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Coronavirus : La gestion des crises

C’est un problème récurrent et bien connu des « logisticiens » : Comment faire face à une période de pointe, à une demande accrue démesurément ou à une offre soudain fortement réduite.

Prenons un exemple, dans le domaine que je connais, celui de de la parfumerie.

De nombreuses matières premières naturelles sont produites dans des pays sous-développés dans lesquels la stabilité politiques est loin d’être assurée. Dans des périodes de conflits internes (indépendantisme, émeutes religieuses, famines, sécheresses, inondations, crises politique …) les récoltes ne sont plus assurées et des pénuries fréquentes se produisent.

Pour tous les industriels utilisateurs de ces matières premières c’est évidemment la catastrophe (impossibilité de produire et de livrer les clients). C’est donc l’affolement, la tendance au sur-stockage (qui accroit la pénurie), la surenchère sur les prix, une tolérance à la moindre qualité.

Pour pallier à cet inconvénient deux solutions s’offrent aux industriels :

  1. Tenter de passer au mieux la période de crise en gérant au mieux les quantités disponibles, avec tous les inconvénients que cela comporte.
  2. Se couvrir suffisamment en stock pour faire face à la crise. Ceci ne se fait pas sans mal. Malheureusement ces phénomènes climatiques ou sociaux ne sont pas prévisibles et on ne sait ni dans quel pays elles vont survenir ni quelles matières premières vont être impactées. Il faudrait alors se couvrir en stock de toutes les matières susceptibles de manquer (sans savoir quelle sera la durée de la crise donc sans savoir quelle quantité avoir en stock). Ceci représenterait un énorme surcout de stockage que l’industriel devrai supporter en permanence sans savoir s’il sera justifié ou non et en sachant que pour la majorité des matières (qui ne subirons pas de crises) il sera inutile.
  3. La sagesse montre que vouloir prévoir et se prémunir contre l’imprévisible n’est guère possible. Prendre à priori les décision qui s’imposent quand on ne sait pas quel sera le danger c’est donner la réponse à une question qui n’a pas encore été posée. La meilleure approche s’est de prévoir dans les structures et organisations de l’entreprise le maximum de souplesse et de capacité d’adaptation permettant de faire face à l’imprévu. L’expérience montre que ce sont souvent les société à organisation faible, habituées à être en permanence en situation de crise, qui s’en sortent le mieux !

Tout ce développement pour se ramener à notre problème actuel devant la pandémie de coronavirus.

Les critiques commence à pleuvoir (de la part de ceux qui n’avaient d’ailleurs rien vu venir et rien prévu) :

Pourquoi n’a-t-on pas prévu des stocks de masques, de lits de réanimation, de gel hydro-alcoolique, de tests ?

 La réponse la plus simple est : « parce que cela coute beaucoup d’argent ! »   

Ce à quoi les détracteurs répondent : « devant des milliers de morts on peut engager les sommes nécessaires ! »

C’est typiquement le résonnement simpliste qui donne la réponse à un problème une fois que sa solution est connue.

Supposons que nous ayons eu cette couverture, que ce serait-il passé si au lieu de cette  épidémie virale totalement imprévue nous avions eu :

  1. Une gigantesque inondation : Les mêmes détracteurs auraient crié au loup : « pourquoi n’as-t-on pas prévu des digues, des canaux de sauvetages, plus de moyens pour les pompiers, ….
  2. Un gigantesque incendie en ville : « pourquoi as-t-on laissé des logements insalubres et vétustes sans les abattre pour les remplacer par des neufs ? »
  3. Des importants attentats terroristes : « pourquoi notre police est-elle si mal équipé, pas assez nombreuse, pourquoi tolère-t-on des « fichiers s » sur notre territoire ?
  4. On pourrai multiplier à l’infini les énoncés de problèmes qui pourraient potentiellement survenir et les solutions à mettre en place pour lutter efficacement contre elles …  jusqu’à imaginer, pourquoi pas, une invasion d’extra-terrestres et les moyens à mettre en œuvre contre je ne sais pas qui, ni je ne sais pas quoi ! Ne reconstruisons pas des « lignes Maginot » aussi couteuses qu’inutiles.

Nous n’avons pas les moyens techniques ou financiers de nous prémunir contre tout à la fois, ni même d’imaginer l’inimaginable. Aux détracteurs de tous poils (les poils étant surtout ceux des gens avides de pouvoir, indifférent au souffrances de autres devant  leur appétit de réussite) je dis « quand avez-vous prévu une pandémie virale à venir cette année ! » et « si vous ne l’avez pas prévu plus que les autres, alors taisez-vous ! »

Dans le cas présent il faut faire face, se serrer les coudes, s’adapter, imaginer, … et avoir le courage qui semble manquer aux détracteurs

PS : Pour avoir connu dans l’industrie ces périodes de crises je sais combien les décisions prises dans l’urgence sont difficiles, souvent critiquables,  remise en cause le lendemain. On ne peut pas ne pas décider. Une mauvaise décision peut-être remise en cause, corrigée, pas de décision est la pire des décisions. Alors ayons un peu de respect pour ceux qui sont au manettes, qui prennent les risques en sachant qu’il en paierons les conséquences … ferions-nous vraiment mieux à leur place ?

Retraite, la cacophonie

Le chef d’orchestre baisse sa baguette et l’orchestre se met à jouer. Hélas c’est la cacophonie, le préposé aux partitions a tout mélangé et aucun instrumentiste n’a la bonne information. Chacun joue, avec conscience, sa partie et l’ensemble est un désastre !

C’est ce que l’on observe dans le projet de réforme des retraites. Chacun joue son rôle, mais sans aucune cohérence avec les autres. On parle d’âge pivot, de pénibilité, de niveau  de cotisation, bref de points de détail, mais on n’a pas réglé les problèmes fondamentaux. On doit avant tout se mettre d’accord sur un certain nombre de points :

  1. Notre système de retraite est-il menacé à court, moyen, et long terme ?
  2. Devons-nous choisir un système par répartition ou par capitalisation ? Si la réponse à la première question est oui, le système par répartition peut poser problème
  3. Voulons-nous un système re-distributif ou  parfaitement égalitaire ?
  4. Voulons-nous un système totalement solidaire (entre générations ou professions)  ou, au contraire basé sur le « mieux-disant » pour chaque groupe identifié ?

La réponse à ces questions est un préalable absolu pour espérer obtenir un consensus sur les questions de l’âge pivot, la pénibilité, …

  1. Pour répondre à la question de la viabilité du système actuel on ne peut que s’appuyer sur un collège de spécialistes en excluant totalement le point de vue de la population (qui n’y comprend rien et n’a pas les éléments techniques suffisants) les syndicats et les politiques (qui aveuglés par leurs intérêts partisans n’ont aucune crédibilité en la matière)
  2. Le choix du système par répartition ou capitalisation doit être celui des intéressés. Il semble que les Français aient fait, a priori, le choix de la répartition. Ce n’est pas mon choix personnel, mais ce n’est pas à moi de décider.
  3. Système re-distributif ou égalitaire. Si on demande leur avis aux Français on peut prévoir le réponse. Pour les plus démunis  la redistribution est le « must », c’est bien que ceux qui ont le plus payent pour moi ! Les plus aisés choisirons un système égalitaire. Je n’ai pas envie de payer pour les autres ! Les pauvres sont les plus nombreux, mais les riches les plus influents. Le match est indécis.
  4. Régime totalement solidaire ou non, trois cas sont à envisager :

Les profession  en développement préfèrent s’autogérer et profiter de leur bon ratio actifs/retraites. La corporation des développeurs en intelligence artificielle (beaucoup d’actifs et zéro retraités) opterai certainement pour un régime spécial

Les fonctionnaires et retraités des services publics. Ils opteraient pour une auto gestion dans la mesure ou leur système, très avantageux, ne peut jamais être déficitaire  puisque leurs déficits sont contractuellement couvert par l’état (c’est à dire le contribuable, vous et moi)

Les professions en régression (mauvais rapport actifs/retraités, donc en déficit) seront partisans d’un régime solidaire pour bénéficier de l’apport des régimes excédentaires.

On comprend pourquoi la réponse à ces question a été « mise sous le tapis » et qu’il est plus facile de se « chamailler » sur l’âge pivot ou la pénibilité (1), qui sont du domaine du concret et du pragmatique, que de tenter d’arriver à un consensus  improbable sur les options fondamentales.

La cacophonie dans le projet de réforme des retraites n’est ni le fait du gouvernement, ni des syndicats,  ni des citoyens. Elle est le reflet de notre incapacité à nous gérer en société responsable , à définir des valeurs communes. En l’absence de valeurs communes nous sommes condamnés à chercher des accords sur des sujets sur lesquels nous sommes fondamentalement en total désaccord.

  • Le fait de considérer la pénibilité comme un facteur de gestion dans notre système de retraite est une erreur fondamentale. La pénibilité est une valeur qui ne peut être prise en compte dans un système de retraite. Il n’y a pas de pénibilité, mais un sentiment de pénibilité. C’est une grandeur non objectivable qu’on ne peut relier à la gestion d’un système de retraite. L’espérance de vie est la grandeur objectivable qui tient compte à la fois nos critères moraux et des critères de gestion d’un système de retraite. C’est celle sur laquelle on doit se pencher.