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La manipulation d’opinion

La manipulation est une méthode délibérément mise en œuvre dans le but de contrôler ou influencer la pensée, les choix, les actions d’une personne, via un rapport de pouvoir ou d’influence. Les méthodes utilisées faussent ou orientent la perception de la réalité de l’interlocuteur en usant notamment d’un rapport de séduction, de suggestion, de persuasion, de soumission non volontaire ou consentie.

C’est cette finalité qui caractérise la manipulation et la différencie de l’information, du conseil, ou de la formation

L’humain a besoin, c’est sans doute une faiblesse, de se hiérarchiser

  1. Pour se référencer, se situer par rapport aux autres, donner un sens à sa vie, en quelque sorte exister
  2. Cette façon de se positionner par rapport aux autres, donc de se définir, est associée à un besoin de sécurité qui entraine chacun à tenter de se placer au plus haut dans la hiérarchie qu’il crée.

Dans une société humaine chacun doit s’imposer aux autres, imposer sa vision du monde. Nous sommes tous entrainés dans un combat infernal et inutile de « qui fera pipi le plus loin » (pardon pour cette expression un poil machiste).

Chacun réagit avec sa raison et ses émotions et c’est dans ces deux domaines que va intervenir la manipulation.

Je n’aborderais pas ici le problème général de la construction d’une opinion publique qui fait appel à bien d’autres critères mais à la formation de l’opinion individuelle (qui bien sûr joue son rôle dans l’élaboration d’une opinion publique)

Les domaines ou s’expriment les manipulations d’opinion sont extrêmement nombreux. On peut dire que dans tous les rapports humains on trouve la tentation de manipuler l’autre. La séduction est une forme de manipulation douce. Je ne parlerais ici que dans les domaines les plus généraux, les plus courants.

La publicité

Je commence par elle car c’est le domaine dans lequel elle est clairement assumée. Les publicitaires avouent sans vergogne rechercher dans notre psyché la faille qui leur permettra de nous faire acheter des objets dont nous n’avons probablement aucun besoin objectif, de créer chez nous un besoin pour le satisfaire par l’objet qu’ils nous proposent. On ne peut pas mieux faire comme manipulation.

Au départ, c’était la réclame, le message était cognitif, on nous expliquait les nombreux avantages de l’objet, en en omettant les faiblesses. Mais au bout d’un certain temps il s’est avéré que les messages purement cognitifs pouvaient être soumis à l’esprit critique des prospects. Ceux-ci pouvaient remettre en cause les affirmations du message.

Les publicitaires se sont alors adressés à des messages plus insidieux faisant appel à la conscience émotionnelle de prospect. Il s’agissait, non plus de décrire le produit dans ses aspects les plus positif, mais d’en diffuser une image, une impression positive.

 Assez récemment on est passé à un autre type de messages destiné à créer une notoriété pour le produit. Il s’agit maintenant de « faire rentrer dans le crane » des prospects simplement le nom du produit et la symbolique graphique associée, de créer une familiarité confinant à la confiance entre le prospect et le produit qui sera choisi de préférence à celui de ses concurrents. On diffuse un message accrocheur, souvent sans rapport avec le produit, uniquement destiné à intriguer, capter l’attention. Puis « in fine » on envoie le nom du produit et sa symbolique graphique.

« passez muscade » le tour est joué. On peut clairement parler de machination ou de manipulation.

Un autre point à signaler à propos des messages publicitaires est la diffusion quasi systèmatique de « fake news », même si celles-ci restent « dans les clous » sur le plan légal : « les produits qui suppriment les rides, empêchent la chute des cheveux, font maigrir en dormant, les voitures Volkswagen qui respectent les normes CO2, les produits bio qui ne le sont pas, les médicaments miracles etc. etc. ». On trouve un mensonge dans la plupart des messages publicitaire.  Donald Trump et les groupes complotistes sont des amateurs par rapport aux publicitaires.

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Les messages politiques

Encore des grands spécialistes de la manipulation. Dans ce cas il s’agit d’obtenir un consensus sur son nom de la part des futurs électeurs. Bien sûr tous les coups sont permis, au diable la morale !

  1. La première méthode est « la semi vérité ». Il s’agit tout simplement d’énoncer dans son discours tous les bienfaits potentiels de son action future (en omettant ses points négatifs) et de dénoncer dans les programmes de ses adversaires tous les points indéniablement négatifs (en omettant les points positifs). C’est le classique mensonge par omission. On annonce une vérité facilement ingérée par le prospect et on lui laisse la tâche difficile d’aller rechercher lui-même les contre-vérités.
  2. La seconde approche est d’avancer des pseudo vérité, des chiffres invérifiables sur le moment pour paraître justifier son argumentation. Ces vérités ne résistent souvent pas à une analyse critique ultérieure, mais qu’importe le ver est dans le fruit, le mal est fait.
  3. Troisième approche, le dénigrement de ses adversaires. Il s’agit d’aller rechercher, dans leurs passés des éléments qui semblent contre dire leurs discours actuels. Qu’importe qu’ils aient été vécus dans le passé, dans un contexte totalement différent, on les rapproche du discours actuel comme si ils avaient eu lieu la veille. C’est bien sûr un contre sens historique, de la malhonnêteté intellectuelle.
  4. On détecte facilement ces menteurs dans leur « parler mitraillette ». Il s’agit de parler, parler, parler, sans laisser la capacité à un interlocuteur d’intervenir. On évite ainsi toute contradiction, on peut asséner ses contre vérité, dévier pour répondre à coté de la question posée. Méfions-nous de ceux qui parlent trop vite, sur un mode hystérique !

Pour les politiques les méthodes suivantes relèvent plus de la stratégie publicitaire

  1. Les promesses intenables. Il s’agit de faire rêver. Le prospect attend la lune, soit on lui promet la lune. Nous sommes tous des êtres qui vivent d’espoir et qui préfèrent vivre dans l’utopie que dans la réalité. C’est cette faiblesse que nos politiques utilisent pour nous entrainer derrière eux. Qu’importent les désillusions ultérieures après qu’ils aient été choisis, si nécessaires ils nous berceront d’autres promesses.
  2. La création d’une image. Nous choisissons des hommes politiques que nous ne connaissons absolument pas et nous les élisons simplement sur la base de l’image que nous avons d’eux.  Ils doivent donc nous présenter la meilleure image d’eux, celle qui entrainera l’adhésion du plus grand nombre. Il y a toutes sortes d’images disponibles pour fabriquer un personnage : paternel, maternelle affectueux (se), paternel, maternelle fort(e) et protectrice, érudit spécialiste ou brillant économiste, près du peuple et populiste, enthousiaste et entrainant, … chacun d’eux doit choisir le personnage qui, incarné, lui donnera le plus de chance de séduire les électeurs. Un homme politique ne doit pas être sincère, mais jouer un rôle … cela s ‘appelle de la manipulation
    Récemment, pour mieux nous séduire nos politiques ont pris le parti de participer à des émissions populaires de télévision pour jouer leur personnage devant un vaste public. Ils choisissent alors le personnage « bonhomme » et prés de nous.

Nous avons examiné des types de manipulation de mode offensives ; Elles ont pour but de nous faire agir et de nous entrainer dans le sens choisi par le manipulateur. Il existe également des manipulations de mode défensives, destinées à nous faire réagir devant un danger potentiel.

Les thèses complotistes

On est dans ce cas typiquement sur une manipulation qui veut nous inciter à réagir devant un danger, une injustice, une manipulation. Faire réagir contre un danger n’est pas forcément du domaine de la manipulation, cela le devient lorsqu’il s’agit d’un danger imaginaire ou fabriqué de toutes pièces, et que sous-jacent se cache l’intention de nous entrainer dans une direction choisie par nos manipulateurs.

Les théories complotistes sont légion.

Personne n’a jamais marché sur la lune

Les attentats sont planifiés par d’autres que les islamistes

Le sida est un virus créé en laboratoire

La terre est plate

JFK a été assassiné par la CIA

Lady DI a été assassinée par la famille royale

Michael Jackson et Hitler ne sont pas mort

Le monde est gouverné par des reptiliens (dont Sarkozy, le Reine d’Angleterre, Obama, …)

J’en passe et des meilleurs …

Autant de choses, évidemment choquantes, qui nous heurtent, qui nous poussent à réagir (du moins les plus crédules) et à passer du mode raisonné au mode émotionnel. A partir de ce moment-là nous ne sommes plus en contrôle de nous-même et des événements, mais prêt à sauter sur n’importe qu‘elle solution qui nous est proposée. Un fois revenu en arrière il nous est difficile de nous dédire vu que notre raison a du mal à réfuter notre vécu émotif.

D’autres jouent sur les deux tableaux

Les religions et les idéologies

Il est toujours difficile de différencier les informations, du prosélytisme, de la propagande ou de la manipulation. La frontière entre elles est ténue. Les religions ou les idéologies ont surfés sur l’espoir et la peur. D’un coté on nous annonce l’enfer (spirituel ou socio-économique) et de l’autre on nous promet le paradis (spirituel ou socio-économique). La peur nous éloigne de notre conditions actuelle et l’espoir nous fait rêver à des jours idylliques. De quoi oublier toute raison pour plonger dans l’émotion.

Conclusion

Toutes les méthodes de manipulation s’appuient sur le même principe nous faire sortir de la raison pour nous embarquer dans l’émotion, de faire taire notre objectivité pour faire appel à notre subjectivité. Pensons au prestidigitateur, manipulateur dans tous les sens du terme qui nous fait voir ce qu’il veut nous faire voir en nous montrant ce que nous avons envie de voir !

Plus on est jeune, moins on est cultivé, et moins notre conscience cognitive est formée, et plus notre émotionnel est prêt à prendre le dessus. C’est pourquoi les jeunes et les classes populaire sont les cibles privilégiées des manipulateurs et notamment des populistes.

Ce n’est pas aux vieux singes qu’on apprend à faire des grimaces !

L’art difficile du débat

Définition

Une définition classique du mot débat est :

Un débat est une discussion ou un ensemble de discussions sur un sujet, précis ou de fond, à laquelle prennent part des individus ayant des avis, idées, réflexions, opinions plus ou moins divergentes.

Cette définition qui pourrait paraître assez universelle manque cependant d’un élément essentiel : L’esprit dans lequel se déroule ce débat. Sans cette précision le mot se vide de son sens et peut recouvrir des concepts très éloignés voire antinomiques.

Le débat stérile

C’est une discussion dans laquelle chaque intervenant vient avec ses propres convictions, ou celles de la faction qu’il représente, non pour les partager, mais pour les exposer, en faire étalage. Le débat n’existe pas, il n’y a pas confrontation des idées. On peut parler d’information (ou de désinformation) mais pas de débat.

Le débat contradictoire

C’est une guerre de tranchées dans laquelle chacun des intervenants vient soit pour imposer ses idées, soit pour démolir celles des autres. C’est le classique débat politique auquel nous assistons malheureusement si souvent. L’objectif n’est pas de dessiner les contours d’une vérité consensuelle mais de s’imposer, d’imposer sa vision, au mépris des arguments avancés. Tous les coups sont permis, mensonges, semi vérités, démagogie, populisme, sophismes, syllogisme. La technique en est simple :

  1. parler très vite pour ne laisser à personne le temps de la réflexion et éviter toute contradiction (le parler « mitraillette » des hommes politiques).
  2. Annoncer des vérités non vérifiables sur le moment
  3. Présenter la face favorable de sa vérité, en occultant  les aspects défavorables
  4. Couper la parole aux autres en les entrainant sur les sujets qui ne leur sont pas favorables, c’est à dire les déplacer de leur zone de confort vers la vôtre.

Dans la mesure ou le besoin d’être le « parleur », de couper la parole aux autres est réciproque la discussion tourne vite à la cacophonie

Bref comme dans tout combat il faut, occuper le terrain, se placer en position dominante, saper les défenses adverses, …

Il ne s’agit en aucun cas d’un débat mais d’un combat dialectique dans lequel la vérité du plus beau parleur doit être la vérité émergente. Qu’importe que la discussion soit lamentable, seule compte la victoire.  Syllogismes et sophismes sont de rigueur. Les débats politiques auxquels nous assistons sont l’archétype de ces débats contradictoires stériles, intellectuellement pitoyables.

Il faut particulièrement s’en méfier car ces procédés dialectiques sont destinés non seulement à mettre à terre les autres intervenants, mais aussi et surtout  à « enfumer » les spectateurs que nous sommes, à nous manipuler, nous laver le cerveau. Le vainqueur est celui qui à  réussi à laver le plus de cerveaux possibles.

Et ça marche !

Le débat

Examinons maintenant ce que devrait être une discussion de qualité.

  1. L’objectif du  débat. Avant de proposer une vision méthodologique du débat il est important de lui fixer une finalité. La définition du but doit passer avant celle des moyens. L’erreur est de croire que l’objectif d’une discussion est de faire émerger une vérité, la vérité. Malheureusement elle n’existe pas et chacun est en droit d’avoir la sienne. Le débat doit servir à éclairer chacun des intervenants et des spectateurs sur sa propre vérité afin qu’il puisse se déterminer en pleine connaissance de causes. Nous avons chacun nos « a priori » fondés majoritairement sur notre expérience personnelle, nos compréhensions et nos erreurs d’interprétation , notre vision rétrécie et ego centré de la situation en analyse. Le débat doit avant tout servir à nous éclairer sur notre propre positionnement et le regard des autres peut être d’une grande utilité pour confirmer ou infirmer nos idées.
    Débattre avec les autres c’est avant tout débattre avec soi-même
     Ceci en utilisant la vision des autres pour élargir notre champ de connaissances et de compréhension. Ils ont souvent vus ou vécus des situations que nous n’avons pas connus qui peuvent mettre en lumière des situations que nous n’avions pas envisagées.
    Une autre opinion ce doit être un voyage !
  2. L’esprit du  débat. Comme mentionné plus haut on ne débat pas avec les autres mais avec soi-même et ceux-ci, en l’occurrence, ne sont pas des ennemis mais des partenaires (sparing partner). Si vous faites une recherche sur Google vous allez trouver toutes sortes d’informations contradictoires, plus ou moins étayées, plus ou moins crédibles, plus ou moins en accord avec ce que vous attendiez. Vous allez en retenir certaines, en éliminer d’autres, sans esprit polémique, pour forger votre idée. Dans un débat ce doit être la même chose.
    Il est plus enrichissant d’écouter que de parler, mieux vaut se convaincre que de convaincre les autres !
    La meilleure chose qui puisse vous arriver dans une discussion n’est pas de faire changer d’avis les autres, mais de, vous, changer votre opinion, de préciser certains points, de rectifier certaines de vos erreurs.
    Apprendre des autres vous enrichi, apprendre aux autres ne vous apporte qu’une satisfaction narcissique.
  3. Conclusion du débat.
    On peut dire que : « C’est là que les Athéniens s’atteignirent et que les perses se percèrent ! »
    Tout dépend de l’objet du débat.
    S’il s’agit d’un simple débat d’idées, chacun s’en retourne enrichi de ce qu’a pu lui apporter la discussion. C’est un simple débat d’intellectuels, entre amis, qui a pu aider les intervenants et les spectateurs à mieux comprendre la situation et à éclairer leur position. . Comme disait Socrate : « connais-toi toi-même » … malheureusement il en est mort !
    S’il s’agit de prendre une décision on entre maintenant dans une phase de négociation. Généralement la négociation commence avant que le débat ai eu lieu et l’on débat tout en négociant dans la plus grande confusion intellectuelle. Il est important que le débat neutre intervienne avant la phase de négociation et en soit clairement séparé.
    L’art de la négociation est un autre … débat !