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01 42 59 15 27 patrick@rouillier.com

Tout être vivant a une vie biologique qui le maintien en vie et le pousse à se reproduire. Ce vécu peut être pensé comme une finalité biologique, un projet, mais il n’en est rien. Toute espèce sans « instinct de conservation » et « instinct de reproduction » ne pourrait pas exister car elle disparaitrait avant même de pouvoir être. Ces instincts ne sont donc pas une finalité mais une évidente nécessité (lire « le hasard et la nécessité » de Jacques Monod 1970). Seule les espèces qui en sont dotées peuvent exister. Ces fonctions, comme toutes celles lui au système neuro-végétatif (digestion, respiration, circulation sanguine …) font parties des nécessités biologiques.

Les animaux supérieurs ont en plus des émotions. Je ne parlerais que des animaux  évolués, en tout cas dans la hiérarchisation que nous utilisons, car l’étude des émotions chez la bactérie, le cancrelat, ou le ver solitaire dépasse largement mes capacités d’analyse. Tous les mammifères, les oiseaux, les poissons, sont à des degrés divers capable de ressentir les modification de leur environnement et d’y réagir. Leur conscience émotionnelle est développée et sans doute leur capacité sensible est supérieure à la nôtre. Ce sont généralement des sujets très émotifs. Ils ont, notamment,  un odorat largement évolué et un sens de l’espace qui leur est particulier. En termes de psychologie relativiste on peut dire que leur conscience émotionnelle est très riche.

Si on passe maintenant à l’homme on va trouver un étage supérieur de la conscience dites « conscience cognitive ». L’homme est capable de ressentir des émotions, mais en plus il est capable de les formaliser, d’en produire de représentations mentales, et de les organiser et de les structurer dans des relations de dépendance, de cause à effet, de précèdent et suivant, d’important ou de futile. Bref, de ses émotion l’homme fait un récit qui s’inscrit dans le temps (puisqu’il a la notion d’avant/après). Pour nous, grandir, murir, c’est développer notre conscience cognitive, aller vers de plus en plus de formalisme dans notre pensée, vers un jeu de représentations de plus en plus structurée et codifiées. Vivre, pour l’homme, c’est constamment écrire sa biographie. Nous sommes tous historien, romancier, biographe de notre vie.

André Malraux disais que dans la perspective de la mort le plus difficile était d’admettre que l’on allait cesser d’écrire notre histoire !

Pour reprendre le distinguo entre l’homme et l’animal disons que :

L’animal vit ses émotions dans le temps présent, il réagit aux sollicitations, il se souvient, mais il n’organise pas son vécu, ne représente pas ses émotions. Il a la notion du temps et de l’espace que peut avoir un bébé de 1 à 2 ans. L’animal a des émotions, mais il ne peut développer des sentiments.

Évidemment, les animaux peuvent avoir un embryon de conscience cognitive, mais elle est très peu développée et ils réagissent à l’émotion et pas à la raison. Chez les animaux en contact étroit avec l’homme (comme les animaux de compagnie) cette conscience peut, par l’éducation , le dressage, la confrontation, se développer quelque peu. Cependant elle restera toujours embryonnaire. Dans ses relations avec son maitre l’animal ne répond pas aux sollicitations, il y réagit. Bien sûr, le maitre, dans son anthropomorphisme naturel, analyse cette réaction comme une réponse mais il n’en est rien.

Nous voilà, maintenant, des êtres qui construisent leur identité, leur histoire sans finalité, sans perspective. Des sortes de « No futur », en train d’écrire un récit sans objectif, de dérouler une vie sans savoir où elle va. Vivre comme cela, sans but ni références serai l’angoisse totale. C’est bien lot de notre condition humaine, que notre vie se déroule sur un fond d’angoisse. C’est ce qui va motiver nos comportements.

Il est très important d’accepter ce fait que le vécu de l’homme se construit sur ce fond d’incertitude, sans références à priori, sans direction ni but. Tout comportement humain, toutes pathologies, seront toujours sous-tendus par un sentiment d’angoisse et de doute, et conçus pour résorber le chaos fondamental de notre psyché.

Le développement de l’homme ira toujours vers la recherche de références, le positionnement, et la quête d’un objectif qui peut organiser ces références dans un projet. La vie n’a pas, en soi, de sens et l’homme va chercher, pour atténuer son angoisse, à lui en donner un.

Chacun pourra choisir son but. Pour l’un se sera la réussite sociale, pour d’autres la vie de famille, ou une collection d’objet, un parcours guerrier, une cause à défendre, un chemin spirituel, la recherche des plaisirs, l’aventure, etc. etc. C’est autour de ce projet, pour le servir que chacun va élaborer sa conscience cognitive, ses références, son identité.

Il n’y a pas objectifs meilleur que d’autres, tous sont arbitraires et vains, il faut en être conscient. Détruire une société ou construire un monde idéal sont deux projets aussi valable l’un que l’autre s’il peuvent meubler une vie et forger un destin stabilisé. Évidemment tous n’ont pas la même acceptabilité sociale et certains destins méritent d’être contrariés !

Dans la construction de la conscience cognitive chaque émotion, chaque ressenti est évalué par la conscience acquise pour en définir « l’intégrabilité » au réseau mémoire. Cette analyse sera conduite pour resituer l’événement par rapport à la structure déjà acquise, et par référence à l’objectif choisit. La conscience se développe, alors, dans une direction bien déterminée, dans le sens qu’on a voulu donner à sa vie.

La vie, en tant que telle, n’a aucun sens, ni aucune finalité. C’est nous qui lui donnons un sens afin que toutes nos références, nos positionnements, s’organisent autour de ce fil rouge. Ce sens de la vie sera la colonne vertébrale de notre conscience cognitive, c’est à dire de notre identité.

Se fabriquer une identité est pour nous le moyen d’échapper au chaos, de lutter contre l’angoisse primitive.

Si les références explosent (comme dans le cas d’une dépression) les valeurs qui constituent les paramètres de notre vie se perdent. Sans références (ou du moins sans toutes ses références) l’individu se retrouve confronté à l’angoisse fondamentale qui caractérise tout être humain et la vie perd son sens.

 


"La vie a-t-elle un sens, ou faut-il lui en donner un ?"   


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