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Désolé, mais ce qui va suivre est un peu complexe. Ce n’est pas de ma faute si Newton et Einstein étaient des gens compliqués !


Le temps est certainement l’un des concepts les plus discutés et les plus mystérieux qui nous soient donné d’appréhender. Les philosophes ont de tous temps oscillé entre la notion transcendantale du temps (le temps absolu) et la notion relative (le temps conceptualisé par la pensée humaine).

Le temps rend compte des changements du monde. Son corollaire est le mouvement , et donc l’espace.

Le temps ne se mesure pas, et seule peut se mesurer la durée (espace de temps).

Le temps est fait de la succession d’événements (Diachronie) ou de leur simultanéité (Synchronie)

einstein_newtonC’est Newton, au début du XVIII eme siècle qui l’a théorisé dans sa grande théorie de la gravitation. Pour Newton le temps et l’espace (contenant) sont les réceptacles de la matière et de la force (contenu). En l’absence de matière, le temps continue de s’écouler et l’espace de se dérouler. Ils sont permanents, pré-existent à l’homme et sont de nature quasi religieuse.

En 1905 dans la théorie de la relativité restreinte Einstein à remis en cause la vision Newtonienne du monde. Pour lui, temps et espace ne sont pas des grandeurs séparées mais doivent être confondus dans une grandeur appelée espace-temps. Cette appellation maladroite à crée de nombreuses confusion. Elle semble impliquer que l’espace-temps est une fusion de l’espace et du temps dans une sorte d’espace à 4 dimensions (x,y,z,t). Il n’en est rien. L’espace-temps est la représentation de l’ensemble des relations ( spatiales, temporelles, énergétiques, gravitationnelles, ..) entre les particules de l’univers . Le temps propre d’un observateur est lié à sa position dans l’espace-temps, et son histoire à son déplacement dans l’espace-temps. Il en résulte que chaque observateur possède son temps propre fonction de sa position dans l’espace-temps. La simultanéité des événements n’étant qu’une illusion due à la proximité des observateurs dans l’espace-temps. Il n’y a plus de temps et d’espace universel comme chez Newton, mais un temps propre à chaque observateur défini par sa position dans l’espace-temps.

En 1916, dans la théorie de la relativité généralisée, en plus du temps propre de l’observateur, Einstein a introduit la notion d’interaction entre l’observateur et l’espace-temps entrainant une déformation de ce dernier liée aux propriétés propres à l’observateur . L’espace n’est plus universel, mais relatif à chaque observateur et à sa position. L’espace et le temps universels de Newton sont battus en brèche et remplacés par un concept d’espace-temps beaucoup moins intuitif (pour nous ) et donc plus difficile à prendre en compte.

Depuis lors les scientifiques vivent dans un univers relativiste (sans parler, pour ne pas compliquer d’avantage les choses, de l’univers quantique qui se superpose partiellement à l’univers relativiste).

Nos psychologues, et la plupart des philosophes baignent dans la vision Newtonienne de l’univers. Quelques soient les immenses progrès qu’ils peuvent apporter à leur techniques, ils restent confinés dans une description de l’univers datant du XVIII ème siècle. La culture occidentale baigne aussi dans cet univers Newtonien (l’étude de « l’histoire et géographie », c’est à dire, temps et espace, reflète symboliquement cette distinction).

Peut on vivre, raisonner, soigner les gens, dans cet univers décrit au XVIII ème siècle. Bien sur que oui, l’expérience le démontre tous les jours.

Pourrait on introduire la vision relativiste du temps dans nos techniques des sciences humaine, et ainsi s’ouvrir de nouveaux horizons … pourquoi pas, et c’est ce que je vais vous proposer dans ce qui suit.

Faisons le de façon ludique, légère. Après tout, la philosophie n’est pas forcement un « pensum », et les philosophes ont le droit de s’amuser un peu !

Faisons une petit expérience ensemble. Essayez de penser à un événement passé, qui vous est arrivé hier ou plus en avant dans le temps. … çà y est ? … cet événement du passé, vous y avez pensé dans le présent au moment ou vous l’avez rappelé à votre mémoire. Le passé peut se vivre, se revivre, mais dans le présent.

Si vous faites l’expérience avec un événement futur, qui doit se passer demain ou plus tard, … vous y penserez encore dans le temps présent.

Passé et futur ne se conçoivent, ne se vivent que dans le présent.

Et le présent quel est il ? C’est ce micro instant qui avant même d’être conceptualisé, avant même d’y penser est déjà dans le passé. Le présent ne s’appréhende pas, il file dans le passé avant même qu’on en est conscience.

Nous voila devant un grave paradoxe. Le passé et le futur ne se vivent que dans le présent, mais celui-ci n’existe pas ou au moins ne peut être appréhendé.

Pas si grave que cela, le paradoxe ne nous bloque pas. Il nous montre, tout simplement, que la représentation du temps que nous utilisons est imparfaite, qu’elle a ses limites. A nous de l’améliorer. Le paradoxe ne nous bloque pas, bien au contraire il nous incite, nous oblige à aller plus loin.

Continuons nos investigations et voyons si on peut trouver un modèle de la psyché qui puisse se rapprocher de la vision relativiste de l’espace-temps. Nous en avons développé un dans lequel celle-ci pouvait être décrite en termes de représentations mentales. La psyché se construirait, au hasard des expériences rencontrées, par élaboration de représentations mentales liées entre-elles par des relations de cause à effet. Chaque cause produisant un effet qui deviendrait une cause produisant un autre effet. La psyché d’un individu pouvant être représenté par cette série causale définissant son positionnement,  son identité propre. Le temps pouvant être décrit, lui aussi, par cet enchainement d’événements, de causes et d’effets, dans une chronologie. L’instant dit présent étant la position de l’observateur dans la chronologie, le temps l’ensemble des événement auxquels l’observateur est soumis directement ou non. On peut ainsi dire que l’on a défini le « temps propre » de l’individu.

Chaque individu ayant ses propres expériences, sa propre histoire, son vécu propre, on peut dire qu’il génère son temps propre.

L’espace-temps devient le somme des relations causales relatives à l’ensemble des individus. Chaque individu ayant une position propre dans l’espace-temps est sujet à son temps propre. Des individus très proche dans l’espace-temps son soumis à des relations causales commune, et leurs temps propres sont partiellement superposés. Cette partie commune de l’espace-temps fait qu’ils ont un relationnel commun , un vécu commun, une histoire ou une culture commune. C’est dans cette espace de superposition qu’ils peuvent échanger, communiquer.

On peut donc déterminer un espace-temps psychique assez analogue à celui décrit par Einstein dans sa relativité restreinte. Dans la théorie de la relativité l’espace-temps est le faisceau des relation entre les particules, dans notre modèle il devient le faisceau d’interaction entre les représentations mentales des individus. Le temps présent étant la position initiale de l’observateur dans l’espace-temps, le temps qui passe étant lié au mouvement de l’observateur.

Je conçois que tout ceci ne soit pas facile à conceptualiser pour qui n’est pas familier de l’univers relativiste et s’accroche désespérément à la vision Newtonienne du monde. Il est toujours difficile de « lâcher prise ».

Pour compliquer un peu plus les choses, passons à la vision de l’univers de la relativité générale. Einstein nous dit que tout observateur placé en un point de l’espace-temps déforme celui-ci en fonction de certaines de ses propriétés intrinsèque (sa masse, son rayon, …).L’espace-temps cesse d’être linéaire et prend une certaine courbure, ce qui explique, par exemple le mouvement circulaire des planètes.

Transposé à notre représentation de la psyché humaine, l’image de la relativité générale nous induit à penser que chaque observateur situé en un point de l’espace-temps (psychique) déforme celui-ci par un facteur de subjectivité qui lui est propre. Chaque observateur voit sa propre histoire (son temps propre) à travers un élément de subjectivité personnelle qui le déforme. Des individus très proches peuvent voir leur histoire commune, la superposition de leur temps propre, comme différente à travers leur filtre de subjectivité personnelle. Plus encore, comme pour les particules, l’interaction subjective d’un individu avec son espace-temps induit une déformation de celui-ci qui peut être perçue par un individu proche avec lequel il peut être en interaction. Ce dernier perçoit un espace temps perturbé en ajoutant à la déformation qu’il observe sa propre subjectivité.

Tout devient un peu complexe, mais au fond rend assez bien compte de ce que l’on observe dans la pratique. Le temps est la chronologie,l’histoire des individus (au sens le plus large), et à un instant donné la vision de deux individus d’un même événement peut être différente. On ajoute quand même un élément nouveau : L’erreur de perception d’un individu influe sur la perception d’un autre individu en relation avec lui. Comme quoi des formulations compliqués peuvent recouvrir des choses simple !

Tout cela pour montrer que la modèlisation de la psyché humaine que nous avons proposée dans les articles précédents est parfaitement en phase avec les descriptions du monde les plus avancées . Alors, pourquoi ne pas abandonner la vision du temps et de l’espace de Newton pour passer à une vision relativiste plus proche des théories modernes… mais il est souvent difficile de « lâcher prise ».

Précisons que les propos précédents ne se veulent pas une description d’une réalité qui nous échappe, mais une tentative de modélisation de la conscience humaine afin de mieux gérer ses problématiques.


"Philosophes, psychologues, reveillez vous ... le temps passe."   


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