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Le tableau de la violence

Devant tout situation un être humain a besoin de se positionner, de se situer. Évaluer une situation nous permet de nous en faire une représentation intégrée à notre système de pensée. C’est notre façon de vivre un événement, de nous sentir exister par rapport à celui-ci, de le vivre, donc d’avoir la conscience de participer à son histoire, en quelque sorte d’exister. Le positionnement est notre manière d’être à travers la relation que nous entretenons avec les situations vécues, à travers la représentation que nous nous faisons de notre vécu. Nous ne vivons pas les situations mais la représentation que nous nous en faisons !

Nous passons notre vie à juger les situations et les autres. C’est notre nature. Précisons que jugement, qui est une évaluation critique des événements ne veut pas dire condamnation qui est une prise de position morale, sociétale pat rapport à ce jugement en fonction de critères fixés à l’avance.

Ce besoin de positionnement s’accompagne chez nous d’un besoin de sécurité qui nous pousse à chercher un positionnement qui nous donne une situation dominante par rapport à l’événement, une situation de contrôle de celui-ci. C’est l’origine même de la notion de violence

La violence est l’utilisation de force ou de pouvoir, physique ou psychique, pour contraindre, dominer, tuer, détruire ou endommager. Elle implique des coups, des blessures, de la souffrance, ou encore la destruction de biens humains ou d’éléments naturels.  La violence traduit toujours un désir d’action.

Dans notre mauvaise habitude de classifier les choses par leurs effets plutôt que par leurs causes nous assimilons sous le vocable de violence des relations à l’autre bien différentes. Les mêmes causes produisent les mêmes effets mais les  mêmes effets ne proviennent pas forcement des mêmes causes,

La violence physique

  1. La violence ordinaire, celle qui nous touchent tous. Celle qui nous pousse à nous « engueuler » avec quelqu’un qui nous « double dans la queue », un employé de la poste qui n’agit pas comme nous l’aurions souhaité, un conjoint pour des motifs futiles, etc. etc. Derrière cette violence se cache toujours un sentiment individuel de frustration et d’impuissance.
  2. La violence dans la foule, celle qui se produit lors des débordement dans les manifestations. Elle recouvre évidemment un sentiment de frustration de d’impuissance à obtenir ce que l’on réclame, mais également un sentiment d’entrainement. Voir « les autres » avoir des comportements transgressifs, accompagné du sentiment d’impunité que donne l’anonymat permet de laisser éclater la frustration. C’est d’abord la colère, puis le passage à l’acte. La sur enchère des plus actifs fait monter le niveau de violence des moins actifs jusqu’à la limite de tolérance qui existe (heureusement) même pour les plus violent. N’ayant pas de « bouc émissaire » présent cette violence se tourne vers le matériel, voire vers les forces de l’ordre, vues non plus comme des êtres humains mais comme des représentations virtuelles de l’opposition à leurs désirs
  3. La violence froide et calculée du sadisme, c’est un cas bien différent de pathologie sadique. Là encore le reconnaissance par une autorité facilite le passage à l’acte. Il s’agit là moins d’une action que d’une forme de revanche !

La violence morale

  1. Le harcèlement moral. C’est encore une forme de défoulement sous couvert d’anonymat. Il concerne, bien sûr, ceux qui s’exposent sur les réseaux sociaux et ceux qui sont à l’affut de toute occasion pour exprimer leur violence refoulée. C’est un curieux phénomène ou certains insultent des personnes qu’ils ne connaissent pas, parce qu’elles ont écrit des choses dont elles ne savent pas qui les lira ! J’écris de façon anonyme pour des gens que je ne connais pas dont certains vont insulter des personnes qu’ils ne connaissent pas. Un vrai dialogue de sourds et d’aveugles.
    Un point intéressant à noter est que le profil des harceleurs est très voisin de celui des radicalisés. D’un côté des narcissiques paranoïaques qui ne supportent pas une opinion qui puisse les remettre en cause et de l’autre des individus à personnalité faible qui se donnent une allure de puissance en imitant leurs leaders narcissiques.
  2. La domination. Il y a, c’est certains, une forme de violence dans l’abus de position dominante. Qu’il s’agisse d’un supérieur hiérarchique sur un subalterne, d’un homme sur son épouse, d’un détenteur sur un solliciteur, il s’agit toujours d’une forme de chantage de celui qui peut sur celui qui ne peut pas. On veut en faire le « chemin de croix » des femmes, mais c’est une vue restrictive car ce genre de domination touche également les hommes
  3. La violence « à bas bruit » des groupes de pression. C’est une violence sociétale générée par la structure même de la société (souvent qualifié comme « le système », une sorte d’entité presque transcendantale, extérieure à nous, qui nous dominerais). En fait, ce fameux « système » nous en faisons partie, nous y contribuons tous, il est notre culture collective. Il n’en reste pas moins que ce « système » dans lequel nous ne trouvons pas la place que nous souhaiterions avoir est vu comme une violence qui induit chez certains un sentiment de frustration, donc une porte ouverte à exprimer leur propre violence.

Conclusion

On voit comment la violence peut prendre plusieurs visages. Elle peut prendre plusieurs formes et a de nombreuses causes. Néanmoins un élément semble être un invariant dans toutes ces formes, c’est le sentiment de frustration et d’impuissance à s’affirmer.

Prenons le simple exemple d’une altercation entre deux personnes dans la rue. Tout débute par un litige, aussi futile qu’en soit la nature. On commence par s’expliquer, chacun veut faire entendre raison à l’autre, le ton monte, devient pus que vif, on s’insulte, et finalement on en vient au mains. Classique ! Chacun est frustré de ne pas pouvoir avoir raison, la verbalisation échoue à résoudre le problème, chacun (ou au moins l’un des interlocuteur) ressent son impuissance à faire entendre son point de vue par la raison. Il oublie donc ce mode de fonctionnement et retourne à un comportement régressif, primaire et proche de la nature qui est la violence physique.

Ceci explique clairement pourquoi ceux qui manient le moins bien les idées et la langue sont plus enclins à tomber rapidement dans l’affrontement physique. Les plus cultivés, plus intellectuels irons plutôt vers la violence morale.

Lutter contre la violence supposerait lutter contre les frustrations qui nous titillent tous. C’est malheureusement une vision utopique car ce sentiment né de la comparaison entre ce que nous rêvons pour notre vie et ce qu’elle est vraiment n’est pas près de s’éteindre, il fait partie de la « condition humaine ». Cette utopie est de la même nature que celles de l’égalité, de la fraternité, de la liberté, des rêves inatteignables !  L’utopie et joyeuse et roborative mais elle est, inévitablement, suivie de la déception.

Dans nos société modernes, effrayées par toute violence physique, on pense que verbaliser sa frustration, l’exprimer dans une discussion peut permettre de l’exorciser et de la combattre. Je n’en suis pas persuadé. Nos sociétés, pour combattre la violence physique ont inventées la violence morale (qui n’existait pas dans les sociétés primitives) à travers les institutions et leurs lois, à travers les religions et leurs commandements, les morales et leurs règles. Il n’est pas certain qu’un coup de poing ou une gifle fasse plus de mal qu’une contrainte morale, une domination psychique. Qu’est-il préférable, avoir à faire appel à un médecin ou à un psychologue pour réparer les dégâts de la violence ?

L’appel à la violence est inévitablement lié à notre besoin de positionnement. Celui-ci induit des inégalités, donc des frustrations. On ne peut envisager d’éradiquer la violence, elle est inhérente à notre type de relations. Par contre, on peut la canaliser, la sublimer. Bien sûr cela reviendrait à remplacer la frustration initiale par une autre, celle qui nous retient d’être violent. La psychologie relativiste peut nous donner une piste. La frustration vient du fait que nous passons trop rapidement du positionnement vis à vis d’une situation (jugement critique) au verdict ou à la condamnation. La psychologie relativiste nous montre que l’on peut juger sans condamner, c’est à dire se positionner sans hiérarchiser. Je prends un exemple simple : le racisme. On peut juger qu’il y a des différences morphologiques qui permettraient (c’est loin d’être évident) de classifier les êtres humains en catégories taxonomiques que l’on pourrait appeler races. Ce n’est pas du racisme, c’est un simple effort de classification. Le racisme né quand, à partir de cette classification (ce jugement) ont veut établir une hiérarchie entre les races (verdict, condamnation). Classifier ne veut pas forcément dire classer ! Accepter de voir les différences entre chacun sans vouloir en tirer des conséquences hiérarchiques de domination permet d’éviter le sentiment de frustration qui anime celui ou ceux qui ont le sentiment d’être dominés. Oui nous sommes tous différent, non il n’y a pas de meilleurs et de moins bons.

Admettre que dans un litige, dans une confrontation, il y a une vérité et une seule, revient à admettre qu’il y a au-dessus des hommes une entité supérieure qui fixe cette vérité ou cette morale. C’est une vision quasi religieuse qui dépouille les hommes de leur destin. A chacun sa vérité, selon son vécu, ses expériences, sa culture. On ne peut juger d’un litige avec un code pénal pour l’une des parties et un code différent pour l’autre partie.

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