Les fake news

Le mensonge est  loin d’être une nouveauté. Il était utilisé pour masquer ou travestir la vérité, généralement pour en tirer un profit matériel ou moral. C’était une entorse à une morale existante, d’impact plutôt local.

Les « Fake news » qui sévissent aujourd’hui ont une portée beaucoup plus large et visent à diffuser, dans l’opinion publique, une version déformé de la réalité, de l’état du monde. L’objet n’est pas tant la désinformation  mais de faire perdre au public tous ses repères. Une opinion publique sans repères étant infiniment plus facile à manipuler qu’une  opinion avec des valeurs solidement établies.

Le mensonge généralisé, que nous connaissons aujourd’hui, vient de la perte de la spiritualité, de la perte de la notion de transcendance qui, par elle-même introduisait la notion de vérité morale absolue. C’était la référence ultime qui justifie toute assertion comme vrai.

Sans cette référence tout peut être vrai, tout peut être faux

La notion de « fake news », cheval de bataille sur les réseaux sociaux (mais pas que …) est aussi un « cheval de Troie » dans nos sociétés.

Après avoir affirmé, comme je l’ai fait moi-même bien souvent,  que la vérité n’était jamais unique mais pouvait avoir plusieurs visages selon le oint de vue d’où on observe une situation, la pratique des « fake news » nous propose une vérité présentant une quantité de vérité si abondante qu’elle abolie la notion même de vérité. Quand les références sont abolies ou trop disparates la vérité n’existe plus.,

Nous sommes passé d’un monde ou la vérité était quasi unique, monopole d’un dieu omnipotent , à un univers ou l’on pouvait se référer à plusieurs visions philosophiques ou morales pour juger de la crédibilité d’une assertion, pour arriver  enfin à notre nouveau monde ou rien ne fait plus référence et le concept même de vérité est caduque. 

La seule vérité qui nous reste est basée sur la quantification

La quantité s’oppose à la qualité qui étymologiquement désigne ce qui ne peut être quantifié

On a pris l’habitude de quantifier les choses car c’est la seule façon, pour nous, de les représenter et de les hiérarchiser dans notre système de pensé fondé sur la logique et ses opérateurs (identique, égal, plus grand …)

Dire ce bâton est plus long que celui-ci peut sembler une vérité  absolue alors qu’il ne s’agit que d’une comparaison, donc d’une relativité. Par contre affirmer, dans l’absolu : « ce bâton est long » n’a évidemment aucun sens. Une assertion sans références ne peut être ni vraie ni fausse.

La vérité n’a plus de sens que pour les grandeurs quantifiable, d’ou la tentation pour vérifier une assertion d’utiliser la statistique ou le sondage.

Par exemple la rumeur a couru sur les réseaux sociaux que la légère pénurie d’œufs que nous avons connu était dû à une sur consommation des musulmans durant le ramadan . Information à priori mensongère et à visée raciste car l’œuf n’est pas un aliment spécialement habituel du ramadan. Cette rumeur  a pu être démentie par des études statistiques (donc quantifiées) de la consommation. Mais bien sûr les informations non quantifiable ne peuvent être vérifiées.

Conclusion

Les « Fake news » sont une plaie mortelle pour nos société, car non seulement elles infuses des informations erronées (et généralement malveillantes) mais surtout par ce que toujours plausible, et souvent « plus vraie que vraie », elles décrédibilisent l’information en général en tuant le concept de vérité.

Rappelons que c’est dans le relation d’un individu à ses références, ses repères, que se fabrique son identité. Quand les références sont plus ou moins communes elles fabriquent des citoyens dont les identités sont largement compatibles entre elles et donc une certaine cohérence de groupe. Plus les références se dissolvent  dans des repères incertains et moins la cohérence des groupes s’affirment. D’autre par les individus  à identité faible sont très exposés à la suggestion et aux propagandes. Ils ont tendance à se rallier aux « grandes gueules » et aux discours extrémistes et popilistes. C’est un dangereux penchant vers la radicalité.

Nos sociétés sont en perte de repères, les « Fake news » ont pour objet d’accentuer cette tendance, et la perte de repères favorise l’éclosion de « fake news ». C’est une cercle vicieux dans lequel nous plongeons ! 

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