Archives par étiquette : deuil

Mieux gérer son deuil

« ce qui ne me tue pas me rend plus fort (Nietzsche 1888 »

Un deuil, au  sens le plus large, est la rupture brutale d’une relation affective. Il peut s’agir du décès d’un proche, d’une rupture amoureuse, de la perte d’un objet fétiche, de la perte d’une situation favorable. Le deuil n’épargne personne, depuis l’enfant qui perd son doudou, une séparation amoureuse, un licenciement brutal, le décès d’un parent. Le deuil est à la fois douloureux et nécessaire à la maturation d’un individu. C’est par l’apprentissage de la séparation que l’on peut s’autonomiser, prendre son identité propre, devenir un adulte indépendant. Le deuil est un incontournable de la vie. L’humain a un besoin existentiel d’établir des relations avec ses semblables, ces relations sont éphémères, et la séparation inévitable fait partie de la condition humaine. Apprendre à vivre le deuil est salutaire.

Faire du deuil un événement positif serait bien sûr exagéré car le deuil est une blessure à la fois affective et narcissique, mais le gérer comme un inconditionnel de la vie permet de mieux le supporter.

Dans une blessure affective la réaction est inévitablement affective, c’est à dire hors de tout contrôle objectif par la raison. Essayons donc de dédramatiser le drame, ce qui est assurément pas facile !

Prenons donc le cas de la perte d’un être cher (décès ou rupture).

On ressent un grand vide, une perte des repères, une perte du sens de la vie, une forme d’inutilité des choses. Ce qui était rose devient gris. C’est là que commence le travail, redonner des couleurs à la vie. Bien sûr on ne passe pas directement au rose (qui est une coloration de l’utopie) mais sortons du gris pour repeindre notre univers.

Voyons d’abord ce que peut être ce sentiment de vacuité qui nous assaille. On l’attribue à la perte de l’être cher, au manque de sa personne. Première erreur !

Avant de le(la) connaître on a put être heureux, et croyez en la parole d’un vieil homme, on pourra encore être heureux après. Ce n’est donc pas la personne qui nous fait défaut.

Mais alors, que nous manque-t-il ?

Il nous manque toutes les projections affectives que nous avons construit sur lui (elle), cette euphorie utopique que nous avions créée, cette fusion de nous en lui(elle). Le deuil est moins la perte d’un être aimé que la perte d’une partie de soi-même, celle que l’on avait investie dans l’autre.

Prenons un exemple aussi simple et basique que possible : Je vais acheter un paquet de biscuits. Je choisi une certaine marque parce que je sais que lui (elle) la préfère. C’est un geste naturel quand on aime. Après la séparation, dans la même circonstance je vais inconsciemment me poser la même question maintenant vide de sens. J’ai un moment de flottement, de perte de repères avant de faire mon choix. Certain(e)s continuerons, pour faire durer l’illusion, la marque que lui(elle) aimaient, d’autre ne saurons plus que faire n’étant plus tentés par aucune marque, d’autres enfin finirons par se remettre au centre du jeu et achèterons la marque qu’ils préfèrent. La dernière attitude est la bonne !

Le problème se renouvelle pour toutes les micro ou les macro décisions de la vie, ce qui génère un perpétuel sentiment de vide, d’incertitude, de manque. C’est dû au fait que la situation ayant changé les anciens repères ne sont plus adaptés à la situation nouvelle. C’est ce manque de repères, de positionnement dans la vie qui crée la douleur de la séparation, le sentiment d’abandon.

C’est donc vers la perte de ses anciens repères et la création de nouveaux positionnements qu’il faut agir. Bien sûr c’est plus facile à dire qu’à faire, mais c’est la voie du deuil. Faire son deuil c’est justement d’abandonner ses anciens critères d’évaluation des situations pour se créer de nouveaux points d’ancrage dans la vie et la repeindre de nouvelles couleurs.

Il faut au plus vite oublier l’avant pour se projeter dans l’après. C’est difficile car l’avant était heureux et l’après incertains, mais attention vivre l’avant aujourd’hui est impossible, inconfortable, et source de souffrance. Renoncer et difficile mais nécessaire et mieux vaut regarder devant que derrière. Avant était beau, mais vu avec les yeux d’aujourd’hui il est amer. Mieux vaut l’incertitude que l’amertume.

C’est là que l’expérience de ceux qui ont vécus est utile et croyez-moi par expérience, le bonheur est toujours devant soi, et jamais derrière

Le deuil

0n considère, en général, que le deuil consiste en la perte d’un être cher (parent, frère ou sœur, proche) ceci constitue évidemment l’un des paroxysme du deuil mais l’on peut voir que le mécanisme sous-jacent au deuil est beaucoup plus général.

Avant d’aborder ce problème il nous faut définir le mécanisme de la fusion.

Une relation fusionnelle est la mise en commun de deux univers en étroite dépendance. Elle peut se produire sur un mode émotionnel ou cognitif, la mode émotionnel étant de loin prépondérant.

Lors de notre naissance nous avons déjà forgé « in utéro » un certain nombre de références avec l’environnement maternel. A la naissance nous perdons totalement ces points de repère pour nous trouver dans un monde ou nous n’en n’avons plus. (nous verrons plus tard pourquoi il s’agit de notre premier deuil.

Le bébé va, au contact de sa mère (dans le cas le plus courant) développer une relation charnelle basée sur le contact, l’odeur, le son, c’est à dire nos sens les plus archaïques et émotionnels. Cette présence est absolument nécessaire au bébé pour prendre ses repères, se sécuriser. Cette relation est totalement fusionnelle car le nourrisson n’a pas d’autres références que celle que lui offre sa mère. Alors qu’avant la naissance il était physiologiquement entièrement dépendant de sa mère il en devient en quelque sorte dépendant émotionnellement. Il ne se sent exister qu’à travers cette relation de fusion.

Progressivement le bébé au hasard de ses expériences  développera d’autres relations avec son environnement proche (parents, jouets, berceau …) mais toujours sur le mode fusionnel et par échange de sensations.

A partir de 1 an l’enfant commence à développer son univers cognitif et commencer les apprentissages, dont le langage, la motricité debout, la déglutition des solides …

En grandissant, bien que ses relations restent très affectives sa conscience cognitive (formulation des émotions dans un formalisme sociabilisé) se développe.

A l’adolescence la dépendance à l’influence familiale commence à peser. En effet les expériences extérieures de plus en plus nombreuses font diverger la conscience  de l’ado de l’identité familiale. L’adolescent commence à forger l’embryon de son identité. C’est un moment difficile de flottement car l’abandon des références familiales pour plonger dans un monde adulte dans lequel les repères ne sont pas encore clairement définis et anxiogène. Ici encore c’est une forme de deuil. Tout abandon d’une situation bien référencée est un deuil.

En superposition d’autres pertes peuvent arriver, comme la disparition des grands parents, frères ou sœur, parents, proches, les ruptures amoureuses, constituent également autant de deuils qui impactent les individus.

Avec l’âge adulte la conscience cognitive prend le pas sur la conscience émotionnelle sans pourtant que celle-ci perde de son influence en « sous-marin » (puisque notre conscience cognitive se construit inévitablement à partir du vécu de nos émotions.

Dans le deuil, c’est l’émotion qui domine. C’est la part de fusion que nous avions avec l’être, l’objet, ou la situation qui nous fait défaut. Cette part est la partie de nous même que nous avons projeté sur l’entité que nous perdons qui nous manque. Cette entité qui nous quitte emmène avec elle une part de nous même ce qui pour nous est toujours un déchirement. Toutes les références, les repères que nous avions avec l’objet qui nous quitte créent un vide dans notre monde. Nous avons perdu une partie de notre identité (et la crise d’identité est génératrice d’angoisse) Faire son deuil c’est combler ce vide en re créant de nouvelles relations (références), de nouvelles projections sur de nouvelles personnes, objets, ou situation.

Il est fondamental de comprendre :

  1. Dans une perte comme un deuil de qui nous fait défaut de n’est pas l’objet perdu (qui est toujours remplaçable et très souvent remplacé) mais la perte de ce que nous avions projeté sur lui, une perte d’une partie de notre identité, une perte d’une partie de nous-même.
  2. Faire son deuil c’est combler ce manque le plus rapidement possible. Pour cela il faut au plus vite nous repositionner dans la situation nouvelle, aller de l’avant sans regarder derrière soi. Toute plaie doit cicatriser au plus vite.
    Il n’y a jamais de trahison envers un proche décédé car dans la mort il n’existe plus et on ne peut pas trahir qui n’existe plus. Se reconstruire n’est pas oublier mais simplement continuer à vivre
    La nostalgie, les commémorations, les visites au cimetière, sont autant de façons de perpétuer la douleur (comme si on empêchait une plaie de cicatriser pour faire durer le mal). Faire son deuil c’est accepter la situation nouvelle et y faire face. Le souvenir est normal mais le culte du souvenir est destructeur (ou du moins empêche de se reconstruire). Admettons qu’un être qui nous a quitté n’existe plus et que nous avons le droit et même le devoir envers nous-même de vivre sans lui, que dans une rupture amoureuse celui ou celle qui nous a quitté est sortie de notre vie (le monde de manque pas de nouveaux célibataires à conquérir !), qu’un objet perdu se remplace

La difficulté dans un deuil n’est pas de se reconstruire mais de renoncer !