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Les études ayant trait à la psychologie

Ils voient le mal partout

On observe, de façon générale, qu’on  a tendance à noter davantage ce qui nous déplait que ce qui nous plais. Bien sûr ce comportement discriminatoire mérite que l’on s’y intéresse. On est toujours plus attiré, interpellé, parce ce qui nous choque au point de passer sous silence ce qui nous paraît bénéfique, et c’est ce comportement paradoxal que nous allons visiter ici.

On remarque d ‘avantage le train qui arrive en retard que les trains qui arrivent à l’heure

Dans l’information, pour captiver l’attention des lecteurs ou téléspectateurs, les journalistes nous déballent toutes les catastrophes en cours au point qu’un observateur extérieur à notre monde qui regarderait nos informations auraient l’impression que nous vivons dans un monde de fou ou rien ne fonctionne ou tout va mal. C’est heureusement une fausse vision de notre réalité, sans quoi notre vie serait tout simplement un enfer !

Dans un film, dans un livre, rien n’est jamais banal. Les personnages sont toujours en crise, les situations extrêmes, les dénouements spectaculaire. C’est la condition pour intéresser lecteurs et spectateurs.

Dans notre environnement personnel on a tendance, chez les autres, à plutôt voir leurs défauts que leurs qualités. Cette attitude nous projette dans des comportements intolérants, crée des conflits que l’on pourrait éviter et nous prive de relations qui pourraient nous être profitable. C’est une des composantes principale dans les conflits conjugaux.

La psychologie relativiste (qui étudie les individus dans leur relation aux autres) peut nous éclairer sur  cette attitude pénalisante ?

Reprenons le mécanisme, maintes fois décrit, de l’intégration du vécu d’un événement dans notre conscience (donc dans notre histoire, dans la construction de notre identité).

Le message reçu dans notre conscience émotionnel tente de se formaliser dans notre conscience cognitive pour s’inscrire dans notre mémoire. Il est soumis à une analyse critique par les éléments de cette conscience cognitive pour définir l’attitude que nous allons adopter vis à vis de lui et donc son positionnement dans notre vécu. Si cet événement est en phase avec notre vécu historique il se formalisera facilement est créera sans difficulté les liens logiques qui lui assureront un place dans notre conscience. Il s’intégrera « en douceur » et sans heurt dans notre mémoire. Si au contraire cet événement se montre en déphasage ou carrément en opposition avec notre vécu historique, il ne pourra s’intégrer  à notre histoire sans bousculer notre équilibre. Il développera dans notre conscience des liens logiques de rejet et ne s’intégrera à notre vécu qu’en créant un point de conflit interne. Tout conflit interne étant vécu comme un traumatisme, le vécu de cette intégration sera ressenti comme douloureux et perturbant.

Pour résumer, tout ce qui est perçu comme plutôt gratifiant s’intégrera tout naturellement dans notre conscience, sans même que l’on s’en rende compte, alors que ce qui nous bouscule sera vécu, dans son intégration, comme un traumatisme et donc fortement ressenti.

Nous réagissons fortement à ce qui nous perturbe alors que nous percevons à peine ce qui nous conforte dans nos idées.

Réflexions nouvelles sur la méthode en thérapie

On admet, dans la plus-part des formes de thérapie que celle-ci consistent à « détricoter » l’écheveau des constructions de la pensée pour revenir au traumatisme originel. De là, on tenterait de reconstruire la psyché sur des bases saines pour remettre le sujet en phase avec lui-même. Ce mécanisme présuppose une reconstruction du passé dont on effacerait un vécu pour le remplacer par un autre. Si du point de vue thérapeutique l’idée est sympathique, sur le plan philosophique elle est totalement inacceptable (*). Le passé est le passé, le vécu est le vécu et rien ne peut le modifier. Entrer dans un modèle philosophique dans lequel le passé est modifiable (ce qui signifierait à la fois qu’il a une existence réelle et qu’il serait non permanent et modifiable) est un exercice intellectuel auquel je ne peux me résoudre. Envisager un monde dans lequel le passé ne serait pas permanent remettrait trop de concept en jeux. Partons donc du principe, quel que soit la notion du temps que l’on retienne (Newtonienne ou Relativiste) que le passé est irrévocable et définitivement acté.

En psychologie relativiste le vécu, ce qui alimente notre histoire et notre identité, ne peut pas être changé et notre approche thérapeutique doit en tenir compte. On ne peut revivre le passé ou du moins si on s’y essaye on ne fera que le revivre à travers ce que l’on est aujourd’hui et non tel que l’on était au moment des faits remémorés. L’autre élément de la thérapie serait de la revivre à travers le vécu du thérapeute, ce qui ne serait guère mieux.

Il nous faut donc vivre dans nôtre présent et y inscrire notre approche thérapeutique.

L’approche thérapeutique ne sera donc pas une reconstruction d’un passé, mais la construction d’un vécu qui pourra stabiliser le patient. Au fond on s’aperçoit que l’on n’est pas très loin du travail effectué dans le cadre des Thérapies comportementales et cognitive (TCC). Cependant alors qu’elles s’attachent plus particulièrement à corriger les comportements (dans des thérapies brèves), nous nous attacherons plutôt, dans des thérapies plus longues, à l’aspect cognitif. Il s’agira alors de construire dans la conscience cognitive du patient les éléments qui viendrons compenser ses carences, remettre en cause ses apriori, intégrer dans son vécu la notion de son erreur, sans pour autant la nier (puisqu’elle fait partie de lui), analyser les futurs événements à la lumière de cette erreur pour le repositionner sur des bases nouvelles. Je pense que faire accepter, assumer au patient ses erreurs comme telles est un point essentiel pour toute nouvelle analyse d’un vécu et futur développement de la conscience.

La thérapie consistera donc à mettre en lumière les erreurs d’analyse historique et d’inclure cette notion à toute analyse de nouvelles expériences

(*) Noter que j’ai toujours affirmé que développer une psychologie sans l’asseoir sur un socle philosophique ne pouvait conduire qu’à des aberrations. : « Je vais vous expliquer comment ça marche, mais je ne sais pas ce que c’est ! »

Connections neuronales et psychopathologie

J’ai eu l’occasion de montrer que chacun de nous porte en lui des « micro-psychopathologies » qui sont parfois mises en jeux dans nos comportements. Nous avons tous, de temps à autres des réactions empreintes de paranoïa, de narcissisme, ou d’autres travers comportementaux. Ceci ne traduit pas une structure psychopathologique de notre conscience, mais laisse supposer que dans le grand réseau de la conscience cognitive certaines zones, certains liens, présentent localement des structures mal organisées et en relation d’incohérence avec l’ensemble du réseau. Tant que cette structure reste locale et confinée à une petite partie de notre réseau, notre vécu n’est pas perturbé (sauf lorsque cette zone particulière est mise en jeu dans l’analyse critique des messages reçus). C’est en fait le degré d’importance de cette zone perturbée dans le réseau global qui déterminera si on peut parler de micro-psychopathologie ou au contraire de véritable psychopathologie.

Dans l’approche, principalement expérimentale, des neurosciences on met en évidence des relations entre certains comportements, la réponse à certains stimuli, et l’observation de l’activation de certaines régions du cerveau. C’est sans doute, compte tenu des capacités d’observations dont nous disposons la seule façon de travailler. Cependant, dans la psychologie relativiste, on peut penser qu’il ne s’agit pas de l’activation d’une zone globale du cerveau mais d’un ensemble de connections neuronales mises en jeu dans la réponse au stimuli. Si cet ensemble de connections est située dans une zone particulière du cerveau on peut avoir l’impression que la zone entière est activée alors que seules une partie spécifique des connections est mise en jeu. Malheureusement, en raison des moyens d’investigation dont on dispose, la finesse des analyses n’est pas suffisante pour observer individuellement les connections activée ou non. On en reste donc à des conjectures sur le modèle proposé.

Comprendre comment fonctionne la structure en réseau des relations logiques entre représentations mentales est un objectif qu’il faudrait atteindre. En outre savoir si ce réseau logique de relations constitue un chemin logique de transfert de l’information ou si cette structure de réseau logique est, en elle-même, l’information constitue un « must » dans l’interprétation de la notion de représentations mentales. En d’autres termes le réseau logique de connections activées ou non (0/1) représente-t-il l’information en elle-même (comme on peut représenter une image dans un ordinateur) ou au contraire représente-t-il le chemin à travers lequel l’information est véhiculée et modifiée (par des transformations logiques) au cours de sa transmission ? Dans ce deuxième cas il resterai alors à expliciter comment l’information elle-même peut être représenter dans la conscience.

On voit qu’il reste encore à imaginer et comprendre. La connaissance est un puit sans fond, un abysse dans lequel se perdre. Ne plongeons pas dans cet inconnu et vivons dans notre monde explicité. Repoussons en jour après jours les limites. Cela nous évitera d’être obligé d’inventer Dieu !

Introduction à la psychologie relativiste

On peut reprocher trois choses à toutes les écoles de psychologies actuelles :

  • Elles ne s’appuient pas sur un modèle philosophique de l’homme, et de ce fait essayent de percer les mystères du comportement d’une entité non définie et non explicitée (même si toute approche s’appuie forcement sur des définitions implicites et non formulée … ce qui est source de controverses et polémiques)
  • Elles étudient l’homme en tant qu’individu isolé ayant sa propre psychologie, son comportement propre, sa relation à son environnement étant le fruit de sa psychologie, et non l’inverse, c’est à dire que sa psychologie serait le fruit de sa relation à son environnement.
  • Elles s’appuient sur des modèles empiriques (dédiés à la pratique thérapeutique) sans chapeau théorique pour leur donner une structure.

La psychologie relativiste essaye de remédier à ces  manques. Elle s’appuie sur une vision philosophique de ce que pourrait être l’homme (Il s’agit, là, d’une représentation et non d’une prétention à la vérité), et l’étudie dans le cadre de sa relation à son environnement et de son interdépendance aux autres.

C’est pour pallier à ces manques que se développe la « psychologie relativiste ». Dans ce cadre l’homme se construit et n’existe que dans sa relation à son environnement. C’est par les messages qu’il reçoit de son univers que l’homme construit sa conscience et par là son sentiment d’exister. Essayons d’en donner, très schématiquement, une description aussi simple (et donc simpliste) que possible.

Le modèle de l’homme choisi dans la psychologie relativiste est celle de « l’homme communicant ». Il est considéré comme une capacité de ressentir et une nécessité d’exprimer. Les messages reçus par un individu vont bousculer (peu ou beaucoup) son équilibre acquis. Celui-ci va se rééquilibrer en émettant à son tour un message.

La conscience est constituée par des « représentations mentales (hypothèse déjà formulée par Bouddha en 600 AVJC). Celles-ci sont reliées par des liens logiques de causalité (effet/cause cause/effet) qui définissent une chronologie (hors toute notion philosophique du temps) de type avant/après après/avant. Cette conscience est dites « conscience cognitive ».

Ces représentations se forment à partir des messages reçus. Ceux-ci sont perçus dans la conscience dites « émotionnelle » zone d’impression des émotions, sans organisation ni structure, une sorte de chaos émotionnel. Les messages perçus font alors l’objet d’une analyse critique, vis à vis du réseau structuré de la conscience cognitive. Pour s’intégrer à la conscience cognitive les messages devront être capable de développer de nouveau liens logiques avec le réseau existant et l’enrichir de nouvelles causalités. Ces liens pourront être soit positif (acceptation) soit négatif (rejet).

Selon la structure, plus ou moins rigide, de la conscience cognitive les messages auront plus ou moins de facilité à s’inscrire dans la conscience sur un mode positif et l’individu sera plus ou moins capable de s ‘adapter à son environnement. (Tendance hysteroïde ou paranoïde).

La maturation d’un individu sera l’acquisition, au fil de ses expériences, d’une conscience cognitive riche, cohérente, et correctement structurée. Depuis le nourrisson qui vit à travers sa conscience émotionnelle, jusqu’à l’adulte qui fera de plus en plus appel à sa conscience cognitive, on peut tracer l’évolution de tout être humain au cours de sa vie.

Le vécu d’un individu, donc ses comportements, seront le reflet de sa conscience. Pour le nourrisson, ils refléterons sa conscience émotionnelle (puisque sa conscience cognitive est encore embryonnaire) Il agira par reflexes, sans autonomie, sans identité propre. Il réagira à son environnement, en pleine fusion avec lui .

Chez l’adulte riche d’une conscience cognitive structurée les comportements seront plus rationnels. L’analyse critique de ses émotions à travers sa conscience cognitive, la création des nouveaux liens logiques avec le réseau de son vécu historique, vont déterminer son positionnement, son attitude, vis à vis de l’émotion qu’il ressent. L’adulte va, ainsi, définir son identité (ou plutôt prendre son identité) qui le caractérisera comme un être unique, différent des autres, et donc autonome. Sa relation aux autres évoluera du mode fusionnel à un mode empathique. Il passera de la dépendance fusionnelle à la liberté empathique.

L’individu se vivra au travers de ses représentations mentales. Celles-ci acquise au cours de ses expériences propres définirons ses positionnements, attitudes, ses comportements  et donc son identité. Il n’accèdera pas à la vérité des choses mais seulement à la représentation qu’il en aura développée. Pour les autres il ne sera pas « lui » mais seulement la représentation qu’ils auront conçue de lui. Il aura son identité propre, mais pour chacun de ses proches son identité sera fonction des représentations qu’ils se sont faites de lui au hasard des contacts et relations qu’ils auront vécus ensemble.

Dans la psychologie relativiste,  l’homme en relation aux autres, l’étude des positionnements et attitudes (reflets de la relation) sera la colonne vertébrale de toute analyse.

L’étude psychologique passera par :

  • L’étude de la structure de la conscience cognitive (souple ou rigide)
  • L’étude du contenu historique de cette conscience cognitive pour définir les positionnements, les attitudes, et l’identité du sujet
  • L’étude de la cohérence de la conscience cognitive (les psychopathologies étant vu comme l’incohérence dans la construction des liens logiques entre les représentations mentales, induisant une incompatibilité à la fois au sein de la conscience, et entre la conscience émotionnelle et la conscience cognitive, entre le ressenti et le vécu).
  • Les psychopathologies ne seront plus classifiées selon leurs symptômes (anorexie, boulimie, autisme, paranoïa) mais selon leurs causes (structure, contenu, cohérence de la conscience)

 

La psychologie relativiste présente l’avantage d’offrir un modèle suffisamment général pour que toutes les écoles de psychologie actuelles puissent s’y intégrer sans trop d’efforts ni renoncements. C’est bien sûr un modèle théorique au seul usage des praticiens et non des patients. Il doit servir aux praticiens de « guide line » pour construire leurs pratiques thérapeutiques. C’est donc une approche philosophique (une sort d’épistémologie de la psychologie) sans visée thérapeutique. Il s’agit d’une réflexion plus qu’une démonstration.

Tout ce qui sera dit par la suite, dans le cadre de la psychologie relativiste, ne prétend pas constituer une description d’une réalité existante mais plutôt une modélisation, une vision personnelle de ce qu’elle pourrait être. Ne confondons pas l’objet et son image, la réalité et sa représentation. Le modèle proposé n’est pas étayé par des vérifications expérimentales, il est basé sur 80 années d’expérience de la vie et la part de bon sens que chacun voudra m’accorder.

L’approche dans ce qui va suivre et de nature très analytique, technocratique et pourrait dérouter les lecteurs dont la perception se ferait plutôt sur un mode intuitif, sensible, je m’en excuse par avance !

 

La genèse des positionnements chez l’enfant

Dans le cadre de la psychologie « relativiste » nous avons montré comment la notion de positionnement était la colonne vertébrale de la psyché de l’être humain. C’est elle qui introduit la notion de relativité dans notre modèle.

Voyons comme se développe ce positionnement dans l’évolution d’un individu.

Le bébé est, plus ou moins, vierge de tout positionnement. Il ne fait aucune différence entre lui et son environnement, il est en fusion totale avec ce qui l’entoure. Il va commencer à prendre partiellement conscience d’une distance entre lui et ce qui l’entoure. Il saisit ou laisse tomber un objet (l’enfant sur sa chaise de bébé laisse tomber son nounours, on le ramasse, le lui rend. Il le laisse de nouveau tomber, le jeu peut durer un certain temps (on s’en lasse généralement avant lui !).  L’enfant fait l’expérience de la séparation, de la distinction sujet/objet. Il commence dans le même temps l’apprentissage de la notion de distance, pour saisir quelque chose, ouvrir la bouche à l’approche de la cuillère, etc. etc.

Quand il commence à se déplacer à quatre pattes il affine sa notion de la distance. Il prend conscience du volume de son corps, du volume des objets qui l’entourent. Il affine son positionnement dans l’espace. Quand il commence à marcher son besoin d’équilibre l’amène à évaluer clairement la position de son corps par rapport à des repères environnants. Le positionnement dans l’espace est le premier acquis indispensable.

Notons que chez les animaux (supérieurs) cette notion est acquise très tôt (bien avant le bébé) et qu’elle est infiniment plus précise et riche que chez l’être humain.

Cet apprentissage se fait sans appel à la conscience cognitive, il est purement du domaine émotionnel. L’espace n’est pas mesuré, il est estimé, évalué ! C’est bien plus tard que les notions de mesure, d’unité de mesure, seront apprises.

Le deuxième apprentissage fondamental est celui de la notion de temps. Elle ne peut être apprise seule, comme peut l’être la notion d’espace. Elle ne s’apprend qu’au niveau de la conscience cognitive par le biais de la relation à l’autre. L’espace se découvre, le temps s’apprend !  L’enfant apprendra tout d’abord la notion de hier (le passé) puis de demain (le futur). C’est un apprentissage long et difficile fait de multiples réflexions, de multiples échanges avec ses proches. Il demande un certain développement de la conscience cognitive pour pouvoir être intégré. L’enfant ne pourra l’acquérir que vers 3 ou 4 ans. Le modèle deviendra de plus en plus perfectionné avec les notions d’avant-hier, d’après demain, rythmés autour des périodes de sommeil nocturne. Plus tard viendrons les notions d’heures, de durées qui finirons par constituer son positionnement dans le temps. Signalons que l’enfant apprend la notion de « temps Newtonien » puisque c’est celle que ses parents pratiquent.

L’animal, qui ne peut se doter d’une conscience cognitive sérieuse ne pourra pas acquérir la notion de positionnement dans le temps. Il continuera à vivre dans l’immédiat. Même si on lui reconnait une certaine capacité de mémoire, celle-ci ne se développera pas sur un modèle chronologique, mais toujours dans l’immédiat, sans distinction entre ce que nous pourrions appeler présent, passé ou futur. C’est bien sur cette capacité à développer une conscience cognitive qui fait la force de l’homme par rapport à l’animal.

Cet apprentissage nous montre la différence entre les deux notions d’espace et de temps qui dépendent de deux strates différente de notre conscience. L’espace et du domaine animal (conscience émotionnelle) et le temps du domaine humain (conscience cognitive) . Quand un être humain est en panique, débordé par des sentiments qui le submergent, il perd toute notion du temps et vit sur ses acquis « animal »

 

Existe-t-il un parallèle entre anorexie et boulimie

La question peut se poser car de nombreux facteurs sont communs à ces deux pathologies.Elles proviennent toutes deux d’un trouble du passage de l’enfance à l’âge adulte, et de la difficulté de s’affirmer dans une identité autonome et dégagée des fusions infantiles. Cette difficulté provoque un trouble angoissant devant le nouveau statut d’adulte qui s’avance et elle peut s’actualiser sous deux formes :

1) Un vide angoissant qui sera comblé par un excès d’ingestion alimentaire

2) Une anxiété formalisée sur la crainte de perdre le statut d’enfant et le besoin de contrôler son corps (mais pas que …) et de garder sa silhouette infantile

3) Toutes deux se manifestent par des troubles du comportement alimentaire (TCA),  qu’il s’agisse de restrictions ou de suralimentation.

4) La boulimie (ou supposée telle) est un élément constitutifs d’une majorité des anorexies et semble en faire une partie intégrante.

 

Plusieurs points s’opposent à cette apparente identité

  • Les crises de boulimie qui entre coupent les épisodes anorexiques ne sont pas de même nature que la boulimie pathologique. Elles sont dues à une défense devant les restrictions que s’impose le sujet anorexiques, une forme de « lâcher prise » libératoire sur un fond de culpabilité d’avoir perdu le contrôle de soi (d’où le besoin de manger, d’engloutir le plus possible et surtout très très vite). Ce processus n’a rien à voir avec le processus envisagé pour la boulimie pathologique (résorber une angoisse) et on ne devrait pas utiliser le même vocable pour désigner deux éléments liés à des mécanismes différents. Le problème général est que l’on classifie les psycho-pathologies par leurs symptômes plutôt que par leurs causes.
  • Alors que le sujet anorexique présente une dysmorphophobie, et s’évalue toujours comme « trop gros » le sujet boulimique à parfaitement conscience de son surpoids (même s’il peut donner le change par défense) et ne s’alimente pas au prétexte qu’il est trop maigre. Ceci démontre des mécanismes très différent. L’anorexique aura un besoin obsessionnel d’être toujours plus maigre, alors que le boulimique continuera de manger au niveau de son besoin pour calmer son angoisse.

 

Anorexie et boulimie sont de même origine : la crainte de « devenir grand ». Mais cette crainte peut s’actualiser selon plusieurs modes notablement différentes. En thérapie on ne doit pas confondre ce qui est de nature différente afin d’adopter la méthode thérapeutique la mieux adaptée. Gardons en mémoire que la boulimie se développe sur un fond d’angoisse et l’anorexie sur un fond d’anxiété.

 

L’homme et l’animal (suite)

Comme montré dans mon article précédent, la différence fondamentale entre l’homme et l’animal est que ce dernier peine à développer une conscience cognitive solide et vit par sa conscience émotionnelle, sur un mode instinctif. L’homme, au contraire, vit de sa conscience cognitive, sur un mode formalisé et relationnel.

Se pose alors le problème de savoir de quelle particularité serait doué l’homme et que l’animal ne possèderai pas !

Comme déjà dit, une des premières capacités de positionnement chez l’homme comme chez l’animal est le positionnement dans l’espace. Comment se situer, se déplacer, évaluer son corps et son environnement, sa position par rapport aux autres et à l’espace. L’animal est même bien plus performant que le petit d’homme dans ce domaine. Là où la différence se créée c’est pour l’acquisition de la notion de temps. L’homme l’acquière vers l’âge de deux ans, alors qu’il semble que l’animal ne puisse envisager cette option. C’est là que le développement de sa conscience cognitive parait bloqué. En effet, la notion de temps est absolument nécessaire à la création de la conscience cognitive. Que ce temps soit pris sur un modèle « Newtonien » comme un temps qui se déroule et sur lequel se superposent les événements liés entre eux par des relations avant/après, ou sur un modèle « relativiste » dans lequel c’est au contraire la liaison des événements par des relations causales cause/effet, effet/cause qui crée la chronologie, donc le temps, cette notion de positionnement temporel est la base même de la structure d’une conscience cognitive. Hors de notion de temps, pas de conscience cognitive possible.

L’animal ne paraît donc pas capable d’écrire son histoire puisqu’il ne peut relier entre eux les événements de sa vie. Vivant dans l’immédiat, dans un présent permanent, il ne peut pas développer le récit qui permet de se sentir vivre, d’exister (Du moins en fonctions des critères humains que nous avons développés) L’homme au contraire construit son histoire en liant les événements de son vécu par des relations avant/après ou effet/cause. Cette histoire est à la fois le résumé de ses positionnements, de sa prise d’identité, de son sentiment d’exister.

Quand il est très jeune, le petit enfant qui n’a pas encore écrit une histoire solide vit sur un mode instinctuel comme l’animal. Au fur et à mesure de son développement il construit son récit personnel, acquière la notion du temps, ne cesse d’enrichir sa conscience cognitive et de forger son identité naissante. Petit à petit il se détache du vécu instinctuel animal pour entrer dans un vécu relationnel propre à l’humain.

L’acquisition de la notion de temps est donc ce qui différentie l’homme de l’animal et lui confère sa « dites » supériorité. Inutile d’insister sur l’importance de l’acquisition de la notion de temps dans l’éducation que nous donnons à nos enfants.

Une question résolue débouchant inévitablement sur l’ouverture d’une autre question, se pose maintenant du « pourquoi » l’animal ne peut-il accéder à la notion de temps alors que l’homme en est capable ? La psychologie « relativiste » ne sait pas répondre à cette question. Peut-être les neurosciences, la neurobiologie, pourrait nous aider dans ce domaine.

L’étude de la comparaison entre l’homme et l’animal serait riche d’enseignement. La psychologie « relativiste » se fonde sur le positionnement, donc sur des définitions « par rapport » ou « par différence ». Il faut étudier l’autre, son positionnement par rapport à nous pour nous définir, nous identifier.

L’homme et l’animal en « psychologie relativiste »

L’homme se considère, à juste raison, comme l’animal le plus évolué de la planète (du moins selon ses propres critères !). Indéniablement il est au sommet de la chaine alimentaire, il a pouvoir sur tous les autres animaux (c’est le prédateur ultime !), et il a transformé son environnement et celui des autres animaux pour l’adapter à ses désirs.

Son modèle mental, vu sous l’angle de la « psychologie relativiste » est formé de trois composantes :

1) Une composante neuro-végétative qui gouverne ses fonctions vitales : Respiration, Digestion, Circulation sanguine, Reproduction… Il a peu de contrôle sur son fonctionnement, encore que certaines émotions puissent les modifier à son insu (accélération de la respiration, Diarrhées, palpitations …)

2) Sa conscience émotionnelle, chaos non organisé, qui gouverne ses ressentis, enregistre ses émotions, bâti sa communication affective

3) Sa conscience cognitive qui gouverne sa raison, organise sa conscience émotionnelle, bâti sa communication raisonnée et construit son histoire en tant que récit.

On n’envisage pas un autre fonctionnement pour les animaux. En quelque sorte l’homme est un animal parmi d’autres sans qu’il n’ait un modèle mental fondamentalement différent des autres espèces. Et pourtant l’homme n’est pas un animal comme les autres.

C’est dans l’importance relative des différentes composantes et leurs évolutions que l’on va trouver la réponse.

Prenons l’exemple des grands singes et les tentatives pour les éduquer. On sait que certain peuvent mémoriser plus de cent images et les associer à des fonctions de gratification (récompenses essentiellement alimentaires). Ils peuvent également apprendre un certain nombre de mots et les associer à un sens (toujours sous réserve de gratifications). On en a déduit que durant leurs deux premières années l’évolution de leur psyché est assez similaire à celle d’un enfant mis dans des conditions, sinon identique, du moins comparables. C’est après que se fait la différence. Alors que l’enfant continue son développement pour devenir l’individu adulte que l’on connait, le singe stagne et ne peut plus acquérir de connaissances.

C’est au moment où se développe la conscience cognitive chez l’enfant et quelle prend de l’importance dans la psyché que celui-ci fait la différence avec le singe. Ce dernier garde une conscience émotionnelle très forte mais ne peut développer une conscience cognitive significative (Ce qui ne signifie pas qu’il en soit privé).

On voit apparaître la grande différence entre l’homme et l’animal. Le dernier accumule les expériences, peut en garder le souvenir, mais ne sait pas les organiser en un récit, une construction. L’homme acquière les expériences, se développe une histoire, se construit une culture. L’animal vit ses expériences, l’homme les accumule et les interprête. L’animal se vit, l’homme se voit vivre, se sent exister.

On ne peut cependant pas avancer que l’animal n’a pas de conscience cognitive.

Le positionnement dans l’espace est souvent plus précis chez les animaux que chez l’homme, par contre leur positionnement dans le temps est sans doutes absent ou très rudimentaire. Ceci implique un niveau de conscience cognitive qui ne dépasse pas celle d’un enfant de 6 mois à 1 an.

Chez les animaux vivant en meutes, en hardes, ou en troupeaux, on constate une organisation sociale qui implique un certain niveau d’analyse critique, une définition des positionnements sociaux et des hiérarchies, des éléments de « vivre ensemble » qui dépassent la simple implication affective.

L’animal possède le « sens du danger », il est donc capable d’analyser un certain nombre d’indices et d’en déduire les conséquences funestes pour lui. Ceci traduit une capacité de déduction logique, donc un niveau de conscience cognitive. Par exemple une antilope est capable de faire la différence entre un lion au repos ou en chasse, bien qu’elle ne puisse comprendre qu’un lion « au repos » reste un danger potentiel, faute de quoi, elle réagit toujours au dernier moment et bien souvent trop tard. Si elle était capable d’anticiper, de construire un modèle prévisionnel, elle ne serait jamais dévorée et deviendrait un animal qui se rapprocherait de l’homme.

La relation de l’homme à l’animal se fera principalement sur le mode affectif, du « non-dit », sur l’implication fusionnelle. Exit donc les conversations avec nos animaux de compagnie. Elles ne sont que projection et volonté d’interprétation du comportement de l’animal comme une réponse à notre discours. En fait la communication, parce que malgré tout elle existe, se fera sur un mode non formulé. Ce seront les tons, les intonations, les gestes et attitudes qui seront les véhicules du message. L’animal peut nous comprendre (dans un domaine évidemment très restreint) au-delà des mots prononcés, comprendre nos états affectifs, par contre ne nous comprendrons pas sa réponse si nous l’analysons sur un mode anthropomorphique. Communiquer avec un animal c’est être capable d’oublier tout signifiant pour devenir ouvert au signifié (pour éviter le pastiche marketing du signifiant/signifié disons qu’il faut oublier l’analyse intellectuelle et le besoin de comprendre pour être dans l’affectif et le non formulé). La communication avec un animal ne se raconte pas, elle se vit

La grande supériorité de l’homme sur l’animal est la capacité de conceptualiser, et principalement de se représenter les notions d’espace et de temps. C’est dans ce modèle de la vie, dans ce sentiment d’exister de réside la supériorité de l’homme.

Pourquoi le nom de « Psychologie relativiste » ?

Après avoir développé un nouveau modèle théorique pour la psychologie, se pose comme pour tout nouveau-né le problème de lui choisir un nom. Ce dernier doit, autant que possible refléter l’esprit de ce modèle et en être l’icône.

Rappelons tout d’abord qu’il s’agit d’un modèle théorique, mais absolument pas le développement d’une méthode thérapeutique. Par contre, les thérapeutes peuvent trouver dans ce modèle un support théorique à leur travail. Disons que ce modèle s‘adapte particulièrement bien aux thérapies comportementales et cognitive, plutôt bien à la plupart des psychothérapies. Le travail psychanalytique est assez bien supporté par le modèle, mais nécessite une transposition dans les termes pas faciles à accepter pour les psychanalystes.

Le modèle étant basé sur la notion de relations, d’analyse critique des situations, du positionnement du sujet par rapport à son environnement j’avais choisi le nom de « psychologie situationniste ». Après réflexion je trouve à ce vocable une connotation trop « opportuniste » à la fois déplaisantes et conjoncturelle.

J’avais, au début, opté pour le terme « psychologie relativiste » que j’avais dans un premier temps repoussé car rappelant un peu trop la théorie de la relativité d’Einstein qui est en principe d’un tout autre domaine.

Après réflexion plus avancée, j’ai fini quand même par choisir ce nom pour ce modèle. En effet, dans la théorie de la relativité Einstein considère dans sa notion d’espace-temps les divers corps célestes en relation entre eux à travers les déformations de l’espace-temps induites par chacun d’eux. Ceci n’est guère éloigné du modèle de psychologie étudié dans lequel les individus sont considérés, non pas comme isolés, mais dans le cadre de leur réseau d’interactions. Un individu n’existe que par ses relations aux autres, par la communication, ses attitudes, ses positionnements qui lui donnent sa vérité, son identité. Le terme de « psychologie relativiste » m’a finalement apparu comme tout à fait approprié.

Dans ce modèle de psychologie le fait d’exister est intimement lié à la création d’images mentales dans la conscience. C’est cette production de représentation dans le domaine plutôt cognitif (mais pas que …) de la mémoire qui est la seule génératrice de vécu. Hors ses représentations l’individu n’existe que dans un état végétatif, hors conscience de son existence même.

Dans le processus de communication, le sujet soumet les messages qu’il reçoit à une analyse critique en les confrontant à son vécu historique formalisé dans sa conscience pour en trouver la représentation qui s’intégrera le mieux au réseau logique existant. Ce faisant il installe son positionnement par rapport aux messages, il enrichi sa conscience, forge son identité, et devient plus autonome et indépendant des autres. Cette identité, son vécu historique est sa conscience même d’exister, d’être.

Communication, analyse critique, positionnement, formation d’une identité, sont d’absolues nécessité pour exister, ou plutôt pour avoir le sentiment d’exister.

La psychologie « situationniste » ou « relativiste »

Il existe de nombreux modèles par lesquels on peut aborder la psychologie (Psychanalyse et écoles dérivées, psychiatrie médicamenteuse, neurosciences, …) Chacune d’elles à sa valeur dans son périmètre d’actions. Elles sont toutes différentes, et pourtant elles ne peuvent que présenter de grandes similitudes dans la mesure où elles ont pour but de représenter le même phénomène (la psychologie) et le même objectif (soulager les patients de leur psycho-pathologies). Pourquoi donc proposer une nouvelle grille de lecture de la psychologie et des psycho-pathologies dans cet univers déjà largement fournit. Simplement parce que tout nouvel outil mérite d’être évalué, et que, personnellement c’est une théorie qui me va bien, dans laquelle je me sent à l’aise, qu’elle me paraît plutôt en phase avec les visions modernes des neurosciences, novatrice et prometteuse.

Il s’agit d’une démarche purement théorique, proposée pour servir de support au travail des praticiens sans empiéter sur leur travail thérapeutique.

 

L’homme communicant

Avant d’aborder la notion psychologique, précisons le modèle philosophique de l’homme que nous allons utiliser. On ne peut prétendre expliquer le fonctionnement de l’homme si on ne l’a pas défini au préalable. Nous utiliserons le modèle de l’homme communicant, vu comme une nécessité d’expression et une capacité de ressentir. Ceci défini l’homme en relation avec son entourage, et en perpétuel échange avec lui.

Qu’est-ce que la psychologie « situationniste » ?

Comme son nom l’indique elle étudie l’homme dans sa situation par rapport aux autres, en tenant compte de son environnement et ses interactions avec lui.

Elle est fondée sur plusieurs hypothèses :

  • C’est à travers sa « conscience » que l’homme se défini et se « sent » exister.
  • La conscience de l’homme est formée d’un ensemble de représentations mentales, plus ou moins formulées, liées entre-elles par un faisceau de relations logiques.
  • Ces représentations forment un réseau allant des représentations non formulées (constituant la conscience émotionnelle) aux représentations fortement structurées et formulées (représentant la conscience cognitive).
  • La conscience émotionnelle est le réceptacle de nos émotions. C’est un univers totalement chaotique, sans organisation ni structures.
  • La conscience cognitive est la transposition de la conscience émotionnelle en un réseau structuré de représentations liés par des relations logiques, exprimables et transmissibles par les outils de communication dont nous disposons.

Développement de la conscience cognitive

  • A sa naissance (le bébé) l’homme a une conscience cognitive, sinon vierge, du moins très peu développée. Il vit sur un mode émotionnel impliquant une relation fusionnelle avec son entourage.
  • Au fur et à mesure de ses expériences, l’enfant va enrichir sa conscience cognitive et ainsi pouvoir communiquer avec son entourage selon les modes de communication en vigueur dans son milieu.
  • Plus l’individu développe sa conscience émotionnelle, plus il communique avec les autres, et plus ses relations vont passer du mode fusionnel au mode empathique (relationnel). L’enfant intègre d’abord son positionnement spatial (conscience des distances, des volumes,) puis son positionnement temporel (hier, aujourd’hui, après demain, avant-hier, …), puis viennent les positionnement sociaux (hiérarchies), idéologiques, …
  • La vie du bébé au vieillard va constituer en un enrichissement permanent de la conscience cognitive et le développement de relations aux autres de moins en moins fusionnelles et de plus en plus empathiques. Cette prise de distances avec son environnement constitue la formation d’un individu autonome, ayant son identité propre.

Construction de la conscience cognitive

Elle se construit au hasard des expériences vécues.

  • Les émotions sont reçues dans la conscience émotionnelles. Elles s’intègrent facilement à ce niveau, dans la mesure ou aucune structure préétablie ne viens s’opposer à l’intégration de ces messages
  • Le message est analysé par la conscience cognitive pour voir dans quelle mesure il peut trouver sa place dans le réseau logique déjà existant.
  • S’il est possible d’en trouver une représentation en cohérence avec le réseau existant, l’émotion trouvera sa formulation dans la conscience cognitive en créant de nouveaux liens logiques avec les représentations existantes. Notons que plus la conscience cognitive s’enrichie, plus elle devient complexe, et plus les émotions nouvelles auront du mal à s’intégrer dans un réseau logique riche et déjà structuré.
  • Si les nouvelles émotions ne peuvent pas s’intégrer au réseau existant sans remettre en cause gravement l’acquis elles seront rejetées ou stockées dans la mémoire cognitive avec une connotation « négative ou dangereuse ».
  • La distinction entre conscience émotionnelle et conscience cognitive comme deux univers séparés est purement pédagogique. Il n’existe en fait qu’une conscience, et dans le réseau de représentations on passe, par un continuum, des représentations les moins formulées aux plus formulées.
  • Cette conscience peut être rigide ou souple selon la nature des relations logiques développés. Prenons un exemple :

Des relations comme : 2+2=4, puis 4+1=5 représentent un réseau rigide et non négociable. En revanche : 2+2= environ 4, et2+2+1 =environ 5 est un réseau qui admet une certaine imprécision et qui fournit un réseau négociable.

Un individu qui en raison de ses expériences développe un faisceau de relation sans nuances et sans tolérance construira une conscience (surtout dans sa partie la plus cognitive) rigide et sans doutes ni incertitudes. L’intégration de nouvelles expériences sera gênée par une difficulté à trouver leurs places dans cette structure bloquée.  Au contraire si le réseau est construit autour de relations plus lâches et offrant une certaine tolérance la conscience cognitive sera dites souple et ouverte aux idées nouvelles qui trouverons plus facilement leurs places sans bousculer la structure fondamentale et ne mettant en cause que la zone de tolérance du réseau.

La notion de positionnement

C’est la notion essentielle de la psychologie « situationniste ». Lors d’une communication et de l’intégration d’une expérience nouvelle dans la conscience, le message reçu est soumis à une analyse critique vis à vis de la conscience historique afin de pouvoir le formuler de façon cohérente pour l’intégrer ou le rejeter. C’est ce qui définit le positionnement de l’individu vis à vis de cette expérience et de ce message. L’intégration du message à la conscience, et donc l’enrichissement de la conscience contribue à la formation de l’identité de l’individu.

On peut dire que communication, positionnement, et identité sont la trame de vécu humain. On comprend bien comment, pour exister, un homme doit en permanence communiquer, se positionner, et définir son identité pour devenir lui-même.

Donnons quelques exemples pour illustrer ces propos :

Une conscience de type rigide caractérisera un positionnement autoritariste, rigide, le narcissisme ou la paranoïa

Une conscience de type souple définira un positionnement instable, un manque de confiance en soi, et conduira à l’adaptabilité, à la timidité

Une conscience de type fractionnée à travers un positionnement dual, peut amener à la schizophrénie (Si divers blocs d’élément de la conscience, bien que cohérent de façon interne, ne présente pas entre eux suffisamment de cohérence pour créer une conscience homogène).

Si la conscience est émiettée en plein de petits blocs homogènes mais sans réel liens entre eux, sans capacité de synthèse, on aura un terrain favorable aux comportements autistiques. Le positionnement sera inexistant ou trop multiple, d’où l’appel aux comportements répétitif qui peuvent se passer de recherche de positionnement, au sens du détail et à l’incapacité de synthèse.

Si maintenant, suite à un choc affectif important la structure logique de la conscience est remise en cause, que les liens logiques sont bousculés sous l’effet du message à intégrer, le réseau peut s’effondrer, les positionnements systématiquement remis en cause, et les repères disparaître. On peut voir se développer un comportement typiquement dépressif avec effondrement des valeurs et perte du sens de la vie.

La formation progressive de la conscience cognitive marquera la vie de l’individu.

  • Bébé il vit de sa conscience émotionnelle en fusion avec son environnement
  • Progressivement il va développer des fusions élargies avec : Maitre ou maitresse d’école, éducateurs, copains qui vont petit à petit se substituer à la fusion initiale
  • L’adolescence sera (en raison de la consolidation de la conscience cognitive) dans la période du désengagement des fusions subies avec son environnement pour entreprendre des fusions choisies (bande de copains, petit ami, petites amies)
  • L’âge adulte verra le triomphe apparent de la conscience cognitive et des comportements empathiques, bien que le vécu affectif via la conscience émotionnelle continue d’être actif « en sous-main » et se manifeste souvent dans des comportements régressifs.
  • Au fur et à mesure que l’on avance dans l’âge, la conscience cognitive prend le pas, on a moins besoins des autres (sur le plan affectif, ce qui n’a rien à voir avec la dépendance physique). La conscience est rigidifiée et les nouveautés sont plus un « pensum » qu’un progrès, le trajet sur cette terre arrive à son terme.

 

Ceci est un petit aperçu synthétique de ce que peut être la « psychologie situationniste ». Elle mériterait un développement plus large pour montrer comment les événements et les facteurs qui constituent la psychologie peuvent facilement s’intégrer à ce modèle

Comprendre les adolescents

C’est une période complexe et difficile à vivre, non seulement pour l’adolescent, mais également pour ces parents.

Combien de fois a-t-on entendue ces phrases dans la bouche de parents désorientés : « je ne sais pas ce qu’il a dans le crâne, … je ne sais pas par quel bout le prendre, … il ne s’intéresse à rien, … il est fermé comme une huitre »

Difficile de comprendre un ado, d’autant plus qu’il ne se comprend pas lui-même ! Il doit passer d’un vécu surtout empreint de sa conscience émotionnelle pour passer à un vécu organisé par sa conscience cognitive. Cette dernière étant loin d’être riche et structurée, c’est un grand saut dans l’inconnu

L’adolescence est une période de transition dans laquelle l’enfant perd tous ses repères.

  • En même temps que s’enrichi sa conscience cognitive, l’enfant se dégage progressivement des relations fusionnelles avec ses parents, ses maitres d’école, pour commencer à construire son identité. Ce désengagement est une nécessité pour lui pour vivre de nouvelles aventures
  • Il vit une période de mutation de son statut social en passant progressivement du statut d’écolier à celui d’étudiant, le « bac » étant un point charnière de cette évolution (Même si l’examen de « Bac » perd progressivement de son intérêt, il garde encore son rôle de passage initiatique dans le monde des adultes !)
  • Pour couronner le tout voilà qu’apparaissent les premiers effets de la maturation sexuelle qui vient bouleverser son équilibre relationnel.

L’adolescent perd toutes les références qu’il avait construit autour de son milieu familial, de ses copains d’école. Son identité d’enfant explose et le laisse démunis, sans références, égaré dans un nouveau monde qu’il ne maitrise pas. C’est une période de destruction/reconstruction extrêmement angoissante. Avoir le courage, poussé par la nécessité de rompre avec ses anciens repères, de se tourner vers un monde encore inconnu n’est pas chose facile !

L’adolescent doit, tout d’abord, rompre avec le lien familial fusionnel, qui après avoir été le support de sa maturation devient maintenant un réel frein à son éclosion. Impossible de devenir soi-même tout en restant « englué » dans des relations fusionnelles familiales. C’est un moment difficile à vivre pour les parents (souvent plus mal vécu par les mères) qui ont l’impression de voir leur enfant s’éloigner d’eux. C’est une erreur de jugement, l’Ados ne s’éloigne pas mais il définit un autre type de relation (entre adultes consentants !)

Il doit maintenant commencer à trouver sa place dans une société ou la compétition est forte. Il a besoin de se forger une âme de combattant pour résister dans un monde difficile. Alors quoi de mieux comme « sparring Partner » que ses parents pour s’aguerrir au combat. Ce sont des adversaires, peut être redoutable, mais certainement sans danger. Un beau combat sans risque. A nous parent de jouer le jeu et d’en « découdre » avec lui. Il en a besoin, il a besoin de notre adversité et ce serai une position néfaste que de refuser le combat en baissant les bras. Dans cette querelle il va renforcer sa conscience cognitive et donc accélérer sa prise d’identité.

Parents, chamaillez-vous avec votre ado, non pas pour le garder sous votre coupe, mais pour l’aider, l’inciter à grandir. Prenez ces querelles comme un passage initiatique, pour lui comme pour vous d’ailleurs.

Sur le plan sociétal notre ado va maintenant gouter aux joies et aux affres de la liberté. Il passe progressivement d’une discipline scolaire et familial assez stricte à une grande liberté dans son statut d’étudiant. C’est une liberté pas facile à gérer, d’autant plus qu’il doit apprendre non pour satisfaire ses parents ou ses maitres, mais pour lui. Il se retrouve seul face à ses obligations. Ce total repositionnement est un « grand chambardement » dans sa tête. (On observe une grande similitude avec une personne qui part à la retraite et qui doit repositionner tous ses actes dans un nouveau contexte. Et on sait combien c’est une mutation qui pose problème et qui conduit souvent à des dépressions)

Vient enfin, cerise sur le gâteau, l’apparition de la sexualité. Dans nos sociétés rien de ce qui touche au sexe n’est simple. Voilà un nouveau problème qui s’abat sur la tête de nos ados, de nouveaux désirs à gérer. D’un côté il peut trouver une nouvelle relation fusionnelle sécurisante avec une « copine », d’un autre côté il faut qu’il apprenne à « manager » ce nouveau type de relation auquel il n’est nullement préparé. Vivre avec ses parents ce n’est pas toujours facile, mais entamer une relation amoureuse n’est pas non plus simple. Trouver la juste distance entre la relation fusionnelle (un peu régressive) et une relation empathique (mature) à inventer et très difficile à établir. En prime, cette relation est perturbée par les désirs sexuels qui viennent obscurcir les nécessités et brouiller les sentiments (est-ce que j’aime ou est-ce que je désire ?).

Croyez-moi ce n’est pas une sinécure de passer ce cap de l’adolescence. Beaucoup y laissent des plumes (c’est une porte grande ouverte sur l’anorexie et la boulimie par exemples) ? C’est le dernier stade de l’éducation que l’on doit à nos enfants, Après, à eux de voler de leurs propres ailes.

PS : Ce développement est largement orienté vers les enfants des classes moyennes et supérieures, qui font des études, et ont une réelle vie de famille. Pour les enfants des « milieux défavorisés » la problématique est identique mais les comportements apparents peuvent varier en fonction du contexte social et familial. Le désinvestissement dans la famille peut  survenir plus tôt pour se ré investir dans « la bande », Le passage initiatique pourrait être, non pas lycéen/étudiant, mais guetteur/dealer !  Bref, même mécanisme, mais coloré de façon différente par le contexte psycho-social,

Un peu de pitié pour les autocrates

Nous avons tous connus ou côtoyés de ces individus autocrates. Seul leur avis compte, ils veulent diriger toutes les opérations, n’acceptent pas la contradiction. On les dit « imbuvables », égoïstes, orgueilleux. Devant eux on doit s’effacer sous peine de conflit.

 

Eliminons de ce portrait certains comportement apparemment autoritaires, mais plus dictés par l’agressivité, le besoin de revanche, de blesser que par une véritable nature autocratique. Ceux-là ne s’imposent pas pour gouverner mais pour compenser une faille qui les taraudent.

 

Etudions donc la structure mentale de ces tyrans domestiques. Il s’agit de personnages à conscience cognitive trop fortement structurée, trop rigide, et à capacité d’adaptation faible. Ils ont du mal à sortir de leur schéma mental préétablis, à remettre en cause leur acquis historique pour s’adapter à une demande nouvelle de l’autre. (Freud dirai qu’ils ont un « sur-moi » trop rigide, d’autre qu’ils ont un « ego » hypertrophié)

Communiquer à l’autre, c’est échanger des positionnements, se remettre en cause au moins partiellement. De cela, nos autocrates ne sont pas capables. Pour qu’il y ait communication avec eux, il faut que ce soit l’autre qui cède, qui fasse les efforts d’adaptation, se mettent à leur portée.

L’autocrate doit amener l’autre sur son terrain, dans son univers, pour échanger avec lui. Il ne peut pas faire autrement. Ce n’est pas un besoin de coercition qui le pousse à dominer l’autre, mais son mode de relation, son mode de fonctionnement.

On peut donc voir un autocrate comme un tyran dans son comportement, mais également comme une victime dans son fonctionnement. Il a besoin de s’imposer à l’autre, mais il est incapable d’avoir une relation gratifiante d’égal à égal en raison de son impossibilité à accepter une différence qui le déstabiliserai. Il n’est pas privé d’empathie, il peut même être aimant, mais ne peut pas traduire ses sentiments dans une relation. L’exemple type serait celui d’un père très sévère, très exigeant envers ses enfants. Il les aimes et veut le meilleur pour eux. Simplement il ne peut comprend que ce que, lui, considère comme le meilleur n’est pas forcément le meilleur pour eux

 

Jeter un nouveau regard sur ces autocrates peut nous aider, en les comprenant, à établir une relation plus apaisée avec eux.

Comprendre les autres c’est déjà un peu les aimer

La peur et le refus de la différence

Vous n’êtes pas sans avoir constaté que nous sommes infiniment plus sensibles aux différences qu’au similitudes. Pour n’importe quel élément ou événement, nous remarquons en priorité ce qui nous choque, ce qui nous bouscule. Chez nos proche nous avons tendance à remarquer leurs défauts plus que leurs qualités, dans tout événement, dans une discussion par exemple, nous remarquons et montons en épingle ce qui nous sépare en laissant de côté ce qui nous rapproche. Dans nos bilans le passif l’emporte généralement sur l’actif !

Ce type de comportement est bien connu, et le décrire ne constitue pas un « scoop ». L’objet de ce texte est de montrer qu’il s’explique assez bien dans le système déjà proposé de construction de notre conscience, fut-elle cognitive ou émotionnelle.

Notre conscience est faite de représentations mentales de niveau plus ou moins structurés (allant de la conscience émotionnelle à la conscience cognitive) et reliées entre elles par un réseau de relations causales logiques acquises par l’expérience.

Quand un fait nouveau se présente à nous, il nous est nécessaire de l’intégrer à notre conscience (vécu de l’événement). Pour cela nous devons analyser ce fait, et le mettre en relation avec notre expérience (attitude et positionnement) et trouver les liens logiques qui vont le relier au réseau existant dans notre conscience.

Si le fait est déjà connu, les liens logiques le reliant au reste du réseau existent déjà et l’intégration dans notre conscience (mémoire) se fait sans problèmes et sans réaction de notre part.

Au contraire, si le fait est nouveau pour nous, il va falloir rechercher quels liens logiques peuvent l’intégrer de façon cohérent à notre conscience. Très souvent ces nouveaux liens logiques seront, sinon en contradiction, mais au moins en porte-à-faux avec notre structuration établie. L’intégration ne se fera qu’en remettant, partiellement en cause, notre vécu historique et sa cohérence logique. Ceci provoquera, en nous déstabilisant, une réaction de défense. Plus notre conscience est fortement structurée et plus la remise en cause sera brutale. Les enfants réagiront faiblement, et les personnes âgées plus fortement. Les individus à structure de conscience paranoïaque pourront avoir des réactions violentes.

 

Cette difficulté à accepter la différence et l’une des racines (il y en a d’autres) du racisme. Elle implique des individus à structure mentales très rigides, plutôt simplificatrices, facilement déstabilisés par la nouveauté, peu capables de s’adapter aux évolutions, toujours en défense. Cette peur de la différence caractérise des individus à structure mentale « paranoïde » qui ont peur de l’autre dès qu’il se montre un peu différent. Ils sont facilement manipulables pour peu que l’on joue sur les peurs qui les habitent ! On reconnaît là les électeurs des partis extrémistes, qu’ils soient d’extrême droite ou d’extrême gauche