Analyse du populisme
A titre d’exemple prenons l’accession de Donald Trump au pouvoir . Il est élu, porté par trois promesses

- Juguler l’inflation. Pourquoi pas, mais l’instauration de droits de douanes à l’importation des produits étranger génère de l’inflation.
- Arrêter la guerre en Ukraine en un jour et à Gaza. Chacun savait pertinemment que ni Poutine ni Netanyahou ne veulent ni ont intérêt à stopper la guerre
- Remplacer les impôts par des droits de douanes. Les droits de douane sont payés par les consommateur Américain, on leur retire d’une main ce que l’on donne de l’autre … avec en prime l’inflation
Trois promesses totalement impossible à tenir, donc vouées à l’échec, mais qui l’ont porté à la maison blanche. Voilà qui interroge sur les capacités de discernement des électeurs et la pertinence de leurs choix.
Le populisme, c’est à dire la démocratie directe est l’archétype même de la démocratie. Le peuple décide pour le peuple.
Donc première question : « c’est quoi le peuple ? » Il y a diverses réponse à cette interrogation :
- Un ensemble de personnes constituant une nation vivant sur un même territoire soumis aux mêmes lois et institutions. Une nation régie par le droit du sol
- Un ensemble de personnes ayant une origine ethnique, une même religion, et ayant le sentiment d’appartenir à une même communauté. Une communauté régie par le droit du sang.
- Un ensemble de personnes vivant en société sur un territoire commun, présentant une uniformité de culture et traditions, voire d’institutions. Un groupe ethnique régi par le droit du sol (pour le territoire) et le droit du sang (pour l’ethnicité)
- Il existe de nombreuses autres interprétations de la notion de peuple comme : les classes populaires par rapport aux classes bourgeoises, le peuple de gauche ou de droite …
On comprend que l’utilisation du mot peuple est ambiguë et que chacun de nous peut appartenir à plusieurs peuple, par exemple peuple Français, peuple juif, peuple Bambara et peuple de gauche. C’est la grande force que ce mot que d’évoquer pour chacun d’entre nous une appartenance et le sentiment d’être pleinement concerné. Le populisme se nourrit du flou.
Le populisme doit également se travestir d’un langage adapté à sa cible. En raison de son bagage culturel, de ses expériences, de son ouverture au monde chacun d’entre nous va réagir à l’affect ou à la raison. Plus un individu a une culture ouverte, riche, sophistiqué, secondarisée e et plus il sera sensible aux argumentations construites et raisonnée et surtout il aura de ce fait une vision à long termes. Inversement un individu moins éduqué, bloqué dans une vision étriquée du monde et peu riche en expériences diversifiées, plus il réagira sur le mode affectif et primaire avec une vision à court termes et dans l’immédiateté. Le discours populiste doit s’adapter à sa cible. Vous ne convaincrait pas avec le même discours un universitaire ou une personne de moindre culture. Il y a un discours pour les dites « upper class » et un autre pour les classes populaire. N’oublions jamais qu’il existe également un populisme pour l’élite ! Ce qui est amusant c’est que le populisme des classes populaire fustige le populisme des classes bourgeoises alors que ce dernier est « vent debout » contre le populisme populaire.
On a donc deux populismes :
- Celui qui s’adresse aux classes populaires ( défini comme LE populisme) avec un discours simple, qui concerne l’immédiat (donc sans préjuger des conséquences), qui joue sur le registre de l’affectif
- Un populisme bourgeois avec un discours beaucoup plus élaboré, argumentant à terme, à l’aspect objectif, mais tout aussi dangereux.
Un dernier ressort du populisme est de « servir la soupe », la bonne soupe à la bonne personne ! Chacun aspire à satisfaire ses envies, ses désirs. Le populisme doit s’adapter et promettre caviar et foie gras à la classes bourgeoise et pot au feu et dessert au « peuple ». Reste, pour faire un parfait populiste à déterminer quelles sont les aspirations de la cible que l’on veut atteindre. Que veut le peuple ?
Le poète Romain Juvenal répondait : « Panem et circenses » (Du pain et des jeux) qui serai maintenant « Le nécessaire et le superflu » … c’est à dire toujours plus. C’est pourquoi l’art du populisme est dans la promesse. Nous sommes tous dans « la fuite e avant », nous ne vivons pas de ce que nous avons mais de ce que nous espérons avoir. C’est notre faiblesse et notre vulnérabilité au populisme. Pour parodier Francis Bacon : « Promettez, promettes, il en restera toujours quelque chose ! »
Pour revenir à l’exemple de Donald Trump les promesses de pouvoir d’achat, de paix dans le monde, de grandeur de l’Amérique ont toutes capotées, mais qu’importe, le passé est oublié et le peuple de Trump vit au présent. Il suffit de lancer d’autres promesses pour « remettre une tune dans le jukebox » et relancer la machine populiste
Le danger du populisme
Après tout vivre dans l’espoir permanant, dans l’utopie d’un monde meilleur, pourrai être un vécu gratifiant. Malheureusement la réalité fini toujours par s’imposer et le vécu utopique dégénère vite en déception. Les exemples récents en sont nombreux : Brexit, Hugo Chavez, recomposition du visage politique après dissolution et censure … et bien sûr politique « Trumpiènne ». Dans le passé « le peuple » c’est planté en élisant Hitler, en chérissant Staline ou Mao. Les populiste ne se trompent pas. Ce sont toujours les personnages les plus totalitaristes, dictatoriaux qui font appel au peuple. La majorité des autocrates ont été choisis par « le peuple »
En démocratie le postulat est que : le peuple est souverain, et que la majorité l’emporte sur la minorité. C’est sur le plan théorique l’archétype de la démocratie. Mais la théorie ne connaît pas l’affect et :
- Le peuple peut se tromper ce qui est largement vérifié
- L’opinion de la majorité n’est pas forcement la plus valable, corolaire du premièrement
Ce sont les principaux écueil à notre système démocratique, encore accentués par la représentativité qui n’est plus ni assumée ni ressentie.
Pour faire face à cette démocratie représentative en déconfiture , l’opinion se tourne vers la démocratie directe qui apparaît comme la solution idéale pour donner « le pouvoir au peuple ». Cette aspiration au pouvoir du peuple se fait corps dans tous les domaines : Politique bien sûr, mais aussi culturel (confère les programmes de la télévision) dans la désobéissance civique, la critique des institutions (les juges corrompus et les flics assassins), la remise en causes des décisions des pouvoirs élus dans la rue. Même les députés remettent en cause les institutions qui, pourtant, les ont élus ! chacun réclame à tout bout de champs des référendums populaire et des destitutions d’élus. La France compte maintenant 66 millions de Présidents. La société s’Ubérise, chacun veut être son patron, auto entrepreneur, hôtelier sur RB & B, taxi en VTC. Les autres ne sont plus considérés comme des partenaires mais comme des boulets à trainer. On passe doucement de « l’union fait la force » au « chacun pour soi ». En fait chacun veux décider pour lui et par lui et la société commence à être considérée comme un frein à l’épanouissement personnel.
La démocratie directe est en principe le modèle, par excellence, de la démocratie, pourtant elle est le plus souvent génératrice d’anarchie puis de dictature. La démocratie directe est une tentation, comme la lumière peut l’être pour les papillons, pour diverses raisons
- Il es difficile de demander leur avis à chacun des 66 millions de citoyens Français sur chaque question. Seul le vote internet pourrai le permettre mais il est barré par le risque de fraudes … qui vient justement,des citoyens eux même
- Ces votes se termineraient par une analyse statistique qui remettrait en cause le principe même de la démocratie directe
- Le résultat ne satisferait personne car personne ne se retrouverait dans la solution statistique
- Le résultat serai forcement manichéen car seules des questions à choix binaire ou limité seraient possible
La démocratie directe ne peut conduire qu’à la pagaille, à l’anarchie et à la loi du plus fort. C’est ce que l’on observe à la suite des révolutions qui abattent une organisation sans un proposer une autre. Le peuple attend un nouvel ordre que les plus forts lui imposent.
Conclusion
L’époque est à l’individualisme et au refus des contraintes qu’imposent une société organisée. Chacun pense « s’en tirer » mieux tout seul. Les populistes jouent de ce fait pour proposer la destruction de tout système organisé en promettant la liberté pout tous. C’est évidemment un leurre qui permet aux plus forts d’accéder au pouvoir pour enfin imposer leur loi.
La société à ses contraintes, mais la liberté est à ce prix.
