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Des paradoxes dans notre système économique

Notre système économique paraît présenter une certaine cohérence, en dépit de nombreuses anomalies. Pourtant, par bien des aspects, il est totalement paradoxal. Les propos qui vont suivre seront plutôt « caricaturaux », mais ils peuvent cependant donner à réfléchir

Notre économie manque de compétitivité, et dans notre pays les salaires sont trop bas pour offrir à nos concitoyens le standard de vie auquel ils estiment avoir droit (même si ces salaires sont souvent assez haut par rapport à bien des pays du monde). L’état a mis en place des systèmes de redistribution, sous forme d’aides sociales, pour booster le revenu des plus pauvres. Pour cela il met à contribution les entreprises sous formes d’impôts, de taxes, de cotisations sociales. Etranglée par ces charges les entreprises manquent de compétitivité et sont obligées de maintenir les salaires à un niveau assez faible. Notre système de rétribution et donc un « serpent qui se mord la queue », un « cercle vicieux », un « boucle sans fin ».

Pour retrouver de la compétitivité, nos entreprises sont amenées à délocaliser leur production dans des pays ou la main d’œuvre est moins chère. Ce faisant elles génèrent des couts de transport plus élevés, mais surtout créent du chômage sur notre territoire. Pour faire face à cette pénurie d’emplois l’état met en place un système d’indemnisation des chômeurs qui devient de plus en plus couteux au fil des délocalisations. Pour faire face à cette dépense l’état met à contribution les entreprises sous forme, entre-autre, de contribution patronale à l’assurance chômage. Les entreprises donnent d’une main ce qu’elles ont gagnées de l’autre. C’est encore un « cercle vicieux ».

Dans le même ordre d’idées, pour équilibrer leurs comptes et retrouver de la compétitivité les entreprises passent par des plans de licenciement. Elles passent alors leurs déficits à la collectivité obligée à prendre en charge le chômage ainsi généré. L’état se retourne donc vers les entreprises pour les mettre à contribution et les faire participer au cout du chômage généré. On se retrouve captif du « cercle vicieux » mentionné plus haut.

On stigmatise, souvent, nos entreprises et leur manque de compétitivité vis à vis du marché mondial et notamment vis à vis des pays émergents à bas couts de main d’œuvre. Ce fait est-il à lui seul responsable de la faiblesse de nos entreprises. Cela n’est pas certain, et la valeur des monnaies joue un rôle important.

Supposons un pays A ou les salaires sont de 1000, par exemple et l’indice des prix à la consommation également de 1000.  Comparons-le à un pays B ou les salaires sont de 100 et l’indice des prix à la consommation serait de 100. Théoriquement les citoyens devraient avoir sensiblement le même niveau de vie. Si maintenant nous envisageons des échanges entre ces pays on voit que le pays B à un avantage certain vis à vis du pays A. Les entreprises achètent leur matière première soit localement (avantage au pays B) soit à des pays tiers (donc sensiblement au même prix même si ces couts pèsent différemment dans les prix e revient dans chaque pays). Même avec une compétitivité structurelle bien supérieure les entreprises du pays A auront une compétitivité sur le marché international inférieure à celles du pays B. Les taux de change des monnaies ne pouvant pas corriger cet écart de compétitivité. C’est pourquoi un retraité du pays A (qui touche la retraite dans son pays d’origine) pourrait vivre « royalement » dans le pays B.

 

Ces réflexions ne sont pas à prendre à la lettre car elles comportent beaucoup d’approximations. Néanmoins elles doivent faire réfléchir à l’organisation du monde qui nous entoure.

Relancer l’économie … simple mais difficile !

Un des leitmotivs de la campagne présidentielle a été la relance de l’économie pour juguler le chômage. Deux grands types de solutions sont proposées, toutes les deux ayant leurs supporters et leurs détracteurs. Présentées à leur avantage, ces deux propositions paraissent aussi crédibles l’une que l’autre pour atteindre le but recherché.

La première approche, de type libérale propose un politique de l’offre. On réduit les charges des entreprises pour leur permettre d’abaisser leurs prix de revient et leur redonner de la compétitivité tant sur le marché intérieur que à l’export. L’entreprise obtenant de nouvelles commandes va embaucher du personnel pour les réaliser. Le chômage diminue et les comptes des ASSEDIC se redressent. Ces nouveaux travailleurs génèrent de nouvelles cotisations qui vont donner de l’oxygène aux comptes de l’URSSAF et des caisses de retraites. Séduisant comme proposition !

L’alternative, de type social, propose une politique de l’offre. On donne du pouvoir d’achat aux salariés qu’ils vont utiliser pour acheter des biens de consommation. Cette relance va grossir les carnets de commandes des entreprises qui vont devoir embaucher pour faire face à la demande. Le chômage diminue et les comptes des ASSEDIC se redressent. Ces nouveaux travailleurs génèrent de nouvelles cotisations qui vont donner de l’oxygène aux comptes de l’URSSAF et des caisses de retraites. Séduisant comme proposition !

Comment choisir entre ces deux propositions toutes aussi alléchantes ?

Voyons tout d’abord les envers des médailles, ce que l’on ne nous dit pas.

Dans l’approche basée sur la politique de l’offre, la réduction des charges des entreprises (cotisations sociales patronales, impôts …) diminue d’autant la capacité de redistribution de l’état diminuant mathématiquement les revenus des plus démunis. En regard, les entreprises fonctionnant bien, retrouvent leurs bénéfices et les actionnaires en profitent pour capitaliser les résultats. En raccourci de l’argent est passé des poches des salariés les plus démunis aux poches des actionnaires. Evidement le chômage recule, les Français retrouvent le chemin de l’emploi, mais ce au détriment de l’inégalité sociale qui s’accroit. (On note que de façon générale les économies se portent bien dans les pays ou les inégalités sont fortes et ralentissent quand des mesures fortes de redistribution sont mises en place … voir Chine, Indes, Etats unis, Grande Bretagne …)

Dans l’approche basée sur la politique de la demande, le surcroit de pouvoir d’achat offert aux Français est pris sur la marge de compétitivité des entreprises (distribution de salaire ou redistribution de cotisations patronales). L’inégalité sociale diminue, mais les entreprises perdent une compétitivité déjà en berne. Les Français consomment plus, mais ont une fâcheuse tendance à se tourner vers des produits importés moins chers que les produits fabriqués en France. Pour survivre les entreprises vont donc être obligées de délocaliser ou de réduire leur activité en licenciant le personnel qu’elles ne peuvent plus économiquement conserver. Les salariés qui ont gardés leur emploi s’enrichissent, mais pour les autres le chômage augmente.  L’économie s’effondre, tous les comptes sociaux sont dans le rouge (ASSEDIC, URSSAF, Retraites). En fait salariés et actionnaires sont tous deux perdants dans le processus.

En fait aucune des solutions ne peux être satisfaisantes et tous les politiques nous mentent par omission en ne présentant que l’aspect positif de leur politique.  Alors, que faire ?

Tout d’abord replaçons la France dans le contexte international. Notre pays n’est pas un territoire isolé mais placé au cœur du réseau de relations internationales. Il est impacté par tout ce qui se passe dans le monde et il est en compétition permanente avec les pays étrangers. Les capitaux, les sociétés circulent plus ou moins librement d’un pays à l’autre. Si la France prend des initiatives, propose des solutions qui pénaliseraient les sociétés celles-ci, si elles sont Françaises se délocaliseront et si elles sont étrangères éviteront de s’implanter en France.

Certains de nos postulants président veulent engager une bataille contre le capital et les capitalistes. Ils n’ont pas compris que cette bataille est perdue depuis longtemps, et ce pour deux raisons majeurs

  • Les ressources et les moyens d’action sont entre les mains du capital ce qui rend le combat politique et social très inégal
  • Une telle approche ne se conçoit que dans un « système fermé », fermeture des frontières, contrôle des changes, blocage des échanges internationaux, c’est à dire avec un régime autoritaire.
  • Il n’y a jamais eu véritablement de combat engagé contre le capital. Ceux qui pensaient l’entreprendre ont en majorité luttés non pas pour abattre le capital mais plutôt pour y trouver leur place, pour participer, eux aussi, au festin.

Malheureusement le monde actuel nous propose donc, soit un système très inégalitaire soit un suicide collectif. C’est pourquoi, François Hollande, et Emmanuel Macron nous ont proposés et nous proposent, avec sagesse, un moyen terme, un système libéral (avec politique de l’offre) avec des amortisseurs sociaux pour éviter « la casse ». Ce n’est pas réjouissant, c’est injuste, moins efficace qu’un pure libéralisme (en raison des amortisseurs sociaux) mais c’est un moindre mal. La France n’est pas en mesure d’imposer sa vision idéaliste du monde, et dans sa faiblesse ne peux que « nager dans le sens du courant » ou alors se noyer.

Signalons, au passage, que la notion de « nation souveraine » telle que développée par les « souverainistes » est tout à fait illusoire. Aucune nation ne peut s’affirmer en opposition aux autres excepté les très grandes puissances économiques ou militaire (USA, Chine).

Une fois posé ce diagnostic pas très enthousiasment pour les socio-démocrates et les socialistes affirmés se pose la question de l’action à entreprendre. Là commencent les difficultés.

Comment faire admettre à quelqu’un en grande difficulté financière que la bonne, ou plutôt la moins mauvaise solution est de diminuer son pouvoir d’achat et d’augmenter celui des plus fortunés pour assurer un redémarrage de l’économie et lutter contre le chômage ! C’est mission impossible. François Hollande a essayé de la faire sans jamais le dire et cela a conduit à une incompréhension totale et à un rejet de sa politique. Emmanuel Macron nous propose une approche similaire, plus volontariste, mais sans vraiment s’en expliquer. C’est pourtant là le nœud qu’il nous faut délier pour rendre cette politique acceptable.

 

Comme on le voit, le diagnostic est simple, mais la mise en oeuvre hautement problématique.