Violence et émeutes urbaines

Un problème beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Je ne jouerais pas les juges arbitres pour distribuer les bons et les mauvais points, mon propos n’est pas de juger mais d’abord de comprendre … c’est préférable avant de juger.

Limage d’Épinal est le manifestant pacifique débordé par des « casseurs » venus dont ne sait trop ou, et du bon flic qui fait son devoir débordé par des éléments « brebis galeuses » qui passent outre les ordres de leurs bons supérieurs. Il est certain que le monde est plus complexe

  1. Il faut se rendre compte qu’une foule n’est pas une somme d’individus, mais une fusion d’individus. Dans une foule un individu n’est plus lui-même mais fait partie d’un tout sur un mode régressif. La foule est une fusion-régression collective dans laquelle l’individu abandonne son libre arbitre à une entité collective. Ceci, du même coup, fait passer la responsabilité personnelle à une responsabilité collective qui absout à l’avance des péchés que chacun pourrait commettre. Une foule déresponsabilise ses participants. Évidement tout rassemblement n’est pas une foule et certains ingrédients sont nécessaires pour qu’il le devienne. Le rassemblement ne fait foule qu’après des éléments fédérateurs, un parcours commun, des chants repris en cœur, des slogans rabâchés et rabâchés en marchant coude à coude. Les meneurs savent très bien comment passer de l’état de rassemblement à celui de foule. C’est leur boulot et leur formation (rien de différent des animateurs de foule, des chauffeurs de salle, des « ambianceurs » de salles).
  2. Nous avons deux groupes distincts : la foule des manifestants et le groupe des policiers. Leurs motivations, leurs organisations sont différentes, et de plus ces deux groupes sont en interaction.
    La foule. C’est au départ un groupe anarchique à l’anthropie maximum. Il est chargé de revendications, donc de frustrations. De rassemblement il devient foule. On pense qu’il suit ses meneurs. Ce n’est tout à fait vrai. Dans une foule on suit la personne qui est devant ou à coté de soi. Celle-ci suit la personne qui est devant ou à coté d’elle, qui suit … jusqu’à arriver au premier rang ou sont les meneurs. C’est pourquoi des initiative d’échappements latéraux peuvent se produire qui échappent aux meneurs. La foule est un groupe protéiforme qui fonctionne comme un troupeau de moutons, un vol d’étourneaux ou un banc de sardines
    La police. C’est un groupe structuré, à anthropie minimum, habitué à suivre des règles dictées par des responsables hiérarchiques. Théoriquement une machine bien réglée, programmée pour faire le tache qu’on attend d’elle.
    L’interaction. C’est là où la machine grince et montre sa composante humaine. Oui, les « flics » sont des hommes, ils ont des conjoints et des enfants, leur dignité, … c’est leur faiblesse ! L’interaction entre les deux groupe porte sur des objectifs différents. Les manifestant veulent faire valoir leurs revendications et pour cela utilisent des moyens qu’ils estiment légitimes en rapport de leurs frustrations et voient les forces de l’ordre comme un obstacle à leurs objectifs … donc comme des ennemis. Les policiers sont censés faire respecter ce qui est légal sans tenir compte de ce qui pourrait être légitime. Les manifestant les empêchent de faire leur boulôt C’est un conflit entre légalité et légitimité (comme on a des conflits entre justice et morale). Dans une manifestation les policiers sont bombardés, dans l’anonymat de la foule, de pierres, pavés, objets contondant divers, de quolibet, d’invectives ,de provocations. Les « Robocops » ont peur comme toute personne dans ce climat explosif. Ils possèdent un  arsenal impressionnant mais n’en disposent pas  à leur guise … d’où anxiété … et risque de dérive quand on « les lâchent ». Les manifestant s  protégés et « coocoonisées » dans la foule n’ont pas peur, jusqu’au moment où la police charge, la foule se disperse et retourne au chacun pour soi. Chacun son tour d’être désinhibé et d’avoir peur.
  3. Ces dérapages sont-ils justes ou pas, justifiés ou pas ? à chacun de se faire son opinion. Ce qui est sûr c’est qu’ils sont la conséquence naturelle, voire inévitables des situations de conflits.  La violence n’est pas une cause mais la conséquence quasi inévitable des situations conflictuelles. Pour  éviter la violence apprenons à éviter les conflits, à les gérer.  Nous vivons dans un monde ou le recours  à la violence  devient l’argument ultime et légitime des  conflits sans solutions. Notre chère démocratie elle même est basée sur la violence. Quand la loi du plus grand nombre donne à la majorité tout pouvoir et réduit la minorité à subir … c’est « un poil » violent ! Nous ne vivons que de compétitions pour le pouvoir, l’argent, que de « jeux concourt », de compétitions sportives, d’élection de « miss machin »,  de  « grammy  awards », de césar,  de top 50, de prix de Rome, de prix Nobel ou Goncourt, de « top chef », de film de baston, de gangsters  … tout est prétexte à compétition, seul le premier compte et malheur au vaincu ! Dans ces conditions pourquoi les manifestations échapperaient à la règle. La compétition, donc le conflit, et par suite la violence sont le monde que nous avons choisi. Ne nous étonnons pas naïvement des conséquences de nos choix.
  4. Notons cependant que le positionnement reste la base de la construction de notre conscience. Il défini les choses et les situations en nous situant par rapport à elles. C’est le carburant de la création de notre identité lais aussi la cause de nos compétitions. C’est sans doute pour cela que nous le consommons « à gog » même quand il nous dessert.

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