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Nos députés sont-ils « hors sol »

C’est devenu une forme de « leitmotiv » entonné par tous les biens pensants pour expliquer la crise actuelle de la représentativité de nos élus.

Faisons un petit rappel constitutionnel. En France les députés ont un mandat dit « représentatif », ce qui signifie que bien qu’élus dans une circonscription chaque député représente l‘ensemble des citoyens Français. Ils n’ont aucune responsabilité vis à vis des électeurs de la circonscription dans laquelle ils ont été élus. Ils n’ont, en principe, aucune légitimité dans ce qu’ils appellent « leur circonscription ».

Pourtant ils agissent et sont actifs sur le plan local, et ce pour deux raisons principales

  1. Pour des raisons purement clientélistes et électoralistes. Car s’intéresser à la vie locale dans leur circonscription est un gage de satisfaction des électeurs et donc de réélection.
  2. Parce que, étant amenés à voter des lois qui ont des répercussions purement locales ils sont amenés à « prendre le pouls » de leur territoire pour prendre connaissance des désidérata de leurs électeurs.

Le problème vient de notre structure de décisions. Des députés représentant l’ensemble des citoyens sont amenés à prendre des décisions « régaliennes » ce qui est parfaitement logique, mais également à prendre des décisions touchant des territoires locaux, des populations ciblées (en général dans certaines régions). C’est dans ce deuxième volet que leur rôle devient pour le moins ambiguë. Nos députés ne sont pas « hors sol » mais plutôt amenés à légiférer sur des questions un peu hors de leurs compétences. On ne peut avoir un mandat national (régalien) et être impliqué dans des décisions purement locales. Il y a donc une contradiction dans nos institutions.

Les décisions régaliennes devraient être du ressort des députés (représentant l’ensemble de la nation) et les décisions locales devraient être du ressort des représentants locaux.

C’est tout simplement le problème de la décentralisation qui est ici posé.

Nos institutions sont, dit-on, un mille feuilles. Je dirais plutôt qu’elles sont un mille feuilles sur lequel aurait roulé un camion.

Non seulement nos institutions sont constituées de strates multiples et partiellement indépendantes, mais les dites strates s’interpénètrent et se mélangent.  Les députés empiètent sur les autorités locales, les préfets également, les conseils régionaux, généraux, maires, communautés de communes, métropoles agissent sur les mêmes territoires en ordre dispersé. Il en résulte paralysie ou lenteur, pagaille, gabegie, et incohérence dans les politiques. Bien sûr dans cette confusion chacun défend son « pré carré » et son petit pouvoir local. Chacun prône la décentralisation (qui lui donnerai du pouvoir local) mais chacun la combat (car elle risquerai d’écorner sa position de petit chef).

Un des avantage de la décentralisation serai de rapprocher les décisions de ceux qui les subissent, ce qui serai dans « l’air du temps ». De ce fait, de nombreux problèmes qui divisent la nation auraient une portée plus régionale, et seraient donc moins impactant. De plus l’homogénéité dans une région étant plus forte que dans une nation les problèmes surviendraient moins fréquemment et avec une moins forte intensité. Évidemment, la difficulté est de définir quel niveau de décentralisation on souhaite. Doit-on donner une certaine autonomie aux régions ou faut-il aller vers un état fédéral ? et, dans ce dernier cas dans quel mesure abandonner notre « jacobinisme national » et accepter que les diverses régions ne fonctionnent pas de façon identique, que certaines politiques, certaines législation puissent différer d’une région à l’autre.

Il paraît certain que des décisions concernant par exemple la chasse ou la pêche n’ont pas à être prises au niveau national mais en fonction d’impératifs locaux. Les filières éducatives, les politiques industrielles sont liées à des conditions socio-économiques régionales et la région Provence Cote d’azur n’a, en la matière, pas les mêmes besoins que la région Lyonnaise par exemple. Pourquoi des électeurs du nord de la France ou de Bretagne prendraient-ils part à une décision concernant uniquement la Corse ? Une décentralisation conduit à des décisions mieux adaptées aux nécessités et donc plus acceptables.

Une décentralisation, outre les problèmes d’ego et de pouvoir des dirigeants en place, pose les questions du partage des pouvoirs et des responsabilités (donc des charges) , de la collecte des recettes, donc des budgets nationaux et régionaux

Un squelette, d’une structure simple et qui ne bousculerai très peu notre structure administrative (mais qui bousculerai beaucoup nos institutions), serai d’avoir :

  1. Une structure nationale, avec le président de la république, le gouvernement et les parlementaires, en charge des questions régaliennes (pouvoir législatif, exécutif national, armée, police nationale, coordination européenne, affaires étrangères, coordination avec l’Europe, coordination entre les régions, …  ) et dotée d’un budget national.
  2. Des autorités régionales (conseils régionaux, généraux, municipaux) Chargées de l’administration régionale, dont les compétences dépendent du degré de décentralisation souhaitée et dotées d’un budget régional.
  3. Une fonction (préfets) en charge de la liaison entre le pouvoir central et le pouvoir régional.

Tout ceci représente un immense chantier semé de milles embûches et suppose donc une volonté farouche d’y parvenir (ce qui n’a jamais été le cas jusqu’à présent). Néanmoins le rejet des administrations centralisées est tel que nous nous verrons obligés d’agir en ce sens. Plutôt que de subir les événements précédons les. Voilà l’occasion de lancer un grand débat national qui permettrai à chacun de se forger une opinion, de peser le pour et le contre de la décentralisation. L’opinion publique est lente à se cristalliser, il lui faut du temps pour s’acclimater à une idée, et le brassage des suggestions est le terreau ou elle se construit. Avant de proposer une idée, quelle qu’elle soit, il faut préparer les citoyens à la recevoir.

Réflexions à propos de « l’affaire Benala »

L’affaire Benala
Depuis quelques jours l’affaire déferle dans la presse, les médias, au point de paralyser le travail des parlementaires dans une forme d’hystérie plutôt malsaine. Pour les uns « affaire d’état », pour les autres « tempête dans un verre d’eau ».

Pour rappel des faits, un employé de l’Élysée chargé de la sécurité du Président c’est substitué aux forces de police pour appréhender avec brutalité un manifestant dans une manifestation en mai dernier. Il en résulte une double infraction de coups et blessures (apparemment sans blessures) et d’usurpation de pouvoir de police. Une infraction sérieuse déjà observée lors des manifestations d’extrême droite ou d’extrême gauche. La justice est saisie et l’enquête est en cours. D’autres enquêtes ont également été diligentées par, l’IGPN (police des polices), par le parlement, et par le sénat. Il ne nous manque plus qu’un recours aux prudhommes pour sanction abusive pour fermer le bans (dans ce cas, oh miracle ! la justice militaire n’est pas actionnée).

Les justices parallèles
Dans la mesure où l’on souhaite mettre fin aux régimes spéciaux de retraite on pourrait s’interroger sur le rôle de ces régimes spéciaux de justice qui agissent en parallèle. Chacun peut arriver à ses propres conclusions, définir ses propres sanctions. Tout ceci peut être cumulatif, contradictoire, et pour le moins confus. Si le rôle de la justice est indiscutable (puisque qu’elle existe pour remplir cette fonction), l’IGPN est déjà une justice un peu parallèle interne à un corps de l’état avec un rôle analogue à la justice militaire. Il est vrai que l’ordre des médecins, des magistrats, la fédération Française de football, l’Union cycliste internationale etc. etc. ont aussi le propre système de tribunal et de justice. Dans les entreprises privée c’est le directeur général auquel on confie ce rôle de juge, quitte pour le salarié à faire appel de sa décision devants « les prudhommes ». Dans les organismes maffieux, dans le milieu de la délinquance on retrouve également ce rôle de juge et ce système de sanctions (parfois expéditives). C’est dans la nature de tout groupe constitué que de vouloir rendre sa justice.  Il existe dans notre pays des centaines d’organisme de justice, chacun agissant avec ses propres règles, ses propres contrôle, ses lobbies. La justice finie par être un tribunal parmi tant d’autres, même si « in fine » l’institution judiciaire reste le recours suprême vers lequel chacun peut se retourner pour se faire rendre « LA JUSTICE » … mais au bout de nombreuses années et souvent bien trop tard.

Les abus de pouvoir
Un point intéressant et celui du parlement qui c’est autosaisi d’une commission d’enquête, et il semble qu’à la lecture des textes (sous un certain angle) ceci puisse faire partie de ses prérogatives. C’est pour le moins bizarre que l’organe législatif puisse se muer en organisme judiciaire et juger des affaires qui ne concernent pas l’action du parlement. Ce dernier est chargé du contrôle de l’action du gouvernement mais nullement de la gestion du personnel de l’Élysée et des voies de fait sur la voie publique. Une usurpation de pouvoir (légale) pour juger une usurpation d’identité et de fonction, c’est vraiment coquins contre coquins ! Quand à censurer le gouvernement pour sanctionner des violences faites par un salarié de la présidence dans l’espace publique c’est un poil « Ubuesque ». Il est vrai que le parlement vote pour ses conditions de travail, ses salaires, ses conditions de retraite, de crédit à la consommation, ses avantages divers … on n’en n’est plus à un conflit d’intérêt près. J’aurais bien aimé voter pour mon salaire et ma retraite !

Il est vrai que les membres du gouvernement n’ont rien fait pour ébruiter l’affaire et peuvent être soupçonnés de « mensonge par omission », mais existe-t-il un seul député qui n’ait jamais menti au moins par omission dans l’intérêt de son parti (revoir les affaires Strauss Kahn, Cahuzac, Fillon, Chirac, etc. etc. !)

Le rôle trouble des députés
Nos députés sont les premier à trahir leur fonction en respectant la « sacro-sainte » discipline de vote et en s’arrogeant des droits sur leur circonscription. Ils sont élus, effectivement par un scrutin par circonscription mais sont censés être représentatifs au niveau national et non régional. Le niveau régional est déjà représenté par les maires, les conseillers généraux, les conseillers régionaux, et enfin par les sénateurs. Le « travail » des députés en circonscription et largement entaché d’électoralisme et de clientélisme. On soigne avant tout ses électeurs potentiels, temps qui est pris sur celui dévolu à la représentation nationale. C’est un « hiatus » de nos institution de faire élire des représentant par des électeurs qu’ils ne sont pas censés représenter. Pourquoi un membre du collège législatif se donnerait-il des pouvoir exécutifs dans une partie du territoire ? On est bien sûr dans un franc conflit d’intérêt : « je m’occupe de ce qui me rapporte et non de ma fonction propre ». Nos députés usurpent le pouvoir des représentants locaux (puisqu’ils ont plus de pouvoir à Paris dans notre état centralisateur) au même titre que Monsieur Benala a pu usurper les pouvoirs de la police !

La discipline de vote
Autre dévoiement du système dans la discipline de vote. Les électeur choisissent un homme pour être un représentant de la nation et celui-ci ne vote plus les lois en son âme et conscience mais selon les directives qui lui sont fournie par les instance régnantes dans son parti. En fait au parlement ont un réel droit de vote une petite poignée de personnage (ceux qu’on appelle les poids lourds des partis) qui confisquent leur légitimité au instances élues, certains de ces personnages pouvant eux-mêmes ne pas être des élus !

Avant de jouer les « vierges outragées » et d’hysteriser la moindre polémique (en se comportant comme des adolescents en crise), nos députés feraient bien de « balayer devant leur porte » et de respecter l’esprit de nos institutions pour remettre « l’église au milieu du village »

L’échelle des sanctions
On a beaucoup critiqué les responsables de l’Élysée pour la sanction infligée dès le début mai à Monsieur Benanla , la jugeant trop peu sévère vis à vis des faits reprochés. Encore une fois jugeons la situation sans passions. Suite à la prise de connaissance des faits Monsieur Benala a été mis à pied 15 jours avec privation de salaire. La sanction est-elle en proportion de la faute ? qui pourrait le dire. Notre système de sanction pénal est purement de type relatif. Si vol de 100 € conduit à une sanction X, un vol de 1000 € devra être sanctionné par une peine plus lourde et ainsi de suite. Ce système relatif fonctionne assez bien, mais comment, sur quelle base fixer la référence, la sanction X … rappel à la loi, Travaux d’intérêts généraux, prison … aucun système de référence n’existe et on se contente de fixer des peines par habitude, par rapport à des affaires précédentes, c’est un système purement subjectif qui se donne des allures rationnelles. De même, comment fixer des peines relatives dans le cas de vols, d’agressions, d’escroqueries, de viols, de meurtres, qui peut, qui a établi la relativité de peines entre délits de nature différentes ?  Dernier exemple, un juge condamne un détenu à disons 5 ans de prison. Ce dernier fait appel et sa peine est réduite à 1 an voire il est gracié. Le premier juge a-t-il été défaillant, et dans ce cas il devrait être sanctionné, ou est-ce la cour d’appel qui fait erreur, pourquoi l’un des jugements l’emporterai-t-il sur l’autre ? et que dire si la cour Européenne s’en mêle et prononce un autre jugement ? Se prononcer sur la proportionnalité d’une peine est un exercice hautement risqué et toujours critiquable.

Les tribunaux d’exception
Autre point que soulève le prononcé de cette sanction c’est qu’elle ne respecte absolument pas la « sacro-sainte » vertu de la présomption d’innocence. Comment, sans enquête contradictoire, sans jugement, une justice parallèle s’arroge-t-elle le droit de prononcer une condamnation ? Comment peut-on juger une peine trop ou pas assez lourde sans éléments d’enquêtes, sur la simple présomption de culpabilité. Décidemment ses « tribunaux parallèles » ont des allures de tribunaux révolutionnaires, un léger côté de procès Staliniens ! Personnellement dans le cas qui nous intéresse j’aurais opté pour une mise à pied provisoire sans perte de salaire en attente du jugement prononcé par la tribunal compétant.

Les protections occultes
Ce dernier point soulève le problème majeur des pouvoirs occultes, fantasmés ou réels, qui agitent notre sphère politique. Dans le cas présent beaucoup des intervenants étaient persuadé, à tort ou à raison, qu’il existait une relation forte entre E.Macron et son garde du corps. A tous niveau on constate une réticence à l’engagement dans cette incertitude. Plutôt que de risquer de « fâcher le prince » chacun c’est réfugié dans des demi-mesures, la langue de bois, l’omission. S’il s’agissait d’un cas isolé ce ne serai pas très grave, mais l’important et que si chacun à agit avec cette prudence fautive c’est que chacun a vécu ou connu de nombreux exemples ou le lanceur d’alerte a été le premier puni pour avoir révélé une vérité. Les membres d’un parti doivent s’exprimer avec « les éléments de langage » qui lui sont fournis par le « bureau politique » sous peine d’exclusion ou de non investiture aux prochaines élections, voter contre une loi proposé par son parti revient à une « mise à mort » politique. On comprend bien que quand on doit s’opposer à un pouvoir occulte, même simplement supposé, on préfère assurer ses arrières et éviter des propos définitifs. Dans le doute, abstient toi !

Conclusion
En conclusion, et par-delà cette affaire de droit commun, c’est toute l’incohérence et la déliquescence de notre monde politique qui se dévoile. On est loin de la société idéale, mais la justice faites par les hommes ne sera jamais que la justice des hommes. Nous avions élu une « nouvelle race » de députés, on peut dire qu’ils n’ont pas été long à apprendre la leçon de leurs ainés.