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Éloge de la différence

La vie peut se représenter comme l’évolution permanente de la matière dans le temps et dans l’espace. Elle est donc symbolisée par le mouvement, c’est à dire la différence entre un état initial et un état final. On conçoit que la notion de différence soit un incontournable de la vie.

Imaginons un monde dans lequel tout état final serai identique à l’état d’origine, un monde sans différences. Ce serai univers figé, c’est à dire mort.

C’est donc la notion de différence qui caractérise le vie !

Le point fondamental est que c’est le ressenti d’une différence qui peut créer l’émotion. Prenons l’exemple contraire : L’eau est un liquide inodore et sans saveur, pourquoi ? Tout simplement parce que notre corps est constitué en grande partie d’eau, que notre bouche est en permanence gorgée de salive (donc d’eau) et que l’apport d’eau supplémentaire ne procure aucune sensation nouvelle (excepté des sensations de chaud ou de froid).

C’est le ressenti d’une  différence qui provoque l’émotion qui peut nous mettre en mouvement (qu’il s’agisse d’une différence olfactive, de situation, ou d’idées). C’est pourquoi nous remarquons ce qui nous choque plus que ce qui nous ressemble (les trains en retard plutôt que ceux à l’heure)

Certain d’entre nous sont tolérants à la différence d’autre beaucoup moins

 Plus la pensée est rigide et moins la différence est acceptée. Plus, au contraire, la pensée est  ouverte et moins la différence est repoussée.

La différence implique une obligation de se positionner (la similitude n’entraine aucune obligation analogue), c’est à dire une analyse comparative de ce que l’on est par rapport à la situation, l’objet, l’être qui nous interpelle. Cette comparaison peut s’accompagner d’anxiété ou de peur. De toutes façons la différence dérange dans la mesure ou elle nous propose quelque chose d’autre que nous même. Elle peut donc déclencher un sentiment de rejet ou d’acceptation. Chez les personnes à pensée rigide le rejet et fréquent, c’est dommage car l’acceptation d’une vision nouvelle, son intégration dans notre conscience, et la remise en cause qu’elle suscite est le seul facteur d’enrichissement qui nous soit offert. Elle nous apporte connaissance, maturité, et une capacité d’appréhender un monde toujours plus complexe. La  différence est notre moyen d’évoluer dans la vie. La formation de notre identité et le fruit de ces « acceptations/refus » de la différence

Même si la différence est parfois difficile à vivre, à accepter, elle est le moteur et le seul moteur de la vie. C’est sur la différence que nous nous construisons et que nous forgeons notre identité. L’identité est ce qui fait de nous un être unique, différent des autres. Nous sommes le fruit de nos différences.

NB  N’oublions jamais que nous ne sommes rien dans l’absolu et que nous nous définissons que par rapport aux autres, à notre environnement. Nous n’existons que par rapport à nos semblables

La différence, nécessité pour exister

Avant d’aborder le sujet précisons quelques notions autour du mot « identité ». C’est un mot qui veut dire tout et son contraire

  1. L’identité renferme les diverses caractéristiques qui font de chacun d’entre nous un être unique et donc identifiable entre tous.
  2. L’identité représente également la similitude entre deux êtres ou deux objets qui les rend impossible à distinguer l’un de l’autre.

On voit donc que ce terme recouvre deux notions totalement antagonistes. Méfions-nous donc des discours creux qui nous parlent d’identité, d’identitaire, d’identité nationale ou autre. Ce sont des mots dangereux qui font raisonner en chacun d’entre nous ce que nous voulons bien entendre.

Nous prendrons donc dans ce qui va suivre :

« Identité » pour ce qui défini un être dans son unicité`

« Similitude » pour ce qui signifie des objets similaires.

Voyons comment évolue un individu au cours du déroulement de sa vie :

  1. A sa naissance le nourrisson n’a que très peu de capacités cognitive. Il perçoit, ressent, mais ‘analyse pas. Il est incapable de codifier ses ressentis, de les formaliser. C’est pourquoi de cette époque il n’aura aucun souvenir conscient.  Son vécu est purement émotionnel, il se vit en fusion avec son entourage et principalement ses parents. Il ne se différencie pas de son environnement, il en fait partie comme son environnement fait partie de lui. Il n’a pas de relation avec l’extérieur puisqu’il est lui-même cet extérieur.
  2. Progressivement il va apprendre à se dégager de cette fusion et va commencer à envisager une relation à l’autre. La relation implique une distanciation, une différence. Dans la petite enfance il va apprendre à percevoir, évaluer cette différence. Plus il construit de relations diverses et crée de liens logiques entre-elles plus il ressent la distance entre lui et les autres. Il s’autonomise ! Il relationne dans d’autres contexte que celui de la famille :  nounou, maitres et maitresses, copains copines, modèles sportif, idoles de dessins animés ou de musique. Les relations sont trop nombreuse pour qu’il puisse fusionner avec tous et toutes. Petit à petit il construit son identité. Il se détache (un peu) de la famille pour trouver d’autres centres d’intérêts. Néanmoins il est toujours en recherche de situations fusionnelles.
  3. L’adolescence est le moment charnière ou il commence à abandonner les références de sa petite enfance, se dégager de ce cocon pour plonger dans un autre univers protecteur, celui de la bande de copains copines, les associations diverses, les équipes, les idéologies. Il se désengage de son enfance mais essaye de recréer un monde protecteur dans lequel il reste entouré et en sécurité. C’est un moment difficile pour lui car il abandonne un milieu cosy et protecteur pour se lancer dans une autonomie dont il n’a pas vraiment les clés. C’est un moment difficile pour ses parents qui voient se déchirer une relation de fusion pour devoir s’adapter à une nouvelle relation d’adulte à adulte avec lui. L’adolescence est un moment où tout se réinvente.
  4. Progressivement, avec l’âge adulte l’individu prend de l’autonomie, son identité s’affirme, la composante fusionnelle de ses comportements diminue. En même temps la conscience se rigidifie et les capacité d’adaptation que donnent le fusion disparaîssent.

Conclusion

L’analyse de cette évolution nous montre l’évolution de la dualité entre la fusion (similitude) et l’autonomie (différence).  Toute sa vie l’individu est partagé entre une attitude fusionnelle régressive mais sécurisante et une attitude d’indépendance progressive mais anxiogène. L’évolution, les expériences le poussent inexorablement à prendre son autonomie. Les multiples expérience qu’il vit, les positionnements qu’il adopte, lui apportent un enrichissement de sa conscience et forgent son identité. Plus il s’affirme dans son identité et plus il se ressent différent des autres. La fusion, la similitude, entrainent une attitude de repli, un sentiment de « ne pas être », dilué dans les autres. Au contraire la prise d’autonomie, la différence, cultivent le sentiment d’exister, de vivre, de se définir dans son identité. La différence est une nécessité existentielle. C’est l’émotion qui nous déstabilise, et qui active notre cerveau. Pas de stimulation cérébrale sans émotion, pas de d’émotion sans perception, pas de perception sans différence ou mouvement

L’expérience née de la différence et devient le moteur de la formation de notre identité.

On ne peut pas se définir par rapport à un clone, être « la même chose » n’est pas une définition, n’est pas une identité, c’est une absorption, une fusion. On se défini au contraire dans une différence, c’est en se sentant différent des autres, par rapport à eux que l’on devient soi-même.

Il faut être l’autre d’un autre pour exister en tant que soi ! (désolé c’est un peu tordu, mais à la réflexion c’est pas faux)  

La différence enrichi, la similitude sclérose et appauvri. Devenir soi-même impose de franchir l’écueil anxiogène de la différence et c’est la grande difficulté de vivre

Pour faire un homme, mon dieu que c’est long !