » comme absolue et non négociable). Voilà posées les bases du sectarisme. Puisque j’ai raison, les autres ont forcément tort !

Il y a une « vérité » qui apparemment échappe à cette critique, c’est la « vérité scientifique » dont chacune des assertions est vérifiée, argumentée, validée. Elle peut paraître unique et inattaquable. Il n’en est rien !

Voyons comment se construit une « vérité scientifique ». C’est une proposition qui se place dans le cadre d’un modèle de représentation d’un phénomène, c’est à dire d’une théorie scientifique. Pour expliquer un phénomène, naturel ou non, les scientifiques en bâtissent un modèle, très souvent dans un univers mathématique. Ce modèle, ou théorie se construit à partir d’une hypothèse (posée en postulat). Cette hypothèse est parfaitement arbitraire et n’est choisie qu’en fonction de l’espérance de résultats qu’elle promet. Sur elle, on construit un modèle, aussi complet que possible, de représentation du phénomène étudié. Toutes nouvelles assertions seront étudiées, vérifiées, validées dans le cadre du modèle utilisé. Il en résulte que toutes vérifications, validations se ferons à l’intérieur d’un système modèle basé sur un référence (hypothèse) arbitraire. Cette « vérité » basée sur un arbitraire n’est pas absolue, mais relative à l’arbitraire sur lequel elle a été bâtie.

 

Chaque individu perçoit les événement au travers du filtre de la conscience cognitive qu’il s’est forgé tout au long de son vécu. A chacun son filtre, à chacun sa « vérité ». C’est la similitude des consciences (en raison de la similitude des expériences) qui nous permets, dans une certaine mesure, d’avoir une vision commune, une « vérité » commune.

Personne ne détient « la  vérité » , chacun détient « sa vérité », personne ne peut l’imposer aux autres !

Réalité et illusion

C’est un problème fondamental en philosophie que de distinguer dans notre vécu ce qui relève de la réalité et ce qui relève de l’illusion.

Traditionnellement dans nos cultures on fait le distinguo entre la réalité et l’illusion.

La réalité concerne des faits avérés, objectivement constatés, alors que l’illusion traduit des faits subjectivement observés qui seraient le fruit de notre imagination, sans réalité objective.

Il y a 2600 ans, Bouddha avait avancé l’idée que tout fait observé était dû à des représentations mentales et sans réalité objective. Pour lui, la vie tel que nous la percevons n’était qu’une vision, une illusion sans fondement objectif. Cette illusion, le karma, générée par nos sens dans la communication avec les autres, était forcément imparfaite et trompeuse. Vivre à travers elle nous éloignait de nous-même et nous empêchait d’atteindre la plénitude de notre être. Pour lui, la vraie vie était au de-là de ce monde d’illusion, au de-là des représentations mentales, dans une sorte de « néant » mental et relationnel.

Cette approche, un peu nihiliste, si elle peut, peut-être, permettre à un individu d’atteindre une certaine plénitude de son être conduirait une société conçue autour de la notion de relation aux autres, à sa destruction, à sa perte

Aujourd’hui, la psychologie cognitive s’appuie sur cette conception de la conscience comme formée de représentations mentales issues de notre expérience et s’efforce de prédire les comportements humains en fonction de la structure même de cette conscience. Contrairement à l’idée de Bouddha de nier ce mode de représentations la psychologie va s’appuyer sur elles pour comprendre les comportements humains et si nécessaire les corriger.

Personnellement je considère la conscience comme un réseau de représentations mentales liées entre-elles par de liens logiques, construit au hasard de nos expériences vécues, et allant des représentations les moins formulées (conscience émotionnelle) au plus formulées (conscience cognitive)

Dans ce schéma, le vécu, fait d’illusions crées par notre conscience constitue la seule réalité accessible à l’individu. La conscience de chaque individu étant unique, puisque lié à ses propres expériences, le vécu de chacun est différent.  La réalité objective, qui serait commune à tous si elle existe, ne nous est pas accessible, et seul une image du vécu sous forme de réalité subjective nous est offerte.

 

En fait, Il est très difficile de définir la vérité de la vie. Dans tout système fermé la définition d’un élément du système ne peut se faire dans l’absolu. Un élément, dans un système fermé, ne peut pas se définir par rapport à lui-même, il ne peut se définir qu’à partir d’une référence extérieure. Si on parle de la vie et qu’on veut définir sa réalité, c’est impossible. Un homme peut se définir par rapport à ses congénères humains, Il se défini comme étant plus grand, plus petit, moins courageux, …Il ne prend son identité que par rapport aux autres (qui sont en dehors de son propre système fermé). Sa relation aux autres et sa prise d’identité se fait au travers de la communication, du positionnement. On peut, par exemple, définir les hommes par rapport aux animaux, aux végétaux, aux minéraux, qui sont en dehors du système fermé des humains (donc des référents externes).

Pour définir la vie, l’existence, il faudrait se référer à un élément extérieur à la vie … et là, on manque d’éléments de référence. Si on ne peut définir l’existence, on peut, par contre, essayer d’en donner une représentation en « inventant » un référent externe. C’est en général un Dieu, ou une transcendance qui sert de repère. Bien sûr, la représentation que l’on produira sera fonction de l’élément référent que l’on a envisagé. Selon ce référent transcendantal, la représentation de la vie pourra être différente. La possibilité de créer autant de représentations de la vie que d’éléments transcendants choisis montre bien que l’on n’accède non à une réalité, qui devrait être unique, mais à une représentation de la vie construite à partir d’un élément transcendant fabriqué. Une identité se défini par rapport à un référent externe, une représentation à partir d’un référent interne, imaginé, proposé, comme s’il était un référent externe. (Le concept de Dieu imaginé comme étant un référent externe, transcendant à l’univers des hommes et en fait le produit de constructions logiques forcement puisées dans notre univers humain)

 

Le sentiment qu’une réalité objective et unique existe est un sentiment dangereux. Il est la base générale des conflits entre les hommes. En effet, si un individu possède la vérité, les autres sont forcément dans l’erreur. Malheureusement, ceux qui sont supposés être dans l’erreur pensent eux aussi détenir la vérité, … et le conflit est inévitable. C’est bien le drame des religions, et des idéologies. Elles présentent des vérités non négociables ! Alors, adoptons une position plus « soft » et admettons que la vérité n’est pas unique et qu’elle prend un visage différent pour chacun d’entre nous.

 

Il est d’autres types d’illusion, non pas provoqué par une vision mentale construite à partir de notre conscience cognitive ou émotionnelle, mais inscrites dans notre vécu humain et résultant d’analyse erronée des chemins logiques de raisonnement.

C’est, par exemple, une illusion construite par un tiers extérieur dans le cadre de la « magie » ou prestidigitation. Elle consiste à nous présenter une séquence logique d’événements qui prise dans son ensemble nous conduit à un résultat attendu et sans surprise, mais qui, si on nous cache un lien logique dans la séquence nous amène à un résultat inattendu et contraire à toute logique. Par exemple un « magicien » prend une pièce dans la main gauche, la place dans sa main droite, ferme celle-ci, souffle dessus, ouvre sa main et la pièce s’est volatilisée. Le résultat est inattendu et illogique. En fait on nous a caché un chainon logique dans la séquence, celui ou le magicien après avoir posé la pièce dans la main droite l’a, en fait, conservé dans sa main gauche. Que la pièce ne figure plus dans la main droite devient alors un résultat logique et attendu. Le fait de nous avoir dissimulé un élément de la séquence logique nous conduit à une fausse analyse de la situation qui nous amène à un résultat incohérent et contraire à notre logique Une séquence réelle logique devient aberrante si on en élimine, occulte, certains événements. C’est le principe même de la « magie » de nous conduire à une vision illogique d’une séquence en nous dissimulant certains éléments de la séquence.

Autre type d’illusions, c’est lorsque l’on espère qu’un événement providentiel se produise. C’est le vécu sur un mode fantasmé d’une réalité. Dans un contexte donné on se plait (se complait) à imaginer une fin heureuse à une situation dont l’issue véritable ne serait pas forcément celle que l’on souhaiterait. C’est un phénomène de déni d’objectivité dans lequel on préfère vivre dans une réalité fantasmée que d’affronter les problèmes de la vie