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Le viol : agression sexuelle

Je n’ai guère d’autorité pour parler de viol car je n’en ai, heureusement, pas eu l’expérience. Mais comme les personnes qui ont subit un viol ont tendance à n’en pas parler, il faut bien que les autres prennent la plume.

D’autre part le sujet est très complexe et en quelques lignes il n’est pas possible d’en explorer tous les aspects.

Dans l’expression agression sexuelle on retrouve deux volets bien différents qui sont l’agression et la sexualité. Le viol sous toutes ses formes va inclure ces deux éléments à des degrés divers. Nous étudierons ces deux composantes séparément.

Action Agression physique Agression morale Sexualité
Agression 100 0 O
Viol 50   50
Pédophilie   50 50
Abus de pouvoir   50 50

Agression

Le mot désigne d’une manière générale tout comportement d’attaque ou d’opposition, non provoqué qui s’exprime avec violence et brutalité.

Mais précisons que cette définition de l’agression défini l’action de l’agresseur mais ne s’applique pas directement au ressenti de l ’agressé. On devrait alors dire :

Le mot désigne d’une manière générale tout sentiment d’être attaqué ou menacé, de façon non provoquée, qui se ressent avec violence et brutalité.

Coté agresseur, l’agression est une action volontaire apparemment motivée, coté agressé elle est un ressenti entièrement subit. On comprend ainsi la différence de versions lorsque l’on essaye de décortiquer un épisode d’agression.

Disons également que lorsque des bandes rivales organisaient des « bastons » sur rendez-vous on trouvait chez tous les participants un comportement d’agression, mais qu’il n’y avait aucun ressenti d’agression, aucun sentiment d’être agressé.

Reprenons les ressenti coté « bourreau » et coté « victime » d’agression.

  1. Le « bourreau »,  à tort ou à raison, se ressent agressé, provoqué. Ce peut être un regard, une invasion de territoire,  une parole qui remet en cause ses convictions, un comportement vestimentaire  qui le met mal à l’aise dans ses convictions ou sa sexualité, enfin toutes situations qui le mettent en situation d’infériorité réelle ou ressentie. Il auto justifie son geste par cette agression primaire (alors que celui qui va être la victime n’ pas toujours une volonté d’agresser).
  2. La « victime » subit le geste agressif comme une émotion forte qui la bouscule à la fois dans son sentiment de sécurité et peut être dans ses convictions. Elle a un sentiment d’infériorité quand elle ressent le geste comme une tentative de prise de pouvoir sur elle. Selon sa personnalité elle va réagir par une contre agression et c’est alors la classique escalade de la violence, ou se soumettre et subir passivement le geste agressif.
  3. Selon chacun l’agression est ressentie différemment. Pour des individus habitués aux sport dit « viril » comme le rugby, le judo, la boxe, l’agression physique sera assez bien supportée alors que l’agression morale pourra être déstabilisante. Pour d’autres, moins habitués aux conflits physique l’agression physique  pourra avoir des conséquences dramatiques, ravageuses, et laisser des séquelles durables analogues à un syndrome post traumatique. Chez les hommes politiques l’agression morale est courante et est, apparemment, assez bien supportée.
  4. Dans tous les cas l’agression nous met en face de nos limites, remet en cause la confiance en soi et le sentiment de notre positionnement hiérarchique. Alors que chez l’agresseur il génère un sentiment de supériorité, il développe chez l’agressé un sentiment d’infériorité qui sera soit accepté dans un comportement de soumission, soit compensé par un retour d’agressivité pour tenter de « reprendre la main »
  5. Dans l’agression morale perpétrée par une personne abusant de sa position dominante comme dans la pédophilie, l’affaire Weinstein,  les abus sexuels par des prêtres, une composante sociétale (hiérarchie sociale, valeurs morales) se superpose au simple positionnement individuel

Le volet sexuel

Dans le viol deux composantes sont présentes : l’agression étudiée précédemment et la composante sexuelle. Alors que dans l’agression physique étaient mis en jeu  des rapports dominant/dominé de nature personnelle, dans le coté sexuel de l’agression un volet sociétal entre en jeu. C’est l’entorse à la vision sociétale de l’acte sexuel qui sera le coté traumatisant.

Rappelons que la sexualité, la reproduction, est l’élément fondateur d’une espèce. Sans reproduction, pas d’espèce. La sexualité est un plaisir gratuit (ce qui est rare de nos jours), ouvert à tous. c’est un élément de communication et d’échange profond et intense entre les êtres. Elle est l’essence même de ce que nous sommes, car à l’origine nous sommes notre sexualité et fruit de la sexualité, elle est inscrite dans nos gènes.

Pourtant sa vision dans nos sociétés est terriblement ambiguë et complexe. Elle fait partie des grands tabous qui nous rongent

  1. Elle est sublimée dans l’amour, la maternité. La naissance d’un enfant est présentée comme l’un des moments magiques de l’existence. En amont la maternité reste encore valorisée, mais l’acte sexuel d’origine est systématiquement occulté
  2. Elle est vécue négativement lorsqu’elle ne peut être sublimé dans l’amour, le couple, la procréation. On la considère alors comme contre nature (ce qui est ridicule car rien ne peut être plus naturel). Toute pratique ou technique sexuelle hors de l’accouplement normatif  basique est considéré comme du ressort de la pornographie. Ce que des milliards d’individus font des milliards de fois par jour est nié, occulté, mis sous le tapis.
  3. Il en résulte que tout acte sexuel hors normes établies, qu’il soit consenti ou non, est assorti, en lui-même et en dehors de toutes circonstances, d’une image négative, sale, dégradante. Bien sur la prostitution, les pratiques sexuelles dites « déviantes » son repoussées presque au rang de pathologie.
  4. Il en résulte qu’une femme violée sera considéré comme salie, avilie, et elle même se verra en cette position humiliante et abaissée (puisque c’est la norme des valeurs morales de notre société).  C’est bien sur totalement ridicule car un acte n’est jamais dégradant, c’est la pensée qui le sous-tends qui peut être dégradée et dégradante. Un acte n’est qu’un acte, sans finalité ni sens. C’est la pensée qui le commande qui lui donne son sens et sa finalité. Une femme violée n’est ni salie ni abaissée, ce n’est que la victime d’une agression.

Conclusion

Le viol est une agression sexuelle dont la responsabilité incombe (sans entrer dans les nuances) à l’agresseur. C’est un traumatisme pour la victime comme dans le cas de toute agression. Pourtant dans ce cas la victime supporte une double peine :

Celle d’avoir été agressée (et c’est un fort traumatisme) et celle de la vision que la société porte sur elle. Qu’on ne me dise pas que ce n’est pas vrai. Hypocritement nous affirmons que cette femme est avant tout une victime, mais  si les femmes victimes de viol n’osent même pas en parler c’est bien parce qu’elle redoutent le jugement de la société, notre jugement

Dans le viol l’agresseur est évidemment responsable de son acte et du traumatisme qu’il provoque, mais nous sommes collectivement responsable du traumatisme supplémentaire du à notre vision hypocrite de l’acte sexuel.

De plus, en voulant  donner de l’emphase à la victime pour mieux la plaindre et tenter de la soutenir nous grossissons à l’envie l’importance du fait et on enfonce ces pauvres femmes dans leur statut de victime expiatoires. En tentant, trop, de les aider, on les « plombe » carrément.

Pour tout consolateur il faut déborder d’empathie tout en évitant d’accroitre la victimisation. Ce n’est pas facile car ce que ressent la victime c’est avant tout notre vision des faits. Généralement notre culture nous pousse à dramatiser des situations … qui sont déjà assez dramatiques.

PS : Quand on console, par exemple, un enfant la gravité du fait pour l’enfant n’est pas celle du fait lui-même mais celle qu’on lui donne par notre anxiété. Il en est de même pour toute victime en état de choc affectif.

Reproduction, sexualité, pornographie, et prostitution

Rien qu’à l’énoncé du titre on peut que se dire : « Mon dieu, dans quelle galère on s’embarque ». C’est vrai que le sujet est plutôt chaud car il est du domaine du tabou, du non-dit, du caché, du coupable, le vrai package complet de notre culture judéo-chrétienne ! mais pas que, car dans la plupart des cultures évoluées on retrouve ce tabou du sexe.

Dans la mesure ou le sujet est complexe, on va l’aborder pas à pas.

La reproduction

C’est la base fondatrice de la vie et de l’existence d’une espèce vivante. Sans reproduction, pas de perpétuation, sans renouvellement pas d’existence ! Comme toute nécessité biologique la reproduction est une sorte d’innée dans l’espèce, une forme d’instinct. Laissez ensemble un homme et une femme et il trouverons tout seul comment s’accoupler et se reproduire. Si la respiration, l’alimentation sont les garants de la survie d’un individu, la reproduction est le garant de la survie de l’espèce. Accordons à l’acte d’accouplement une valeur fondatrice et universelle dans le domaine de la vie.

La sexualité

La plupart de nos comportements amoureux ne visent pas à la reproduction, mais dans l’immense majorité ils servent à assouvir d’autres nécessités comme la recherche du plaisir sensuel, recherche d’une communication intime, besoin de sécurisation, besoin d’une image sociale valorisante, besoin de se positionner dans sa composante mâle ou femelle, …etc. etc. A ce niveau le comportement amoureux n’est plus du domaine de l’innée mais plutôt d’un acquis, d’un apprentissage. Il est du niveau de la conscience cognitive. La sexualité se découvre, ou mieux s’apprend.

Rappelons à ce point que le relation sexuelle est totalement gratuite, écolo-responsable puisqu’elle ne consomme pas les ressources de la planète, accessible à ceux qui la désirent. Elle permet de prendre et de donner du plaisir, c’est un merveilleux moyen de communication sur le mode le plus intime, elle rapproche les êtres (au moins temporairement), bref elle a un rôle important d’amortisseur social dans les divers conflits entre personnes. Comment avons-nous pu en faire cet objet de rejet, ce tabou presque immoral, cet acte plus ou moins coupable et inavouable ? De ce qui pourrait être une solution nous avons fait un problème. Nos amis les Bonobos ont mieux su gérer la relation sexuelle et nous pourrions nous en inspirer. Ils sont plus primaires et peut être que cette faiblesse de leur conscience cognitive leur permet de gérer l’émotion au niveau émotionnel et non pas, comme nous, prétendre gouverner l’émotion par la raison. On peut dire que Bouddha disait vrai et que la raison nous entraine parfois au déraisonnable (quand elle s’applique à un domaine qui n’est pas le sien comme l’émotion)

Mais comme tout sujet tabou, et dont on ne parle pas la sexualité manque de vocabulaire adapté. Pour en parler on dispose de deux vocabulaire :

  • Le vocabulaire argotique, populaire, et qui se veut par principe vulgaire
  • Un vocabulaire pédant qui se veut technique, châtié, hors des présomptions de vulgarité

Par exemple, si je vais aux toilettes je peux soit aller « chier », soit aller « déféquer ». Je ne me reconnais dans aucun de ces deux termes. Je peux « baiser « ou « faire l’amour » (vulgaire ou romantique), je peux faire une « pipe » ou une « fellation », un « broute minou » ou un « cunnilingus ». On ne trouve jamais le terme médian qui décrirait les choses en toute simplicité. Ce dont on ne parle pas n’a pas besoin de vocabulaire, mais ce qui n’a pas de vocabulaire n’a pas de vocation à s’exprimer.

La sexualité est, avons-nous dit, du domaine du cognitif, de la représentation mentale. C’est pourquoi elle se nourrit de fantasme qui sont les représentations formulées de nos pulsions sexuelles. Le fantasme se présente comme une image coloré par les éléments culturels dont on dispose. Dans la mesure ou la sexualité devrait s’apprendre mais ne s’apprend pas (la faute au tabou) la représentation mentale de nos pulsions manque d’éléments précis pour se formaliser. C’est pourquoi elle se traduit par le flou du fantasme et non par une image bien définie

La pornographie

On s’inquiète beaucoup de ce que les jeunes, garçons et filles, regardent de plus en plus de vidéos pornographiques. L’image générale en est déplorable (image dégradante de la sexualité et de la femme, perversion sociale, tendance à l’exaspération des besoins, conduirait à la violence et aux agressions sexuelles, …). Tout cela n’est pas faux mais mérite analyse.

  • Les commerçant qui produisent ces vidéos ne sont pas des philanthropes et ils fournissent ce que leurs consommateurs demandent. En fait ils mettent en scène rien de plus que les fantasmes existants chez la plupart d’entre nous. Ils ne produisent pas cette image dévalorisée, ils la formalisent, la représentent. Leur succès est lié à leur capacité à fournir des images aussi proches que possible de nos fantasmes secrets. C’est le tabou de la sexualité qui génère ces fantasmes et non la pornographie qui ne fait que les exploiter. Si le tabou sexuel disparaissait la pornographie n’aurait plus de raison d’être.
  • Les jeunes se trouvent propulsé, à la puberté dans l’univers de la sexualité sans y être préparés et, inévitablement, ils se posent énormément de questions. Que faire ? comment se comporter dans l’intimité ? que dire ? une fille comment ça fonctionne, un garçon comment ça marche ? quelles limites à ne pas franchir et quelles limites, au contraire, à dépasser ? quelle influence sur mon image sociale ? qu’en penseraient mes parents ? l’amour ça veut dire quoi ? la fidélité, la relation avec les études, … ? autant de questions dont ils cherchent les réponses. Ou peuvent-ils les trouver sinon dans la pornographie ? que leur offrons nous pour répondre à leurs angoisses ? l’éducation sexuelle à l’école, le papa qui met la petite graine dans la maman, … au secours ! Les jeunes se tournent vers la pornographie parce qu’ils doivent le faire, parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Ce sont les adultes qui, empêtrés dans leurs problématiques sont incapable de leur apporter l’aide dont ils ont besoins. Ce phénomène paraît nouveau, simplement parce que la pornographie est maintenant librement accessible. Au siècle derniers ont avait les mêmes questions, les mêmes inquiétudes, et si la pornographie avait été disponible, croyez-moi, on se serait rué dessus !
  • La pornographie est de piètre qualité, c’est vrai. Mais à l’époque de la prohibition aux états unis l’alcool diffusé en contrebande était de très mauvaise qualité (difficultés de fabrication, manque de concurrence, vente assurée par défaut). Demandez à Francis Ford Coppola, Steven Spielberg ou Martin Scorsese de réaliser un film avec un budget de 30.000 €, deux jours de tournages, pas de décor, pas de scénario, et des acteurs qui n’en sont pas, je ne suis pas sûr qu’ils feraient mieux.

Disons que le problème qui se pose pour les jeunes vaut également pour les adultes qui ont tout appris de la sexualité « sur le tas », le résultat n’est pas optimum et le pourrais faire mieux s’impose … mais bon ! encore un sujet qu’il vaut mieux ne pas aborder !

La prostitution

Encore un serpent de mer. Depuis que le monde est monde la prostitution existe et beaucoup se proposent de la supprimer … évidemment sans y parvenir, autant vouloir supprimer l’instinct de reproduction ! Les arguments ont variés avec les époques. D’abord sociétaux avec la hiérarchisation des classes sociales en fonction des métiers exercés, puis prophylactiques avec les progrès de la médecine, aujourd’hui plus hédonistes en se penchant sur triste le sort des femmes, mais toujours avec la plus grande hypocrisie. Les plus grands défenseurs de la morale n’étant pas ceux qui faisait le moins appel aux prostituées et le chiffre d’affaire estimé de la prostitution montre que la clientèle est vaste et variée. L’ensemble des argumentations est fondé sur un oukase venu d’on ne sait où : « Il est mal de vendre son corps ». Pourquoi est-il mal de vendre son corps, mystère ! Pourtant les exemples sont nombreux d’individus amenés, souvent contre leur gré, à vendre leur corps. Combien de travailleurs des mines ont poussé leur corps jusqu’à l’extrême limite de la résistance pour quelques pièces, les militaires, les mercenaires échangent bien leur vie pour de l’argent, … et les footballeurs ! Neymar par exemple, vendu pour 220 millions d’Euros, payé 800.000 euros par mois, assuré contre toute déficience physique ne vend ils pas son corps … car je ne penses pas que ce soit son esprit, ni sa coupe de cheveux que l’on paye à ce prix ! Mais évidemment le cas des prostitué est traité différemment, non pas parce qu’elles vendent leur corps mais parce qu’elles vendent du sexe, elles monnaient du tabou !

Conclusion

Attention je ne fais pas, ici, une apologie de l’amour libre, de la pornographie, ou de la prostitution. J’essaye simplement de « remettre l’église au milieu du village ». Ce que je critique c’est la gestion de la sexualité au nom d’affirmations sans fondement, de vieux oukases comme :

  1. La prostitution est sale et dégradante
  2.  Le sexe avant la mariage c’est mal
  3. Vendre son corps est inacceptable
  4. La pornographie c’est le vice

Et pourquoi pas la masturbation rend sourd !

Bien sûr derrière ces apriori se cachent des causes plus profondes : Le farouche rejet de notre part animale, la peur de s’abandonner dans une relation à l’autre, en résumé le besoin de contrôler nos émotions par la raison

Pour être capable de gérer nos émotions de la sorte il faudrait mieux définir et comprendre les principes de base de la sexualité pour la gérer mieux. A partir du moment où l’acte de reproduction est détourné de son objet initial, il commence à être gérer par toute la construction mentale de la conscience cognitive. Il cesse d’être universel et devient conditionné par les expériences de chacun, par les images qu’il en a créé, avec tous les biais et travers que cela comporte.

Et puis, si la sexualité est un élément important de notre vie sociale et affective, c’est loin d’être notre seul vecteur d’échanges et de communication. Heureusement notre palette de capacités de relations est très vaste, mais ne la laissons pas être gravement perturbée par une mauvaise approche de la sexualité, ne nous laissons pas « manger » par le tabou du sexe