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Éric Zemmour : La stratégie du polémistes

NODFERATU LE VAMPIRE

Tout homme politique a sa stratégie pour s’imposer devant l’opinion publique. Généralement elle consiste à mettre en avant sa personnalité, pour imposer son charisme et ainsi crédibiliser son programme et ses promesses. C’est la méthode choisie par les grands tribuns (De Gaulle, Mitterrand, Sarkozy, Macron, Mélenchon). Il ‘agit d’entrainer les foules dans un élan d’espoir ou de patriotisme qui les met en état de « gober » toutes les promesses, même les moins réalisables.

Ces n’est pas dans les cordes de notre alias de « Nosferatu » qui doit donc adopter une stratégie différente.

Ce n’est pas pour rien que Zemmour est identifié comme un polémiste. J’ai essayé de montrer dans un article précédent comment dans un débat il arrivait à entrainer son interlocuteur sur son terrain de prédilection, là où il se sent à l’aise et prêt à jongler avec les contre-vérités qui désarçonne son adversaire.

Dans le débat public sa stratégie est identique.

  1. Il commence par lancer une contre-vérité évidente, une horreur que ses adversaire, même s’ils le pensent parfois, n’oserons jamais avancer. Ceci crée le « buzz ». C’est l’objectif d’Éric Zemmour.
  2. Les médias avides de scandales, moteurs de la croissance des ventes, la reprennent à loisir, et selon les tendances du média, pour la contrer voire la démolir
  3. Les hommes politiques dans ce délire médiatique sont bien obligés de prendre position. Chacun le fait dans l’intérêt de son parti politique et de son candidat, d’où des opinions très différentes et généralement très tranchées.
  4. La polémique est lancée, les opposition se contredisent, se déchirent.
  5. Le but est atteint, le débat publique est porté sur le terrain choisi par Éric Zemmour qui s’y trouve plus à l’aise que ses adversaires.

Cette stratégie est assez visible et pourtant tous s’y laissent prendre car chacun pense y avoir intérêt. Les médias pour faire de l’audience, les hommes politiques pour se démarquer de leur adversaires. Mais, ce faisant, ils font le jeu du polémiste Éric Zemmour qui ne fait que monter dans les sondages.

Bien sûr, cette tactique est valable dans les débuts d’une campagne électorale, mais elle ne le sera plus quand ce sera les électeurs qui fixeront les sujets qu’ils souhaitent voir débattre .Les politiques seront bien obligés de s(y soumettre. Il est possible qu’alors les scores de Zemmour ne soient plus aussi élevés.

Les Français, les rois de la polémique

Périodiquement, le pays est traversé par des polémiques qui enflamment l’opinion, et se terminent généralement en « eau de boudin, par une sorte de non-lieu. Je voudrais tenter de montrer :

  • Pourquoi ces polémiques sont stériles
  • Comment et pourquoi les Français peuvent s’en saisir et se passionner pour elles.

LES POLEMIQUES STERILES

Voyons les plus récentes d’entre-elles :

Le statut de la « première dame ».

La polémique porte sur le fait de donner ou non un statut à la « première dame ». Celle-ci entreprend des actions publiques qui sont plus ou moins largement relayées par les médias. Chaque Français peut en prendre connaissance et porter sur les faits un jugement critique (bien, mal, de son ressort, ne devrait pas s’en mêler, …) Ce jugement est porté, bien sûr, par rapport à ce que chaque citoyen pense être le rôle, la fonction, les attributions de la « première dame ». C’est donc par rapport à un statut « implicite » de, ou de la conjointe du président que chaque Français porte son jugement. La « première dame » a donc, non seulement un statut, mais elle a même une infinité de statuts implicites. Le problème de lui donner, ou non, un statut ne se pose donc pas, qu’on le veuille ou non elle en a un. On peut alors débattre de la normalisation et de l’officialisation d’un statut, de la définition des fonctions de la « première dame », de ses devoirs et de ses droits. Ceci pourra bien sûr, en France, être source de nouvelles polémiques.

Le voile islamique et le burkini

Encore un sujet passionnant qui mérite que l’on se déchire. Le voile, sujet de la polémique, est tout sauf Islamique. On peut citer des porteuses de voile célèbres comme mère Theresa, toutes les représentations de la vierge Marie dans les nombreuses églises, on peut rappeler qu’il n’y a pas si longtemps en Europe la plupart des paysannes portaient souvent ce type d’accessoire, que si le voile peut s’associer avec l’Islam c’est simplement parce que cette religion s’est implantée dans des régions ou le port du voile était traditionnel. Avoir assimilé cet attribut vestimentaire à un signe religieux est une pure escroquerie intellectuelle (de la part des opposant comme de la part des musulman) qui sous-tends des relents d’islamophobie ou d’islamophilie non avoués.

Quant au débat sur le port du burkini, on a pourchassé les naturistes, difficilement admis le bikini, fait la grimace aux « seins nus », si on reproche maintenant à des femmes d’être trop couvertes, … comment s’habiller pour aller à la plage … doit on définir un « dressing code » !

Le mariage gay

Encore une fausse polémique entretenue par des lobbies bien ou mal pensant. Le PACS avait, à son époque, fait polémique, mais comme toujours l’histoire donne tort aux réactionnaire et le PACS entre homosexuels est passé dans les mœurs. Passer d’un PACS à une union renforcée n’aurait jamais dû faire plus qu’un simple débat technique. Hélas, le choix du terme « Mariage » pour ce PACS étendu a réveillé dans les inconscients des vieux fantômes que l’on croyait enterré (pardon pour cet enterrement de fantômes qui pourrait faire polémique). Les « vieux cathos réac» (je n’inclus pas tous les catholiques dans cette catégorie), qui n’étaient en rien concernés par cet acte civique républicain se sont lancés dans une polémique stérile et perdue d’avance (je l’ai déjà dit l’histoire donne toujours tort aux réactionnaires). Que dirait ses gens si la république se permettait de régenter le sacrement de la communion, ou l’ordination des prêtres, … !

La déchéance de nationalité

Un super exemple de polémique sans objets. Elle devait s’appliquer aux actes de terroriste, après que le délinquant (pour ceux qui ne se sont pas suicidé ou été abattus au cours de leur attentat) ait purgé sa peine, donc dans 15 à 20 ans, elle ne pouvait s’appliquer qu’aux binationaux (donc ni aux Français, ni aux étrangers), soit quelques individus sur lesquels on devrait statuer dans 20 ans, et devait punir des gens qui par principe honnissent la nationalité Française et seraient bien récompensés en s’en voyant privé.

 

QU’EST CE QUI POUSSE LES FRANCAIS DANS CE RIDICULE ?

C’est le type même de ces polémiques que d’être ridicule. Quand une polémique y échappe, elle devient débats, elle mobilise les experts qui s’accaparent la parole et éjectent de ce fait le « petit peuple » du débat.  Celui-ci ne peut s’y mêler car il ne possède ni le bagage technique, ni le bagout qui lui permettrait de lutter avec les spécialistes. Pour nous insérer dans le débat, nous, « petit peuple », nous n’avons pour seule solution que d’épouser une des thèses des experts et la pousser en avant en feignant qu’elle soit nôtre.

Alors que reste-t-il au « petit peuple », c’est à dire vous et moi, pour exprimer son opinion ? justement les polémiques stériles et ridicules. Elles n’ont pas de solution car, comme nous l’avons vu plus haut, soit-il n’y a pas de réel problème, soit le problème posé et totalement à coté de ce qu’il devrait être. Aucun expert, aucun spécialiste, ne peuvent intervenir. Ils ne peuvent ni fournir des arguments solides, ni réfuter les arguments fallacieux qui leurs sont opposés. Leur logique est en défaut et ils disparaissent rapidement de écrans radar. Nous voilà libre d’exposer nos points de vue, d’avancer nos solutions magiques, sans souci d’être réellement contredit puisque la polémique échappe à toute logique. Généralement, tout en pensant participer à la solution d’un problème, chacun exprime ses fantasmes, exhume ses rancœurs, ses craintes, ses frustrations, ses obsessions, ses désirs cachés, et très (trop) souvent ses engagements politiques. Ces polémiques sont un exutoire pour chacun. Nous leurs donnons l’allure hypocrite d’un débat alors qu’elles ne sont que défoulement collectif.

Un élément important à signaler est le côté un peu immature de la population Française. Ceci lui confère le charme et le romantisme que lui prêtent les étrangers, de façon analogue aux italiens par exemple, un sens des valeurs romanesques, le gout des causes perdues, l’exaltation des sentiments, et bien sur son besoin de polémiquer. Pour avoir beaucoup travaillé avec des étrangers j’ai pu constater qu’après des discussions parfois très rudes, quand un choix est décidé il n’est plus remis en cause. En France, au contraire, toute décision prise est rapidement remise en cause et sujet à nouvelles polémiques.

C’est notre charme à nous Français !