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Thérapies comportementales et Parmentier de canard

C’est parfois au travers d’un événement banal de la vie courante que l’on redécouvre les bases de la philosophie !

La perception que l’on a d’une situation et parfois bien différente de la réalité de cette situation (si tant est qu’elle existe !). Le souvenir que je vais évoquer ici met en relief tous les mécanismes d’acquisition et de ré utilisation de ses souvenirs par la conscience. Elle explicite également le processus de construction pathologique de la conscience et les possibilités d’y remédier par une thérapie (de type comportementale)

J’ai l’habitude de manger des plats cuisinés industriels (Ce genre de plat ou il y a trop de sel, trop de gras, trop de sucre, de l’huile de palme, et plein d’additifs qui donnent le cancer !). J’ai mangé l’autre jour un Parmentier de canard, pas mauvais au goût, mais plein d’espèce de trucs un peu gélatineux genre tendons ou nerfs dans la viande. C’était vraiment très désagréable et j’ai eu vraiment du mal à finir la barquette. J’ai eu l’occasion de remanger ce plat avec encore la même impression de morceaux tendineux, à la fois coriaces et un peu gluants et cartilagineux. Je me demandais comment on pouvait trouver dans un canard autant de bas morceaux.

Alors que je jetais l’emballage à la poubelle j’aperçu sur le carton l’énoncé : « Parmentier de canard aux champignons ». Alors là, Tilt ! Mon souvenir, réactivé par cette nouvelle information : « Le plat contient des champignons », se modifie légèrement et je vois la sensation éprouvée d’un autre œil (beaucoup moins négatif). J’ai remangé de ce plat et n’ai plus éprouvé la sensation désagréable que j’avais eu précédemment. Je ne mastiquais plus des nerfs, mais des champignons.

Pour d’écrire le phénomène, disons que ma sensation première a été analysée par ma conscience comme reliée à la sensation désagréable de mastiquer un tissus caoutchouteux et gluant. J’avais complétement occulté le souvenir de la consistance du champignon pour mettre en avant un souvenir plus désagréable. Avec l’acquis d’une nouvelle information j’ai pu ré-analyser la sensation sur de nouvelles bases et modifier la perception que j’en avais originellement.

Ceci nous apprend deux choses

  • 1. Suite à une mauvaise analyse critique d’un événement, d’une situation, d’un relation, on peut être amené intégrer dans le réseau de notre conscience une information en décalage ou incohérence avec le reste du réseau de liens logiques établis. Toute analyse critique qui s’appuiera ultérieurement sur ce lien erroné développera une branche du réseau de la conscience en incohérence avec le reste du contenu acquis. Se créeront alors des parties de conscience marginales qui, si utilisées, pourront nous conduire à des positionnements, puis des comportements aberrants.
  • 2. Quand il s’agit de l’analyse du goût d’un Parmentier de canard les conséquences ne devraient pas être dramatiques. Si ce schisme se produit au plus profond de notre conscience, les branches marginales pourront prendre une importance considérable et conduire à de véritables états psychopathologiques.
  • 3. Comment remédier au nuisances que peuvent créer ce déséquilibre de notre conscience. Il est illusoire, comme le prétendent les psychanalystes, de remonter dans le temps pour corriger des erreurs de construction de la conscience. L’idée de revivre aujourd’hui une situation vécu jadis est un non -sens. On ne refait pas l’histoire (sauf pour les négationnistes) le passé est le passé et il ne peut être revécu avec la conscience d’aujourd’hui. L’idée même d’effacer une partie de la mémoire pour la reconstruire de façon différente est une aberration. Le passé existe parce qu’il a existé et nous devons faire avec, l’assumer.
  • 4. Par contre l’acquisition de nouvelles informations, un nouveau regard porté sur ce passé sont possibles. Comme pour le Parmentier de canard, une nouvelle analyse critique alimentée par des nouvelles informations peut créer les liens de remise en cause de la partie de mémoire erronée. Cette dernière peut être contredites, classée au rang d’erreurs par l’apport de nouveaux éléments. Plus on développera ces nouvelles représentations et leurs réseaux logiques de dépendance et plus les erreurs du passé apparaitrons comme obsolètes. La nouvelle construction viendra en quelque sorte encapsuler la zone de conscience en erreur, viendra la dévaloriser, on peut dire la « ringardiser »
  • 5. Il est intéressant de constater que l’acquisition de nouvelles informations, non seulement remet en cause la perception que l’on peut avoir d’un événement actuel, mais modifie également le souvenir que l’on a pu en avoir. Par exemple dans cet exemple du Parmentier de canard les nouvelles connaissances me permettent de le manger maintenant sans dégout mais, en plus, elles ont modifiées le souvenir que j’ai de mes sensation anciennes. Quand je me remémore mes émotions anciennes, je ne peux plus les revoir du même œil. Elles m’apparaissent comme modifiées par les nouvelles acquisitions qui ont agit comme une sorte de thérapie.

On voit, alors, comment une rééducation, sans supprimer les anciennes expériences peut, à l’aide d’informations nouvelles, les corriger et leur donner une nouvelle perspective. C’est tout le principe des thérapies comportementales et cognitives.

C’est au thérapeute d’imaginer les exercices, les nouvelles pratiques et habitudes qui proposerons les nouvelles informations nécessaires à la réalisation de cet objectif. Le patient ne sera jamais guéri de son vécu passé, mais il sera de nouveau en cohérence avec lui-même et verra sa pathologie s’améliorer.

Formation des opinions et thérapies comportementales

Dans l’évolution d’une société vers de nouvelles valeurs on distingue trois étapes :

  1. La prise de conscience collective (somme des prises de consciences individuelles) qui agit sur la formation de la conscience cognitive de chacun. De nouvelles valeurs sont intégrées et la pensée cognitive individuelle et collective s’en trouve modifiée. Lors d’un sondage sur l’acceptabilité de ces nouvelles valeurs les « sondés » on tendance à fournir une réponse d’acceptabilité.
  2. Sous la pression de cette opinion les gouvernants ou leurs organes législatifs adoptent des lois qui inscrivent ces nouvelles valeurs dans la légalité
  3. Vient alors la période de début de l’application de la loi et on se trouve très souvent confronté à de sérieuses résistances. En effet, alors que sondés, les individus avaient tendance à répondre via leur conscience cognitive (et approuver la mesure), mis en situation ils se trouvent en conflit avec leur conscience émotionnelle qui, n’ayant pas encore fait face à cette nouvelle situation, réagit par ses anciennes valeurs émotionnelles non mises à jour. Il faudra un peu de pratiques et plusieurs expériences pour que les couches les plus anciennes de la conscience (émotion) et les couches les plus récentes(cognitive) se retrouvent en phase. (une forme de « remise en cohérence » de la mémoire ). La vision collective s’appuie davantage sur le cognitif alors que l’approche individuelle reste fortement influencée par l’émotionnel.
  4. On voit ainsi qu’une évolution des valeurs dans la conscience cognitive ne met pas directement à jours les valeurs émotionnelles (alors que l’inverse est plus automatique) Il faudra la confrontation à l’expérience pour qu’un conception intellectuelle puisse retrouver ses racines émotionnelles
  5. Pour montrer comment l’émotionnel profond et difficile à modifier je vais prendre l’exemple que je connais le mieux, c’est à dire moi ! je me penses et me prétends ni raciste, ni machiste, … et pourtant ! Si par exemple dans un reportage je vois une femme noire qui perd son enfant j’ai tendance dans un premier réflexe à minimiser l’importance de son deuil, puis la raison prend le dessus et ma compassion devient totale. Sur la « différence » homme-femme je sais que mon premier élan me pousse à faire plus confiance à un homme qu’à une femme pour prendre des décisions importantes, la raison me conduit évidemment à une vision plus raisonnée. Même si cette élan raciste ou machiste ne dure qu’un petit centième de seconde et qu’il est vite étouffé, on ne peut nier son existence ? Il est dans notre conscience des tréfonds animaux qui refusent de s’effacer. Heureusement, ils sont contrôlés, gouvernés par notre cognitif, sociabilisés. On comprend comment en l’absence d’une bonne sociabilisation les instincts primaires peuvent prendre le dessus dans nos comportements. Nous sommes tous, au fond, des bêtes qui ont appris (plus ou moins) à vivre ensemble.                                                                                                                                          

Je ne crois pas être un monstre et ce que j’observe en moi doit-être le lot de chacun d’entre vous.

Cette exemple nous permet d’aborder  le principe des thérapies comportementales et cognitives.

Lorsque notre conscience cognitive s’est construite « de traviole » en raison de certaines erreurs dans l’analyse critique de situations anciennes, le décalage entre nos valeurs émotionnelles intégrées et leurs représentations dans l’univers cognitif peut induire des comportements pathologiques ou déviant. Les premières approches thérapeutiques se proposaient de remonter dans nos souvenir et de corriger ces erreurs (comme on corrige un « bug » dans un programme informatique). C’est un principe auquel je ne souscrit pas. Il n’est pas question d’effacer la mémoire ni de la reconstruire en se mettant dans un situation analogue au souvenir. Ce n’est simplement pas possible de revivre avec la conscience d’aujourd’hui des événements qui ont été analysés avec la conscience d’hier. Ce qui est fait, et fait, et le passé ne se réécrit pas. Le passé, dans son bon et son mauvais doit s’assumer.

Il faut donc envisager une autre approche thérapeutique.

L’analyse de la formation d’une opinion développée plus haut peut nous fournir un excellent fil conducteur.

Disons d’abord que nous considérons une opinion comme la résultante d’un certain nombre de positionnements dans le domaine considéré. Il y a alors deux façon de se forger une opinion :

  1. Selon un cheminement personnel. La formation même de la conscience cognitive par la création de liens logiques entre les représentations mentales que nous nous faisons des situation nous amène à définir les positionnements nécessaires à la formation de notre opinion sur les choses. Cette opinion peut, évidemment, être plus ou moins rigide, plus ou moins solide,  plus ou moins cohérente, plus ou moins pathologique. Qu’importe à ce stade, c’est notre opinion.
  2. Une autre façon de se forger une opinion est la formation ou l’éducation. Dans ce cas l’opinion, toute faites, nous est proposée par un éducateur, un commentateur, un philosophe. Cette opinion nous intéresse et nous décidons d’y souscrire (en général, pas par hasard, mais parce que nos idées ou nos failles nous poussent en ce sens). Nous recevons dans notre conscience cognitive des informations qui nous séduisent, mais ne sont pas forcément en accord avec notre vécu historique émotionnel. Nous adoptons cette opinion mais sans véritablement l’accepter sur le plan de notre émotionnel. Progressivement, en faisant vivre cette idée, nous allons développer de nouveaux liens logiques en liaison avec notre conscience émotionnelle qui vont, non effacer les positionnements acquis dans le passé, mais se superposer à eux, créer des liens de remise en cause, et finalement les envahir et les étouffer comme un lierre asphyxie une plante. C’est la volonté de « faire vivre » ces idées nouvelles, de les prendre volontairement en compte dans toute analyse des situations vécues qui va ancrer nos nouvelles opinions dans notre conscience. Entre la volonté d’adopter une idée et son intégration totale (presque totale !) dans notre conscience, le chemin est long. On retrouve là un des préceptes de Bouddha : « Ce qui importe n’est pas d’atteindre son but, mais de suivre le chemin qui mène (ou plutôt mènerai) à ce but ! »

On comprend, ainsi, le principe des thérapies comportementales et cognitives. Pas question de renier ou d’effacer un passé gravé dans notre conscience, mais de donner au patient la direction à prendre et les outils pour cheminer vers le but. Le cap est, bien sûr, de corriger les comportements pathologiques pénalisant, et les outils les exercices volontaires qui vont permettre dans toutes situations d’analyser les événements dans le contexte du but à atteindre. Le patient pourra alors, pas à pas, forger les liens logiques qui vont intégrer dans sa conscience les critères correctifs, les éléments qui vont, peu à peu, supplanter les éléments pathologiques et étouffer la maladie. Il ne sera, peut-être pas réellement guéri au sens psychopathologique, mais il pourra vivre « comme si ! ». Personne n’en demande plus.

L’important n’est pas d’atteindre son but, mais de cheminer vers lui !

La psychologie relativiste et la psychologie comportementale et cognitive

Si l’on regarde d’un peu près l’efficacité des thérapies dans les domaines autour de la psychologie on est obligé d’admettre qu’elle est d’une grande faiblesse. Quand on penses que pour améliorer un symptôme chez un patient il faut 4 à 5 ans de psychanalyse, on se rend compte combien le rapport entre les efforts fournit et les résultats obtenus est disproportionné. En médecine par exemple, il suffit d’une ou deux visites chez un médecin pour guérir des pathologies classiques, et l’efficacité de la technique médicale est sans commune mesure avec celle de toutes les techniques de psychologie. Bien sûr la création de médicament est un effort gigantesque pour un laboratoire pharmaceutique, mais rapporté au nombre de malades qui en bénéficierons il reste malgré tout modeste. C’est pourquoi la psychiatrie a une efficience assez élevée vis à vis des autres techniques thérapeutiques utilisée dans le domaine de la psychologie.

Ce rapport efforts engagés/résultats obtenus est un point essentiel car il va déterminer la compatibilité économique des soins et l’accessibilité générale aux soins pour les malades. Hors, le challenge qui attend les psychologues est : « comment guérir le maximum de patients avec les minimum de ressources engagées ». On peut dire, aujourd’hui que ce challenge est loin d’être gagné !

Un espace prometteur s’ouvre actuellement avec les thérapies comportementales et cognitives qui permettent, avec un minimum de séances (8 ou 10) de corriger des comportements déviants et pénalisants pour le patient. Dans ces conditions l’accès aux soins arrive dans le domaine du possible et c’est un bon signe.

Dans ce domaine, la psychologie relativiste peut être d’une grande aide pour les thérapeutes.

Corriger des comportements déviants suppose en premier lieu de définir ce qu’est un comportement, quel est le mécanisme de sa formation, pourquoi il va se produire dans un sens plutôt que dans un autre, quel est la raison d’un éventuelle déviance ? La psychologie relativiste va nous apporter sinon toutes les réponses, du moins des pistes pour tracer la genèse des comportements.

Comment se construisent les comportements dans la théorie de la psychologie relativiste

  • Quand il vit un événement, le sujet perçoit une « émotion », un « message », issu de son environnement.
  • Reçu dans sa conscience émotionnelle, ce message est analysé par sa conscience cognitive en vue d’être intégré à son vécu historique pour enrichir cette conscience cognitive.
  • Cette analyse va induire des positionnements de la conscience vis à vis de l’événement pour construire les liens logiques qui vont relier les divers paramètres de cet événement aux éléments déjà acquis dans la conscience cognitive.
  • Ces positionnements vont induire l’attitude ou les attitudes que le sujet va adopter vis à vis de cet événement.
  • Ce sont ces attitudes qui vont déclencher les comportements (actifs ou passif) du sujet

Dans ce schéma on voit combien c’est la structure, même, de la conscience cognitive acquise qui va gouverner les positionnements, les attitudes, et les comportements du sujet vis à vis de l’événement vécu. On peut donc dire qu’un sujet réagit à un événement en fonction, bien sûr de l’événement extérieur, mais surtout en fonction de ce qu’il est, de ce que sa conscience cognitive a déjà acquise. Si la structure de la conscience, dans la zone mise en jeu est cohérente le comportement induit du sujet sera cohérent (c’est à dire en phase avec ce que le sujet est réellement). Si au contraire la zone de la conscience mise en jeu présente un certain niveau d’incohérence avec l’ensemble du réseau de la conscience cognitive, les comportements induits pourront être incohérents, déviants, par rapport à ce que le sujet ou son environnement peuvent attendre.

Prenons un exemple, ou plutôt décrivons un schéma comportemental non pathologique, imaginaire, caricatural, pour essayer de faire comprendre le propos :

Supposons un sujet à forte éducation et pratique religieuse, donc enclin à la tolérance et au respect de l’autre. Supposons que par ailleurs son environnement lui ai appris une certaine méfiance vis à vis de l’homosexualité, considérée comme une perversion, une dégradation de l’individu. Si on pose à ce sujet la question du mariage entre homosexuels ses comportements, ses réponses risquent d’être erratiques et sans cohérences. Partagé entre son souci, ancré dans sa conscience, de tolérance et de respect, et son dégout de l’homosexualité ses positionnements seront ambiguës, mal assurés, et ses comportements manqueront de cohérence.

Dans le domaine pathologique le processus sera le même mais, évidemment, plus sournois.

Actuellement, les thérapies comportementales et cognitives utilisent des procédés expérimentaux d’apprentissage pour créer, au sein de la conscience cognitive, les « patchs », représentations compensatoires qui vont chercher à masquer la zone de non cohérence chez le sujet pour « l’encapsuler » dans une zone formée d’éléments cohérents avec l’ensemble de la conscience et qui vont corriger les positionnements malsains pour produire des nouveaux comportements satisfaisants pour le sujet et son entourage.

Évidemment la grosse difficulté de ce type de thérapie est de savoir créer entre la zone erronée de la conscience, et la nouvelle zone compensatoire, le lien logique indispensable qui annonce : « La proposition qui vient de cette zone est erronée et doit être remplacée par la proposition de la nouvelle zone compensatoire ! ». Actuellement ce lien se construit de façon inconsciente (pour le thérapeute comme pour le patient) par l’ajustement expérimental des processus thérapeutiques, et semble plutôt bien fonctionner.

Une étude particulière du processus de création de ce lien indispensable pourrait largement améliorer le process thérapeutique, et la psychologie relativiste pourrait être d’une grande aide en ce domaine.