Mémoire et conscience : Organisation structurelle

J’ai déjà eu l’occasion de parler la structure de la conscience. J’aimerais aujourd’hui distinguer la mémoire qui est le stockage des informations dans le cerveau et la conscience qui est l’activation du cerveau par une nouvelle perception et sa confrontation au contenu de la mémoire.

Notre mémoire se remplie par couches successives. Tout perception nouvelle fournit au cerveau une information électrique (via nos organes sensoriels : Vue, Ouïe, Odorat, Gout, toucher). Ce message électrique n’a, à ce moment, aucun sens, aucune signification. C’est par comparaison avec le contenu de notre mémoire que ce message (image mentale) va prendre son sens en établissant des liens logiques de dépendance avec les images mentales déjà explicitées. C’est le moment de la prise de conscience de la perception reçue.

De strate en strate toute nouvelle  perception se charge de sens. Le message enregistré s’inscrit dans la mémoire ainsi que les relations qu’il a développées.

Cette construction continue de notre mémoire est ce qui défini notre identité, toujours en formation, notre positionnement dans la vie.

Comment sont organisées ces relations logiques de dépendance ? Elles peuvent être de natures très variées :

  1. Les relations chronologiques. Les évènements  ont bien sûr des relations de positionnement avant-après et des relations de durée. C’est ce qui développe dans notre mémoire la notion de temps et à travers elle la notion d’histoire. En organisant chronologiquement notre mémoire nous fabriquons le temps, notre temps.
  2. Les relations géographiques. Nos souvenirs se développent aussi dans l’espace avec des relations devant-derrière ou droite-gauche, ou nord-sud …Ce sont les positionnements de nos connaissances dans des relations topologiques qui nous permettent de construire notre environnement à travers nos expériences, nos souvenir, ou nos connaissances. C’est la topologie de notre quartier, des lieux que nous fréquentons, ou de la géographie du monde. C’est notre fabrication de l’espace, de notre espace.
  3. Les relations morales. Nous pouvons analyser les situations perçue en termes de valeurs morales, par exemple en bien ou en mal. Ceci par rapport aux valeurs déjà intégrées, au vécu des situations et de leurs conséquences. Nous forgeons ainsi nos valeurs morales, partie intégrante de notre identité. Nous pouvons conforter ces valeurs ou au contraire les remettre en cause en glissant vers la radicalité ou l’ouverture d’esprit. C’est la chaine morale des relations entre nos vécus
  4. Les valeurs spirituelles. Les situations sont également évaluées à l’aune de nos valeurs spirituelles, nos croyances, nos idéologies. Un chrétien, un musulman, un athée, ne ferons pas forcément la même analyse d’un  événement. Nos images mentales seront également organisées dans des relations de dépendances liées à nos valeurs spirituelles.
  5. Relations diverse. On a vu, plus haut, certains types de relations logiques de dépendance qui construisent à travers le réseau mémoriel des chaines logiques qui relient les éléments de même nature dans la mémoire. Il peut exister de multiples types de relations, basées sur la couleur, l’odeur,  une activité, un milieu, une typologie de situation  …. Ceci constitue un réseau hyper complexe de liens et de chemins logiques qui structurent notre mémoire.

La recherche en mémoire.

Lorsque nous cherchons un élément dans notre mémoire, c’est en suivant ces divers chemins que nous y parvenons. Il est donc de la plus haute importance de trouver l’origine du chemin que nous allons utiliser. Souvent nous ne trouvons pas ce début et nous avons le sentiment de connaitre la réponse tout en étant incapable de la retrouver (« je l’ai sur le bout de la langue »). Il suffit alors souvent d’un élément déclencheur qui nous suggère l’origine du chemin pour que la réponse nous vienne à la conscience.
Une fois sur le ou les bons chemins les relations entre les diverse images mentales nous permettent d’explorer, de proche en proche, nos souvenirs et connaissances pour parvenir à l’information recherchée. Cette recherche est évidemment conditionnée par le mécanisme initial d’intégration des souvenirs dans la mémoire.

Il arrive que ces chemins se rejoignent.

Dans la mesure où ils ont parfois été créés dans des contextes différents ces lignes de réseaux peuvent ne pas être en totale cohérence. Leur confrontation crée un point d’incohérence dans le réseau mémoriel. Un souvenir devient un point de friction dans la mémoire. Notre mémoire est truffée de ces petits paradoxes, mais nous sommes habituées à les gérer et bien souvent nous n’en avons pas conscience. Si, par contre, le paradoxe devient un véritable hiatus on approche de certaines pathologies mentales et une difficulté de positionnement.

Conclusion

Notre mémoire est un réseau de dépendances entre des images mentales sans lequel elles n’auraient aucun sens. C’est l’ensemble de ce réseau et sa cohérence qui sera la base de notre conscience. On imagine combien les images formées dans notre jeunesse sont importantes car elles sont le premier socle sur lequel va se bâtir toute notre conscience. Même si ces expériences anciennes sont enfouies profondément dans notre  mémoire, elles jouent un rôle implicite car elles sont les fondements même de notre identité.

Les relations chronologiques fabriquent « le temps », les relations spatiales fabriquent « l’espace », les relations morales fabriquent « les valeurs » et les relations spirituelles fabriquent « l’éthique ».

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